La marine américaine a relancé son projet de canon électromagnétique

En décembre, l’administration américaine a annoncé la construction de vingt ou vingt-cinq cuirassés jaugeant au moins 30 000 tonnes et dotés, entre autres, de 140 cellules de lancement vertical, dont 128 de type Mk.41, de missiles hypersoniques, de missiles de croisière à capacité nucléaire, de 2 canons de 127 mm, de lasers ainsi que d’un canon électromagnétique [ou «railgun»]… dont le développement avait été suspendu en 2021, pour des considérations budgétaires. Et cela après seize ans de recherches menées sous l’égide de l’Office of Naval Research [ONR], avec le concours de BAE Systems et de General Atomics.
Aussi, ce projet de cuirassé laissait-il présager une reprise de ce programme. Ce qui a été effectivement le cas.
En effet, récemment publié, le rapport annuel du Commandement des systèmes navals de la marine américaine [NAVSEA] indique qu’un canon électromagnétique a fait l’objet d’une campagne d’essais de trois jours, réalisée au champ de tir de White Sands [Nouveau-Mexique] en février… 2025. Ce qui suggère [ou confirme] que ce concept de cuirassé dévoilé par le Pentagone était dans les cartons depuis quelque temps. Du moins l’était-il avant le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
«Le détachement de White Sands [WSD] a testé un canon électromagnétique afin de recueillir des informations cruciales sur les tirs à haute vitesse. […] Ces essais, menés en février, étaient une initiative conjointe du WSD et de la division Dahlgren du Naval Surface Warfare Center [NSWC]. Ils ont été réalisés pour le compte du Bureau conjoint de transition hypersonique du Commandement des systèmes navals», explique le document, sans livrer plus de détails.
Ce projet de canon électromagnétique avait été suspendu au moment où l’ONR s’apprêtait à mener des essais opérationnels depuis des navires de surface. Et cela après une campagne de tirs effectuée par le NSWC en Virginie. À l’époque, l’US Navy envisageait d’équiper ses trois destroyers de la classe Zumwalt avec une telle arme.
Sans doute que les progrès récents de l’agence du ministère japonais de la Défense pour la technologie, les acquisitions et la logistique [ATLA] dans ce domaine ainsi que ceux de la Chine, ont fini par convaincre le Pentagone de relancer le projet de Railgun promu par l’US Navy.
Pour rappel, le principe d’un canon électromagnétique consiste à faire circuler un courant électrique de très forte intensité couplé à un champ magnétique entre deux rails parallèles conducteurs d’électricité. Grâce à la force de Laplace, résultante de celle de Lorenz, un objet placé entre ces derniers subit une accélération suffisante pour l’éjecter du canon à une vitesse d’au moins cinq fois la vitesse du son et à une distance d’environ 200 km.
Seulement, cela suppose de relever plusieurs défis. Il faut d’abord avoir la capacité de produire suffisamment d’énergie dans un laps de temps court pour qu’un tel canon puisse fonctionner. Ensuite, la question des matériaux est cruciale étant donné qu’une telle arme est soumise à de fortes contraintes physiques… et donc potentiellement à une usure prématurée. Enfin, la précision des tirs est aussi un sujet important. Pour cela, l’US Navy avait initialement prévu d’utiliser un obus appelé «High Velocity Projectile – HVP], développé par BAE Systems.
Cela étant, un canon électromagnétique présente au moins trois avantages.Il permet d’atteindre une cible depuis une distance de sécurité et d’éviter de stocker des explosifs à bord d’un navire [du moins en théorie… car d’autres armes cohabitent]. Enfin, son utilisation est peu coûteuse au regard de celle d’un missile [de l’ordre de 50 000 dollars].
En France, la Direction générale de l’armement [DGA] a fait savoir qu’elle menait un projet du même ordre, au profit de la Marine nationale et avec le concours de l’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis [ISL], particulièrement en pointe dans ce domaine en Europe.
Photo : NAVSEA





Quand on sait combien coûte une catapulte électromagnétique pour le Pan…
Le système pour canon est certes plus petit,
mais par rapport à un canon classique, le coût reste disproportionné…
C’est absolument pas comparable.
C’est comparer une mobilette et un spitfire sous prétexte que les deux ont une moteur a explosion
Au moins les catapultes peuvent dès aujourd’hui lancer des salves de nombreux et très lourds missiles de croisière… mais l’usage militaire d’un tel canon n’est pas pour tout de suite.
oui clairement et sans compter qu’il faut à coté une source d’énergie considérable, et qui ne peut pas se recharger en 5mn.
Franchement, vu la portée, un systeme de type Himars fait aussi bien l’affaire à moindre cout et pour une capacité de tir plus soutenu
Le symbole de la minute temporelle est « min », pas « mn ».
https://fr.wikipedia.org/wiki/Minute_(temps)
En 5 min.
