La Royal Navy va élaborer un plan pour améliorer la disponibilité de ses sous-marins d’ici 100 jours

Selon son contrat opérationnel, la Royal Navy doit aligner sept sous-marins nucléaires d’attaque [SNA]. Or, elle n’en compte actuellement que six, le dernier qui lui a été livré, le HMS Agamemnon [classe Astute] n’ayant pas terminé ses essais en mer [il vient seulement d’effectuer sa première plongée statique].

Cela étant, la disponibilité des SNA britanniques laisse à désirer : en juillet, aucun d’entre eux n’était en mer, après le retour du HMS Anson à la base navale de Faslane. Le HMS Astute s’apprêtait à entamer un arrêt technique majeur [ATM] tandis que les HMS Ambush et Artful étaient immobilisés depuis respectivement deux et trois ans. Quant au HMS Audacious, il était en cale sèche à Devonport.

Cette situation, qui n’est pas inédite, fait que le groupe aéronaval constitué autour du porte-avions HMS Prince of Wales s’est déployé dans la région indopacifique sans pouvoir compter sur le moindre sous-marin britannique.

Garants de la dissuasion britannique, les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] de la classe Vanguard connaissent aussi des problèmes de disponibilité, ce qui fait que la durée des patrouilles assurées par ceux qui sont en état de prendre la mer dépasse six mois.

Le manque d’infrastructures [cales sèches en particulier], la difficulté à se procurer l’outillage nécessaire, faute de fournisseurs, la priorité accordée aux SNLE, les difficultés des chantiers navals locaux ainsi que les problèmes de recrutement de la Royal Navy expliquent en partie ce faible taux de disponibilité des SNA britanniques. Ce qui est d’autant plus embarrassant que les sous-marins russes restent très actifs, notamment dans le passage dit GIUK [Groenland, Islande, Royaume-Uni], lequel est crucial pour les liaisons maritimes entre l’Amérique du Nord et l’Europe.

Aussi, lors d’une réunion d’état-major à Portsmouth, rapporte le site spécialisé Defence Eye, le général Gwyn Jenkins, le commandant de la Royal Navy [First Sea Lord] a ordonné l’élaboration d’un plan visant à réorganiser le maintien en condition opérationnelle [MCO] des sous-marins nucléaires britanniques d’ici 100 jours.

Selon cette source, le général Jenkins a estimé qu’il fallait « réduire la bureaucratie pour accélérer la mise en Å“uvre des projets et des idées ». Et d’insister sur le fait que les « processus inutiles compromettent la préparation au combat de la Royal Navy, des Royal Marines [dont il est issu, ndlr] et de la Royal Fleet Auxiliary [RFA]. Ces 100 jours sont « un test décisif » pour voir si la marine britannique « peut reprendre le contrôle de ses activités de maintenance », a-t-il dit. En outre, pour lui, la « dissuasion nucléaire est une priorité absolue, qui nécessite l’intervention de toute la force ».

« Nous devons rendre notre organisation plus agile et supprimer les lourdeurs administratives qui vous empêchent de faire votre travail et vous aider à vous concentrer sur l’essentiel », a fait valoir le général Jenkins devant ses subordonnés. En outre, a-t-il continué, « nous traversons également une époque de profondes mutations technologiques et notre mission est de suivre le rythme. Nous voulons utiliser les dernières technologies disponibles pour traquer nos ennemis. L’innovation technologique est essentielle, mais elle s’étend aussi à nos méthodes de travail ».

Pour Navy Lookout, toujours très au fait de l’actualité navale britannique, ce « défi des 100 jours » continue un « premier test crucial » pour l’autorité du général Jenkins dans la mesure où il se « retrouvera probablement confronté à un système gouvernemental dominé par des fonctionnaires, des organismes parapublics, des syndicats et des avocats, dont beaucoup sont accros à la bureaucratie, à l’inertie, à l’aversion au risque et au respect des procédures au détriment du bon sens ». Mais pas seulement car il devra aussi composer avec la pénurie de personnel qualifié et les contraintes budgétaires.

