General Atomics va intégrer des missiles à longue portée sur son drone MALE MQ-9B

Pouvant survoler une zone donnée pendant plusieurs heures pour des missions ISR [renseignement, surveillance, reconnaissance] ou de frappe, le drone MALE [Moyenne Altitude Longue Endurance] est généralement associé aux opérations de contre-terrorisme et de contre-insurrection, menées dans des environnements dits « permissifs ». C’est la raison pour laquelle la France a fait l’acquisition de MQ-9A Reaper peu après son intervention au Mali, en 2013.

Seulement, dans un engagement de haute intensité, l’utilité de ces appareils interroge dans la mesure où ils sont beaucoup trop vulnérables pour que leurs capacités puissent être exploitées dans des espaces contestés. Pourtant, d’autres applications sont possibles.

En effet, un drone MALE peut servir de relais de communication ou être utilisé pour l’alerte avancée, la lutte antinavire ou bien encore la lutte anti-sous-marine. Après tout, il n’est pas plus vulnérable que les plateformes « habitées » qui effectuent ces tâches actuellement.

En tout cas, General Atomics Aeronautical Systems [GA-ASI] s’attache à développer les capacités de ses MQ-9B SkyGuardian et MQ-9B SeaGuardian pour qu’ils puissent tenir un rôle dans de nouveaux concepts opérationnels.

Ainsi, via un communiqué publié le 23 février, l’industriel américain a fait savoir qu’il est en train d’étudier la possibilité d’intégrer des munitions à longue portée à ces deux modèles de drones MALE. Et cela afin qu’ils soient capables de menacer des cibles à longue distance, « notamment dans les vastes étendues du Pacifique occidental ».

« Nous souhaitons optimiser la valeur ajoutée de ces appareils en leur permettant de mener de nouvelles missions », a fait valoir David R. Alexander, le PDG de GA-ASI. Les MQ-9B SkyGuardian et MQ-9B SeaGuardian « disposent d’une capacité d’emport exceptionnelle. Il est donc logique d’élargir leur gamme de missions en leur donnant la possibilité d’emporter des armes à longue portée », a-t-il ajouté.

Quant aux munitions que ces drones MALE seraient susceptibles d’emporter, GA-ASI a évoqué le missile de croisière AGM-158 JASSM ER [Joint air-to-surface standoff missile, 900 km de portée] et le missile antinavire AGM-158C LRASM [Long Range Anti-Ship Missile] de Lockheed Martin ainsi que le Joint Strike Missile [JSM] développé par Kongsberg et Raytheon. Un essai avec au moins l’un de ces trois armements est prévu dans le courant de cette année.

Selon GA-ASI, une mission type consisterait à faire décoller des MQ-9B de plusieurs bases amies dans le Pacifique occidental et dans le sud du Pacifique pour qu’ils rejoignent une zone hors de portée des armes d’une puissance hostile. Et, sur ordre, ils lanceraient leurs missiles « en coordination avec d’autres opérations américaines ou alliés ».

Un tel profil de mission s’inscrit dans le droit fil du concept ACE [Agile Combat Employment] de l’US Air Force. Pour rappel, ce dernier vise à permettre à une force d’intervenir dans un environnement contesté en mettant l’accent sur sa flexibilité et sa capacité à concentrer des moyens en vue d’obtenir la supériorité aérienne à un moment donné, tout en cherchant à créer un effet de surprise.

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23 contributions

  1. lecoq dit :

    c’est juste une extension logique

    • HMX dit :

      Logique, en effet. Les drones MALE ne peuvent plus approcher du champ de bataille dans un combat de haute intensité : trop vulnérables, et trop chers pour être considérés comme « consommables ». Ils doivent donc reculer, rester à distance, et voient ainsi leur rôle évoluer : ce sont désormais des plateformes de tir de munitions à distance, type « camions à missiles », ou plus valorisant, peuvent être utilement « recyclés » en plateforme de lancement pour des MTO à longue portée (le drone MALE servant alors potentiellement de relais de transmission).

      En France, nous avons désormais plusieurs projets de drone MALE en cours (mieux vaut tard…). En revanche, les munitions adaptées à ces nouveaux usages du drone MALE font pour le moment cruellement défaut. L’AASM XLR, prévue pour 2028, apportera un timide début de réponse, avec une portée de l’ordre de 140km. Le Smartglider de MBDA pourrait aussi être une piste, avec sa portée « supérieure à 100km », et sa capacité à frapper de façon coordonnée une ou plusieurs cibles.

      Mais il manque réellement à cette panoplie un missile de croisière léger, pouvant être tiré à une réelle distance de sécurité (500 à 600km, par exemple). L’équivalent d’un Scalp EG, mais avec une masse de seulement 250/300kg. Un drone MALE type Aarok pourrait par exemple en emporter 4 exemplaires, soit une puissance de feu déjà très appréciable. Des missiles de ce type existent déjà, ou sont en cours de développement (voir en Turquie, ou les projets d’Anduril aux USA, notamment).

