L’US Marine Corps va armer ses hélicoptères AH-1Z Viper avec des munitions d’une portée de 370 km

Le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, a sans doute eu raison quand, en septembre 2024, il expliquait que l’hélicoptère d’attaque avait encore un avenir alors que sa pertinence était remise en cause à la lumière des retours d’expérience [RETEX] de la guerre en Ukraine.

« Il est certain que dans un conflit de haute intensité marqué par des espaces de densité de défense sol-air, les hélicoptères sont plus vulnérables » mais le « sujet est plus complexe qu’une simplification qui s’arrête aux images de STRATCOM [communication stratégique, ndlr] qui montraient des destructions d’hélicoptères russes au début de la guerre », avait-il d’abord affirmé.

Et, soulignant que « peu d’armées possèdent et savent utiliser » les hélicoptères d’attaque, le CEMAT avait estimé qu’il « serait donc dangereux de mettre au rebut un type d’armement au regard d’une expérience contingente ». En outre, « l’efficacité des armées continuera à reposer sur la combinaison des capacités – de toutes les capacités », avait-il conclu.

Depuis, l’Aviation légère de l’armée de Terre a développé le concept de « dronisation de l’aérocombat », qui se concrétisera par le développement d’engins lancés par aéronefs [ELA] et de drones tactiques d’aérocombat [DTA], censés accompagner les hélicoptères Tigre. La British Army lui a emboîté le pas, avec un projet similaire reposant sur le programme NYX.

Si l’état-major de l’US Army estime que l’efficacité des hélicoptères d’attaque Apache sur le champ de bataille allait être « extrêmement limitée » à l’avenir, comme l’a soutenu le général Joseph Ryan l’an passé [et malgré les efforts de l’US Army Aviation Branch pour démontrer le contraire], l’US Marine Corps [USMC] défend une tout autre vision pour ses AH-1Z Viper.

En effet, fin janvier, le Naval Air Systems Command [NAVAIR] a notifié un contrat d’une valeur de 86,2 millions de dollars à L3Harris pour armer les AH-1Z Viper de l’USMC avec des effecteurs Red Wolf, au titre du programme PASM [Precision Attack Strike Munition].

Selon le NAVAIR, il s’agit de fournir à l’USMC une « arme de précision » à bas coût et à longue portée capable de « produire divers effets [cinétiques et non cinétiques] depuis des AH-1Z dans des environnements terrestres et maritimes ».

Pouvant être assimilé à un missile et capable d’évoluer en essaim, le Red Wolf est en mesure d’atteindre une cible située à une distance de plus de 200 nautiques de distance [soit 370 km]. Et cela alors que les munitions mises en Å“uvre par les hélicoptères d’attaque ont une portée d’une dizaine de kilomètres. « Ses capacités de communication hors de portée visuelle et d’engagement autonome au-delà de l’horizon augmenteront considérablement le nombre d’aéronefs disponibles pour les missions de frappe », explique L3Harris.

Pour rappel, développé par Bell-Textron, l’AH-1Z Viper peut être armé d’une mitrailleuse de type Gatling montée dans une tourelle, de roquettes Hydra 70 ou APKWS II, de missiles air-air AIM-9 Sidewinder et de 4 lanceurs M272 pouvant tirer jusqu’à 16 missiles air-sol AGM-144 Hellfire. Il est aussi en mesure d’emporter le missile AGM-179A JAGM [Joint Air-to-Ground Missile]. L’USMC en aligne 189 exemplaires.

À noter que L3Harris propose également le Green Wolf qui, ayant les mêmes caractéristiques que le Red Wolf, est dédié à la guerre électronique.

Photo : L3Harris

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20 contributions

  1. NRJ dit :

    J’ai du mal à comprendre l’intérêt d’équiper un hélicoptère d’attaque avec une munition aussi lourde. Il y a d’autres équipements qui feront bien mieux le travail. Après, le missile est relativement léger (un peu plus de 100 kg, donc ça ne devrait pas empêcher l’hélicoptère de rester manÅ“uvrable.

    • Math dit :

      Ben, tout dépend si tu peux amener un avion dans le coins ou si ce que tu as est un hélicoptère…
      La séquence semble se répéter en boucle: on balance une salve d’engins volant pour se débarrasser de radar, d’avions et de DCA, puis une fois que les défenses sont dégradées, on peut s’approcher avec d’autres plateformes.
      Imaginons nous être le patron d’un class America, 10 F35 TR3 à bord, 6 en état de vol et donc 0 pour de l’air-sol (basé sur les informations actuelles du GAO). Vous avez aussi 10 AH1Z dont 9 fonctionnent. Que faites-vous?
      1/ faire confiance à LM pour l’arrivée des pièces de maintenance dans la journée
      2/ composer avec ce que l’on a.
      Dans ce cas, avoir une solution simple et efficace a un bénéfice immédiatement perceptible.
      Il peut aussi s’agir de frapper un véhicule détecté par des commandos (HVT). Le class America ne peut potentiellement pas s’approcher des côtes, cette combinaison aiderait bien aussi…

  2. Ouf ouf dit :

    Je comprends pas bien l’intérêt de mettre un missile qui peut faire 370 km sur un hélicos plutôt qu’un avion..!.?