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38 contributions

  1. Yvon dit :

    A noter que les SNLE britanniques sont en partie carénés aux USA et que leurs missiles sont américains (et donc sous doublé clé).
    Quant aux SNA anglais dont on mesure tous les soucis, ils doivent causer d’horribles insomnies à la Marine Australienne qui doit en recevoir un petit nombre panaché avec des sous marins américains que la si puissante Amérique n’arrive pas à produire pour elle même à la cadence prévue. Vive l’accord AUKUS !

    • Airtattoo dit :

      Les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins britanniques emportent des missiles balistiques Trident II D5 fournis par les États-Unis, tandis que les têtes nucléaires sont de conception et de fabrication britanniques. Les missiles font partie d’un ensemble commun avec la marine américaine. Le Royaume-Uni ne les possède pas directement mais participe à leur maintenance et à leur stockage, effectués sur la base américaine de Kings Bay, en Géorgie. Chaque sous-marin britannique dispose cependant de ses propres missiles assignés, et leur emploi relève exclusivement de l’autorité britannique. Il n’existe aucun système de double clé avec les États-Unis.

      • Yvon dit :

        @Airtatoo.
        Dans les années 60, les américains avaient proposé simultanément à la France et la GB de leur fournir des missiles Polaris pour armer leurs sous marins.
        Le Général De Gaulle avait refusé pour la France au motif que l’indépendance d’emploi n’était pas garantie. Les anglais ont eux accepté. Peut être ont ils bénéficié d’assurances préférentielles ? Mais cela reste à prouver.
        Bien cordialement

    • Bobby La Trousse dit :

      Il n’y a pas de double clé sur la dissuasion britannique faut arrêter avec cette légende urbaine.

    • Montaudran dit :

      non les missiles Trident britanniques ne sont pas sous double clés, la décision de tir ne relève que du premier ministre. Ce n’est pas la même situation que les bombe B-61 qui reste la propriété des USA tandis que les alliés offrent le transport.

    • Petit missile dit :

      Il n’y a pas de double clé sur les missiles de la dissuasion britannique.
      Ce n’est pas parce ces missiles sont de fabrication américaine que les USA en ont le contrôle opérationnel.

  2. Argo dit :

    En voilà un qui réfléchit correctement.
    Seul un homme loyal donc pas un politique peut redresser une situation dans laquelle la machine administrative a pris la main.

  3. dolgan dit :

    Mr Jenkins, c est pas avec des Yakafokons et des tirades populistes que la situation va miraculeusement changer. C est ainsi qu est géré la question depuis 20 ans .

    Moins de politique et plus d action sur la durée c est ce qu il faut a la marine anglaise. Et cela pendant 10ans, pas en prétendant régler les choses en 100jours.

    • MC² dit :

      Belle inversion accusatoire. Moins de politique et plus d action sur la durée c’est justement le but qu’il s’est fixé, ou plutôt qu’il a fixé aux bureaucrates, dans un délai de 100 jours. Mais remettre en question la manière de gérer les choses est systématiquement taxé de populisme, même -et surtout- si c’est un échec depuis 20 ans. Soyons rassurés, une telle mise en demeure est impensable de notre côté de la Manche. Chez nous les administratifs sont seuls à avoir voix au chapitre et tenir compte de la réalité est impardonnable.

      • dolgan dit :

        Il ne remet pas en cause la maniere de gérer les choses. Il fait comme depuis 20ans, il fait une annonce tonitruante sans tenir compte de la réalité.

        Le probleme est un probleme d infrastructures. Toutes les causes et solutions sont sur la table depuis plusieurs années, si ce n est décénies.

        100 jours de réunionnites pour faire semblant de découvrir ce qu on sait déja, c est l inverse de ce qu il prétend faire.

        Les britaniques rêvent au contraire d une gestion saine des programmes comme le fait la DGA.

      • ji_louis dit :

        Les « administratifs » respectent et font respecter les lois et règlements que les « chefs » et les députés pondent. Les services créant les règlements sont rares, et soumis et au conseil d’état, et à la jurisprudence.

