L’armée de l’Air valide le combat collaboratif entre le Rafale et le système de défense aérienne SAMP/T

Dans le cadre du plan Altaïr, lancé en 2022 afin de réorganiser les structures de commandement de l’armée de l’Air & de l’Espace, la défense sol-air a récemment été intégrée à la Brigade aérienne de l’aviation de chasse [BAAC].

Si sa finalité pouvait sembler peu évidente quand elle fut annoncée, cette décision vient de démontrer sa pertinence, à l’occasion d’un exercice peu habituel auquel ont pris part les Rafale de l’escadron de chasse 1/5 « Vendée » de la BA 115 d’Orange-Caritat et l’Escadron de défense sol-air [EDSA] 01.950 « Crau » de la BA 125 d’Istres.

Ainsi, entre les 20 et 31 octobre, avec l’appui des installations de la Direction générale de l’armement [DGA] sur l’île du Levant [Var], ces deux unités ont mené une campagne de tirs combinés afin de les préparer à affronter des « scénarios de haute intensité » reposant sur des « menaces complexes et saturantes », décrites par l’AAE comme étant « représentatives de la réalité des guerres actuelles ».

« Au cours de ces scénarios tactiques, plusieurs tirs ont été réalisés avec succès et ont neutralisé une force hostile », s’est félicitée l’AAE, pour qui cet exercice a permis d’atteindre « plusieurs objectifs majeurs », comme la validation des procédures de combat collaboratif entre un avion de combat et un système de défense sol-air.

Il a aussi « confirmé la capacité des systèmes de défense sol-air à se défendre contre des menaces air-sol modernes » et permis d’évaluer l’aptitude des unités engagées à conduire un tir réel dans les conditions opérationnelles d’un conflit de haute intensité : temps contraint, manÅ“uvre logistique accélérée, maintenance adaptée », a-t-elle ajouté.

Placé sous l’autorité d’un Centre de management de la défense dans la troisième dimension [CMD3D], l’EDSA 01.950 « Crau » a ainsi tiré deux missiles intercepteurs ASTER 30 avec un système de défense aérienne SAMP/T [Sol-Air Moyenne Portée / Terrestre].

Dans l’un des scénarios, un Rafale et un SAMP/T [ou Mamba] ont tiré simultanément un missile MICA et un ASTER 30 sur deux drones cibles BJ80 simulant l’un et l’autre un missile de croisière et un avion de combat ennemi.

Lors d’une autre séquence, le SAMP/T a tiré un ASTER 30 pour intercepter un AASM [Armement Air-Sol Modulaire] lancé dans sa direction, à très basse altitude, par un Rafale tenant le rôle d’un adversaire. « Le CMD3D effectuait alors une analyse en temps réel de la situation tactique et appliquait les règles d’engagement ad hoc autorisant, le cas échéant, un tir d’autoprotection du Mamba », a expliqué l’AAE.

Le CMD3D tient une place prépondérante car c’est à lui que revient le soin de coordonner l’engagement des cibles, en déterminant le meilleur moyen [avion ou défense sol-air] pour les neutraliser.

« J’ai assisté sur l’île du Levant à la préparation et à la réalisation d’une mission type ‘joint engagement zone’ entre Rafale et Mamba. Deux cibles combinées traitées en un temps record d’analyse, de partage et de décision, avec une fenêtre de décision extrêmement contrainte. Deux tirs simultanés. Deux coups au but », a commenté le général Pierre Gaudillière, le commandant de la BAAC.

« La BAAC continue de renforcer les capacités de combat de l’armée de l’Air et de l’Espace. Cette campagne de tir a été particulièrement complexe et rythmée. Nous avons fait face à des scenarii parfaitement intégrés et mis en Å“uvre par la DGA. Cette synergie répond aux menaces d’aujourd’hui et à l’anticipation des défis de demain. Pas d’art pour l’art, les combattants du ciel sont ‘prêts à en découdre’ ensemble, combinant les capacités de leurs avions de chasse à celles de la défense sol-air. Nos manÅ“uvres doivent répondre à la réalité multicouche de la conflictualité moderne », a-t-il fait valoir.

Un exercice du même genre sera organisé en 2026. Mais avec une nouveauté puisque les nouveaux systèmes VL MICA seront sollicités.