    • ji_louis dit :

      Décollage de la moindre frégate…

    • dolgan dit :

      Taper une cible située a 370km? ou je sais c est étrange comme concept …

      Et il n est pas question de ne pas équiper les avions de munitions longue portée.

    • Philippe dit :

      @Ouf ouf. Cette munition n’est pas seulement envisagée comme cela. Mais, grâce à sa liaison de données, comme munition rodeuse en essaim au-dessus du champ de bataille …

    • spiegelsan dit :

      Ça permet peut-être d’avoir un vecteur qui est positionnable de façon plus facile qu’un avion. Hélicoptère peut être rangé dans un hangar et décoller de n’importe quel terrain. À partir de là il peut avancer à proximité de la ligne de front et prendre de la hauteur pour donner la portée maximale du missile.
      Si des gens du métier peuvent considérer cette hypothèse merci

    • Carin dit :

      @ouf ouf…
      Je pense que les avions en seront aussi équipés, mais là, il s’agit des Marine’s corps, qui utilisent beaucoup les hélicos, et qui sont à l’origine des recherches conduisants à ce missile.

    • Fabien Tremm dit :

      US Marines, pas armée, pas air force.
      Capacité d’avoir un petit poste avancé, ou un navire avec des munitions de ce type. Petite base, peu de défense nécessaire.
      Par contre, un hélico un peu lourd et moins complexe serait un meilleur choix.
      Donc complémentaire ce qui existe.

  3. FouPouDav dit :

    Du moment qu’il y ait des satellites…

    • VinceToto dit :

      Il n’y a pas que les satellites dans la vie. La liaison sur ces modèles et d’autres peut aussi se faire avec des moyens de communication en mer, au sol, drones et autres munitions.

  4. TontonYves dit :

    Avec l’arrivée des nouveaux drones et le développement des fusées de toutes tailles dans tous les pays, grands et petits: attention aux bases aériennes dans le futur! La solution beaucoup plus souple, par utilisation de l’hélicoptère, y compris pour le tir, doit être conservée et même développée.

  5. VinceToto dit :

    Pour ceux qui n’auraient pas compris, dont moi au départ, c’est un drone a réaction, mini-missile de croisière diront d’autres, pouvant travailler avec d’autres et etc. Donc la portée max de 370 km à basse altitude c’est probablement sans charge explosive ou presque rien. L3Harris donnent une autonomie max de ~60 minutes: cela donne une idée de ses vitesses.
    La Fédération de Russie teste en Ukraine depuis environ un an des munitions ressemblantes depuis des drones(Orion) ou hélicoptères de combat: https://www.twz.com/air/new-small-russian-cruise-missile-captured-by-ukraine-intelligence

  6. Olivier C dit :

    « une « arme de précision » à bas coût et à longue portée  »

    Quand ça commence comme ça aux USA, ça donne un programme style F-35, USS Constellation, M10 Booker, etc…
    Ils vont toujours demander plus, ça va devenir une pompe à fric et à la fin, soit ça ne fonctionnera pas bien comme le F-35, soit ils l’annuleront après avoir dépensé une somme folle

  7. Rogger dit :

    bonjour. bon le retour d’expérience de la guerre en Ukraine ne me semblent pas forcément exact. car ils y a la bas une tres forts densité de moyen anti aériennes…
    Donc les moyen air-sol ( avion et hélicoptères) sont fortement reduits.

    • Relisez-vous SVP dit :

      Le retour (…) ne me semblE pas.
      IL y a.
      LÀ-bas.
      Une trÈs fortE densité de moyenS antIAérieNs.
      Les moyenS.
      AvionS et hélicoptères. / Avion et hélicoptèrE.
      RÉduits.

  8. Panda dit :

    Des hélicoptères d’attaque, pour attaquer à 370 km de distance ? Cela montre à quelle point cete armée a peur d’aller au contact !
    On sait déjà que la hantise de tout dirigeant américain est qu’il y ait UN soldat américain tué au combat . Donc, évitons le combat et tuons à distance, bien protégés pour ne pas dire : bien planqués !
    Cela signe une politique militaire : seulement punitive, couarde et sans se salir les mains ! Ce n’est pas encore totalement par télécommande depuis le Pentagone, mais on y vient !