  4. Fralipolipi dit :

    Bah, les principaux problèmes sont connus, et hormis le volet « blocage administratif », rien de pourra être révolutionné en 100 jours.
    Tant que la forme 10 à Devonport est en travaux et non encore dispo, cela restera ingérable et catasptophique.
    Par ailleurs, il manque clairement aussi une capacité d’entretien périodique pour les SNA … à Faslane.
    Parceque la magnifique forme actuelle (sous abri et avec système d’ascenseur) est certes formidable, … mais elle est unique, et elle est prioritairement (et donc quasi exclusivement) dédiée aux SNLE.
    .
    S’ils veulent prendre modèle sur la France, c’est simple.
    Pour 4 SNLE => 3 formes (2 à l’ile Longue, pour entretiens courts, et une au port de Brest pour IPER)
    Pour 6 SNA => 3 formes à Toulon (2 +1, comme ci-dessus).
    .
    Au UK, pour l’instant, seulement 3 formes de dispo pour entretiens courts et IPER de 11 SNLE et SNA au total … c’est vite vu.
    Avec la forme 10, ils arriveront à 4 (contre 6 chez nous) mais ce sera forcément toujours insuffisant.
    https://www.navylookout.com/trouble-in-the-docks-fixing-the-infrastructure-issues-impacting-royal-navy-submarine-availability/
    .
    … Comment en sont-ils arrivés là, alors que ce ne sont pas les capacités portuaires et formes de radoub qui manquent au UK …?… J’imagine que la réponse est multiple … mais il y aurait vraiment de quoi être très en colère quand on considère les milliards de £ (sinon les dizaines de milliards £) d’investissments et de frais de fonctionnement … immobilisés dans les ports par manque (stupide ?) d’anticipation sur un sujet comme celui-là.

    • vrai_chasseur dit :

      @fra
      C’est effectivement les programmes de modernisation des infrastructures portuaires dont celui de la base de Faslane, programme dénommé « Clyde 2070 », qui sont visés sans ménagement oratoire par le coup de gueule du First Sea lord.
      Trop chers, inadaptés, englués dans la bureaucratie : même le programme « Euston », projet palliatif « en attendant » qui vise à équiper les ports de docks flottants pour sous-marins, est en retard.
      L’ascenseur à sous-marins de Faslane est pourtant une belle réalisation d’ingénierie : il élève 25000 T hors de l’eau. Mais il est comme notre PA CDG : unique. Quand il est en maintenance, il n’est pas opérationnel. Et une centaine de treuils c’est long à maintenir.
      L’une des racines du problème tient dans la perte majeure de compétences techniques dans les ports et chantiers navals britanniques : les carrières industrielles même chez les sous-mariniers n’attirent plus les candidats, qu’ils soient ouvriers, techniciens ou ingénieurs. Consolation (relative), les britanniques ne sont pas les seuls, les USA ont exactement le même problème au sein de leurs chantiers navals. De là à dire qu’AUKUS est envasé… les dindons sont ceux qui sont en bout de chaîne, les Australiens : ils risquent d’attendre longtemps le transfert de compétence vers eux. Avant de les transférer, il faut d’abord en posséder, des compétences.
      Avis sans frais au français Naval Group et à la DGA : le roi de la mer, outre le fait d’avoir des navires et des équipages de qualité, c’est celui qui possède les compétences et les capacités industrielles dans ses chantiers navals.

      • SIU dit :

        Il élève 25 000 teslas hors de l’eau ?

        Le symbole de la tonne est t (minuscule).
        Celui du tesla est T (majuscule).

        Il élève 25 000 t hors de l’eau.

  5. themistocles dit :

    La Royal Navy paye sa réduction drastique de masse salariale des années 2010-2018. On ne remplace pas un technicien qualifié et avec de l’expérience par une recrue munie d’une fiche de tâche. Le résultat est flagrant en lutte ASM ( ASW). Les performances des unités de la RN sont extrêmement mauvaises, à une ou deux unités près. Et dire qu’à une époque, la RN était la référence dans le domaine.