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20 contributions

  1. farragut dit :

    Je n’ai pas tout compris… Est-ce que cela veut dire que le pilote (ou le systèmes d’armes) d’un Rafale peut déclencher (automatiquement) un tir de missile ASTER sur une cible qu’il aurait détectée et désignée comme très hostile pour un élément ami au sol ?
    Ou bien la décision passe-t-elle encore par un humain dans la boucle, qui doit refaire l’identification de la menace ?
    Si boucle OODA « distribuée », alors j’espère qu’elle est bien cyber-sécurisée ! 😉

    • Roland DESPARTE dit :

      Bonjour @farragut,
      Oui, l’homme reste dans la bouche, le CMD3D c’est un centre mobile d’expertise radar qui analyse immédiatement et permet de visualiser en temps réel la situation aérienne dans un rayon de plusieurs centaines de km (500 je crois, à vérifier). Grâce à toutes informations reçues, de tout type de senseur (Capteurs Air, Marine, Terre, Alliés), l’IA propose un traitement tactique en temps réel de la menace, et ce en coordonnant sans délai la réplique (ou les répliques) la plus efficace de tous les intervenants disponibles de l’AT et de l’AAE à ce moment “T“ (Mamba, Rafale, artillerie, avions, hélicoptères, drones,…), et ce grâce à des capacités étendues et très sécurisées de liaisons (dont L16) avec tous les intervenants (ex : avec un ou plusieurs Rafale ou/et en déclenchant un ou plusieurs tirs de Mamba/Aster ou autre).
      Selon la note du Ministère, dans le véhicule d’exploitation et de coordination (dit “VEC“) et son véhicule d’accompagnement (VA), 1 officier “superviseur“ valide l’action d’un “opérateur conduite des feux“ lui-même assisté d’un “opérateur surveillance“, d’un “opérateur intervenants 3D“, et d’un “opérateur module de commandement“.

    • Roland DESPARTE dit :

      Dans la boucle ! (pardon)

  2. Fralipolipi dit :

    Il est certain que ce n’est pas avec un système US Patriot que nous aurions pu atteindre un tel niveau de coopération ou de symbiose 😉
    Prochaine étape VL Mica en 2026 ?
    Et donc sans doute Mica et VL Mica NG dès 2027 !

    • NORAD dit :

      @Fralipolipi. « Il est certain que ce n’est pas avec un système US Patriot que nous aurions pu atteindre un tel niveau de coopération ou de symbiose « . Bien sûr que les US ont d’abord réalisé ce niveau de coopération avec leurs avions et le Patriot avant de l’intégrer éventuellement avec des avions étrangers.. Puisque ce qui vient d’être réalisé ici a déjà été réalisé entre F-35 et Patriot il y plus de 4 ans.. Cela fonctionne aussi avec le système AEGIS et le NASAMS. De plus, avec l’introduction du IBCS, les US y intègrent leurs autres appareils de combat, leurs autres systèmes de défense aérienne, et bientôt les systèmes d’artillerie longue portée. C’est ainsi qu’il y a quelques mois, le couple F-35 a démontré cette capacité avec un système HIMARS aux Pays-Bas.

      Sinon, pour ceux qui en douteraient, on voit ici la continuation d’une campagne de communication depuis plusieurs semaines sur l’Aster naval ou terre SAMP/T, parfaitement organisée et planifiée afin de s’engouffrer dans le marché très juteux des systèmes de défense aériennes intégrés qui ont le vent en poupe aujourd’hui.. En n’oubliant pas, au passage, l’utilisation d’un CEMA très proche du locataire de l’Elysée pour poser sa petite crotte sur le « concurrent ennemi » de la France et donc de l’Europe. Dans la droite ligne de Jupiter et du maître rot des affaires étrangères, ainsi que du nouveau PM, qui consiste à répandre l’american-bashing au sommet de la communication tant officielle que médiatique… Il n’y a qu’à écouter tous les docteurs des plateaux télé, LCI en tête… On n’en oublierait presque que c’est Poutine qui fait la guerre à l’Ukraine et que cette dernière n’en a rien à faire des débats technologiques et commerciaux des US et des Européens ni de la provenance des armes qu’elle réclame. Débat qui aura tout le temps d’avoir lieu après le conflit pour savoir qui avait la plus grosse et la meilleure pour aider l’Ukraine… ce ne sont pas les grands « spécialistes » et « docteurs » en tout genre qui manqueront, rémunérés à coups de grands cachets par les industriels et médias en tout genre…

