Saab développe un drone sous-marin de grande taille pour la marine suédoise

Après l’Orca, développé par Boeing au profit de l’US Navy, l’Excalibur, mis en Å“uvre par la Royal Navy, l’UCUV [Unmanned Combat Underwater Vehicle] commandé par la Direction générale de l’armement [DGA] à Naval Group pour le compte de la Marine nationale et le Drass Ronda LUUV en Italie, un nouveau drone sous-marin de grande taille [LUUV pour Large Unmanned Underwater Vehicle] devrait prochainement faire son apparition en Suède.

En effet, le 29 août, le groupe Saab a fait savoir que l’Administration suédoise du matériel de défense [FMV] venait de lui attribuer un contrat d’une valeur d’environ 5,5 millions d’euros pour développer une concept de « véhicule sous-marin sans équipage de grande taille ».

Ce projet sera en partie conduit par Kockums, la filiale de Saab spécialiste de la construction de sous-marins. Les premiers essais en mer de ce LUUV seront réalisés à partir de l’été 2026.

Selon les explications – succinctes – données par Saab, le fonctionnement de ce drone sous-marin de type LUUV reposera en partie sur sa technologie « Autonomous Ocean Core », qu’il décrit comme étant un « système de contrôle indépendant […] conçu pour rendre les embarcations autonomes ».

« C’est une grande satisfaction de pouvoir collaborer rapidement avec la FMV et les forces armées suédoises pour développer un nouveau système avancé dans un délai aussi court », a commenté Mats Wicksell, le directeur de Kockums. « Ce projet permet de créer des solutions innovantes susceptibles de faire progresser significativement la technologie sous-marine et s’inscrit parfaitement dans le développement déjà en cours de Saab en matière d’autonomie », a-t-il ajouté.

Selon Saab, la capacité de surveiller et de cartographier les infrastructures des fonds marins est « cruciale ». De même que celles permettant de détecter et de dissuader les menaces sous-marines. Avec ses capteurs, le LUUV « servira d’outil d’aide à la décision pour les opérateurs et ne sera pas conçu pour emporter d’armes dans un premier temps », a-t-il indiqué.

Le développement d’un drone sous-marin de grande taille aurait pu faire l’objet d’un programme financé par le Fonds européen de défense [FEDef]. Or, sauf erreur, aucun projet de cette nature n’a été retenu pour le moment…

D’où les initiatives lancées en ordre dispersé. Car aux projets de Saab, Naval Group et de Drass vient s’ajouter celui mené par l’allemand TKMS qui, associé à Atlas Elektronik, EvoLogics ainsi qu’à plusieurs centres et instituts de recherche, développe le Modifiable Underwater Mothership [MUM], censé être le « plus grand drone sous-marin du monde ».

Quoi qu’il en soit, la FMV a précisé ses attentes au sujet de ce programme. Ainsi, selon Jesper Fahlén, chef de projet pour les systèmes de combat sous-marin, ce drone de type LUUV devra avoir, entre autres, la « capacité de surveiller de vastes zones de manière autonome ». Et, ainsi, d’éviter, peut-être, un retour du « syndrome du périscope », apparu après qu’un sous-marin soviétique s’était échoué dans l’archipel de Karlskrona, près d’une importante base navale, à 500 km de Stockholm.

« Ce système offrira aux forces armées des capacités accrues en matière de surveillance, de détection et de lutte contre les menaces. Il arrivera parfaitement au bon moment compte tenu de la situation mondiale actuelle », a conclu M. Fahlén.

A priori, selon l’image d’illustration fournie par Saab [voir ci-dessus], ce drone sous-marin de type LUUV pourrait agir de concert avec un sous-marin de type A26 [classe Blekinge], dont deux exemplaires devraient être livrés à la marine suédoise à l’horizon 2030.

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22 contributions

  1. Prof de physique dit :

    Je suppose qu’un avantage de ces drones, parmi d’autres, est de pouvoir être moins difficilement conçu pour plonger en plus grande profondeur, en dessous des 1000 m.
    Cela permet d’observer par en dessous non seulement les navires de surface, mais aussi la grande majorité de submersibles.
    Qu’en disent les gens du métier ?

    • peterr dit :

      Jean dit que vous avez raison mais que vous êtes négatif. Plutôt que d’utiliser la double négation « moins difficilement conçu » une tournure de phrase positive serait plus agréable : « plus facilement conçu ». Enfin comme cela vient d’un nullos en français ne le prenez surtout pas mal 😉

    • recasu dit :

      Je pense que l’intérêt c’est plus de ne pas avoir à gérer l’oxygène et la nourriture. La limite actuelle des sous-marins, c’est plus les humains et leurs besoins. Un drone, ça fonctionne 24/24h sans nourriture ni oxygène, et surtout sans fatigue.
      Aller sous 1000m de profondeur n’est pas forcément intéressant surtout dans la mer de la baltique: ce n’est pas si profond que ça.