  6. Passionné dit :

    Nous pouvons admirer pour le coup la qualité des infrastructures livrées par le SDI. Certes tout n’est pas parfait mais nous avons de nouveaux bassins, des nouveaux quais, des IST neuves partout. La base de Toulon se renouvelle complètement. De même NG Service est capable d’entretenir une bonne partie des installations sans bassin. En tout cas les Barr sont mieux pensés qu’avant à ce sujet la. Indirectement cela permet donc de réparer beaucoup de choses très loin de son port d’attache. Nos Rubis ont eu une disponibilité remarquable, les SFN sont hallucinants. Aucune idée de ce que cela donnera dans 5, 10, 15 ans mais le nombre de jours de mer est assez dingue pour un seul entretien annuel.

    Nous sommes les premiers à nous plaindre de ce qui ne marche pas, mais la il faut le reconnaitre : le mco on maitrise.

  7. Momo dit :

    Jusqu’à Hollande+Macron la qualité des dirigeants anglais, leur anticipation, leur vision, les stratégies déployées, les actions entreprises et les solutions déployées faisaient que le Royaume Britannique était moins bien dirigé (dans les faits) que la France.
    Objectivement, factuellement.
    Mais ces 14 dernières années malgré l’immense médiocrité en avant du Brexit et sa gestion calamiteuse aussi bien à droite qu’à gauche, l’impossible s’est réalisé et les Brits se foutent de nous avec d’autant plus d’exubérance qu’ils ne croyaient pas que cela soit possible. Et je ne vous parle pas des quinze derniers jours… -_-

    • dolgan dit :

      C était radio moscou.

      Surtout ne doutez pas.

    • Nike dit :

      Là on parle de sous marin nucléaire. On peut reprocher pleins de choses à nos présidents mais, à part Sarkozy 1er, ils ont préservés et fait le nécessaire pour que la dissuasion nucléaire Française soit toujours au top. Je ne suis pas certain que les Britanniques puissent en dire autant.

    • Mica X dit :

      Là c’est plutôt nous qui sommes meilleurs sur le sujet donc faut penser à tempérer vos obsessions parce que mettre Hollande er Macron ds ce sujet….

      Bonne journée tout de même

      • Momo dit :

        Ben j’ai eu vent quand même de la question de macron ministre de l’economie de hollande en 2014/2015 sur le cout des nukes et les gains suite à leur éventuelle suppression.
        Ce n’est pas obsessionnel mais ça ne s’oublie pas quand l’individu est le chef des armées…

    • Air dit :

      On ne peut pas non plus dire que les Britanniques sont à la fête : la situation politique, économique ainsi que sociale reste très précaire ! Si pour se rassurer quelqu’un se compare à encore pire afin de renflouer son orgueil alors il est foutu. Quant au sujet actuel le MCO des sous-marins alors là on peut en effet dire que la qualité, l’anticipation, la vision, les entreprises tout comme les stratégies déployées sont BIEN supérieure à la France. C’est bien connu, ils gardent leur flotte au port car il n’y a aucun dangers suite à l’étalage d’une panoplie de stratégies admirables. Et nous, nos SNLE et SNA sont contraints de naviguer avec les meilleurs taux mondiaux de jours en mer.

    • mopmop dit :

      Analyse exclusivement politique. Du grand n’importe quoi, aucun rapport avec le sujet du MCO des SNA britannique. Vous n’êtes pas sur les commentaires de RMC ou le Point !
      Dégagez !

      • Momo dit :

        Qui est le chef des armées? 🙂
        Tu as 3 jours 😉

        • choucroute dit :

          Le chef des armées britanniques est Charles III.

        • mopmop dit :

          Pauvre Momo, vous voyez des opposants politiques dans chacun de ceux qui vous rappellent à l’ordre. C’est de la parano.
          On cause GB ici, pas de votre marionnette vaudou qui vous procure trop de plaisir à crucifier. Vous êtes un malade obsessionnel et vous nous GONFLEZ. Capito ?

  8. bonnnechancemonpapa dit :

    God save the King, mais la Navy, ça c’est pas sûr …

  9. VinceToto dit :

    Communiqués et discussions immatures du général Jenkins. Du blabla pour se plaire entre eux (ils se reconnaitront).