La British Army mise sur une solution basée sur l’intelligence artificielle pour identifier les mines terrestres avec un drone

S’assurer qu’un axe est exempt de mines ou d’engins explosifs improvisés [EEI ou IED] est une tâche à la fois chronophage et dangereuse pour les démineurs dans la mesure où ces derniers s’exposent à de potentiels tirs ennemis lors de leurs investigations. Le recours à des drones aériens dotés de capacité de détection et d’identification, grâce à l’intelligence artificielle [IA] pourrait être une solution.

En tout cas, tel est le sens du projet GARA [pour Ground Area Reconnaissance and Assurance], porté par le Defense Science and Technology Laboratory [Dstl] du ministère britannique de la Défense [MoD], en collaboration avec le 33e Régiment du Génie [33 Engineer Regiment – EODS, pour Explosive Ordnance Disposal and Search] de la British Army.

«Une technologie reposant sur des drones et l’intelligence artificielle a été testée avec succès pour identifier les mines terrestres et les munitions explosives», s’est ainsi félicité le MoD, via un communiqué publié le 2 avril.

Mené avec le concours des sapeurs du 33 Engineer Regiment, cet essai, qui s’est déroulé pendant plusieurs semaines, a consisté à disséminer différents types de mines et d’engins explosifs sur des terrains variés. Il a permis de démontrer que des modèles d’IA pouvaient être «rapidement reprogrammés pour détecter de nouvelles menaces et s’adapter à différents environnements», a-t-il expliqué.

Et d’y voir une «capacité essentielle» pour la «guerre moderne en constante évolution, comme on l’observe en Ukraine, où les drones et les engins explosifs redessinent rapidement le paysage militaire».

Dans le détail, les données collectées par les capteurs intégrés aux drones ont été transmises aux sapeurs, lequels ont ensuite utilisé des algorithmes d’IA pour localiser et identifier les mines auxquelles ils avaient affaire.

Pour le Dstl, cet essai a démontré «comment l’IA, la collaboration homme-machine, les systèmes robotiques et les capteurs avancés peuvent réduire les risques pour le personnel des forces armées».

De son côté, le ministre britannique délégué à l’industrie de Défense, Luke Pollard, a fait valoir que cet essai correspondait «exactement au type d’innovation préconisé par la Revue stratégique de défense», à savoir «exploiter l’IA, les drones et les systèmes autonomes pour renforcer la dissuasion et rendre nos forces armées plus fortes».

Cela étant, une vidéo de ces essais diffusée par le MoD montre que cette technologie ne permet pas, pour l’instant, de détecter des mines et des EEI enfouis… Ce qui est tout de même un facteur limitant.

«S’appuyant sur ces résultats, d’autres essais auront lieu cette année afin de perfectionner la technologie et d’orienter l’acquisition d’une capacité déployable pouvant être directement mise entre les mains des soldats», a-t-il toutefois ajouté.

En France, deux sous-officiers du 3e Régiment du Génie ont développé une solution qui, si elle n’a pas recours à l’IA, a toutefois le mérite de permettre de détecter des mines et des EEI enterrés.

Ainsi, ils ont eu l’idée d’intégrer un détecteur de métal de type Garrett Pro Pointer AT [disponible pour une centaine d’euros dans le commerce] sur un drone Parrot ANAFI. Appelé SAPE2 [pour Système d’analyse dans la profondeur des engins explosifs] et développé avec l’appui d’une entreprise des environs de Charleville-Mézière, ce système permet de résoudre des problèmes opérationnels qui se posaient jusqu’ici, avait souligné le Commandement du combat futur de l’armée de Terre [CCF], dans sa revue «Combats futurs».

Photo : Dstl

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6 contributions

  1. HMX dit :

    Cette solution britannique, qui utilise uniquement l’imagerie et une analyse de l’image par IA, est forcément lacunaire. Elle permet uniquement de détecter des mines non enfouies.

    La technologie permet aujourd’hui d’envisager bien mieux. Des drones plus lourds (type hexacoptère/octocoptère ou équivalent) capables d’emporter des charges de plusieurs dizaines de kilos pourraient recevoir des capteurs bien plus performants : imagerie IR, imagerie multipectrale/hyperspectrale, capteur LIDAR, radar à pénétration de sol, magnétomètre… La magie consiste à pouvoir faire voler ensemble tous ces drones en essaim coordonné, emportant chacun un capteur spécifique, une IA se chargeant en temps réel de diriger les drones, de fusionner et d’interpréter les informations recueillies, et de cartographier en temps réel les mines détectées.

