Le français Alta Ares a testé son drone intercepteur à turboréacteur Black Bird par grand froid

En octobre dernier, à l’issue d’une campagne d’essais réalisée sur le site de DGA Essais de missiles [DGA EM] de Biscarrosse, l’Otan a validé le « dôme tactique de protection » contre les drones, développé par l’entreprise française Alta Ares, créée en 2024.

Dans le détail, il s’agit d’un système de défense multicouche, reposant sur l’algorithme d’intelligence artificielle « Pixel Lock », des radars tactiques fournis par Thales et Echodyne, un logiciel de fusion de données développé par l’américain Picogrid et des drones intercepteurs X-Wing [ou Bagnet] de conception ukrainienne.

Déployé en Ukraine, ce dôme tactique antidrone a d’ores et déjà fait ses preuves. « Nous avons déjà abattu nos premiers drones russes Shahed » [ou Geran], a en effet assuré Hadrien Canter, le PDG d’Alta Ares, dans les pages de l’hebdomadaire Challenges.

L’apport de l’algorithme embarqué « Pixel Lock », qui permet d’identifier, de suivre et de neutraliser une menace sans intervention humaine directe, s’est avéré déterminant, avec un taux de destruction de drones russes de 70 %. Et cela avec un coût de revient inférieur à celui de ces derniers. « Un Shahed coûte de l’ordre de 60 000 dollars, nous sommes bien en dessous « , a souligné M. Canter.

Cela étant, la menace évolue sans cesse. En effet, les forces russes disposent désormais d’un nouveau drone kamikaze : le Geran-5. Dérivé, a priori, du Karrar iranien, cet appareil serait en mesure de voler à la vitesse de 800 km/h, grâce à un turboréacteur JT80 fourni par le chinois Telefly. D’où la nécessité de trouver rapidement une parade.

Pour cela, Alta Ares est en train de développer le Black Bird, un nouveau drone intercepteur plus véloce que le X-Wing, grâce à l’intégration d’un turboréacteur fourni par la PME alsacienne ALM Meca. Cet appareil vient de franchir une nouvelle étape lors d’essais réussis dans des conditions de froid extrême, en Estonie.

Ainsi, le Black Bird a effectué trois vols consécutifs « réussis », au cours desquels il a atteint la vitesse de 450 km/h, alors que le thermomètre affichait -17 °C au sol et -25 °C en altitude. « Cette performance représente une réalisation technique remarquable, dans la mesure où ces vitesses sont exceptionnellement difficiles à atteindre dans des environnements opérationnels arctiques », a souligné Alta Ares, dans un communiqué publié le 10 février.

Comme l’explique M. Kanter, « les opérations en conditions de froid extrême posent des défis considérables pour les moteurs à turbine ». Aussi, « notre déploiement [en Estonie] réussi témoigne de la maturité opérationnelle de notre système pour les théâtres les plus exigeants de l’Otan dans le nord ».

Plus largement, réalisées avec l’appui des forces de défense estoniennes, ces démonstrations ont permis de valider « l’ensemble de l’écosystème d’interception d’Alta Ares sous conditions opérationnelles, notamment les liaisons de communication en temps réel, les performances des antennes et l’intégrité du signal, la transmission en direct des données vidéo depuis l’intercepteur, ainsi que les capacités de détection, de suivi et de verrouillage de Pixel Lock ».

Lors d’un entretien accordé à BFM TV, il y a quelques semaines, le PDG d’Alta Ares avait précisé que le drone intercepteur Black Bird serait en mesure d’atteindre la vitesse de 670 km/h.

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23 contributions

  1. Yvon dit :

    Bravo à Alta Ares.
    Le lien avec l’Ukraine afin de réaliser ses propres matériels est un gage de succès.

  2. Novitchok dit :

    il ne doit pas manquer de Chinois dans le secteur, avec paraboles et téléobjectifs !

