L’indisponibilité de la centrifugeuse humaine de l’IRBA complique la formation des pilotes aux manÅ“uvres anti-G

Pour l’instruction aéromédicale [IAM], c’est-à -dire la formation théorique et pratique des pilotes de l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE], de la Marine nationale et de la Direction générale de l’armement [DGA] sur les effets physiologiques des accélérations auxquelles ils sont soumis ainsi que sur les manÅ“uvres « anti-G » [MAG] visant à leur éviter de subir des troubles visuels [voiles gris et noir], voire une perte de conscience [G-LOC pour G Loss Of Consciousness], l’Institut de recherche biomédicale des armées [IRBA] dispose d’une centrifugeuse « humaine » installée à Brétigny-sur-Orge.
Livré par Latécoère à la fin des années 1990, cet équipement unique en France est indisponible depuis environ un an. Ce qui a incité le député [RN] Frank Giletti, rapporteur du programme 178 « Préparation et emploi des forces – Air », à demander, par écrit, au ministère des Armées les mesures qu’il comptait prendre pour remettre cette centrifugeuse en fonctionnement.
« Cet équipement de pointe […] constitue un outil essentiel de formation à la sécurité aérienne humaine » en permettant « aux futurs pilotes de chasse, à des pilotes expérimentés […] ou encore aux ingénieurs de bord, d’acquérir et de maintenir leurs compétences aéromédicales », a d’abord rappelé le député, en notant que cette centrifugeuse de l’IRBA sert également aux médecins militaires spécialistes en aéronautique ainsi qu’à l’expertise technique des matériels embarqués ».
« À l’heure où les tensions internationales exigent des armées un haut niveau d’indépendance et de réactivité, il est particulièrement préoccupant que cet équipement soit hors service depuis plus d’un an », a continué M. Giletti. D’autant plus que cette situation « met en péril non seulement la continuité de l’instruction des aviateurs, mais aussi la montée en compétence des personnels médicaux spécialisés et la conduite des expertises techniques essentielles à la sécurité aérienne ».
Dans sa réponse, publiée le 5 août, se disant pleinement conscient des enjeux de souveraineté liés à cet équipement de l’IRBA, le ministère des Armées a expliqué que les premiers dysfonctionnements étaient apparus à la fin de l’année 2023… Et que les mesures « correctives » alors adoptées n’avaient « pas permis de résoudre toutes les pannes, celles-ci s’expliquant par l’obsolescence des composants et des cartes électroniques ».
Il a alors été fait appel à Latécoère, qui a élaboré un plan de douze semaines pour remettre en état la centrifugeuse de l’IRBA, ce qui devrait être fait « au second semestre 2025 ». Cependant, a admis le ministère, ces réparations ne constituent pas une « solution pérenne pour un équipement ancien nécessitant une rénovation lourde afin de maintenir sa capacité à s’adapter aux nouveaux enjeux technologiques du combat aérien ». D’où la nécessité d’une « rénovation lourde », qui fait l’objet d’un marché de 18 millions d’euros.
[Contrat opérationnel] Cette semaine, reprise à l’institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) des séances d’instruction aéromédicale en centrifugeuse au profit du personnel navigant de @Armee_de_lair et @MarineNationale avec des précautions sanitaires adaptées #COVID19 pic.twitter.com/Izq28lfnlB
— SantéArmées (@santearmees) May 29, 2020
« Cette rénovation permettra de garantir la pérennité et l’adaptation technologique de cette capacité au profit de l’armée de l’Air et de l’Espace, de la Direction générale de l’armement et du Service de santé des armées pour les quinze prochaines années », a assuré le ministère des Armées. Le problème est que cette opération immobilisera la centrifugeuse pendant vingt-quatre mois.
En attendant, la formation des pilotes aux manÅ“uvres anti-G reposera sur le siège « MAG Static Trainer » qui, mis au point par l’IRBA et doté de capteurs musculaires ainsi que d’un casque, permet aux pilotes de s’exercer « en s’appuyant sur quatre scenarii d’exercices ».
« Notre système évalue automatiquement les courbes des manÅ“uvres, afin que le pilote identifie les points à optimiser comme l’anticipation, la synchronisation des blocages respiratoires et des contractions musculaires », explique l’IRBA. Et d’ajouter : « À la fin du test, les pilotes et navigateurs bénéficient d’un retour d’expérience détaillé pour faciliter leurs auto-évaluations. Un écran affiche leurs bilans de la manÅ“uvre exécutée qui est évaluée en pastille de couleurs [vert, orange ou rouge] et en pourcentage. Plus le chiffre est élevé, plus l’exercice est réussi ».
Cependant, le MAG Static Trainer n’est pas suffisant puisqu’il ne permet pas à un pilote de ressentir la sensation d’écrasement sous un facteur de charge élevé. D’ailleurs, s’il l’était, le ministère des Armées n’investirait pas 18 millions d’euros pour remettre la centrifugeuse de l’IRBA en état de marche. D’où le recours aux moyens de pays alliés.
