Renault serait en train de développer un robot terrestre militaire en partenariat avec John Cockerill Defense

L’an passé, estimant qu’il fallait avoir la capacité de produire rapidement des équipements militaires et des munitions en masse, la Direction générale de l’armement [DGA] fit savoir qu’elle avait l’intention de solliciter le «secteur manufacturier civil». Un projet alors en cours visait ainsi à fabriquer des drones de type MTO [pour munition téléopérée] à une échelle de «plusieurs milliers en quelques mois».

En janvier, après avoir pesé le pour et le contre et, surtout, exigé des garanties auprès du ministère des Armées [entre autres, il ne fallait pas compromettre sa «capacité d’investissement dans son cœur de métier»], le constructeur automobile Renault a récemment annoncé qu’il s’était associé à la PME Turgis Gaillard en vue de lancer la production du drone MTO à longue portée «Chorus», dans le cadre d’un contrat notifié par la DGA. Selon ses estimations, un tel marché pourrait lui rapporter jusqu’à un milliard d’euros sur dix ans.

Visiblement, naguère premier constructeur français de chars et de blindés [FT17, D1, D2, R35, B1, etc.], le groupe Renault n’entend pas en rester là. En effet, le 30 mars, il a confirmé, auprès de l’AFP, qu’il était en train de mener un «projet de drone terrestre à usage militaire et civil».

«Nos équipes de R&D [recherche et développement, ndlr] testent et explorent diverses options, comme les robots terrestres, présentant également un potentiel d’applications civiles. Il s’agit d’un projet d’étude exploratoire», a affirmé l’industriel, sans plus de détail.

Cette prudence s’explique sans doute en partie par la volonté de ménager certains syndicats, la CGT et Sud s’étant opposés au partenariat avec Turgis Gaillard en dénonçant la «montée d’une logique guerrière». Toutefois, le conseil économique et social réuni le 10 février à l’usine Renault du Mans a donné son accord à la construction de drones militaires [dix votes favorables, onze abstentions].

Quoi qu’il en soit, selon des informations publiées par l’Usine nouvelle, qui s’appuie sur «plusieurs sources», Renault est en train de développer un drone terrestre dédié à la reconnaissance et ayant la taille d’une «petite citadine», comme la R5, dans le cadre d’une coopération établie avec le groupe belge John Cockerill Defense, qui n’est autre que le repreneur d’Arquus [ex-Renault Trucks Defense]. Arquus qui, par ailleurs, propose déjà le DRAILER, une « plateforme robotisée tactique polyvalente ».

Reprenant «certains modules et composants disponibles sur étagère au sein du groupe Renault», ce drone terrestre aurait déjà effectué des essais jugés satisfaisants. Il est possible qu’il soit dévoilé à l’occasion de la prochaine édition du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory, en juin.

Cela étant, comme l’a souligné l’Usine nouvelle, il est difficile d’en savoir davantage sur ce robot terrestre pour le moment car son développement, mené sous l’égide de la DGA, fait l’objet d’un «accord de confidentialité».

À noter que, en avril 2025, la DGA a notifié le contrat-cadre DROIDE à KNDS France ainsi qu’à Safran Electronics Defense. D’une durée de sept ans et ouvert à d’autres partenaires susceptibles de proposer des innovations d’intérêt, ce dernier vise à faire «monter en maturité les technologies clefs nécessaires aux plateformes robotisées terrestres évoluant sur le champ de bataille».

Par ailleurs, Renault aurait un autre projet dans ses tiroirs : celui de proposer des véhicules militaires légers polyvalents [mais non blindés], toujours en partenariat avec John Cockerill Defense. L’idée consisterait à militariser un véhicule 4×4 du catalogue de Dacia.

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34 contributions

  1. lecoq dit :

    C’est quoi le but de la CGT, ce n’est pas la première fois que je les entend manifester contre la défense française … je ne sais pas, peut être que l’on se dissolve dans l’URSS ??? Ils savent que ça n’existe plus ? sinon faudrait les informer …

    C’est fou quand même, ces organisation de défense des travailleurs, qui penche de plus en plus dans le combat politique … est-ce bien leur rôle ? peut être qu’il va falloir re-définir leur rôle ou bien penser à les dissoudre …

    Bref, et re-bref

    • Seb Seb dit :

      c’est comme cela depuis plus d’un siècle : destruction de l’outil de travail privé et anti militarisme primaire…

      • Schwarzwald dit :

        non, pas un anti militarisme primaire … c’est un anti militarisme à ce qui menace leurs potes : les dictatures, les pays communistes, les islamistes …
        C’est une grande tradition de la CGT de saboter les efforts militaires comme lorsqu’ils sabotant les trains afin d’éviter d’envoyer des troupes, du matériel et des munitions en mai-juin 40.