  3. tow dit :

    Anti drones, mais se dessine déjà son potentiel contre les hélicoptères et certains avions…

    • HMX dit :

      @Tow
      Tout à fait. Tout ce qui vole… les avions de combat et drones UCAV pourront encore espérer échapper à ce genre de drones intercepteurs, grâce à leur vitesse. Mais les drones plus lents (type MALE par exemple) ou les drones kamikazes type Shahed ou équivalent, n’auront aucune chance. Et que dire des hélicoptères de combat, qui risquent d’être décimés par ce genre de drones intercepteurs même s’ils se trouvent loin de la ligne de front ?…

      • GotoRatpro dit :

        Les appareils évoluent au sein d’un ecosystème, tu n’as pas un helos qui se baladerait tout seul dans une guerre moderne. Les helicopteres seront eux même équiper de system anti drones et seront surement accompagné de nuages d’escortes qui pourront intercepter des intercepteurs… Oui c’est ridicule mais c’est ce qui va arriver. Ensuite c’este une guerre à coup de saturation.

        Ça n’a pas de sens de prendre un appareil et de l’opposer à un autre. Tu trouveras toujours un « tueur de », c’est un grand janken.

        • Relisez-vous SVP dit :

          Un « helO ».
          Les hÉlicoptÈres.
          Eux-mêmeS équipÉS.
          De systÈmES antIDrones.
          Seront accompagnéS.
          De nuages d’escortE. / De nuages d’escortEURs.
          C’esT une guerre.
          À coupS de.

  4. Vortex dit :

    Tiens, puisque nous parlons de drone…
    L’Eurodrone se retrouve une nouvelle fois sur la sellette :
    https://www.challenges.fr/entreprise/defense/le-drone-dhier-quon-aura-peut-etre-demain-la-france-tout-pres-de-sejecter-de-leurodrone_639536
    J’en connais qui vont encore faire des bonds, les pauvres …

  5. FouPouDav dit :

    Le pire sont les armes à énergie dirigée dont le but est psychotronique. Changer l’esprit des gens par ondes scalaires au mieux sinon les griller.
    Nous sommes toutes et tous des cibles

    • rainbowknight dit :

      Absolument. Des essais conduits dans le plus grand secret dans une Fédération , pas si lointaine, ont démontré la dangerosité sur le cerveau d’une approche technologique par trop improvisée…
      L’un des ursidés s’est échappé et continuellement s’invite parmi nous pour administrer la preuve de l’échec.
      Sa logorrhée il l’impose dans une prose qu’un cerveau normal, fût-il celui d’un animal, ne saurait imaginer…. la manipulation mentale relève du domaine médical , pas du militaire.
      L’expertise psychiatrique sauvera-t-elle le dernier Panda, une mobilisation générale pourrait lui être salutaire même si l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) semble bien mal engagée…

    • Céphalée dit :

      Vous auriez quelques liens sérieux à ce sujet ?

  6. vrai_chasseur dit :

    La chasse aux drones devient comme la chasse aux lapins – sauf que les lapins commencent à avoir des fusils
    Les drones Geran-2 russes sont montés avec des missiles air-air R-60 datant de l’époque soviétique, pour leur auto-défense
    http://theaviationist.com/2025/12/01/russia-geran-2-drone-r-60-missile/

    • Green dit :

      Comme ils n’ont plus starlink je suppose que ce système est désormais inopérant. Il fallait une liaison entre l’opérateur et le couple drone porteur \missile avec une vidéo embarquée pour trouver puis désigner une cible.

      Pas très pratique, c’est du bricolage mais de plus en plus élaboré. Et puis l’effet dissuasif du missile était présent.

    • HMX dit :

      @vrai_chasseur
      Exact, cette tendance est réelle, même si elle relève en l’espèce du bricolage opportuniste, le coût du missile étant alors probablement très supérieur à celui du drone Geran…