    • BaltProf dit :

      Pour le coup et pour la marine suédoise, dont le terrain de jeu principale est la Baltique, je pense que l’argument « grande profondeur » n’est pas très probant. PM, profondrux maximale en Baltique 459 m, et moyenne 55 m. Quant à « l’observation par en-dessous » de submersibles à grande profondeur, j’ai comme un doute sur l’intérêt de cette manoeuvre…

    • Marcorr dit :

      Le cahier des charges parle d’une profondeur maximale de 500 mètres.

    • HMX dit :

      @Prof de physique
      Un tel drone peut effectivement atteindre des profondeurs importantes, s’il est conçu pour. Cela peut donner un avantage opérationnel dans certaines situations très spécifiques, mais l’écoute par « en dessous », à très grande profondeur, n’est pas systématiquement un gage d’efficacité. Cela dépend notamment de la thermocline, qui va favoriser, ou au contraire limiter les capacités de détection.

      De toute façon, la Suède opère principalement ses submersibles dans la Baltique, où la profondeur moyenne n’est que de quelques dizaines de mètres… Un réseau d’hydrophone suffisamment dense pourrait d’ailleurs aisément sécuriser les approches maritimes du pays.

      L’intérêt de ces drones sous-marins, c’est évidemment d’automatiser la surveillance sous-marine, à l’instar de leurs équivalents aériens qui autorisent désormais une permanence H24 d’une zone d’intérêt. L’autre intérêt, le plus important, est celui évoqué en fin d’article : il consiste à faire communiquer et travailler ces drones en réseau, au profit d’un sous marin : plus petit et discret, le drone peut être utilisé pour des missions d’éclairage en eaux très peu profonde, suivre à distance une cible potentielle sur une très longue durée (ce qui libère le sous marin de cette tâche), tirer une torpille ou un missile sans révéler la position du sous-marin, etc… les possibilités tactiques sont ainsi décuplées, grâce aux drones d’accompagnement.

      A l’image des drones UCAV qui accompagneront les chasseurs de nouvelle génération, les sous marins bénéficieront eux aussi de cet apport. Reste à résoudre le problème des communications entre le sous-marin et les drones en plongée. Plusieurs solutions existent (sonar, laser, immersion radio…) : comment Saab a t’il résolu ce problème ? Au-delà des caractéristiques du drone lui-même, c’est à mon avis la question la plus pertinente…

      • Alain d dit :

        « Une gamme complète de missiles balistiques à charge conventionnelle, de différentes portées (200km à 4000+km) serait à mon sens un luxe »…….
        Ce n’était pas mon commentaire !
        Rappel :
        « Sinon il faudrait toute la gamme des portées comme 100 km 200 km, 500, 1 000, 2 000 km, voire plus 3/4 000 km. Obus, drones, roquettes ou missiles (balistique et croisière) au choix. »……

    • Pluriel dit :

      … de ces drones (…) est de pouvoir être (…) conçus.

  2. JacquesYves ouchetard dit :

    le 1er sous marin cabriolet!!! ça décoiffe

  3. Titeuf dit :

    La France et la Suède ont cette particularité d’essayer de se débrouiller par elle même avec leurs BITD respectives.
    Bien que moins avancés dans certains domaines ( réacteurs….) elle peut quand même s’appuyer sur de solides atouts pour leur défense.
    Un pays avec qui l’on devrait faire plus de choses qu’avec les allemands…

    • toufik dit :

      @Titeuf :  » faire plus de choses qu’avec les allemands » ; comme un SCSMF (Système de Combat Marin du Futur) visant à mutualiser le développement d’un Ailier fidèle sous-marin en appui de sous-marins principaux différents …? Façon de poser des jalons pour préparer l’après SCAF avec Saab ? Avec le gros intérêt de réfléchir ensemble aux problèmes d’embouteillages au fond de la Baltique, avec risques d’incidents avvec led Russes.
      En tout cas 5,5 M€ pour ce projet suédois qui doit aboutir à un prototype opérationnel à l’été 2026, c’est pas pas (assez)° cher. Il y a moyen de faire mieux à plusieurs.

      • NORAD dit :

        @toufik. « Façon de poser des jalons pour préparer l’après SCAF avec Saab ». SAAB a ses propres projets pilotés et non pilotés. SAAB pourrait aussi être partenaire d’Airbus.. Les coopérations germano-suédoise ne sont pas rares et plutôt réussies.. Et si vous me sortez le Neuron avec tous les arguments sur le maître d’oeuvre et les « autres » parfaitement réussie, laissez-moi vous dire ceci: Le Neuron n’était qu’un démonstrateur technologique, sans avenir opérationnel et surtout, surtout industriel ou commercial !!! Accepter un « chef » dans un programme expérimental est une chose, mais lorsque l’on en vient aux enjeux industriels, nationaux etc…alors là, on rentre dans une tout autre affaire..

        • toufik dit :

          @NORAD : loin de moi cette idée… On ne peut considérer que Dassault a raison de faire valoir ses droits et sa pertinence en tant que maître d’oeuvre désigné pour le SCAF, et de militer pour avoir 80% de la gestion du NGF… sans en retour concéder que tout ce qui touche à l’Ailier fidèle doit très largement profiter à Airbus DS… ou à d’autres partenaires si l’équipe Dassault + Airbus DS explose. Le nEUROn est une bonne référence de collaboration de pays européens majeurs sur un projet de drone, le sens de mon propos était là et non dans qui était alors le chef.

