L’US Air Force envisage à nouveau de retirer ses derniers avions espions U-2 «Dragon Lady» du service

Le 17 mars dernier, BAE Systems a fait savoir que l’US Air Force venait de lui notifier un contrat visant à assurer la maintenance et la mise à jour logicielle de la suite de guerre électronique AN/ALQ-221 (ADS) de l’avion espion U-2 «Dragon Lady», dont 23 exemplaires sont encore en service. Aussi, on pouvait légitimement penser que cet appareil allait rester opérationnel pendant encore plusieurs années. Mais ce n’est pas ce que suggère la demande de budget publiée par le Pentagone pour le prochain exercice fiscal.

Alors que le montant de cette requête culmine à 1 500 milliards de dollars, l’US Air Force a fait connaître son intention de retirer 149 aéronefs du service, dont ses derniers U-2 «Dragon Lady», et de garder suffisamment d’avions d’attaque A-10 Warthog pour équiper trois escadrons [soit 54 appareils] au moins jusqu’en 2030, conformément à une décision saluée cette semaine par Pete Hegseth, le secrétaire américain à la Guerre.

Même si le «Dragon Lady» a effectué son premier vol en août 1955, l’âge moyen des exemplaires encore exploités par l’US Air Force est d’environ 43 ans. Constamment modernisé au fil du temps, cet avion continue de rendre de précieux services, grâce à sa capacité à voler à plus de 70 000 pieds ainsi qu’à la qualité de ses capteurs. À ce jour, ses performances n’ont pas pu être égalées par le drone HALE [Haute Altitude Longue Endurance] MQ-4 Global Hawk, pourtant pressenti pour le remplacer.

En effet, ce n’est pas la première fois que l’US Air Force envisage le retrait de ses U-2 afin de trouver des marges de manœuvre budgétaires pour financer de nouvelles capacités. Il y a un peu plus de dix ans, elle fit savoir que les missions assurées par les Dragon Lady seraient reprises par des MQ-4 Global Hawk à partir de 2019. Et de justifier cette décision par l’endurance de ce drone [plus de 30 heures] et un coût de l’heure de vol beaucoup moins élevé. Seulement, le Congrès s’y opposa. Visiblement, les faits lui ont depuis donné raison.

Par la suite, il fut décidé de moderniser le U-2 en le dotant de capteurs ISR [renseignement, surveillance, reconnaissance] plus performants et d’algorithmes d’intelligence artificielle.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas certain que l’US Air Force soit autorisée à se séparer de ses derniers U2 par le Congrès. D’autant plus que, a priori, elle n’a rien sous la main pour remplacer les capacités offertes par ces avions.

En tout cas, souligne Air & Space Forces Magazine, «l’US Air Force n’a pas précisé ce qui pourrait être disponible» pour succéder aux U-2. À moins que le très confidentiel drone furtif RQ-180 [du moins, présenté comme tel], développé par Northrop Grumman, soit une solution. Cet appareil a d’ailleurs été repéré au-dessus de la ville grecque de Larissa, le mois dernier.

Il se pourrait aussi que la division Skunk Works de Lockheed Martin ait développé le successeur de l’U-2.

En 2015, un responsable du groupe américain avait évoqué un «U-2 moins détectable et plus endurant», appelé RQ-X ou UQ-2. Il serait «irresponsable» pour Lockheed Martin de ne pas avoir de projet pour la succession du Dragon Lady, avait en outre affirmé Melani Austin, alors directrice du programme U-2.

Repérée par The Aviationist, une offre d’emploi récemment publiée par la division Skunk Works semble donner un peu plus de consistance à cette hypothèse. En effet, elle vise à recruter un ancien pilote de Dragon Lady, titulaire, entre autres, d’un diplôme délivré par une «école de pilotes d’essai» reconnue et d’une habilitation «top secret» encore en vigueur.

