Le Pérou confirme l’achat de 12 F-16 Viper en versant un acompte de 462 millions de dollars à Lockheed Martin

Fin janvier, la presse péruvienne rapporta que Lima avait choisi le F-16 «Viper» de l’américain Lockheed Martin, aux dépens du Rafale de Dassault Aviation et du JAS-39 Gripen E/F de Saab [un temps donné favori], pour remplacer les Mirage 2000 et les MiG-29 de ses forces aériennes [Fuerza Aérea del Perú]. Il était alors question d’une commande de vingt-quatre appareils pour près de 7 milliards de dollars.

Le site spécialisé Pucara alla jusqu’à préciser que le contrat serait notifié à Lockheed Martin en avril. De son côté, le journal Expreso expliqua ce choix par «l’ensemble des avantages mis sur la table par la partie américaine». Avantages que «ni la France ni la Suède ne pouvaient égaler». Entre autres, il était question de faire du Pérou un «allié majeur non membre de l’Otan» des États-Unis.

Pour autant, lors d’un échange avec la presse, le 25 mars, le PDG de Saab, Micael Johansson, a fait savoir qu’il n’avait pas l’intention de jeter l’éponge. «Nous avons soumis une offre compétitive et rentable» et «nous restons en contact étroit» avec la FAP, a-t-il assuré.

«Ces décisions se prenant au niveau politique, lorsque la situation est un peu turbulente, le processus peut connaître une forme de pause ou d’hibernation», a ensuite expliqué M. Johansson. «Il s’agit désormais de savoir comment ils vont le lancer. C’est évidemment une mise en concurrence, ils doivent donc faire un choix. Mais nous battons toujours campagne au Pérou, sans aucun doute», a-t-il conclu.

Fallait-il comprendre que Saab misait sur l’instabilité politique au Pérou, où huit présidents se sont succédé en dix ans ? Sans doute… En tout cas, les négociations contractuelles entre les autorités péruviennes et américaines ont été rondement menées… puisqu’elles ont été finalisées le 14 avril. La notification de la commande d’un premier lot de douze F-16 Viper à Lockheed Martin devait intervenir trois jours plus tard.

Seulement, la délégation américaine a appris, par la presse, que la signature du contrat avait été reportée à la dernière minute. Finalement, elle a eu lieu le 20 avril.

«L’équipe américaine […] était prête à se rendre à la base aérienne de Las Palmas et au Palais du gouvernement, comme demandé. Elle a appris le report de la signature par le biais de la radio nationale. Il existe une manière appropriée de mener des affaires sérieuses et crédibles avec l’une des plus grandes entreprises mondiales, et ce n’est pas celle-ci. Une signature technique entre les parties autorisées a eu lieu le 20 avril 2026, en pleine connaissance de cause des plus hautes instances du gouvernement péruvien», a en effet résumé l’ambassade des États-Unis au Pérou.

Visiblement, le report de cette «signature technique» de trois jours était lié aux hésitations du président par intérim, José Maria Balcazar, celui-ci ayant fait part de son intention de laisser à son successeur le soin de confirmer ou non l’achat de F-16 Viper.

«Ce contrat va être reporté afin que le nouveau président ou la nouvelle présidente élu(e) soit celui ou celle qui finalise ce type d’achats», a encore affirmé M. Balcazar, le 21 avril. «Il n’y a pas encore d’achat», a-t-il insisté… alors que le contrat venait d’être signé.

Ce qui a engendré une crise politique, les ministres de la Défense et des Affaires étrangères, Carlos Diaz et Hugo de Zela, ayant remis leur démission. «M. Balcazar met en danger notre pays, lui fait perdre en crédibilité et fait de nous un partenaire en qui on ne peut pas avoir confiance dans un processus de négociation», s’est emporté le chef de la diplomatie péruvienne.

Le président du Parlement, Fernando Rospigliosi, en a appelé au respect de la parole donnée. «Il ne reste plus qu’à honorer ce qui a été signé, nous sommes face à un problème politique, juridique et géopolitique».

Face à la polémique, M. Balcazar, qui quittera ses fonctions le 27 juillet, a fait machine arrière, expliquant que ses propos avaient été «mal interprétés». Selon lui, il fallait comprendre que «l’essentiel de l’engagement financier allait incomber au futur gouvernement».

