Le Pentagone dévoile l’avion expérimental de type VTOL Bell X-76, destiné aux forces spéciales

En vue d’un éventuel conflit dans l’Indopacifique, les forces aériennes américaines sont en quête d’aéronefs pouvant être mis en œuvre depuis des pistes sommaires [ou «non préparées»] dans un environnement fortement contesté. D’où, entre autres, le projet SPRINT [pour Speed and Runway Independent Technologies], mené par la DARPA, l’agence du Pentagone dédiée à l’innovation, pour le compte de l’US Special Operations Command [USSOCOM].

Lancé en novembre 2023, SPRINT vise à faire voler un avion expérimental de type VTOL [à décollage et à atterrissage verticaux] capable de voler à une vitesse de croisière comprise entre 400 et 450 nœuds [740 / 840 km/h]. L’enjeu est de développer des technologies clés susceptibles d’être intégrées à des «aéronefs militaires de différentes tailles».

Pour la phase 1B, la DARPA sélectionna les projets de Bell Textron et d’Aurora Flight Sciences, aux dépens de ceux de Northrop Grumman et de Piasecki Aircraft. Les deux industriels retenus disposaient alors de seulement un an pour achever les travaux de conception préliminaire de leurs aéronefs.

Finalement, en juin dernier, Bell Textron se vit confier un contrat pour les phases 2 et 3 de ce projet, celles-ci devant permettre de finaliser la conception, la construction et les essais en vol de l’avion expérimental «SPRINT», qui offrira «la vitesse d’un jet et la liberté d’un hélicoptère».

Visiblement, Bell Textron ne perd pas de temps. En effet, le 9 mars, soit huit mois plus tard, la DARPA a fait savoir que cet avion expérimental venait d’être appelé «X-76», à l’issue d’une «revue de conception critique [CDR] concluante».

«Cette désignation l’inscrit dans la lignée historique des avions expérimentaux qui ont longtemps repoussé les limites de l’aviation. Coïncidant avec le 250e anniversaire du pays, la désignation X-76 rend un hommage à l’esprit révolutionnaire de 1776», a expliqué la DARPA, en faisant référence à la Déclaration d’Indépendance des États-Unis.

En outre, au vu des images diffusées à cette occasion, hormis son empennage en papillon [ou en V], ses deux entrées d’air latérales et ses moteurs en bout d’ailes, le X-76 a un petit air de famille avec le Bell X-1, le premier avion à avoir franchi le mur du son, avec Chuck Yeager aux commandes.

La DARPA n’a pas précisé si ce X-76 sera autonome ou mis en œuvre par un équipage. Les visuels qu’elle a publiés suggèrent que les deux solutions sont envisagées.

Quoi qu’il en soit, la revue critique de conception étant achevée, le projet SPRINT va désormais se concentrer sur la construction et les essais au sol du démonstrateur X-76, dont le vol inaugural est prévu en 2028.

«Pendant trop longtemps, la piste d’atterrissage a été à la fois un atout et une contrainte, offrant de la vitesse mais créant une vulnérabilité critique», a souligné le commandant Ian Higgins [US Navy], le responsable de ce projet au sein de la DARPA. «Avec SPRINT, nous ne nous contentons pas de développer un avion expérimental : nous créons des solutions, nous travaillons pour offrir la possibilité de surprendre, de déployer rapidement des renforts et d’intervenir rapidement partout dans le monde, sans avoir besoin de piste d’atterrissage», a-t-il résumé.

Illustration : DARPA

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31 contributions

  1. Yvon dit :

    Il faut bien utiliser les 1000 (1500 ?) milliards de dollars du budget annuel de la défense américaine….

  2. Bastan dit :

    Un petit air de Dornier31

    • Fralipolipi dit :

      @Bastan
      Tout à fait.
      Et lui même inspiré du Ling-Temco-Vought (LTV) XC-142.
      … Il y en avait des beaux prototypes dans les années 60 … à la pelle !

