La France et les États-Unis vont intensifier leurs manÅ“uvres militaires conjointes dans l’espace

Bien qu’inédit, l’exercice organisé par la force spatiale américaine [US Space Force] auquel le Commandement de l’Espace [CdE] a participé, en 2024, n’a été que très peu évoqué jusqu’ici, si ce n’est pour dire qu’il a consisté à effectuer une « opération bilatérale de rendez-vous de proximité » [RPO] en orbite et qu’il a été un exemple du « partenariat étroit » entre la France et les États-Unis dans le domaine spatial.

Lors de la 40e édition du Space Symposium, qui s’est tenue à Colorado Springs, en avril dernier, le chef du Commandement spatial américain [US SPACECOM], le général Stephen Whiting, en a dit un peu plus sur cette opération inédite.

« Nous avons consacré beaucoup de temps, l’année dernière, à nos relations avec nos alliés les plus performants. Par exemple, et je suis fier de l’annoncer ici pour la première fois, les États-Unis et la France ont récemment mené leur toute première opération bilatérale de rendez-vous de proximité afin de démontrer leurs capacités conjointes dans l’espace, à proximité d’un engin spatial d’un concurrent stratégique », a-t-il affirmé.

En août, l’US Space Force est revenue sur cette opération, à l’occasion de la remise de la médaille de la Défense nationale – échelon bronze, au commandant Phillip Poundstone par le colonel Yann, officier de liaison français auprès du Commandement spatial américain. Et cela pour son « soutien exceptionnel » à cette RPO « hautement complexe » et « révolutionnaire ».

Celle-ci a ainsi permis à la France de rejoindre la Force multinationale « Opération Olympic Defender » [MNF-ODD], en octobre 2024, et de démontrer qu’elle pouvait être un « allié crédible » dans l’espace.

Créée par les États-Unis en 2013, la MNF-ODD est une opération militaire permanente qui vise à renforcer la coopération dans le domaine spatial entre les pays participants, à savoir le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, la France et l’Allemagne.

Depuis, une seconde RPO conjointe a été menée par les États-Unis et le Royaume-Uni. Contrairement à son homologue français, le commandement spatial de la Royal Air Force [RAF] n’a pas été avare en détails, sans doute parce qu’elle a été moins « sensible » que celle effectuée par les Français et les Américains quelques mois plus tôt.

En effet, ayant eu lieu entre les 4 et 12 septembre, celle-ci a consisté à faire vérifier le bon fonctionnement du satellite de communication militaire britannique SKYNET 5A par l’engin américain USA-271, à près de 36 000 kilomètres d’altitude [soit en orbite géostationnaire].

« Cette opération de rendez-vous de proximité implique une planification méticuleuse et minutieuse, les deux satellites se déplaçant à environ 11 000 kilomètres par heure, soit environ trois kilomètres par seconde », a souligné le commandement spatial britannique.

Cela étant, pour sa troisième opération de ce type, l’US SPACECOM va de nouveau se tourner vers la France. C’est en effet ce qu’a confié le général Douglas Schiess, un haut responsable de l’US Space Force, à l’agence Reuters.

« Nous préparons actuellement une opération avec la France », a-t-il dit sans donner plus de détails.

Ce que le Commandement de l’espace français a refusé de commenter. S’agissant de la première RPO, il a seulement indiqué qu’elle visait à « démontrer notre solidarité stratégique » et à « apprendre à coordonner les actions » en orbite. Et d’ajouter : « Nous devons nous préparer à des opérations militaires spatiales dans des conditions réelles ».

Quoi qu’il en soit, si les États-Unis font de la France un partenaire de premier plan dans le domaine spatial, c’est parce qu’elle s’est « imposée comme un partenaire unique et essentiel » et qu’elle est la seule « à reconnaître ouvertement le développement de capacités antispatiales en orbite, notamment des satellites de patrouille capables d’exécuter une chaîne d’engagement complète pour contrer les tentatives d’interférence », explique l’US Space Force.

