L’administration américaine autorise Singapour à acquérir 4 avions de patrouille maritime P-8A Poseidon

Lors d’une visite officielle à Washington, en septembre, le ministre singapourien de la Défense, Chan Chun Sing, fit savoir que la Cité-État avait l’intention de se procurer quatre avions de patrouille maritime P-8A Poseidon auprès de Boeing afin de remplacer les cinq Fokker 50 Enforcer II MPA utilisés depuis plus de trente ans par ses forces aériennes. Et cela aux dépens du C-295 MPA proposé par Airbus.

Pour Singapour, ce programme vise notamment à renforcer ses moyens de lutte anti-sous-marine [ASM]. Moyens dont ne disposent pas ses Fokker 50, dont le maintien en condition opérationnelle [MCO] est par ailleurs de plus en plus difficile à assurer, faute de trouver les pièces de rechange nécessaires.

Seulement, même si Singapour a commandé vingt chasseurs-bombardiers F-35 [le premier exemplaire devrait lui être livré à la fin de cette année], le feu vert pour l’achat de ces quatre P-8A Poseidon n’était pas pour autant acquis.

En effet, soucieuse de ménager les équilibres entre les États-Unis et la République populaire de Chine, qui est son premier partenaire commercial, la Cité-État a renforcé sa coopération militaire avec Pékin tout en veillant à maintenir des liens militaires et stratégiques forts avec Washington. Une telle position n’est pas simple à tenir.

L’équipement militaire de Singapour « étant en grande partie de fabrication américaine, un partage trop important avec l’Armée populaire de libération lors des exercices communs pourrait potentiellement poser des problèmes », avait ainsi souligné une note de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire [IRSEM], publiée en 2023.

Mais on n’en est pas encore arrivé à ce point. En effet, le 20 janvier, la Defense Security Cooperation Agency [DSCA], chargée des exportations d’équipements militaires américains au titre du dispositif FMS [Foreign Military Sales] a recommandé au Congrès d’accepter la vente potentielle à Singapour de quatre P-8A Poseidon et 8 torpilles légères Mk 54 MOD 0 pour un montant estimé à 2,316 milliards de dollars.

« Cette vente proposée renforcera les objectifs de politique étrangère et de sécurité nationale des États-Unis en améliorant la sécurité d’un partenaire stratégique qui joue un rôle important dans la stabilité politique et le progrès économique en Asie », a justifié la DSCA.

En outre, elle « renforcera la capacité de Singapour à faire face aux menaces actuelles et futures en lui fournissant une force maritime crédible, capable de dissuader ses adversaires et de participer aux opérations des États-Unis et de leurs alliés », a ajouté l’agence américaine.

Pour les forces sigapouriennes, ces P-8A Poseidon leur permettront de surveiller les approches du port de Singapour qui, situé à proximité de routes maritimes majeures en Asie du Sud-Est, « traite » plus de 40 millions de conteneurs par an, ce qui en fait la deuxième installation portuaire du monde, derrière celle de Shanghai.

Pour rappel, conçu à partir d’un Boeing B-737, le P-8A Poseidon est doté d’un radar multi-cibles de surface AN/APY-10 [fourni par Raytheon], d’un radar à ouverture synthétique AN/APS-128 et d’un système de détection passif AN/ALR-73. Il emporte des torpilles, des charges de profondeur Mk-57 et Mk-101, des mines Mk-55 et Mk-56 ainsi que des missiles antinavires AGM-84 Harpoon et LRSAM.

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28 contributions

  1. Yvon dit :

    Il n’existe pas grand chose d’autre, de capacité comparable, que le P8A sur le marché en attendant un encore hypothétique A321 « navalisé « .
    Toutefois, les singapouriens, comme tous les acheteurs de matériels américains, devraient s’interroger sur la pertinence de leur achat à un partenaire à la fiabilité douteuse. Un achat de C295 MPA, moins performant certes, aurait donné à Singapour la quasi-certitude de disposer d’un avion de patrouille maritime.