        • Lothringer dit :

          Ils ont aussi saboté l’intérieur des tubes de canons avant-guerre en les frottant avec des mèches acidifiées. Résultat en mai-juin 40, les tubes se brisaient toujours au même endroit après quelques tirs.
          Ils ont aussi saboté les cockpit des avions de chasse.

    • jean luc dit :

      Ce genre de problème se pose aussi en Allemagne avec l’usine de Osnabrück de WW, usine qui doit arrêter définitivement la production automobile à la mi-2027. Le Linke parti genre LFI, l’AFD extrême droite, l’ONG Robinhood, des élus locaux non concernés par la perte d’emplois refusent de se tourner vers l’industrie de l’armement, pour sauver 2300 emplois, hors la région a très peu d’industrie car Osnabrück est une ville de paix car c’est là qu’a été signer le traité de Wesphalie en 1648 qui mettait fin à la guerre de 30 ans ,voilá leur argument . Mais le syndicat IG METAL lui est favorable, car il n’y a pas d’autres solutions, les ouvriers aussi même si cela leur pose un problème de conscience, le pain contre des armes. ils savent monter des voitures, alors les chars blindés, ils ont ces compétences là , les socialistes sont majoritairement pour ,la CDU-CSU aussi .
      Les syndicats en France ont toujours été pacifistes, dû au mythe de la paix sur terre et du socialisme ,ils sont pro-Poutine car ils pensent que la Russie d’aujourd’hui c’est comme l’ex URSS , une grosse erreur : Poutine est un nationaliste, et un milliardaire

    • Nike dit :

      Le dernier à avoir dissous les syndicats en France s’appelait Philippe Petain.
      Ok la CGT est plutôt anti militariste (et encore ça dépend des entreprises) mais de là à revenir 86 ans en arrière. non merci

    • Roland DESPARTE dit :

      @lecoq,
      C’est l’éternelle ambiguïté de la CGT qui est écartelée entre deux blocs, dont les héritiers de la CGTU contrôlée par le Parti communiste ; Parti communiste qui refusera de condamner le pacte germano-soviétique et ordonnera le sabotage de tout convoi ferré ravitaillant l’armée française… Cette scission syndicale donnera d’ailleurs naissance à la CGT-FO. La CGT actuelle reconnaît officiellement le rôle spécifique de l’industrie de défense dans le maintien de la souveraineté nationale, mais son problème c’est l’idéologie foireuse de certains de ses délégués qui flirtent avec les Verts et les partis anticapitalistes (hostiles à toutes les industries de défense) pour se maintenir en tant qu’organisation syndicale parfois majoritaire… Election oblige !

    • Alain d dit :

      Voir la remarque de Prof de physique, ouvrez les vrais infos politiques historiques sur 39-45. Surtout pendant le 1er tiers de cette guerre, alors que la Russie était alliée aux nazis, une partie non négligeable de la gauche, dont des têtes de séries, jouait contre la France.
      Maintenant, avec les moyens de communications maximum, qui permettent les endoctrinements (ou pas) et des recrutements opérés à distance, pour 600 euros, auprès d’adolescents qui vont finir par fabriquer et poser une bombe, ce sera très sportif. Réserves anti-France, voir la haine qui est sortie de l’ombre lors de nos dernières élections.

    • Convertor dit :

      La CGT (et Sud) ont changé de visages depuis longtemps. Ils ne « rêvent » plus à l’URSS (ni à la Russie poutinienne) depuis au moins 1968. Les « rêves » de leurs dirigeants sont plutôt orientés vers la Palestine ces temps-ci …
      Mais chez Renault, au-delà des rêves, ces syndicats restent un frein à toute évolution trop rapide du « cÅ“ur de métier » vers des « start-up » comme Turgis Gaillard …. où ce syndicalisme à l’ancienne est assez peu implanté … pour l’instant.
      La transformation de notre économie en « économie de guerre » devra (ou devrait) tenir compte de ces raideurs sclérosantes historiques. Rigidité pesante ou uberisation, ce « choix » ne se fera que sous la contrainte, et peut-être trop tard ….

