Mer Rouge : L’Union européenne prolonge d’un an le mandat de l’opération navale Aspides

Le 29 septembre 2025, alors qu’il venait de quitter Djibouti pour mettre le cap vers le golfe d’Aden, le cargo néerlandais MV Minervagracht a été gravement endommagé par un missile lancé depuis le Yémen par les rebelles houthistes, ce qui a conduit son équipage à l’abandonner. Ce dernier a été secouru par des frégates de l’opération européenne ASPIDES, lancée en février 2024 pour protéger le trafic maritime en mer Rouge.

Depuis, plus aucun navire n’a été attaqué par les houthistes. Selon le Centre de sûreté maritime de la Marine nationale [Maritime Information Cooperation & Awareness Center ou MICA Center], l’activité des rebelles yéménites, soutenus par l’Iran, s’est significativement réduite en 2025, avec « cinquante événements » constatés, comprenant la « détection de drones aériens ou de missiles, l’interception d’une munition par un moyen militaire, ainsi que l’attaque portée sur un navire ou sur le territoire israélien ».

Pour autant, comme en 2024, avec les MV Rubymar et Tutor, les houthistes sont parvenus à couler deux navires de commerce, à savoir le Magic Seas et l’Eternity C, en menant des attaques saturantes impliquant des drones aériens, des drones de surface, des missiles balistiques, des missiles de croisière et des skiffs avec, à leur bord, des commandos armés de lance-roquettes.

Au moins deux raisons peuvent être avancées pour expliquer cette baisse d’activité. Lancée en mars 2025, l’opération américaine Rough Rider a très probablement contribué à dégrader les capacités militaires des houthistes, le Pentagone ayant fait état de la destruction de plus de 800 cibles à l’issue de quarante-cinq jours de frappes aériennes. Et puis, surtout, l’accord conclu à Charm el-Cheikh, en octobre, entre Israël et le Hamas a conduit les rebelles yéménites à suspendre leurs opérations contre l’État hébreu et à lever leur blocus maritime en mer Rouge.

Cela étant, le 23 février, le Conseil de l’Union européenne a décidé de prolonger l’opération Aspides, qui mobilise au moins une frégate de la Marine nationale, jusqu’au 28 février 2027.

« Dans le cadre de cette prolongation, le Conseil a approuvé un montant de référence financier de près de 15 millions d’euros afin de couvrir les coûts communs de l’opération pour la période allant du 1er mars 2026 au 28 février 2027. Un nouvel examen stratégique de l’opération sera mené en 2026/27 », a précisé le service diplomatique de l’Union européenne, via un communiqué. « Cette décision témoigne de l’engagement constant de l’UE en faveur de la sécurité maritime, de la stabilité régionale et de la protection des flux commerciaux mondiaux », a-t-il ajouté.

La prolongation de l’opération Aspides est logique au regard de la fragilité de la situation au Proche Orient. D’une part, l’issue du processus de paix entre Israël et le Hamas reste incertain et, d’autre part, les États-Unis n’écartent pas une intervention militaire de grande ampleur contre l’Iran. Ce qui, dans un cas comme dans l’autre, pourrait conduire les houthistes à reprendre leurs opérations, d’autant plus que, comme le souligne le MICA Center, ils « disposent vraisemblablement toujours d’un stock de munitions important, entre autres grâce au soutien logistique de l’Iran ».

Qui plus est, selon un rapport des Nations unies, les houthistes et les jihadistes somaliens d’al-Shebab ont renforcé leurs liens.

« La coopération avec les shebabs ne se limite pas à des avantages transactionnels, elle s’inscrit également dans une stratégie visant pour les houthistes à accroître leur influence dans la région », estime ce document.

Pour le MICA Center, cette coopération « pourrait se structurer autour du trafic d’armes, de l’échange d’expertise militaire, de l’échange de renseignements, voire d’un soutien mutuel sur le terrain. Ce dernier aurait pu prendre la forme d’un accroissement ponctuel de la piraterie observée début 2024 au large de la Somalie […], ou encore d’un appui aux attaques houthistes menées dans le golfe d’Aden. »

En outre, d’après le Centre de sûreté maritime de la Marine nationale, « il n’y a toujours pas de reprise franche de la navigation en mer Rouge », même si « le nombre de navires transitant actuellement en mer Rouge [1 128 transits en novembre 2025] se rapproche ainsi d’un plus haut de deux ans [1 299 transits enregistrés en janvier 2024] ». Quoi qu’il en soit, estime-t-il, la « reprise sera forcément graduelle pour éviter une congestion, les risques logistiques et une maîtrise des coûts du fret maritime ».

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34 contributions

  1. Yann490 dit :

    Bonjour, participer à l’Aspides c’est bien, mais il faudrait que cela tourne et que ce ne soit pas toujours les mêmes. Actuellement, seulement 3 pays (dont bien sûr la France) y participes,sur 23 engagés…. Avec notre énorme zone économique exclusive, et notre sous dotation en navires, qui pense payer la facture de l’atrition de nos moyens ?