« Dans les cas où un module d’instruction dynamique est indispensable à la sécurité d’un pilote, il est possible de recourir aux équipements de pays alliés, comme cela a déjà été effectué en 2024 pour huit pilotes », a conclu le ministère des Armées.
Photo : SSA / IRBA





Reste les attractions foraines. Incroyable de voir un pays leader en armements aéronautiques incapable de garder un tel équipement en fonctionnement.
En fin de cet article figure l’affichage d’un article de 2020 « qui laisse espérer un vaccin contre le paludisme » …
Cinq ans après, qu’en est il ? C’est tout le problème des informations qui, de nos jours, sont déversées à flot continu, mais qui ne font l’objet d’aucun suivi ! Pourtant le paludisme est un fléau mondial, qui touche les plus pauvres.
Vaccin utilisé depuis 2022 🙂
https://fr.wikipedia.org/wiki/Vaccin_contre_le_paludisme
https://www.pasteur.fr/fr/vaccin-contre-paludisme-existe-t-il-vaccin-contre-paludisme
le grand 8 peur donner la malaria
« pas permis de résoudre toutes les pannes, celles-ci s’expliquant par l’obsolescence des composants et des cartes électroniques ». » ITAR free quoi, le prix de la souveraineté….
Non, le problème des équipements ultra-spécialisés.
Il y a des équipements américains qui ont les mêmes problèmes.
Ici, le seul problème, c’est de ne pas faire des stocks pour la vie du système, et de ne pas en avoir 2 par sécurité pour pouvoir faire la maintenance d’un système, voire le mettre à jour.
Aucune électronique qui date de 35 ans n’est maintenable. Avez vous un micro qui a 35 ans ?
Il faut une maintenance évolutive, et pas seulement une maintenance corrective.
C’est toujours le même problème avec les outils en un seul exemplaire…
La centrifugeuse, le PA, la grande cale de St Nazaire…
Le jour de l’indisponibilité, on semble surpris et on pleure en regardant chez les voisins.
Dans le cas de la centrifugeuse, du matériel avec de l’électronique qui a 35 ans, c’est même étonnant que ça ait duré si longtemps !
Il n’est pas rare en aéronautique militaire que les nouveaux arrivants (électroniciens, mécanos, pilotes, médecins, etc) travaillent avec/sur du matériel plus vieux qu’eux. Un matériel bien entretenu vieillit bien, le comptable le garde longtemps.
Ce qui est étonnant c’est qu’on ne fasse pas un stock « stratégique » des composants critiques. Surement quelques composants actifs, pour les passifs on trouvera toujours des équivalents même 35 ans après. Des composants bien stockés (drypack) et reconditionnés ‘étuvage avant soudure, etc) permettraient un dépannage à moindre coût (ce n’est pas le prix des composants qui doit faire le coût de la machine)
Moi ce qui m’étonne (mais en fait pas du tout…), c’est que depuis des années aucun responsable (un Général, un Colonel… ?) de cet institut n’a anticipé et planifié la pérennisation de cet installation… Ne sont-ils pas formés à la stratégie ? 😉
Vous êtes sûr de ce que vous dites?
Pas moi.
il est plus probable que les responsables, pas forcément militaires d’ailleurs, aient signalé le problème mais que la réponse a été reportée et délayée. Pour de raisons budgétaires peut-être?
Vu d’un ministère par des compteurs de haricots et des bartok de la finance, rien n’est impossible.
Mais si vous avez des éléments concrets pour étayer votre affirmation allez-y:
L’IRBA doit fonctionner essentiellement sur le budget du SSA. Or celui-ci est à l’os depuis plusieurs décennies. Et je prend les paris pour imaginer que dans un cas semblable aucune des deux Armées concernées ni la DGA ne sont prêtes à mettre au pot pour que l’engin soit rapidement remplacé ! Les prestations de l’IRBA pour ces utilisateurs sont elles payantes ? Cela m’étonnerait beaucoup. Elles devraient l’être, à mon avis. Puisque dans le SSA on demande à chaque institution ou organisme d’être « rentable »…
Quelle a été la politique des gouvernements qui se sont succédés en matière défense depuis la mise en service de cet equipement? Qui s’est préoccupé sur le moment dans les 2 assemblées de l’impact qu’auraient les operations exterieures sur la défense? Il est un peu simpliste de demander a l’utlisateur d’un equipement de 35 ans quelles mesures il va prendre pour le prolonger, quand les credits qui auraient permis de le faire ont été affectés à tout autre chose. C’est oublier un peu vite le rôle du politique dans l’affaire, tant au niveau de la décision que de l’absence de réaction. L’adage selon lequel « commander c’est prévoir » s’applique aussi à ceux qui prennent les decisions ou laissent faire en amont. Et le moins qu’on puisse dire au vu de l’etat de notre Defense, c’est que l’anticipation et l’organisation ont quelque peu fait defaut à ce niveau.