Quoi qu’il en soit, la mise en œuvre du contrat n’aura pas tardé puisque, seulement deux jours après sa notification, Lima a versé un premier acompte de 462 millions de dollars à Lockheed Martin.

Ce paiement «correspond à la première étape du contrat signé entre l’État péruvien et Lockheed Martin, dans le cadre du processus d’acquisition d’avions F-16 pour la défense nationale», a souligné le ministère péruvien de l’Économie et des Finances.

Plus tôt, tout en appelant au «respect de la fonction présidentielle», le Premier ministre péruvien, Luis Arroyo Sánchez, avait soutenu que l’achat des F-16 Viper était «conforme aux engagements préétablis en matière de défense nationale». Et d’ajouter : «Il est important de se doter de nouveaux équipements et de renforcer nos forces armées. C’est pourquoi le Conseil national de sécurité et de défense a approuvé l’acquisition de ces aéronefs pour l’armée de l’air péruvienne. Cette décision est de nature stratégique, et il incombe au pouvoir exécutif de respecter et de faire respecter les accords émis par cet organe directeur».

Pour rappel, dernière évolution du F-16, le « Viper » est notamment équipé d’un radar AN/APG-83 AESA [antenne active], d’une suite de guerre électronique AN/ALQ-254 Viper Shield, de la Liaison 16, d’un ordinateur de mission avancé, d’une connectivité améliorée et d’un affichage de suivi de terrain [Center Pedestal Display].

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50 contributions

  1. Tintinpayeur dit :

    Une belle petite offre à prix cassé de Mirage 2000-9, soit en retrofit des Qatari, soit des EAU, avec prolongation de cellule de 2000 heures, et hop, un client qui restait chez Dassault avec un peu de travail pour les mettre au standard du client.
    Mais non, nous, c’est focus réunions devenir du SCAF sans voir que le F16 était commercialisé dans les années 70 et qu’il le sera encore 60 ans plus tard.
    Adieu les chasseurs français en Amérique du Sud.

  2. Vortex dit :

    Et bien, il n’aura pas mis longtemps à changer d’avis le Président de Pérou !
    Mais comme souvent :
    GROSSE, GROSSE pression de Washington, accompagnée de menaces, comme il se doit, pour être certain de remporter la mise !
    Qui sera le prochain ? Une idée ?
    https://www.avionslegendaires.net/2026/04/actu/statu-quo-entre-le-f-35a-lightning-ii-et-le-rafale-f4-dans-la-succession-des-f-16mlu-portugais/
    A voir…
    Bon, après, il est vrai que d’autres Européens, à l’Est de nos frontières, n’ont pas besoin se menaces, habitués à courber l’échine avec empressement devant l’Oncle Sam…

  3. Eddy Fact dit :

    Bah, ils n’ont pas vraiment le choix en fait…

    • Tintinpayeur dit :

      C’est quand même une armée habituée à acheter de l’occasion, il fallait remonter à l’achat des M2000 pour une flotte substancielle neuve.
      Les américains savent vendre, pas nous lorsqu’il s’agit de conserver des clients peu fortunés.
      Il faut dire que le coup tordu des super étendard argentin nous decredibilise totalement. On aurait pu envoyer 6 mois après les sièges éjectable et les argentins auraient pu expliquer avoir fait des miracles avec leur expérience.
      Et non, nous avons bêtement obéis à notre voisin alors que le F16 block 70 est équipé de sièges éjectable Martin Baker.
      On est bien dirigé.

  4. Georges Frérot dit :

    Sage le Pérou, sage.
    C’est bien Oncle Picsou est satisfait.

    • Rillettes et Blanc sec dit :

      Prudent plutôt, mais après le kidnapping de Nicolás Maduro, on peut les comprendre.

  5. Convertor dit :

    Acheter autre qu’américain quand on est dans la sphère d’influence US est toujours difficile … Surtout pour des équipements chers et très visibles comme des avions … Et surtout en ce moment où les liens déjà étroits entre la BITD et l’exécutif US se resserrent encore plus.
    Par ailleurs, outre l’instabilité politique, la deuxième difficulté pour des vendeurs d’avions au Pérou est … la corruption : le Pérou est classé 130ᵉ sur 180 pays en 2025 selon l’Indice de perception de la corruption.
    Peut-être un obstacle non-technico-commercial pour le Rafale et le Grippen ?