  2. Kardaillac dit :

    J’ignore jusqu’où va la zone maritime d’intérêt pour Singapour ; même si la rade de mouillages est déjà immense.
    Quatre Poseidon me paraît beaucoup.

    • ji_louis dit :

      Minimum 3 pour la permanence sur zone (en tenant compte du repos des équipages) + 1 en maintenance.

      • Themistocles dit :

        Une permanence sur zoneen 24/7, c’est 4 avions et 7 equipages minimum. Et ca tient un mois… Et si c’est en mission ASM la depense en bouées acoustiques peut etre énorme.

    • Pascal, (l'autre) dit :

      « Quatre Poseidon me paraît beaucoup. » La force aérienne de Singapour met en Å“uvre 60 F16C/D, 40 F15 Strke Eagle et 12 F35 livrables courant de cette année! Riche pour un un si petit état! Sachant que les F15 et les F35 sont optimisés pour la pénétration de l’espace aérien adverse quel(s) pays ils comptent frapper?

      • Marine dit :

        Les F-15 et F-35 peuvent aussi faire de la DA et de l’anti-navire. Ils ne sont pas limités à la seule mission de pénétration, c’est le principe du concept de « multi-rôle ». Et quand bien même, si un pays attaque Singapour, il leur faudra bien riposter, et ça passe aussi par des frappes sur le pays en question.

    • VinceToto dit :

      Comme ils coopèrent avec la Chine continentale en surveillance, intervention, cela indique que c’est plutôt vaste.

  3. jean luc dit :

    La Chine est pas loin

    • Vortex dit :

      La Chine et Singapour-dont une grosse partie de la population est chinoise, – s’entendent très bien !
      Et coopèrent aussi sur plan militaire !
      Vous ne devriez pas lire que les titres des articles de notre hôte…
      Bon, après reste la question de la compréhension…
      C’est pas gagné.

  4. Le racleur dit :

    J’adore le « autorise »
    Quand allez vous abandonner ce vocabulaire de soumis ?
    Quand la France vend des Rafale, elle s’est battue pour remporter un contrat, quand les US vendent, ils ont daigné autoriser, dans leur grande mansuétude, la vente hors de prix de leurs précieux joujous.
    MDR

    • UE dit :

      @le racleur. La France autorise également, comme tous les pays vendeurs d’armes…

    • Marine dit :

      C’est la réalité des ventes de matériel militaire US à un pays étranger : il faut que cette vente soit approuvée par le Congrès, d’où la phrase « l’administration américaine autorise telle ou telle vente ». C’est la loi US qui veut ça, et c’est une étape indispensable à toute vente d’armement, donc vous aurez toujours ce genre de titre d’article dès qu’un pays achète des armes aux États-Unis.

    • Pascal, (l'autre) dit :

      « Quand allez vous abandonner ce vocabulaire de soumis ? » C’est le vocabulaire employé par l’administration américaine, ce n’est pas le notre, nuance!

      • PK dit :

        Reprendre le vocabulaire d’un adversaire, c’est déjà se soumettre à son « jeu ».

        • Pascal, (l'autre) dit :

          « Reprendre le vocabulaire d’un adversaire, c’est déjà se soumettre à son « jeu ». » Donc vous admettez que certains font le jeu de Moscou en reprenant les « éléments de langage » du Kremlin? Sinon que proposez vous comme déclaration, l’administration U.S. a donné son accord, a allumé le feu vert, ne voit pas d’objection à l’acquisition?
          Décidemment le diable se cache dans les détails, non?

          • PK dit :

            Le principe pour y voir clair est de parler des choses clairement et donc d’appeler un chat un chat.

            La gauche, depuis la Révolution, a perverti cette notion, pour déplacer l’avantage dans son camp. Quand elle hurle « Liberté ! », un mec de droite comprend le mot, mais un mec de gauche sait que cela veut dire « Pas de liberté pour nos ennemis ! ».

            On ne peut pas discuter avec des gens avec qui on n’est pas d’accord sur le sens des mots. C’est le B-A BA de la négociation.