  2. Petit navire dit :

    Le MICA center édite son rapport publiquement depuis 7 ans.
    Le bilan de 2025 est positif : « les incidents et attaques baissent de 6% » au global, derrière ces chiffres, il y a des zones où la piraterie et les trafics se portent bien, malgré toutes les technologies en oeuvre.
    Courage à nos marins et à ceux qui les accompagnent à bord!
    https://lignesdedefense.ouest-france.fr/le-desordre-maritime-semble-se-stabiliser-avec-une-baisse-de-6-des-incidents-et-attaques-selon-le-mica-center/

    Puisque l’Iran est dans les feux de l’actualité, rappelons-nous que tous les menaces à notre encontre ne voguent pas forcément sur la mer ou dessous et peuvent venir par les airs :
    https://www.diploweb.com/Carte-En-Mediterranee-la-prolife%C3%8C%C2%81ration-balistique-et-la-de%C3%8C%C2%81fense-anti-missile-DAMB.html

    La France a le deuxième ZEE mondiale et les dangers multiples sont à marée haute pour ces territoires aussi :
    https://www.diploweb.com/Carte-commentee-Les-vulnerabilites-des-outre-mer-francais.html

    Enfin, puisque le Groenland a attiré l’attention, l’Arctique va aussi demander des moyens pour ne pas devenir une vulnérabilité supplémentaire dans un monde qui ne nous veut pas forcément du bien.

  3. lecoq dit :

    Queslqu’un sait quels sont les 3 pays qui participent activement ??? a priori l’Italie et la France … le troisième les Grecs ?

    que foutent les autres … ah oui ils se gavent et critiques les budgets des autres … foute europe

    • fabrice dit :

      D’un autre côté avec une frégate française sur zone…ça ou rien…

    • jean luc dit :

      Oui les grecs , les américains mais pour une autre raison. Les 3 pays actifs sont simplement plus près. Moins de distance à faire. Les autres, comme les Allemands, eux sont déployés en mer du Nord, surtout en ce moment avec les plus grandes manÅ“uvres navale et terrestre. L’exercice
      Steadfast Dart 26, qui se déroule au premier trimestre 2026, marque une étape cruciale pour l’autonomie de défense européenne au sein de l’OTAN.
      Voici les points clés concernant cet exercice et la participation française :
      1. Objectif : Tester la nouvelle « Allied Reaction Force » (ARF)

      Concept : Steadfast Dart 2026 est le premier test grandeur nature de l’ARF, une force multi-domaines (terre, air, mer, cyber, espace) capable de se déployer en quelques jours.
      Spécificité : Contrairement aux exercices habituels, il est mené sans troupes américaines, mettant ainsi à l’épreuve la capacité des Européens à assurer leur propre sécurité.

      2. Géographie et Manœuvres en Mer du Nord

      Zone d’opération : Le centre de gravité se situe en Allemagne du Nord (Schleswig-Holstein et Basse-Saxe) avec des projections vers la Mer du Nord et la Mer Baltique.
      Logistique : Les ports d’Emden et de Kiel servent de plaques tournantes pour le débarquement de véhicules lourds et de troupes venant du sud de l’Europe (Espagne, Italie, Turquie).

      3. Le rôle de la France en 2026
      La France joue un rôle de premier plan dans la montée en puissance de cette autonomie européenne :

      Commandement : En juillet 2026, la France prendra la direction des composantes aériennes et terrestres de l’ARF.
      Déploiement naval : Parallèlement à Steadfast Dart, le Groupe Aéronaval (GAN) français, articulé autour du porte-avions Charles de Gaulle, est déployé en Atlantique Nord et en Mer du Nord pour sécuriser les lignes de communication maritimes.
      Coopération terrestre : L’armée de Terre française participe à l’exercice Orion 26, qui se déroule en coordination avec les mouvements de l’OTAN, simulant une défense de haute intensité sur le sol européen.

      4. Enjeux stratégiques

      Mobilité militaire : L’exercice vérifie si les infrastructures (ponts, rails, ports) de l’Europe du Nord peuvent supporter le passage rapide d’une armée lourde.
      Dissuasion : En l’absence de forces américaines au sol pour cet exercice précis, l’OTAN envoie un signal clair sur la crédibilité du « pilier européen ».
      La position des navires allemands dépend du type de flotte (militaire, commerciale ou de croisière). Voici où ils se trouvent actuellement selon les données disponibles :
      Marine Nationale (Deutsche Marine)
      La flotte de guerre allemande opère principalement en mer Baltique et en mer du Nord, mais elle maintient une présence mondiale pour des missions internationales.

      Mer Baltique : Présence renforcée avec un centre de commandement à Rostock.
      Mer du Nord : Base principale à Wilhelmshaven, port d’attache de la Flottille 2 (frégates et navires de ravitaillement).
      Indo-Pacifique : Déploiement récent de navires comme la frégate de classe Baden-Württemberg et le navire de ravitaillement Frankfurt am Main.
      Suivi en temps réel : Vous pouvez suivre certains bâtiments via le Live Military Ship Tracker.

    • Mère grand dit :

      @Lecoq. Qui « bombe » le torse aux EAU, en Jordanie, à Djibouti et a des intérêts particuliers dans la région ??? Assumez…

    • Qui qu'ils fussent dit :

      Quelqu’un sait quels sont. Pas « queslqu’un sait quels sont ».

  4. PHILIPPE dit :

    Pour différentes raisons cette décision du conseil de l’union européenne me surprend et même me choque.
    Suis-je le seul ?