      Avec l’apparition progressive de ces drones intercepteurs, les drones assaillants type Shahed/One Way Effector vont devoir s’adapter. Sans aller jusqu’à monter des missiles, beaucoup trop coûteux, on peut en revanche imaginer des moyens de défense « low cost » cohérent avec le faible coût des drones :
      – Caméras optiques/IR « premier prix » permettant de couvrir un secteur de 360°, avec une IA dédiée à l’analyse des images et à la reconnaissance visuelle des menaces. En cas de menace en approche détectée, l’IA déclenche au moment voulu des manÅ“uvres d’évitement (plongeon vers le sol, se cacher dans les nuages, virage ou ressource brutale…), le drone reprenant ensuite automatiquement sa trajectoire initiale une fois la menace écartée. Il s’agirait de la première « brique », indispensable pour tout système de défense pour un drone.
      – Plus coûteux et classique : éjection de cartouches pyrotechniques (flares) pour tromper d’éventuels autodirecteurs IR, associé à des manÅ“uvres d’évitement.
      – Et pourquoi pas imaginer un « leurre remorqué du pauvre », avec l’éjection et le remorquage d’une structure souple et légère déployable en tissu/nylon et baguettes de carbone : il faut visualiser une sorte de cerf volant à dépliage automatique contenu dans un tube, qui une fois déplié reprendrait approximativement la taille et la forme du drone « mère »… le cerf volant serait retenu au « drone mère » par un câble détachable. Une petite cartouche pyrotechnique simulant la chaleur émise par un moteur permettrait de raffiner la supercherie, le cerf volant devenant alors une cible crédible aux yeux d’un missile ou d’un drone intercepteur… tout cela pour un coût potentiellement dérisoire.

  7. wololo dit :

    Ne pas lire l’article en diagonale. « dôme tactique » , « Intercepteur X-Wing »,  » Pixel Lock » je me suis demandé si j’étais bien sur Opex360. J’ai donc relu avec attention. Bravo Alta Ares, c’est très interessant de voir de nouveaux acteurs dans l’industrie de défense, qui sont prêts a changer les choses et préparer le futur (phrase creuse je sais).

  8. Carin dit :

    Je ne suis pas du tout sûr du prix de 60 000 dollars le drone Geran-2…
    Certes ce drone est la copie du Shahed Iranien, mais il est fabriqué en Russie, avec des matériaux russes, armé avec une charge explosive russe, et aujourd’hui protégé par des missiles air/air russes, qui en plus dates de l’ère soviétique!
    À mon avis, ce drone ne doit pas dépasser les 10/12 000 dollars.

  9. PK dit :

    « « Un Shahed coûte de l’ordre de 60 000 dollars, »

    Les premiers coûtaient moins de 20 k€. D’où sort ce chiffre, sachant que les Russes les produisent eux-mêmes en masse, et qu’ils ont simplifié énormément les processus (jusqu’à rendre le moteur utilisable seulement moins de 1 000 km) ?

    • Ils volent et leur chef d'escadrille c'est " Old Mechanic " BeZZon dit :

      Cit :[ (jusqu’à rendre le moteur utilisable seulement moins de 1 000 km) ?]

      En effet ! Beaucoup de crét*** qui commentent cette actualité ont moqué cette motorisation alors que c’est un truc qui s’apprend lors du premier TD de conception mécanique en écoles d’ingé : la durée de vie des roulements des turbopompes d’un moteur de fusée … ;0)
      Les premiers à l’avoir compris ce sont les britiches pour les drones Harop . On en a entendu en parler au début en Arménuchie et jusqu’en Bharatie il y a peu .

      https://www.middleeasteye.net/news/uk-engines-powered-israeli-drones-used-india-pakistan-reports-say

      C’est pareil pour les drones à réaction  » one way  » : même les moulins dérivés du monde du modélisme sont  » overkill » et un pis-aller .
      .

  10. François 01 dit :

    L’Allemagne n’en veut plus non plus puisqu’elle vient de commander 8 drones SeeGardian.
    C’est sa façon de sortir des projets. Elle n’exprime pas son souhait de quitter le projet, mais commande du matériel US et laisse pourrir le dossier.

  11. Green dit :

    On devrait nommer un drone intercepteur français « baguette », ca ferait de la bonne com.

    Pas mal non? c’est français

    • Baguette One, in globish for sure dit :

      Dans un pays où le goût du pain s’est perdu (pain de mie chez les jeuns, baguettes « blanches » c’est à dire pas cuite achetée en majorité,…) ?

      Une civilisation, c’est une éducation et cela se voit aussi pour la nourriture.

      Sinon, le projet spatial « Baguette » sent plus le sapin que la prochaine licorne…