      • Alain d dit :

        Le PC et « La CGT (et Sud) ont changé de visages depuis longtemps ».
        Pas vraiment, ou plutôt pas suffisamment. Le positionnement pro-chinois et pro-russe de certains membres est juste mieux masqué, parce que maintenant les infos circulent massivement et en temps réel.
        La ligne affichée du PC est une chose, mais le positionnent clair sur l’agression de la Russie contre l’Ukraine n’est pas acquise.
        Le PC comme le FN, qui se régalaient des fakes russes durant le deuxième trimestre 2014, et même en construisaient eux-mêmes. Puis ils ont ensuite, peu à peu, au fil du temps, modifié leurs langages. Notamment parce ce qu’ils ont découvert que les européens (donc les électeurs français) se rangeaient majoritairement derrière l’Ukraine. Juste une tambouille politicienne, qui ne prouve pas que sur le fond ces deux partis auraient évolué.
        Mais oui, ces entités de gauche (LFI, NPA, PC, CGT) se sont aussi réorientées vers la Palestine. C’est à dire qu’il faudrait qu’ils critiquent autant la politique ultranationaliste israélienne jusqu’auboutisme, que celle opérée par l’Iran, au Liban, en Irak en Syrie et en Palestine. Qu’ils appellent clairement la Palestine à reconnaitre Israël, autant qu’il appelle Israël à reconnaitre la Palestine. Le compte n’y est absolument pas !

    • vno dit :

      Si c’est comme un autre constructeur à Aulnay, l’URSS a été remplacé par la diaspora nord-africaine depuis longtemps…

      • Thomas dit :

        Ah tiens
        Je serai assez curieux d’avoir (impossible) les statistiques ethniques des ex-employés de Peugeot à Aulnay-Sous-Bois
        Et de façon plus générale, des garagistes et mécaniciens de cette même ville ou vous ne semblez pas avoir beaucoup mis les pieds, autrement que par le prisme de cette petite boite à caca que l’on nomme télé

  2. Prof de physique dit :

    La CGT s’y oppose ?
    Un petit parfum de 1939…

    • Jacques dit :

      La CGT s’y oppose sans doute en prenant des pincettes. Pas sûr qu’une opposition franche puisse être très populaire auprès de la majorité des salariés syndiquées.

      • Alain d dit :

        Oui, tout à fait, et cela ne durera qu’un temps, politique politicienne, parce qu’au final, ces nouvelles lignes de production serviront aussi à peser pour leurs futures revendications, justifiées ou pas.
        Et puis, quand le secteur automobile plante grave, ce sont des emplois qui comptent. Même chose en Allemagne où
        les syndicats ne font pas ce cinoche breveté France.

  3. Bastien dit :

    Qu’ils fassent déjà des voitures fiables et après on verra…

    • Romain Koudlanski dit :

      Ils ont déjà fait de l’armement, le siècle dernier , c’était du bon matériel .

    • Seb Seb dit :

      Ca va c’est pas Peugeot Citroën non plus

    • Jacques dit :

      Renault fait déjà de très bonnes voitures et se porte mieux que bien d’autres aujourd’hui.
      Mercedes ne s’est pas équipé par hasard, il y a un temps pas si lointain de ça, de moteurs dCi sur des GLA/B et classe A/B.
      Quelque chose me dit que ce commentaire plus haut ne vient pas de n’importe qui.

    • Flavien dit :

      Tout constructeur a dans son catalogue des modèles avec des soucis.
      Renault vend des véhicules à la pelle. Et pour le volume, s’en sort plutôt pas mal.

  4. 1PourAvis dit :

    Heureusement que ce ne sont pas des Peugeot a moteur Puretech ! ouf

  5. Romain Koudlanski dit :

    J’ai hâte de voir, ce que ça va donné .

  6. Jeanot dit :

    Est-ce que quelqu’un peut me dire si les toureleaux de cockerill sont armés de canons américains style bushmaster en 20 25 et 30mm?
    en sachant qu’on a ça chez nexter.
    merci d’avance.

    • Roland DESPARTE dit :

      @Jeanot,
      Oui et Non, car ce n’est pas systématique. Les tourelles sont modulaires et peuvent intégrer différents canons selon les besoins du client, la configuration choisie.
      Exemples de configuration proposées : M242 Bushmaster (25mm), M230LF (canon de l’AH-64 Apache, en 30mm), ZTM-1 (ukrainien, en 30mm), 30M781 (Nexter, 30mm), XM813 (américain, 30mm), …

      • Jeanot dit :

        merci pour la réponse
        par contre on a pas de canon de 30mm pour du 30×173 chez nexter.
        on fait la munition mais pas le canon

  7. HMX dit :

    Renault va donc construire des drones aériens kamikazes, potentiellement en grande série si besoin, et des drones terrestres. Et c’est une excellente nouvelle. Mine de rien, ça commencerait presque à ressembler à la fameuse « économie de guerre », promise en 2022…

    Et si on poursuivait sur cette lancée ?

