L’US Navy veut se doter d’un nouveau type de missile antiradar pour abattre les avions d’alerte avancée

Pour neutraliser les radars des défenses aériennes adverses [capacité dite SEAD, pour Suppression of enemy air defenses], l’US Navy dispose du missiles air-sol AGM-88 HARM [High-speed, Anti-Radiation Missile] qui, développé par Raytheon, n’a cessé d’évoluer depuis sa mise en service, dans les années 1980.

La dernière version de ce missile, appelée « AGM-88G AARGM-ER [Advanced Anti-Radiation Guided Missile – Extended Range], est propulsée par un statoréacteur lui permettant de voler à Mach 4 et d’atteindre une cible située à 200 ou 300 km de distance. Sa capacité opérationnelle initiale [IOC] devrait être prononcée dans le courant de cette année.

Pour autant, cette capacité n’est visiblement pas encore suffisante aux yeux de l’US Navy. En effet, cette semaine, le Naval Air Systems Command [NAVAIR] a publié un avis de marché portant sur le développement et l’acquisition, à 300 exemplaires, d’un nouveau modèle de missile antiradar, appelé AESM [pour Advanced Emission Suppression Missile].

« NAVAIR cherche à renforcer les capacités de suppression et de neutralisation des défenses aériennes ennemies en environnements contestés » de l’US Navy, précise l’avis. Il s’agit « d’identifier et potentiellement d’acquérir un système d’arme offrant des capacités similaires ou supérieures à celles de son arsenal actuel, en mettant l’accent sur la portée étendue, le ciblage avancé, les contre-contre-mesures et l’intégration aux plateformes existantes et futures », poursuit-il.

Dans le détail, les caractéristiques de cet AESM sont peu ou prou similaires à celles de l’AARGM-ER, c’est-à-dire qu’il devra être en mesure de fonctionner selon plusieurs gammes de fréquences tout en étant résilient au brouillage électronique. D’ailleurs, il est question qu’il soit « compatible avec les plateformes de lancement existantes [E/A-18, F-35] ainsi qu’avec les ‘infrastructures qui soutiennent actuellement l’inventaire existant de missiles antiradars ».

L’AESM disposera de « capacités robustes de contre-mesures électroniques pour neutraliser celles mises en Å“uvre par l’ennemi, notamment les leurres, les fusées éclairantes, le brouillage et les techniques antimissiles antiradar », précise le NAVAIR

Cependant, à la différence de l’AGM-88, l’US Navy veut aussi que cet AESM ait une portée beaucoup plus importante et, surtout, qu’il permette d’engager des cibles aériennes, comme les avions de détection et de commandement aéroporté [AWACS].

Ce n’est pas la première fois que les forces américaines cherchent à se doter d’une telle capacité. Dans les années 1970, le Pentagone avait lancé le programme ASALM [Advanced Strategic Air-Launched Missile] afin de mettre au point un missile stratégique air-sol à moyenne portée susceptible d’être utilisé contre les avions d’alerte avancée soviétiques. Finalement, ce projet fut annulé en 1980.

En règle générale, les AWACS évoluent en retrait d’une ligne de front. D’où le souhait de l’US Navy de disposer d’un missile antiradar affichant une portée supérieure à celle de l’AGM-88G. Comme la guerre en Ukraine l’a rappelé, quand les Russes ont perdu deux A-50 Mainstay, ces appareils sont essentiels pour assurer la détection d’aéronefs et de missiles ennemis, établir une situation tactique et coordonner les opérations aériennes au-dessus d’une zone d’engagement.

En 2019, un général de l’US Air Force avait souligné le rôle important tenu par l’avion d’alerte avancée KJ-500 dans les opérations aériennes de l’Armée populaire de libération [APL] chinoise. « Certains de leurs missiles air-air à très longue portée sont aidés par ce KJ-500. Être capable d’interrompre cette chaîne est quelque chose qui m’intéresse beaucoup », avait-il dit. D’où l’intérêt du missile AESM.

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13 contributions

  1. GotoRaptor dit :

    D’ailleurs le notre est en cours de développement et est basé sur le franco-britannique RJ10 de MBDA

    • HMX dit :

      Il se murmure en effet que le Stratus RS, ou une version directement dérivée du Stratus RS, pourrait disposer d’une capacité à cibler des AWACS ou autre cibles aériennes à très longue distance… aucune confirmation officielle, ni de la part de MBDA pour le moment. A ce stade, et sauf erreur de ma part, l’AAE ne semble même pas avoir émis un besoin pour ce type d’arme très spécifique (alors que le besoin est évident…).

      • Philippe dit :

        @Frédéric. Le programme que lance l’US Navy concerne un missile de beaucoup, beaucoup plus longue portée que l’AGM-88G qui a déjà une portée très supérieure à un Meteor..

    • rainbowknight dit :

      En quoi sera-t-il différent, moins d’allonge et plus de vélocité afin de ne pas permettre la mise en place d’une réponse défensive appropriée ?
      A quand le missile furtif type « rôti dindonneau » volant, les ricains ont fait voler une dinde alors pourquoi pas un truc pour rôtir … un KJ500

      • Souvenirs d'Asie Centrale Soviétique dit :

        En fait tu écris pour ne rien dire, hormis te défouler les américains (et te sentir mieux après) ?

        • rainbowknight dit :

          Prends le temps de réfléchir et interroge- toi sur les performances des « détecteurs » …. parce que AWACS, KJ500 et autres tanker ne resteront pas sans se protéger. La technologie HTK n’en est encore qu’à ses balbutiements…
          Tu sais le baratin habituel …..l’épée et le bouclier. Pourquoi dépenser et s’emmerder avec l’hypersonique et la furtivité ?
          Augmenter l’allonge sans perdre en vélocité , la supériorité du METEOR ne lui est pas conférée par sa portée …

    • Diacritique dit :

      Notre, votre ; nos, vos.
      Le nôtre, le vôtre ; les nôtres, les vôtres.

      Le nôtre est en cours de développement.

  2. Rogger dit :

    bien ils faut dire que que de plus en plys de pays développer des systèmes de commandement aéroportée…
    Donc l’emplois de systèmes anti aériennes a longue portée ( rapide , furtifs, et manÅ“uvrable) me semblent une réponse acceptable..

    • Relisez-vous SVP dit :

      Bien, iL faut dire que de plus en plUs de pays ONT développÉ des systèmes de commandement aéroportÉ…
      Donc l’emploI de systèmes antIAérieNS À longue portée (rapideS, furtifs et manœuvrableS) me semblE une réponse acceptable.

  3. VinceToto dit :

    Utilisable par des F-18 ou F-35 embarqués. Portée étendue par rapport à du AARGM-ER? A moins de faire du plus gros, donc pas en soute du F-35A ou C, je ne vois pas comment. Sinon, pour du F-15 USAF, il n’y a qu’à adapter du SM-6 et pi voila.

    • NORAD dit :

      @VinceToto. « Sinon, pour du F-15 USAF, il n’y a qu’à adapter du SM-6 et pi voila. » L’USAF a un programme en cours dans la gamme très longue portée. C’est le programme LREW (Long range Engagement Weapon) sous la conduite de Raytheon… Mais très peu de renseignements là-dessus..

    • rainbowknight dit :

      L’obésité est une question qui préoccupe beaucoup aux Etats-Unis et pas uniquement ses effets morbides sur la population.
      too big…too fat. Le F-47 échappera-t-il à la règle, rien n’est moins certain. Mais au Pentagone ils ont compris les mots du secrétaire à la guerre : il faut maigrir.