    • Mère grand dit :

      @Convertor. »le Pérou est classé 130ᵉ sur 180 pays en 2025 selon l’Indice de perception de la corruption.
      Peut-être un obstacle non-technico-commercial pour le Rafale et le Grippen ? » L’Ukraine est classée combien??

    • Nimbus - parfois cumulo dit :

      Vous pouvez noter aussi : insécurité pour les voyageurs. Je m’amuse à imaginer des Suédois se rendant en visite chez eux. J’ai entendu hier Olivier Weber, écrivain voyageur, ancien correspondant de guerre et diplomate, expliquer sur France Culture qu’il avait dû utiliser des gardes du corps pour ses déplacements au Pérou. Il faut dire qu’il enquêtait sur les routes de la drogue, et que les propriétaires terriens péruviens seraient contraints de faire de la coca à la place du café par les cartels en lien avec les Colombiens…
      En tout cas pour la corruption, cela fait partie de l’histoire banale du pays et au plus haut niveau ! La seule chose qui soit drôle dans l’histoire récente du Pérou, c’est d’avoir été gouverné par un cousin germain de Jean-Luc Godard… lui aussi bien sûr condamné pour corruption !

  6. bonnechancemonpapa dit :

    A priori, non : selon le blog avions légendaires
    net, le Pérou aurait annulé sa commande

    • UE dit :

      Et bien non justement…

      • Vortex dit :

        Et bien si, justement…
        Mais c’est plus compliqué : le Président local (de gauche) a suspendu la vente, ordonnant à la banque centrale de geler les fonds alloués. Ce qui fut fait.
        Mais le MinDef (de droite, et pro-trumpiste) a dégotté 400 millions d’on ne sait où, et a versé un accompte avant de … démissionner !
        Gros bazar en perspective donc, autour de ce contrat passé/annulé/repassé hors des clous, et grosse crise institutionnelle au Pérou !
        Les F-16V ne vont donc pas atterrir tout de suite à Lima…

        • UE dit :

          @Vortex. Nous n’avons pas la même définition du verbe « annuler »… Le contrat n’est pas annulé.. Alors « justement non ».

        • Grossous dit :

          Un seul C à acompte.

  7. Tintinpayeur dit :

    Bientôt l’argentine achètera US, comme la Colombie, le Venezuela, pas le choix.

  8. albert dit :

    Comme beaucoup d’autres, y compris (et surtout) en Europe, beaucoup ont cédé à la forte pression et/ou menace américaine. Un bel allié que ces états unis …

  9. Raphaël dit :

    le temps que la NSA refourgue les dossiers à la CIA, une petite semaine, quoi.

  10. G dit :

    La compétition se résumait à deux monoréacteurs non-chinois abordables, et raisonnables vu les besoins du Pérou… On peut certes souhaiter un retournement en faveur du Gripen E/F, mais il n’y a pas grand-chose d’autre à en dire.

  11. toufik dit :

    Le Brésil tarde à confirmer son rôle de « tête de pont » pour Saab en Amérique du Sud ; et, sur un autre plan, à s’affirmer comme puissance industrielle apte à s’opposer au rouleau compresseur américain. Ne serait-ce que partie remise ?
    https://fr.sociedademilitar.com.br/2026/04/Le-Br%C3%A9sil-mise-sur-le-Gripen–mais-l%27avion-de-chasse-su%C3%A9dois-a-d%C3%A9j%C3%A0-%C3%A9t%C3%A9-rejet%C3%A9-par-pr%C3%A8s-de-20-pays-dans-le-cadre-de-diff%C3%A9rends-qui-redessinent-le-paysage-de-la-puissance-a%C3%A9rienne-mondiale..html
    C’est là qu’on voit combien les BRICS sont une coquille vide, inapte à soutenir l’un des siens pour contrer les US dans une bataille pourtant gagnable, et tellement emblématique de la soumission ou indépendance de l’Amérique du Sud.