      • Bastan dit :

        J’étais abonné à Aviation Magasine dont je possède encore de très nombreux numéros. Plusieurs prototypes dans chaque numéro, dont beaucoup de français

  3. G dit :

    Bell aime décidément ses rotors basculants ; alors certes ça permet d’aller plus vite et plus loin que les autres voilures tournantes, mais ils sont aussi beaucoup plus complexes et surtout plus dangereux (=ne laissant guère de chances à leurs occupants en cas de pépin, même à basse altitude).
    Vu les progrès des hélicoptères aux configurations plus classiques, Sikorsky et Airbus ont sans doute raison de ne pas chercher à aller gratter ces quelques noeuds/nautiques supplémentaires.

    • Marine dit :

      Le but ici est d’atteindre les vitesses d’un jet, soit 400-450 noeuds (740-830 km/h). Ces vitesses ne peuvent pas être atteintes par un hélicoptère classique.

      • G dit :

        Tout à fait, et tout le monde ne voudra pas payer le quintuple pour 50% de plus.

        • Marine dit :

          Là, on parle plus d’un rapport du simple au triple, vu qu’un hélicoptère normal vole au maximum aux alentours de 250 km/h. Et en termes d’efficacité militaire et de vulnérabilité, c’est juste un autre monde et ça justifie qu’on s’y intéresse.

  4. Fralipolipi dit :

    Oh, un V22 Osprey « TGV qui va vite » avec moteurs hybrides +++ ! 🙂
    … 800 km/h, c’est pas mal ambitieux tout de même.
    La transition de décélération, au moment de reployer les pales, ça risque d’être chaud à caler …
    Prix catalogue ?… Pas pour les pauvres j’imagine.
    .
    Merci entlk à la Darpa et Bell-Textron de nous faire un peu rêver … Quelle année pour la présentation au Bourget ? 🙂

    • NORAD dit :

      @Fralipolipi. « La transition de décélération, au moment de reployer les pales, ça risque d’être chaud à caler « . Oui, mais bon ils partent avec un certain niveau de confiance car ils ont déjà validé cela en soufflerie en 2023..

      • Fralipolipi dit :

        @NORAD
        Je voulais écrire « redéployer », mais j’imagine que vous aviez corrigé par vous-même.
        En tous cas, ils savent être ambitieux, malgré les difficultés, ils s’en donnent souvent les moyens, et c’est à saluer.
        Maintenant, nous savons aussi qu’ils acceptent (car ils ont les moyens) d’avoir un taux important de développements avortés à différents stades.
        On croise qd meme les doigts pour eux, car c vraiment un beau projet.

        • NORAD dit :

          @Fralipolipi. « En tous cas, ils savent être ambitieux, malgré les difficultés, ils s’en donnent souvent les moyens, et c’est à saluer.
          Maintenant, nous savons aussi qu’ils acceptent (car ils ont les moyens) d’avoir un taux important de développements avortés à différents stades. » L’ambition, l’innovation sont les raisons d’être de la DARPA… Quant aux moyens, le budget annuel est assez faible en comparaison du budget total du Pentagone, surtout quand on voit le nombre de projets différents conduits par la DARPA. Par contre ces projets évitent en grande partie l’extrême lourdeur technico/administrative du Pentagone et du Congrès et donc leurs coûts et leurs délais… Pour ce qui concernent les projets avortés, oui il y en a beaucoup, mais ils ne sont jamais totalement perdus. Dans de nombreux cas, il faut attendre certains développements technologiques avant de les ressortir du tiroir…

          • Fralipolipi dit :

            @NORAD
            Ne faudrait-il pas créer un organisme similaire à la DARPA, en France, totalement dédié à l’innovation, et qui pourrait travailler en émulation avec
            – les nombreux Retex et innovations proposées/suggérées par nos armées et de nos soldats,
            – les projets indépendants de nos industriels, développés sur fonds propres (le Canon Caesar étant une des récentes belles réussties des ces dvpmts sur fonds propres).
            Quelquechose de moins lourd et cadré que la DGA, et in fine plus rapidement innovant.
            .
            Cela existe peut-être déjà en France ?!?