      De même, il nous faut une MTO aéroportée, l’équivalent de LARINAE mais dans une version boostée et conçue pour être lancée via un drone MALE, avec une autonomie de plusieurs heures.

      Sans ces deux types d’armes, nos futurs drones MALE seront largement inutiles et resteront dans un hangar, ou seront condamnés aux seuls théâtres de basse intensité… il y a donc urgence à lancer un programme en ce sens !

      • Malazgitt1071 dit :

        La société turque ROKETSAN développe un troisième missile aérobalistique (IHA122 ,70 km et IHA 230 ,150km sont déjà en service et utilisés par l’AKINCI ) , le 300 ER d’une portée de +500 km a un poids d’environ 900 kg , l’Akinci pourra l’utiliser aussi puisqu’il a déjà emporté une version guidée indigène de la bombe MK-84 sous le ventre .

      • tschok dit :

        Il faudra résoudre un petit problème, parce que ces drones n’ont pas des vitesses ascensionnelles fantastiques, or les portées de tir annoncées pour les munitions dont on veut les doter correspondent à des altitudes de tir élevées où, même à une distance de plusieurs centaines de kilomètres, les drones MALE sont déjà vulnérables à des missiles antiaériens longue portée.

        Sauf s’ils approchent à basse altitude, puis montent rapidement à l’altitude de tir optimale.

        Mais pour ça, il faut une vitesse ascensionnelle élevée. Et comme à ce moment-là de l’attaque, ils seront chargés (4 gros missiles sous voilure), il leur faut un moteur plus puissant, ce qui implique un autre design dans la plupart des cas.

        Bref, à design constant, c’est une solution qui peut sembler logique, en effet, mais qui montrera elle aussi ses limites en face de systèmes antiaériens très longue portée.

        Reste la guerre électronique, la maitrise de l’info et la NEZ des missiles adverses: on se fait détecter, on se fait tirer dessus, bon tant pis, mais si on n’entre pas dans la NEZ du missile adverse, c’est ok et on a le temps de tirer, puis de se barrer en courant.

        Tout est dans le calcul de la NEZ, quoi. Donc, la maîtrise de l’info, ce qui veut dire numérisation du champ de bataille à fond la caisse.

        • HMX dit :

          @tschok
          J’évoquais justement des munitions de +500km de portée : à cette distance, un drone MALE peut encore espérer voler haut et tirer ses munitions, sans être pris à partie par la défense sol-air. Peut être que dans 10 ou 15 ans, ce ne sera plus 500km, mais plutôt 1000km qu’il faudra viser. Il faudra alors s’adapter. En attendant, si on pouvait disposer de missiles de croisière léger, qui entreraient en service à peu près en même temps que nos futurs drone MALE, ce serait déjà une avancée très significative !

  2. jean luc dit :

    on appelle cela un combat collaboratif, il pourra voir, entendre, identifier, et maintenant tirer

  3. benoit dit :

    étrange ces annonces pour mettre des vecteurs à longue portée partout.
    il y a d’autres plateformes bien plus efficientes pour ces vecteurs dits à longue portée

  4. Malazgirt1071 dit :

    Ahaha,qu’ ils sont comiques ces ricains . Le point d’emport avec la charge la plus lourde est de 650 kg environ selon le constructeur , on a jamais vu un Reaper A ou B emporter une bombe de plus de 250 kg comme le MK-82 et à la rigueur quelques Hellfire à coté mais rien de plus gros comme bombe car il n’en n’est tout simplement pas capable , comment peuvent-ils essayer d’intégrer la capacité d’utiliser une bombe qui pèse environ 1.2 t ? Si les ingénieurs américains arrivaient à développer le dixième des projets qu’ils annoncent cela se saurait ,ces drones Reaper sont largement surévalués . 🙂 🙂

  5. Simlabeng dit :

    Je ne sais pas si ses armes feraient aussi sur un Avengers ou un Mohave.

  6. Vortex dit :

    Oui, bof, un vecteur de plus pour embarquer des armes longue portée.
    Ces engins feront simplement des hippodromes avec leurs armes sous les ailes, et au « Top », l’humain toujours dans la boucle, engagera la cible et délivrera la munition pour la traiter.
    Rien de nouveau en somme.
    Et pour ce qui est de la France qui a acquis des Reaper américains, rappelons à toutes fins utiles, qu’il n’y avait rien d’autres en production en France ou dans l’UE … Pas le choix !

    • tschok dit :

      Non, non, ça change tout, parce que là, vous n’êtes plus dans un environnement permissif.

      Donc, vous devez tout repenser. Y-compris l’idée de départ du drone :
      – Au début : je peux me permettre de le perdre, parce que j’ai conçu mon drone pour économiser la perte possible d’un avion, plus précieux
      – Maintenant : ben finalement mon drone est devenu aussi précieux qu’un avion, mais un peu inutile parce que l’environnement n’est plus permissif

      Donc, il faut que je repense la doctrine d’emploi pour qu’il me soit utile, à design constant (avec ma flotte existante) ou en développant un nouveau drone.

      Là, on est à design constant, avec des munitions existantes ou en cours de développement.