«Un pilote qualifié sur U-2 serait un atout précieux si Lockheed utilise l’appareil pour tester des charges utiles, des systèmes de communication, des capteurs ou des concepts de gestion des opérations susceptibles d’alimenter les programmes actuels et futurs», a toutefois estimé The Aviationist. À moins qu’il ne s’agisse de mettre à l’épreuve de «nouveaux concepts ISR», avec ou sans équipage, développés par la division Skunk Works.

Par ailleurs, l’US Air Force envisage d’acquérir 108 nouveaux avions pour 30 milliards de dollars. Il est notamment question de 38 F-35A, de 24 F-15EX «Eagle II», de 23 T-7A Red Hawk et de 15 avions ravitailleurs KC-46A Pegasus.

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20 contributions

  1. Jacques JOLY dit :

    Triste nouvelle. Pour financer les F35 il faut tailler dans le gras!
    Après le Warthog, le U 2 va passer à la trapper. Où en est le SR 71?
    Dans certaines situations le « drone » ne remplacera pas l’humain.

  2. farragut dit :

    « D’autant plus que, a priori, elle n’a rien sous la main pour remplacer les capacités offertes par ces avions. »
    Elle n’a rien sous la main « officiellement »…
    Il y a suffisamment de black programs et de SSP pour avoir depuis longtemps des remplaçants à ces U2 modernisés.
    Comme dit Trump à propos du « New Space », « ces entrepreneurs aiment bien les fusées… » !
    Sous-entendu, l’administration Trump connait les « alternatives », engins volants (sans ailes) plus rapides et encore plus discrets.
    A revoir :
    « OVNIs et Centrales Nucléaires » avec Stéphane Royer
    https://www.youtube.com/watch?v=3ID5mY7W4xk

    • Fond de teint orange dit :

      Quelqu’un qui se pense capable d’entrer dans la tête de Donald Trump pour y décoder ses sous-entendus ne m’inspire aucune confiance.

      • farragut dit :

        @Fond de teint orange
        Surtout ne me faites pas confiance, parce qu’il ne s’agit pas de (me) croire !
        Il vous « suffit » de lire les 7 tomes de la série sur les SSP de Michael Salla, dont il existe des versions en français aux Éditions Ariane (Québec), si vous n’apprécie pas l’américain…
        Le tome 6 es justement intitulé « Space Force », du nom de la 6e branche des Armées US créée par Donald Trump en 2019.
        Vous pouvez rattraper votre retard en commandant le lot sur Amazon, Fnac ou aux Québec… 😉

        • Fond de teint orange dit :

          Il y avait longtemps que je n’avais pas lu un argument d’autorité aussi bancal.
          Vous me faites penser à une personne que j’ai rencontrée il y a bien longtemps, qui se référait à une Å“uvre cinématographique (un film de fiction, pas un documentaire) pour démontrer que certains phénomènes paranormaux existaient.

          Libre à vous d’y croire, mais ce n’est pas parce que Michael Salla a écrit quelque chose que c’est une vérité.

  3. Pascal, (l'autre) dit :

    Jusqu’au prochain revirement!

  4. Jojo29 dit :

    Ah oui, le cockpit ! C’est « dans son jus », on va dire ! 😀

  5. Bastan dit :

    Les transformer en drones. Mais cet avion est délicat à piloter à très haute altitude et à l’atterrissage. Mais vu les progrès de la technologie.

  6. DerWanderer dit :

    Le RQ4 n’est inférieur au U2 que pour l’ EO. Cependant, son principal intérêt réside dans la capacité SAR/GMTI pour laquelle l’U2 ne peut pas rivaliser. Le GMTI en particulier est absolument central pour la haute intensité.

    • NORAD dit :

      @DerWanderer. L’USAF ne mise plus sur le RQ-4. Elle en a déjà retiré un bon nombre du service. Elle s’est retirée du programme Triton, laissant l’US Navy seule à payer la facture, ce qui a explosé le coût unitaire des Triton.. L’USAF dispose du RQ-180, et surtout elle envisage ses capacités GMTI/AMTI avant tout dans l’espace à l’avenir…

  7. SOITEUR dit :

    enchante der WANDERER
    RO4, EO, SAR/GMTI, enchanté moi c’est Marco