      • EchoDelta dit :

        Si l’Ukraine veut une défense intégrée elle pourra compter plus facilement sur la France que les US qui ne veulent pas déployer le F35 en opération. Donc même si le Patriot est intégré avec le F35, cela ne leur servira à rien. développer des armes que l’on ne peut pas utiliser, n’est pas un bénéfice opérationnel.

        • NORAD dit :

          @EchoDelta. Que les US ne veuillent pas livrer de F-35 à l’Ukraine même après guerre paraît évident.. Cependant, relisez ce que j’ai écrit…Aujourd’hui cette intégration va bien au-delà du simple couple PATRIOT/F-35… Elle inclut tous leurs autres systèmes via l’IBCS. De fait, à terme n’importe quel autre système « étranger  » pourra y être intégré, avec l’assentiment des US bien entendu. Mais il en est de même pour le SAMP-T… Tout pays exportateur garde un certain contrôle sur l’usage des ses systèmes et c’est heureux… Au demeurant, et concernant l’Ukraine justement, elle cherche à acquérir 25 systèmes PATRIOT neufs pour son futur….même sans F-35…

        • NRJ dit :

          @EchoDelta
          L’Ukraine n’aura déjà pas le F-35, donc rassurez vous. Maintenant, les autres pays utiliseront leur F-35 s’ils sont attaqués. Et s’ils payent ce qu’il faut, ils pourront surement utiliser leurs F-35 avec leurs autres systèmes américains.

      • Yvon dit :

        @Norad
        Le meilleur artisan de l’american bashing est Donald Trump lui-même.

        • NORAD dit :

          @Yvon. C’est vrai, mais prenez conscience qu’il n’est que de passage et qu’à l’intérieur même de son parti de plus en plus de mécontents s’expriment y compris sur sa gestion de l’aide à l’Ukraine et de son attitude envers l’Europe.. Trump et sa clique ne sont pas les États-Unis…

  3. PK dit :

    « joint engagement zone »

    Ça fait pitié quand même… Mais ça montre le niveau de sujétion.

  4. Roland DESPARTE dit :

    Pour ceux qui n’ont pas encore vu la vidéo de présentation du CMD3D :
    https://youtu.be/BpWtXGgcArs
    Je précise que le CMD3D est produit par ThalèsRaytheonSystems (TRS), une coentreprise à parts égales entre Thales (F) et RTX (USA).
    “Thales Raytheon Systems AMDC2“ (Air and Missile Defense Command And Control) a été créée en 2001 pour associer les systèmes radars et les systèmes de commandement dits “C4I“ Command, Control, Communications, Computers and Intelligence). La coentreprise développant principalement des systèmes de contrôle de l’espace aérien et de défense antimissile pour l’Otan (ACCS, Air Command and Control System).
    En 2025, le groupe Thales a annoncé son intention d’acquérir les parts de RTX (Anciennement Raytheon Technologies).
    J’en profite pour glisser une info concernant KNDS qui envisage de faire évoluer sa gouvernance et sa structure capitalistique (La famille Bode-Wegmann désirant vendre ses parts) et ce par une entrée en bourse, ce qui permettra peut-être l’entrée au capital de… Rheinmetall ! [Selon les déclarations d’intention d’Armin Papperger, le patron de Rheinmetall]. Cela réglera peut-être les conflits germano-allemands du MGCS entre KMW et Rheinmetall…

    • ji_louis dit :

      Avec 75% des droits de vote (50% à part entière du projet MGCS de Rheinmetall + 50% de KNDS Deutchland donc 25% du MGCS), le match est plié et Nexter est éjecté (on dira réduit à la portion congrue). Ils vont faire au projet de chars français de Nexter ce qu’ils ont fait au projet de sous-marins suédois de Kokhums.