C’est toujours le souci avec le technologisme…
https://shs.cairn.info/annuaire-francais-de-relations–9791090429956-page-777?lang=fr
Intéressant… merci agent triple ouf (pour ceux qui ont la réf. cinématographique)
Un film de Rohmer ?
https://www.filmdeculte.com/cinema/film/Triple-agent-834.html
Houla… ça nous rajeunit pas ça…
nan, c’était dans un James Bond, je sais plus lequel, l’agent russe (féminin) se nommait triple X
L’espion qui m’aimait.. ( ah.. Barbara Bach…)
Tirer à 200km un obus (meme s’il a la capacité de se guider) mais vu le cout et le besoin energétique on peut se demander si ca en vaut le coup par rapport à un missile de type Himars.
Vu l’énergie nécessaire poru un tir on peut se demander combien de coup peuven tetre tiré et combien de temps faut il pour une recharge. surtout si ce canon se trouve en zone désertique, sans alimentation ou en mer, on peut craindre plusieurs heures avant une recharge.
bref sur le principe c’est bien mais est ce que les inconvénients ne sont pas trop grands pas rapport à des systemes plus simples de rockets ou missiles guidés ?
Combien de coups peuvent être tirés.
Non l’énergie nécessaire n’est pas délirante, c’est l’énergie sur un moment très court qui est monstre. Sauf si on tire de manière très soutenue ça sera pas un problème.
On stock l’énergie sur accumulateur, une fois la rafale partie, on prend le temps de recharger. Je vois mal une attaque de missiles de 200 km, arriver à saturer un canon.
Mais ça prend beaucoup de place d’où la taille des bâtiments et l’impossibilité actuelle de mettre ça sur un camion.
Un accumulateur dont le fonctionnement ressemble étrangement à celui d’un condensateur, en quelque sorte; ou plutôt d’une batterie de condensateurs en parallèle.
Ca s’appelle des condensateurs de puissance. C’est extrêmement utilisé, c’est comme ça que les voitures électriques rechargent en freinant, car selon la puissance du freinage, la batterie n’a pas la capacité à tout stocker dans le temps voulu. On trouve ça jusque dans les machines à laver.
Ce n’est pas le même temps de vol. Un obus de canon électromagnétique a une vitesse initiale de Mach 8 contre Mach 3 pour une roquette de Himars.
Il me semble que vous confondez énergie et puissance.
On parle d’un canon de marine.
Les probabilités qu’il soit en zone désertique sont aussi faibles que celles qu’il soit en mer sont fortes.
Quant à se trouver sans alimentation ou devoir attendre des heures entre deux coups, ne prenez pas trop les responsables de ce programme pour des imbéciles.
albert, et vous ne pensez pas que les responsables du programme se sont posés ces questions en premier ?
.
Rapide calcul : pour lancer un lest de 1kg à 200km, il faut 1MJ. Pour sortir du tube de 10 mètres à 1400m/s en sortie, ça donne une accélération de 0 à 1400m/s en 0.014 seconde, soit un moteur de ~71MW. Ca fait déjà un gentil petit réacteur nucléaire de marine, même si certains réacteurs américains sont 8 fois plus puissants. Donc ce genre de techno ne sera utilisé pas dans le désert, mais plutôt acculée à une centrale nucléaire.
Même.
Concernant la précision, je me demande si/comment un projectile tiré par un tel canon peut être guidé (ou muni d’un dispositif permettant de modifier sa trajectoire en vol). En effet, un dispositif électronique embarqué devrait subir et résister aux effets de très forts champs magnétique et électrique (pour l’accélération, je sais déjà que ça résiste [voir les obus guidés actuels]).
C’est prévu tout serait encastré dans le corp de l’obus. Je suis quand très dubitatif sur le nombre de g à encaisser (j’en ai aucune idées).
Si l’électronique est blindé par une cage de type Faraday alors aucun risque. C’est très courant en électronique ce type de protection, ça se présente simplement sous forme de capot métallique. Par exemple, sur un IRM le champ electromagnetique est puissant et rayonne dans toute la salle, et si l’electronique n’était pas protégé ça poserait probleme.
A 200km il est évident que pour une bonne précision il faut un guidage électronique.
une cage faraday type sabot, qui liberera l’obus une fois éjecté du canon, sinon, l’obus sera sourd et aveugle
Assez ironiquement le programme Zumwalt a capoté à cause du coût trop élevé des obus guidés spéciaux de ses super-155… c’est le risque pour tous les canons à très longue portée.
Dans une moindre mesure c’est aussi une des faiblesses du 40mm CTC : de nouvelles munitions plus onéreuses que celles des systèmes déjà matures et répandus, dont le coût unitaire risque de mettre du temps à baisser.
Pour l’instant et sauf gros progrès sur les prototypes dans la décennie qui vient, on a le pire des 3 mondes : le poids et l’encombrement d’un canon et de ses munitions, la difficulté d’entretien d’un laser, le prix par munition/salve (guidée, vu la portée recherchée) d’un missile…
C’est bien de continuer à rechercher, mais ces engins ne sont pas encore à bord d’un navire de combat.
Comme pour tout, les progrès technologiques et les innovations permettront de réduire leur taille. Mais il faut bien commencer par le début .
Et voilà pourquoi les cruiseurs sont de retour.