  4. Fabien Tremm dit :

    Avantages? Utilisables depuis des tubes lance-torpilles.
    Utilisable dans des zones complexes d’accès.
    Permet de prendre des risques difficiles à prendre avec des vies humaines, et surtout avec des marins très qualifiés dont l’expérience a trop de valeur.
    Permet de décentraliser les capacités.
    Permet de couvrir une surface plus large sans avoir à produire 50 navires ou sous-marins en plus, et le tout à prix minime comparé à des navires / sous-marins.

    Bref, avantage comparable aux drones aériens.

    • Marsouin classe éco dit :

      jspr qu’il y a des héritiers de Bob Maloubier dans la Royale

    • Marcorr dit :

      Il mesure 1,4 mètre de large. Je doute qu’il existe un tube lance-torpilles capable de l’accueillir.

      • toufik dit :

        @Marcorr : si, justement (enfin c’est pas tout à fait un tube lance-torpille) : wikipedia :
        « Il est armé de quatre tubes lance-torpilles et d’un tube d’1,5 m situé à l’avant permettant la sortie d’un drone sous-marin ou de huit plongeurs des forces spéciales simultanément. »
        https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Classe_Blekinge
        Prévoyants, ces Suédois.

        • HMX dit :

          @toufik
          Ce tube « géant » est en effet une spécificité, et une des principales innovations du type A26. Il sert officiellement à « lancer et récupérer des véhicules » sous-marins : drones, ou véhicule tracteur pour 8 plongeurs.

          Pour revenir au drone, si la question du lancement ne pose pas de difficultés particulières, la question d’une potentielle récupération en plongée du drone intrigue énormément. Ce serait dans ce cas une première mondiale, même l’US Navy n’ayant pas réalisé ce type d’exploit.

          On pourrait imaginer que le drone en phase de récupération se positionne devant le sous marin et que les deux véhicules maintiennent une vitesse constante à une distance de quelques dizaines de mètres. Un rail télescopique sortirait alors du fameux tube de 1.50 mètres de diamètre, pour venir saisir le drone, qui serait ensuite ramené en douceur dans le sous marin. Une telle manÅ“uvre serait néanmoins extraordinairement risquée, puisque en cas de dysfonctionnement, la collision entre le drone et le sous marin serait difficilement évitable… cette solution est donc improbable.

          Une manÅ“uvre similaire serait plus « facile » à concevoir si le sous marin avait été doté d’une ouverture latérale dans la coque : drone et sous marin n’auraient plus besoin de se placer l’un devant l’autre, mais l’un à côté de l’autre, ce qui limiterait sensiblement les risques de collision en cas d’échec de la manÅ“uvre de récupération. Des bras télescopiques sortiraient de l’ouverture latérale pour venir chercher les drone et le ramener au sous marin via cette ouverture. Aucun sous-marin, à ce jour, n’est équipé d’un tel dispositif d’ouverture latérale.

          dernière possibilité pour récupérer un drone en plongée : utiliser un dispositif tel que le dry dock shelter (DDS) des SNA américains ou des Suffren français. Ces grands caissons fixés derrière le massif sont dotés d’une porte avec une ouverture dirigée vers l’arrière du sous marin. Il serait envisageable de développer une version spécifique du DDS, avec un rail télescopique de plusieurs dizaines de mètres qui serait déployé derrière le sous-marin, et au bout duquel serait installé un « berceau » dans le quel le drone viendrait s’arrimer, avant d’être remonté dans le DDS.

  5. phil135 dit :

    concept intéressant ; on peut imaginer des stratégies d’emploi bien tordues pour rendre chèvre le camp d’en face
    voir même des trucs jusqu’ici complétement impossibles

  6. Kobayashi Maru dit :

    Si avec ses compétences et son contrat signé avec la marine royale néerlandaise pour les soum, ce serait bien pour les Pays bas et la Belgique que Naval Group puisse proposer son drone aux deux marines: La Belgique avec une marine quasi inexistante pourrait jouer un rôle dans le partage de données si les 3 marines ( les 3 « Royales 🙂 ) sur au moins toutes la façade atlantique et la mer du nord, noeud crucial.

  7. Louis XVI dit :

    @Kobayashi Maru. « ( les 3 « Royales ) »..Ah, toujours cette petite nostalgie ??? Sait-on jamais, peut-être que le mois de septembre sera celui du Grand Retour..??

  8. leo dit :

    Compte tenu des avancées récentes dans la miniaturisation des antennes ss marines, on doit pouvoir créer une flotte de drones ss marins low cost capables de lancer des torpilles et des missiles de plus ou moins longue portée et de remplacer une bonne partie des navires de surface: frégates lance missile et groupe aero naval. L attaque du navire ukrainien dans le Danube laisse entrevoir un scenario où un porteavion sera vulnérable dans la rade de Brest ou à Toulon. Et même en haute mer, ces navires peuvent être attaqués par quiconque disposera de missiles low cost du genre Milanion/Flamingo ou missiles iraniens ou russes.