Effectivement, plusieurs projets sont en cours dans le cadre du programme ARES [Action et résilience spatiale], dont YODA [Yeux en Orbite pour un Démonstrateur Agile], TOUTATIS [Test en Orbite d’Utilisation de Techniques d’Action contre les Tentatives d’Ingérences Spatiales] ou encore SALAZAR, qui doit permettre de capturer des objets en orbite. En outre, il est désormais question de développer l’avion spatial VORTEX, imaginé par Dassault Aviation.

Photo : Satellite patrouilleur YODA

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28 contributions

  1. Yvon dit :

    L’espace est déjà une zone de conflit et le sera de plus en plus. Ces échanges avec les États-Unis ne peuvent qu’être profitable. Cela ne nous dispense pas d’aller encore plus avant dans ce domaine. A ce sujet, le projet VORTEX initié par Dassault doit être accéléré.
    Attention à ne pas négliger pour autant la Très Haute Altitude (de 20 à 100 km).
    Tout ceci nécessite des investissements massifs. Pour autant, ce doit être une priorité au même titre que les drones de tout type et la défense anti-aerienne et anti-missile.
    Comme nos finances sont à tout le moins contraintes, il semble impératif de (re)définir les priorités. Au risque de me répéter, un porte-avions à mi-temps est loin d’être indispensable, voire inutile.

    • Patrico dit :

      Merci Yvon, tout à fait d accord pour vos 2 lignes !
      1er . La THA devrait être considérée comme priorité stratégique ! Tout comme des Drones dignes de ce nom pour s y mouvoir en slide 24h/24 ! ISR intermédiaires Sat/terre .
      2 em. le PAN sera obsolète quant il sera operationnel au lieu de 2/3 plus petits avec portes drones Air/marine
      mais là c est trop tard.
      Merci Thank you merci à vous .

    • Roland DESPARTE dit :

      @Yvon,
      Yvon, comme je vous l’ai déjà posté, pas de PANG = perte de compétence nucléaire + perte de compétence industrielle + perte de contrats (dont F5 Marine) + perte d’influence + disparition d’un outil diplomatique + perte d’emplois (dix millions d’heures de travail / 3 000 à 4 000 personnes) + difficultés financières de nombreuses ETI/PME + fragilisation de notre ZEE + … Au final l’abandon du PANG serait contreproductif et une erreur tant en matière de stratégie industrielle que de stratégie tout court“.
      Par contre vous avez selon moi raison sur le Vortex et la THA.

      • Yvon dit :

        @Roland Desparte.
        J’ai déjà longuement argumenté sur l’erreur qui est de construire un nouveau PA. Mais, même en admettant qu’il soit peu vulnérable, pouvez-vous me dire à quoi peut servir un PA à mi-temps ? Si l’on suit votre logique, il en faudrait deux. C’est bien au delà de nos capacités financières.
        Bien cordialement.

        • Czar dit :

          « pouvez-vous me dire à quoi peut servir un PA à mi-temps ? S » allez, je me lance dans l’art divinatoire ;  » à conserver un savoir-aire des opérations aéronavales à plein temps « , peut-être ?

    • Robato dit :

      C’est bien pour cela qu’il faut deux porte-avions à la France.

  2. Momo dit :

    Nous allons pouvoir retrouver encore une fois les commentaires amusants au second degré de tous les sbires et séides anti-occidentaux! 🙂
    A commencer par les voix des super-vilains qui sont la cible évidente de ces exercices et qui le méritent bien. Avec aussi celles des retards à la distrib francophones qui n’ont toujours rien compris aux US et à Trump ou qui simplement déteste leur pays / la France.

    Que les US (leaders incontestables) associent donc la France au premier niveau de cette voie essentielle à la prééminence de la Défense est la résultante de l’excellence du CNES, d’Ariane Groupe et des organismes d’états qui y participent à titre civil ou militaire.
    L’expertise et les compétences qu’ils ont acquis depuis des dizaines d’années n’ont pas d’équivalent en Europe et peuvent se comparer qualitativement aux US, aux Russes et aux Chinois malgré la différence de niveau des moyens consacrés.
    La politique n’est pas le premier critère il s’en faut (sinon….).