      • Roland DESPARTE dit :

        Bonjour ji_louis,
        J’en ai bien peur, et ceci d’autant plus que le Groupe a décidé d’octroyer un “bâton de marche“ à Jean-Paul Alary (CEO = Directeur Général, et français) de par la nomination de l’allemand Tom Enders au poste stratégique de Président du Conseil d’administration de KNDS. Tom Enders, dit « Major Tom », ancien officier parachutiste allemand, “transfuge“ d’Airbus (ancien président exécutif), dont la nomination a pourtant réjoui l’Agence (française) des participations de l’État, il faut le noter (et le craindre…).
        KNDS se développe, ainsi que le démontrent ses prises de commandes 2024 (11,2 milliards €, soit + 40%), un CA en hausse de 15%, de multiples embauches, le doublement de sa capacité de production, et le Groupe prévoit d’investir 1 milliard € dans ses usines dans les quatre prochaines années. Cependant, le Groupe franco-allemand souffre de son déséquilibre industriel entre sa représentation française (Ex-Nexter) et celle allemande (Ex-KMW) qui demeure nettement plus puissante, en particulier grâce à sa branche export (Succès du Leopard, et autres…).
        Face à ce qui risque de s’apparenter à une OPA, l’État français, actionnaire de KNDS, sera-t-il en mesure de préserver ses (nos) intérêts ? Ou KNDS deviendra-t-il une filiale de Rheinmetall…
        “Le voile tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ; et c’est d’un Å“il triste face à sa fortune ainsi répandue, que nos dirigeants vont s’excuser, du grand danger que Nexter disparaisse… Le récit en farce en fut fait ; On l’appela le Pot au lait.“

  5. baldin dit :

    Quid d’une attaque de saturation de drones « bons marchés », quelle arme sera associée avec les SAMP/T?

    • NRJ dit :

      @baldin
      Les avions. C’est ce qu’il y a de plus efficace face aux drones d’une certaine taille. Ensuite, on peut ajouter des véhicules avec des mitrailleuses téléopérées pour les drones plus petits.

  6. NRJ dit :

    Espérons qu’on n’a pas attendu jusqu’à aujourd’hui pour effectuer ce genre de collaboration, car c’est la direction qu’il faut prendre.
    Systèmes AA et avions de chasse doivent agir de concert. Typiquement les systèmes AA peuvent attirer les avions ennemis et les forcer à se dévoiler. De là, les avions classiques volant au ras du sol peuvent manoeuvrer pour les attaquer.

  7. vrai_chasseur dit :

    Résumé du scenario :
    grâce à une collaboration étroite entre air et sol, on détruit simultanément en vol le Su-25 et la FAB qu’il vient de larguer.

  8. toufik dit :

    Quid du discernement ami/ennemi ?
    Ce sera un énorme enjeu face à toute attaque basse intensité ne justifiant pas la fermeture de l’espace aérien à l’aviation civile (sans parler du délai à mettre en place celle-ci), tout en requérant en revanche une collaboration avec les forces aériennes d’autres pays pour s’assurer de ne pas les cibler… et notamment les nombreux D-35 de nos alliés voisins, sur lequel l’optimisation de la transmission de données sera forcément moins simple.

  9. Dark force dit :

    Cet exercice est un pas technique intéressant vers le combat collaboratif. Cependant, j’espère que la prochaine étape sera de connecter des canons de DCA mobiles et low-cost au réseau SCORPION/SICS. Et de concevoir un écosystème collaboratif de combat.

    La vraie rupture ne sera pas dans l’échange de données entre un Rafale et un SAMP/T, mais dans la création d’un écosystème de combat où ces plateformes ne seraient que des effecteurs parmi d’autres, pilotés par une IA.

    Imaginez un réseau fusionnant les données des fantassins FELIN, des satellites, des drones et des radars, capable de désigner la menace et de choisir automatiquement la réponse la plus efficace et la plus économique : un obus pour un drone, un missile pour un avion, un brouillage pour un essaim.

    C’est à ce niveau que l’on change de doctrine et que l’on rétablit une asymétrie des coûts en notre faveur. La défense aérienne de demain ne doit plus être une barrière statique, mais une meute de chasseurs agiles et connectés.

    C’est cela, la préparation réelle à une guerre de haute intensité.