Les missiles hypersonique et canon elec prennent énormément de place. Les zumwalt pouvaient eux même prendre l’un ou l’autre mais pas les deux et on parle de destroyer de 15000 tonnes.
Les croiseurs (en français) n’ont jamais disparu : les Ticonderoga américains, les Slava et Kirov russes/soviétiques, pour n’en citer que quelques-uns. Ce sont les cuirassés (« battleships » en anglais) qui avaient disparu quand le Missouri a été retiré du service en 1992, et qui pourraient revenir sur le devant de la scène d’ici quelques années.
« En France, la Direction générale de l’armement [DGA] a fait savoir qu’elle menait un projet du même ordre, au profit de la Marine nationale et avec le concours de l’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis [ISL], particulièrement en pointe dans ce domaine en Europe. ». Si je ne m’abuse, cela se fait en coopération avec les Japonais.. https://www.navalnews.com/naval-news/2024/10/video-japan-joins-european-efforts-for-railgun-research-project/. Japonais qui ont leur propre programme unique et ont commencé certains tirs sur cible https://www.twz.com/sea/railgun-damage-to-japanese-target-ship-seen-for-the-first-time
Les ambitions japonaises sont plus modestes que celle de la « Ghost Fleet Mania »: en anti-aérien ou anti-surface moyenne portée on peut tirer des munitions non guidées donc pas trop trop chères, et espérer déployer une première version opérationnelle « rapidement ».
ca va couter un pognon de dingue ces cuirassés … probable qu’on en verra jamais le jour après quelques dizaines de milliards foutu à la poubelle
Non en effet, accepter de faire des choix (certains DDG emporteront tel système, et d’autres tel autre) pour préserver la déconcentration des moyens semble une voie plus pragmatique et raisonnable. Toujours la difficulté à accepter les compromis…
@Lecoq. Vous vivez et payez vos impôt aux US??
Je ne sais pas si cela aboutira à la mise au point d’un système d’arme « bon de guerre » (au même titre que les lasers) au regard des défis technologiques multiples (comme dit dans l’article et les commentaires). Pour autant cela mérite d’être explorer et peut avoir des effets collatéraux positifs sur la R&D concernat les matériaux (à la fois obus et canon), la résistence de l’électronique aux perturbations magnétiques, la gestion de l’énergie, etc. Un projet peut planter dans sa globalité tout en amenant des innovations qui peuvent réemployer.
C’est super : la guerre développe le commerce ; enfin pas tous les commerces, pas ceux utiles aux populations, seuls les commerces pour les militaires, par les militaires … Et tant pis si des centaines de milliers de personnes ne peuvent ni se nourrir correctement ni être soignées, ni être éduquées.
c’est pas delà faute de la teneur des plans banlieue.
mais voilà : faire une arme, c’est cool, c’est un objectif concret, alors que la misère, c’est vaste: y’a la misère financière, morale, sanitaire…et surtout une fois que le budget militaire à été alloué, il est utilisé par les militaires et ingénieurs.
le budget du social et de l’éducation, on sait à qui il est attribué mais pas à quoi il sert.
ceux qui ont des contacts dans l’éducation nationale ou avec les assistants sociaux en savent quelque chose.
car la guerre a ceci de terrible: une arme garde sa valeur au long des âges. une hache fabriquée comme dans la préhistoire reste pertinente tant qu’il n’y a pas mieux en face.
nourrir un abruti fini qui crache sur le système alors qu’il est nourri -même mal- par ce dernier a raté le moyen de reprendre le dessus en obtenant, au hasard, un travail qui fera de lui un citoyen imposable.
c’est une espèce qui disparaît,elle mérite donc de fait la meilleure des protections.
N’importe quoi les rails guns sont fait pour lancer des munitions pas très grosses sans charges explosives à très haute vitesse. C’est l’énergie cinétique qui fait le boulot
@pluriel Cela dépend de l’âge du tireur et du nombre de coups tires dans la nuit nul je sais je sors.
vélos à piles, ouatures à piles, flingos à piles….
ouais ouais, ouais
@Watts
Il y a une différence fondamentale entre la dépendance (forcée) de la population à l’électricité et celle utilisée par les militaires
Dans le premier cas on (l’État) oblige les gens à avoir des compteurs linky et des voitures électriques (Il faut avoir conscience du grand pipeau sur le CO2), et on soutient vivement la disparition des chauffages au fioul et au gaz (cuisinière incluse), pour pouvoir punir le citoyen récalcitrant en lui coupant l’électricité.
Les militaires ont toujours de l’essence avec eux.
Une armée robotisée demande de l’énergie…
https://www.lexpress.fr/environnement/guerre-en-ukraine-lenergie-portable-le-nouveau-nerf-de-la-superiorite-militaire-par-samuel-guillaume-V2BCOE5DJVBM7AGDO4HPX3KLYA/
Comme d’habitude, il suffit de regarder ce que font les américains, pour savoir ce que les Européens vont devoir acheter dans 10-15 ans !
https://lignesdedefense.ouest-france.fr/le-departement-de-la-guerre-va-tester-un-mini-reacteur-nucleaire-de-nouvelle-generation-dans-lutah/