    Le gain de productivité est évidemment gigantesque : là où il fallait plusieurs jours pour déminer une zone, ou même un simple passage dans une zone minée, on pourra désormais cartographier un champ de mines entier en quelques minutes, définir le cas échéant un itinéraire sûr à travers ce champs de mines, et si besoin détruire tout aussi rapidement les mines ainsi repérées, par exemple en dirigeant automatiquement sur elles des drones kamikazes low cost (ou en déposant par drone des charges explosives sur l’emplacement des mines). Le tout sans risque de pertes humaines.

    C’est là-dessus qu’il faut bosser, et pas sur des technos de déminage du passé…

    • FNSEA dit :

      Les mines et les munitions non explosées sont un vrai danger pour l’agriculture après la fin des combats. Qui se souvient des zones rouges en France après le premier conflit mondial, zones qui n’ont pas totalement disparu à ce jour ?
      Quoi qu’il en soit, le mot champ s’écrit sans s au singulier.
      Ce champ de mines, le champ de tir, le champ de manÅ“uvre, le champ de bataille, le Champ-de-mars, le champ d’honneur.

      • jean luc dit :

        Moi, en 1974 j’ai effectué mon service dans la DCA à Brest. Au fort de Montbarrey, j’ai trouvé un obus de mortier de 50mm anglais, 150-200 cartouches de mousqueton français daté de 1940 . Un camarade a trouvé un obus de 88 allemands jaune et noir (pointe) sans aucune trace de rouille ou autre, le cuivre brillait de tous ses éclats comme neuf. Tous ont bien pété. Dans les années soixante, mon frère a trouvé un drôle de caillou, c’était une grenade américaine , Mon père a retrouvé un 75mm français coincé dans sa charrue.

  2. basstemp dit :

    Et du pognon pour votre Marine qui ne peut plus bouger, sortir de vos propres ports, ou vos navires pourrissent dans une vieillesse avancée et parfois a se demander si ce n’est pas artificiellement (ils ont beaucoup de navires qui auraient très bien pu avec de l’entretien renquiller pour 10-15 ans encore , peut être pas les + vieux , mais y a des frégates & destroyers qui je pense ont surpris quand en gros on a compris qu’ils voulaient s’en débarrasser alors qu’un dernier grand carénage sans forcément moderniser de façon dispendieuse était largement envisageable !)

    Et voir qu’en parallèle ils n’ont aucun problèmes a communiquer sur des programmes d’armée de Terre alors certes mineurs, mais avec une certaine ambition tout de même , alors que l’arbitrage budgétaire pose question car c’est bien leur marine qu’ils ont besoin en top priorité ! Des drones pour l’armée de Terre … Alors que tout le monde sait très bien que cette guerre (visée par cette dépense) contre la Russie est le fait militaire qui a le moins de chance d’advenir dans le futur ! Nan, ils pouvaient pas reporter le projet a quelques années et faire un effort sur la Royale Navy ? Surtout que c’est la, maintenant que le besoin s’est fait sentir …

  3. rational dit :

    cette solution de marchera pas; le principe d’une mine est qu’elle soit bien cachée à l’oeil. Toute solution basée sur les caméras sera foireuse sur le terrain. L’ennemi n’hésitera pas à fabriquer de fausses mines pour leurrer l’IA.
    Pour que cela marche, il faut combiner avec une autre source de signal, par exemple électro magnétique

  4. Carin dit :

    Ah le système D français…
    Tout le monde en rigole, mais en attendant ces 2 milis ont mis au point un drone qui détecte les mines et autres EEI même enfouies. Bon c’est avec un détecteur merdique, mais vu que ça fonctionne, je suis sûr qu’un fabricant au sein de notre BITD va se pencher sur le problème, et créer une vraie solution… l’avenir n’appartient plus qu’a ceux qui se lèvent tôt, mais aussi à ceux qui osent!
    Voilà de quoi méditer pour nos amis anglais.
    Parce que pour l’instant détecter des mines en surface l’œil humain le fait très bien depuis l’invention de la mine anti-char, sans avoir recours à de l’IA… je sais que c’est à la mode, mais la vie de vos gars mérite plus qu’un effet de mode.
    Votre armée de terre est en grande souffrance, votre marine est partie à vau l’eau, rejoindre votre sous-marinade, et vous venez présenter au monde une solution qui relève plus du fil à couper le beurre ou de la découverte de l’eau tiède, que d’une innovation quelconque… vos gars continueront à « fouiller » le sol d’un champ de mines au couteau s’ils sont en zone risquée, ou à faire péter des grenades pour s’ouvrir un passage… comme avant… mais ils se conformeront aux ordres, et feront d’abord passer un drone détecteur de mines visibles.
    Des fois je le dis que les milis anglais devraient venir s’engager dans la légion étrangère française, par paquets de 100.. ça ferait réfléchir leurs décideurs au sujet de jusqu’où ils peuvent se foutre de leurs gueules.