            Ce n’est pas pour rien non plus que l’Éducation Nationale (la mal-nommée) fabrique des générations de crétins. Les mots sont vidés de leur substance quand ils entrent dans des cervelles vides…

            Ainsi, on peut partir en « guerre contre un virus », fournir un vaccin qui ne protège personne de la maladie, être allié avec un gars qui vous tape sur la gueule et être en guerre avec un gars qui ne vous a rien fait (voire vous a proposé sérieusement une alliance).

            Et ça passe crème…

      • Diacritique dit :

        Le nôtre.

    • Hiboucaillouchougenoubijoujoujoupou dit :

      Leurs précieux joujoux.

  5. mikeul dit :

    Avec Singapour un nouveau client export pour le P8A cela doit faire 10 pays étrangers client . L’initiative française d’un A321 navalisé me parait bien tardive pour amortir les couts de développement. Et ce d’autant plus qu’associer avec le drone SeaGuardian qui vient completer le P8A à basse altitude et le F35, les US disposent d’une triade produit chere mais à la pointe des technologies centrée sur une mise en réseau incontournable . A suivre

  6. jean luc dit :

    tous les pays font celas ,ils autorise ou pas la vente d’arme ,en fonction du pays acheteur ,aux USA C’est la DSCA ,en Allemagne le BAFA donc décision rendu publique. En France il y as pas d’agence , mais des commission inter ministérielle lá celas reste confidentiel

    • Relisez-vous SVP dit :

      CelA.
      Ils autoriseNT.
      Décision renduE publique.
      Il N’y A pas.
      Des commissionS inteRMinistérielleS.
      LÀ, celA reste.

    • Ceci cela dit :

      Quand c’est le pronom démonstratif, « cela » s’écrit sans « s ».

      Tous les pays font cela.
      Cela reste confidentiel.

  7. Panda dit :

    Singapour la discrète, confirme, s’il en était encore besoin, ses liens indéfectibles avec les USA notamment en raison de sa situation géographique, financière et stratégique de première importance dans l’ensemble des problématiques actuelles du dossier chinois.

    L’importance des moyens militaires de ce petit morceau de terre en est la preuve. Singapour, donc Washington, doit absolument contrôler et surveiller tout ce qui se passe dans la région et elle doit être un îlot de stabilité dans un ensemble actuellement parcouru par des secousses multiples :

    – affrontements récurrents entre la Thaïlande et le Cambodge, et de nouveau des tensions internes dans les Philippines où le président Marcos, « digne » héritier de son père, doit affronter déjà les premières accusations de malversations financières diverses.. tout cela est malvenu alors que les Américains se sont vus attribuer cinq nouvelles bases dans ce pays, et qu’ils sont à peine réinstallés dans les grandes largeurs après l’intermède Dutertre..
    Singapour restera donc un des seuls piliers stables de la région, pour qu’elle soit sous une surveillance américaine totale.
    C’est probablement ailleurs, en mer de Chine du Sud ou aux alentours de Taiwan et de Guam, que se jouera le principal de la partie inévitable

    • Daniel Pasquier dit :

      Liens indefectibles avec les USA certs mais aussi avec la Chine. En 2025 le PM singapourien Lawrence Wong a rappele a propos de la Chine « un partenariat très étroit et inébranlable, construit sur la confiance, le respect et la compréhension mutuels ». Singapour de maniere judicieuse maintient un juste equilibre entre l`aigle et le dragon. Le facteur culturel est aussi important puisque plus de 70% des Singapouriens sont d´origine chinoise et parlent en priorite le mandarin dans les familles. Cet equilibre est bien symbolise dans les ecoles primaires ou 50% des cours sont en chinois et 50% en anglais .

      Sorry pour les accents mais clavier allemand!

      Cordialement

    • Vert-de-gris dit :

      Analyse toujours aussi orientée. L’excès de cuivre, sans doute.

    • VinceToto dit :

      « Singapour la discrète » ? En presque toute discrétion, US, Japon, UK et autres investissent dans des produits financiers à Singapour qui investit en Chine.