    Regrettons que l’UE n’ait de cesse de vouloir ici comme ailleurs baisser avec hargne le niveau de la France et de la pénaliser au profit de n’importe quel autre pays même non UE (ESA évidemment + Sanofi, Mercosur, AECG Canada, libre échange NZ, BITD, Nucléaire, etc…)

    • vrai_chasseur dit :

      Ne pas s’y tromper en effet, l’événement est loin d’être anodin. C’est une grosse longueur d’avance que viennent de prendre France et USA.
      Au-delà de réaliser un rendez-vous spatial coordonné « près d’un satellite compétiteur » (compétiteur qui a dû avoir des bouffées de chaleur…), ce qui a été accompli conjointement par l’AAE et l’US Space Force est la mise au point, grandeur réelle, d’un protocole interallié d’intervention militaire dans l’espace avec des capacités orbitales manoeuvrantes.
      Ce sont dorénavant les 2 seules nations à pouvoir mener, et pas seulement participer à, une opération militaire spatiale impliquant le cas échéant les moyens d’une une ou de plusieurs autres nations.

    • Roland DESPARTE dit :

      @Momo,
      Totalement d’accord avec vous. Merci.

    • PLDDLE dit :

      La hargne, c’est vous qui en faites preuve.

      • Momo dit :

        Oui, tu as raison, j’aurais du ajouter dans les méfaits de l’UE la « négociation » de Von der Lahyene des tariffs US en faveur des voitures (donc essentiellement allemandes) contre l’agriculture, le luxe et à peu prés tout le reste.
        Merci de me le rappeler.

    • Pluriel dit :

      Qui détestent.

    • L’expertise et les compétences qu’ils ont acquises.

    • précision dit :

      Je suppose que ce n’est pas le but mais avec le début et la fin de votre commentaire vous avez en effet plus de chances de susciter les comms sans intérêts et la hargne que l’inverse.

      Concernant les moyens, contrairement à ce que vous écrivez, ce n’est pas si disproportionné, sauf sans doute avec les US car ces dernières années (2024-25 semblent à peu près du même ordre) les budgets annuels c’est de l’ordre de:
      NASA: une 20aine de Mds €, par contre il est vrai plutôt de l’ordre de 70Mds pour l’ensemble du spatial car beaucoup ne passe plus par la NASA.
      Chine: 15Mds (mais lourdement pénalisés par le manque de coopération avec l’occident)
      ESA: 8Mds
      CNES: 3Mds (le plus gros en Europe)
      Roscosmos: 3Mds

    • GotoRaptor dit :

      Je pense que regarder ce qui se passe politiquement aux EU et poser la question n’est pas bête tu sais. L’histoire de France est pleine d’alliance foireuse à rebours du temps.

  3. Bench dit :

    @Momo : « Nous allons pouvoir retrouver encore une fois les commentaires amusants au second degré de tous les sbires et séides anti-occidentaux!  » , tu penses à qui ? Czaza , bezzonovitch ?

  4. Nike dit :

    Heureux de voir que l’argent ne fait pas tout pour réussir dans des domaines hautement technique.
    La constance au cours des années dans l’investissement, la qualité technique des équipes d’ingénieurs, une véritable BID qui a de la visibilité dans les investissements, ce sont des facteurs majeurs de réussite de ces projets.