    • VinceToto dit :

      C’est le grand luxe au département de la défense US qui bouffe les budgets en Homards pour ne pas perdre de budget:
      https://newrepublic.com/post/207555/pete-hegseth-billions-dollars-fruit-basket-stands-chairs-crab

  5. Jacques999 dit :

    Pas très manoeuvrant avec autant de poids au bout de longues ailes non ? Sans être un avion d’acrobates, quel facteur de charge supportera t’il ?

    • Marine dit :

      Cette considération est hors-sujet, vu la vocation de l’engin… Il n’est pas question de faire du combat aérien avec. On sera plus sur des performances de transporteur que de chasseur.

    • Le "T apostrophe" prolifère insidieusement dit :

      Supportera-t-il.

    • G dit :

      Et surtout, le contenu de ces lourdes nacelles n’est pas bien clair : ces moteurs fournissent-ils toujours de la poussée en vol horizontal, ou bien servent-ils uniquement aux rotors ?

  6. Nexterience dit :

    pourquoi des turboréacteurs basculants ne sont pas utilisés?

    • Marine dit :

      Parce que dans les phases verticales à basse vitesse, les hélices ont un bien meilleur rendement et donc une consommation bien moins élevée.

    • Raphaël dit :

      ça suce à mort un turboréacteur… surtout à la verticale, et pour des vitesses subsoniques, c’est inutile.

    • G dit :

      Ce serait très agressif pour la surface (sol, pont, personnels alentour) à l’instar du F-35B assez « décapant », et le V-22 lui-même n’est pas réputé très respectueux de la pelouse… Or un tel appareil perd beaucoup de son intérêt s’il n’a plus la souplesse d’emploi d’un hélicoptère.

  7. Rogger dit :

    bonjour.
    bon dans les années 1950 . beaucoup d’effort ons etait consacré a des concepts équivalent…. mais ils n’est pas simple de réussir le transféré du verticale a l’horizontal…
    D’ailleurs la fiabilité de systèmes reste le points faible … Le coût économique d’un telle engins reste conséquent…
    Un beau projet , mais tres difficile a mettre au points…
    courage au ingénieurs…

    • Relisez-vous SVP dit :

      Beaucoup d’effortS onT ÉtÉ consacréS À.
      Des concepts équivalentS.
      IL n’est pas.
      Le transfErT du verticaL À l’horizontal.
      Le poinT faible.
      D’un teL engiN.
      TrÈs difficile À mettre au poinT.
      Courage auX ingénieurs.

    • G dit :

      Les ingénieurs vont s’éclater je pense !…

  8. TontonYves dit :

    Je verrais bien un Racer d’Airbus avec un rotor constitué de quatre pales très larges totalisant la surface d’une aile d’avion. Ce rotor ne servirait qu’au décollage et cesserait de tourner après transition vers un vol de type avion, mais garderait ses fonctions de commande en roulis, tangage . Qu’en pensez-vous?

    • Louis XVI dit :

      @TontonYves. J’en pense que cela a déjà été étudié/expérimenté il y a de très longues années….

  9. TontonYves dit :

    @ Louis XVI : Etudes peut-être mais réaliation: pas à ma connaisance. La principale difficulté doit être la réalisation du profil de pale: car en vol de type avion, rotor à l’arrêt, pour 2 pales sur 4 le bord de fuite devient bord d’attaque. Solution: un profil symétrique dans le sens bord d’attaque/bord de fuite: une sacrée étude. Le problème reste le même quel que soit le nombre de pales

    • G dit :

      Oui celles du V-22 sont impressionnantes, on peine à leur imaginer une version « camping »…