    Le site Airbus à Toulouse pourrait-il produire « autre chose », à côté des avions de ligne ?…
    Les différents sites PSA (Mulhouse, Sochaux, Rennes, Poissy…) pourraient-ils aussi produire des drones, comme Renault ?…
    ST Microeletronics pourrait-il produire des composants et sous ensembles électroniques pour les drones ?
    Michelin pourrait-il produire « autre chose » que des pneumatiques, comme par exemple des solutions gonflables type cage à drones, PC et abris de protection (scoop : ils le font déjà, mais à toute petite échelle…),
    Turbomeca et Airbus Helicopters pourraient-ils concevoir « autre chose » à côté de leur gamme d’hélico civils ?
    Naval Group et nos autres constructeurs navals pourraient-il produire « autre chose » que des bateaux, comme des blindés ?
    etc…

    La liste est longue, il y aurait énormément de pistes à creuser, en lien avec les industriels concernés et en fonction des besoins de nos armées. D’excellentes surprises ne sont pas à exclure avec une telle approche. Et tout cela, sans aller jusqu’à stopper la production civile pour basculer en mode production militaire (ce qui est pourtant la définition d’une vraie « économie de guerre »).

  8. guilhom dit :

    une twingo armée… parfait camouflage, indetectable en ville

    • gocek dit :

      Back to 1958, la terreur du djebel, sur une base 2CV, l’ancêtre des technicals…

  9. Carin dit :

    Dans la guerre de demain, nos armées moins démunies qu’on ne pense, aura des besoins qui apparemment sont déjà identifiés…
    Renault, veut se positionner sur plein de segments, mais seuls ceux qui lui seront commandés lui seront ouverts.
    Pour ce qui est de la Dacia 4X4, militarisée et motorisée par Kockeril, je ne pense pas qu’il y ait un débouché auprès de nos armées dans l’immédiat, mais à l’avenir pourquoi pas?

    • jean luc dit :

      S’il y a une confrontation, il faut du stock, de l’épaisseur. L’Ukraine tire 8000 obus par jour en moyenne, soit 2 920 000 obus. La France en produit 100 000 Voilà le problème : l’Allemagne en produit 1 100 000 et pour 2027 1 400 000 . elle n’a aucun stock, le matériel détruit les premiers jours ne sera pas remplacé avant 6 mois voir plus .

      • Carin dit :

        @jean luc……
        La France n’a aucun stock, mais elle continue à tirer des MICA au MO…
        Il faut que tu saches que la France ne communique pas sur l’état de ses stocks de munitions. Tu dis qu’elle produit 100 000 obus de 155mm par an, c’est un chiffre sorti tout droit de l’imagination de la blogosphère, elle pourrait donc en produire moins ou plus.
        Il n’en demeure pas moins que l’Ukraine est destinataire de 10 000 obus de 155mm par mois, (source élyséenne). Ce qui donne déjà 120 000 obus qui sortent de France, rajoute y ceux fournis pour honorer les commandes des clients du CAESAr, et ceux de notre propre armée, et tu t’aperçoit que ton chiffre de 100 000 par ans est faux.
        Et ce que tu ne précise pas, c’est que les canonniers ukrainiens plébiscites les obus français, parce qu’ils sont mieux finis, et n’occasionnent aucune panne dans les tubes ou les chambres, (problème soulevé lors d’une comparaison de produits par les artilleurs ukrainiens).
        Je ne connais pas l’état des stocks français, mais on ouvre des bunkers de stockage qui étaient fermés depuis des lustres dans quelques casernes. C’est pas pour soutenir la filière du champignon de France!

  10. Stakan Vada dit :

    Renault va construire des drones terrestres?? Sérieusement ! S’ils sont aussi fiables que les GBC 180, les VAB merdissima et autres, on est mal barré…

  11. DP dit :

    « Par ailleurs, Renault aurait un autre projet dans ses tiroirs : celui de proposer des véhicules militaires légers polyvalents [mais non blindés], toujours en partenariat avec John Cockerill Defense. L’idée consisterait à militariser un véhicule 4×4 du catalogue de Dacia. »

    Idée déjà proposée et refusée lors de l’adoption des Ford Ranger/Everest par l’AF… à moins que ce ne soit un vhl électrique peut-être ??? 😉

    Si c’est pour avoir des vhl non blindés, il y a des Toyota comme ceux des groupes djihadistes ou des Gardiens de la révolution en Iran et aussi dans beaucoup d’autres pays.
    Ca coûtera moins cher ! 😉

    A Djibouti en 92′, j’ai vu des Cdo marine avec des Toyota PZJ 75 en plaque d’immatriculation AF.
    Ca m’étonnerait fort qu’ils achètent des bouses pour se déplacer !?! 😉