Située près de la Pologne, la région de Lviv a été visée par un missile russe à portée intermédiaire Orechnik

Certes, en 2025, les forces russes ont conquis une surface de 5 600 km² en Ukraine, soit davantage que les années 2023 et 2024 réunies, selon l’Institut pour l’étude de la guerre [ISW]. Et elles contrôlent désormais 19,4 % du territoire ukrainien. Pour autant, les déconvenues s’accumulent pour le Kremlin depuis le début de ce mois.
Ainsi, menée le 3 janvier à Caracas, l’audacieuse opération américaine Absolute Resolve [Détermination résolue] s’est soldée par la capture de Nicolas Maduro, le chef du régime vénézuélien, qui était alors l’un des alliés de la Russie. Mais aussi par la neutralisation, sans coup férir, des systèmes de défense aérienne que cette dernière avait fournis au Venezuela et, accessoirement, du radar chinois JY-27, pourtant censé détecter des avions « furtifs ». En outre, ce coup de force américain pourrait faire chuter les cours du pétrole… ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour son économie.
En outre, le pavillon russe arboré depuis peu par le pétrolier Bella 1 / Marinera n’a nullement dissuadé les forces américaines de l’arraisonner au large de l’Islande, en raison de son implication dans le commerce entre l’Iran et le Venezuela, en violation des sanctions imposées par les États-Unis et d’autres pays.
Par ailleurs, les jours du « partenariat stratégique global » conclu par Moscou et Téhéran en janvier 2025 pourraient être comptés, le régime iranien étant en train de vaciller face à une contestation populaire de plus en plus vigoureuse.
Enfin, réunis le 6 janvier à Paris, les trente-cinq pays membres de la coalition des volontaires se sont mis d’accord sur les garanties de sécurité à apporter aux Ukrainiens après qu’un cessez-le-feu aura été signé entre Kiev et Moscou. Celles-ci prévoient la mise en place d’une force multinationale [qui serait essentiellement franco-britannique] en Ukraine ainsi qu’une implication des États-Unis.
Si le déploiement de cette force multinationale est suspendu à un hypothétique arrêt des combats, Moscou a réagi en affirmant que toute présence militaire occidentale en Ukraine sera considérée comme étant une « cible légitime » pour ses forces armées.
En attendant, de cessez-le-feu entre Ukrainiens et Russes, il n’en est pas encore question… D’autant plus que, dans la nuit du 7 au 8 janvier, la Russie a effectué une nouvelle démonstration de force en tirant un second missile balistique de portée intermédiaire Orechnik contre une cible « stratégique » en Ukraine.
Le ministère russe de la Défense a expliqué que le tir de ce missile, susceptible d’emporter des têtes nucléaires, était une réponse à « l’attaque terroriste » perpétrée par Kiev contre une résidence de Vladimir Poutine, fin décembre. Une affirmation niée par les autorités ukrainiennes et qui n’a pas été corroborée par le renseignement américain.
Russia claims it used an intermediate range ballistic missile, so-called “Oreshnik”, against Lviv region.
Such a strike close to EU and NATO border is a grave threat to the security on the European continent and a test for the transatlantic community. We demand strong responses…
— Andrii Sybiha 🇺🇦 (@andrii_sybiha) January 9, 2026
Cet Orechnik a fait partie d’une salve de 36 missiles et de 242 drones lancée contre l’Ukraine. A priori, il a visé un dépôt de gaz souterrain situé dans les environs de Lviv, ville située près de la frontière de la Pologne. « Une telle attaque à proximité de la frontière de l’Union européenne et de l’Otan représente une menace grave pour la sécurité du continent européen et un test pour l’alliance transatlantique », a d’ailleurs commenté Andrii Sybiga, le ministre ukrainien des Affaires étrangères.
Pour rappel, les forces russes ont utilisé un missile Orechnik pour la première fois en novembre 2024, contre une installation appartenant à la société ukrainienne PA Pivdenmash/Yushmash à Dnipro. Le mois dernier, Moscou a confirmé que plusieurs exemplaires avaient été déployés en Biélorussie.
D’une portée estimée à 5 000 km, l’Orechnik aurait été développé à partir du missile 15Zh59 Kuryer [d’autres sources parlent du 15Zh66 Skorost, qui reprenait des éléments du SS-20, lequel fut à l’origine de la crise des Euromissiles à la fin des années 1970]. Mesurant 11,2 mètres de long pour un diamètre de 1,36 mètre, il est « mirvé », c’est-à-dire qu’il peut emporter plusieurs charges militaires [nucléaires ou conventionnelles] susceptibles de suivre chacune une trajectoire indépendante après avoir été libérées.
Reste que tirer un tel missile balistique pour une frappe conventionnelle n’a en réalité pas énormément de sens sur le plan militaire étant donné son manque relatif de précision et son coût élevé. Aussi, alors que le traité de maîtrise des armements New START est sur le point d’expirer, il est probable que le Kremlin a cherché à faire passer un message aux Occidentaux… d’autant plus que les capitales européennes sont à la portée de l’Orechnik.
Photo : Ministère russe de la Défense