Parmi les 211 milliards d’euros annuels de notre argent donné gracieusement aux cac40, peut-être peut on prélever 18 millions d’euros pour réparer cette machine?
ces 211 milliards de subventions et réductions de charges concernent l’ensemble des entreprises et pas que celles du cac40
Mouais. On peut aussi considérer que ce sont 211 milliards qu’on ne leur pique pas.
Le CA des sociétés du CAC40 n’est que de 25% en France. Continuez à surtaxer à tout va et le chiffre baissera encore.
Même s’il y a débat sur la question j’ai pour mon cas particulier et sans le savoir appliqué cette théorie.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Courbe_de_Laffer
Et j’ai de nombreux exemples de personnes dans mon cas.
Donc même s’il y a débat mon expérience perso me fait dire qu’elle n’est pas sans fondement. Au lieu de rapporter je me suis mis à couter … et je n’en éprouve nul remord (de toute manières je serai mort bien avant de « rentrer dans mes frais » ou exprimé autrement de couter plus que je n’ai rapporté)
bah, fallait pas le prēter aux Perses, ce manège, contre des barils de pétrole.
J’ai mis un peu de temps à comprendre…
Pas mal, dans le genre noir et grinçant.
Pourquoi faire alors que cela peut être fait ailleurs ? Ce n’est pas la boussole de l’État depuis plusieurs décennies ?
Et pas seulement de l’État. Cela commence même au niveau local par la fermeture de commerces (DAB, carburant…), services (tribunaux, maternités…). Ce n’est pas grave, nous dit-on, car il suffit de faire quelques kilomètres pour le même rendu.
Tant pis pour les frais, principalement à votre charge, générés par ce déplacement et le temps que vous devez y consacrer.
Pas assez d’infirmières, on ira les chercher en Espagne.
Pas assez de médecins, on ira les chercher en Europe de l’Est ainsi qu’au Maghreb.
L’industrie, c’est mieux ailleurs. Le PDG d’Alcatel ne rêvait-il pas d’une entreprise sans usine ?
L’UE ne rêve-t-elle pas d’une agriculture sans agriculteur ? Etc.
Avec la libre circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux vous tenez le saint Graal :
– vous n’avez pas ou plus, la solution est ailleurs;
– vous ne voulez plus, la solution sera ailleurs.
Bien entendu, cela se paie cash à un moment ou à un autre. Malheureusement pas immédiatement et les responsables ne sont plus aux commandes. Le moindre pet de travers à Pétaouchnok, c’est la catastrophe.
Pour en revenir à la centrifugeuse humaine, je pense que la situation actuelle a été « murement » réfléchie.
On a quand même fait sans pendant des dizaines d’années… je me me souviens d’ une époque où la DGA demandait des volontaires chez les pilotes de chasse pour faire des « expériences ».
N’ayant pas une vocation de souris de laboratoire pour éventuellement se casser et perdre son aptitude dans des conditions à priori plus violentes que celles de nos Mirages 2000 (intensité des accélérations et durée de celles-ci, un chasseur dégrade au contraire de la centrifugeuse) j’avais refusé – comme tout le monde autour de moi.
J’avais suggéré qu’ils prennent des non-navigants qui auraient été tout contents, et notamment des médecins eux-mêmes (ou alors des NAVs)
On a dû vous demander aussi si vous vous portiez candidat à une carrière de cosmonaute ou d’astronaute ? Vous avez répondu non, on ne me l’a fait pas à moi, cette histoire là ! Pas une petite chienne russe…
Rassurez-vous pour ces candidatures, ils ont pensé aussi aux médecins. 🙂
Bonjour Gallifet,
Suite à votre remarque j’ai regardé ce qui existe en thèse sur les effets des forces gravitationnelles (Forces +Gz et -Gz) sur le corps des pilotes de chasse.
J’ai trouvé des travaux du Centre d’Etudes et de Recherches de Médecine Aérospatiale (CERMA), du Laboratoire de Médecine Aérospatiale (LAMAS) à Brétigny-sur-Orge, recherches menées en collaboration avec le Centre d’Expérimentation Aérien Militaire (CEAM).
En résumé (empirique) les forces G positives (+Gz) poussent le sang vers les membres inférieurs, entraînant des phénomènes comme le voile gris, le voile noir ou la perte de conscience (G-LOC) ; les forces G négatives (-Gz) ont des effets sur la pression intracrânienne. A long terme ont été observées des douleurs cervicales et lombaires dues à la sollicitation répétée de la colonne vertébrale, des conséquences cardiovasculaires, ainsi que de possibles troubles en rapport avec la neuroplasticité (Adaptations cérébrales des pilotes face aux environnements gravitationnels inhabituels)… De ces études sont dérivés les techniques de protection, comme la manœuvre anti-G (AGSM), les combinaisons anti-G, et l’inclinaison des sièges pour améliorer la tolérance des pilotes, mais je pense que vous devez connaître toute cela ?
Quoi qu’il en soit il est dommage que l’AAE se prive (momentanément ?) de tels outils qui peuvent contribuer tant aux missions de combat qu’à la santé de nos pilotes.