  5. Roland DESPARTE dit :

    Merci aux ricains de leur confiance qui est aussi une reconnaissance, et un bras d’honneur aux adeptes du “french bashing“…
    Le spatial, être capable de manœuvrer en orbite à très haute vitesse, sera certainement “l’arme“ décisive de demain. Ne perdons plus de temps, et de l’argent, avec le SCAF, le MGCS, et autres bidules obsolètes en 2050… Investissons sur le VORTEX (Véhicule Orbital Réutilisable de Transport & d’EXploration) et le renouvellement de nos capteurs spatiaux, satellites CSO (optique), CERES (électromagnétique), SYRACUSE, SICRAL et ATHENA-FIDUS (télécoms), développons le futur AURORE (radar NG), coopérons et lançons la constellation de satellites NG EGIDE (Engin Géodérivant d’Intervention et de Découragement) pour activer dès que possible les sentinelles YODA (Yeux en Orbite pour un Démonstrateur Agile), sans oublier TOUTATIS (Test en Orbite d’Utilisation de Techniques d’Action contre les Tentatives d’Ingérences Spatiales) en orbite basse et très basses (VLEO) et les supercalculateurs à haute capacité du programme ARES (Action et RÉsilience Spatiale).
    Être capable de “Observer-Orienter-Décider-Agir“ en temps réel (« OODA ») sera la garantie de nos Forces armées, de notre Nation [Ce n’est plus un gros mot !].

    • Sempre en Davant dit :

      Hélas, une fois que c’est en orbite c’est trop tard : passer les bornes plus de limites.

      Nous avons ici l’extrême limite du licite : Il faut bien que je sois prêt a éviter qu’on me le fasse…

      Qui crois encore qu’il n’y a pas encore d’armes ou d’armes par destination permettant de frapper vers la terre ? Ah, donc il faut que nous en mettions aussi…

      La dissuasion n’est plus affaire de grande personnes. C’est consternant.

      N’oublions pas que, comme dans les James Bond des années 60, des entreprises privées font mieux que le publique et la lourde NASA n’est plus financée : voir supra.

      Pour le reste des robots et des armes parmi les jouets… échapperont à l’action militaire comme au but normal d’une guerre : « la réduction de la violence ».

      Basse technologie, basse moralité…

  6. Carin dit :

    C’est la réponse à ceux qui écrivaient que l’Allemagne allait prendre la tête de l’Europe spatiale….
    Si les USA ont choisit la France, c’est pas pour nos beaux yeux, c’est parce qu’il n’y a aucune autre nation européenne, capable des mêmes prouesses qu’eux.
    Et si ce collaborateur français a été distingué, c’est toujours pas pour ses beaux yeux, mais parce qu’il leurs a appris, et realisé, des choses qu’ils pensaient irréalisables.
    Les américains sont nos alliés, pas nos mentors, ni nos guides, et encore moins nos maîtres.
    Le Pentagone le sait depuis des lustres, et chacune des trois armées l’applique sans aucun problème, aujourd’hui la quatrième force américaine, le spatial s’y met aussi…seule l’administration centrale américaine ne le digère toujours pas, et ce quel que soit le locataire du bureau ovale.
    Trump pousse cette mauvaise digestion bien plus loin que ses prédécesseurs, mais c’est parce que tous les politiques américains sont intimement persuadés qu’aucun pays connu ne leur arrive à la cheville…. déchanter n’est pas dans leurs gènes, et leur donne des aigreurs d’estomac, et c’est pour ça, qu’ils refoulent du goulot chaque fois qu’ils parlent de la France.

    • Choisir, c’est renoncer dit :

      Si les USA ont choisi.

    • Sorensen dit :

      Je ne vois pas pourquoi la France devrait prendre le leadership du spatial en Europe.

      Nous savons faire, vous devez cesser votre germanophobie, votre marketing publicitaire pro-France.

  7. Alain d dit :

    https://www.ft.com/content/078b8e70-a58c-47cc-b573-598850dd5685
    Ca prouve juste qu’il faut toujours, surtout dans l’antiaérien sol-air, avoir plusieurs coups d’avance.
    Avoir pensé et numérisé des systèmes à venir, « en devenir », et les intégrer comme variables dans chaque CdC.
    Aster 30, Mica, drones coup-de-boule, laser, conduites de tir pour canons, etc.