Comme l’ALAT, la British Army veut associer ses hélicoptères d’attaque à des drones tactiques

Pour l’US Army, l’avenir n’appartient plus aux hélicoptères de reconnaissance et d’attaque mais aux drones. Ainsi, en février 2024, en s’appuyant sur les retours d’expérience [RETEX] de la guerre en Ukraine, elle a annulé le programme FARA [Future Attack Reconnaissance Aircraft] qui, lancé six ans plus tôt, était censé lui permettre de remplacer ses OH-58D Kiowa ainsi que AH-64D Apache.

Plus récemment, à la faveur de l’Army Transformation Initiative [ATI], dont le détail a été rendu public le 1er mai dernier, l’armée américain a fait savoir qu’elle avait l’intention de dissoudre les onze escadrons répartis entre le 6th Cavalry Regiment et le 17th Cavalry Regiment après le retrait de leurs AH-64D « Apache », mis en service en 1997. L’idée est de remplacer ces appareils par des drones aériens « abordables » et « capables de submerger l’ennemi ».

« L’AH-64D n’est pas une capacité avec laquelle nous pouvons combattre et gagner aujourd’hui. […] Ce modèle est également devenu excessivement coûteux à exploiter », a ensuite justifié le général Joseph Ryan, le chef d’état-major adjoint de l’US Army pour les opérations, les plans et la formation, lors d’une conférence du Center for a New American Security [CNAS], en juin.

Mais il était allé encore plus loin en exprimant ses doutes sur l’AH-64E Guardian, c’est-à-dire la dernière version de l’Apache qui, par ailleurs, dispose d’une capacité dite MUM-T [Manned-unmanned teaming] lui permettant de contrôler des drones. Aujourd’hui, l’efficacité des hélicoptères d’attaque « sur le champ de bataille est extrêmement limitée », a estimé le général Ryan.

Cependant, cet avis n’est pas partagé par l’Aviation légère de l’armée de Terre [ALAT], qui défend le concept de « dronisation de l’aérocombat ».

À cette fin, elle développe la notion d’Engins Lancés par Aéronefs [ELA], au travers d’expérimentations menées au sein du 3e Régiment d’Hélicoptères de Combat [RHC] et entend se doter d’un « drone tactique d’aérocombat » [DTA] susceptible d’accompagner ses hélicoptères d’attaque Tigre [ou H160M Guépard]. Il permettrait de « préserver l’effet de masse et d’augmenter la liberté d’action du chef en fonction du niveau de risque ou de complexité de l’enjeu opérationnel », a-t-elle récemment fait valoir.

L’armée de Terre n’est pas la seule à vouloir associer des hélicoptères à des drones.

Ainsi, au Royaume-Uni, la Royal Air Force a évalué la possibilité de mettre en œuvre des drones dits FPV [First Person View, pilotage immersif] depuis des hélicoptères de transport lourd CH-47D Chinook.

« La défense britannique adopte les drones FPV en raison de leur efficacité prouvée lors des conflits récents, des avantages tactiques qu’ils offrent sur le champ de bataille, de leur adéquation aux stratégies militaires futures et de la possibilité de former rapidement le personnel à leur utilisation », a-t-elle expliqué, en mai.

Mais la British Army n’est pas en reste. Et, à l’instar de l’ALAT, elle envisage de se doter d’un drone de type « ailier fidèle » pour accompagner ses hélicoptères AH-64E Apache/Guardian. Pour cela, elle organisera des « ateliers » avec les industriels susceptibles d’être intéressés par ce projet le 21 août prochain. L’objectif est qu’elle puisse se faire une idée précise des solutions disponibles.

Appelé ACP [Autonomous Collaborative Platform], ce projet vise à développer un drone aérien devant fonctionner de manière « hautement autonome » afin de faire en sorte qu’il soit « commandé » depuis un AH-64E et non « contrôlé ». Cet appareil devra être capable de mener des vols de reconnaissance, de repérer des cibles, d’effectuer des frappes et de leurrer les défenses adverses. En clair, explique la British Army, il sera censé améliorer « la létalité et la capacité de survie de la plateforme habitée ».

Parmi les pistes potentielles, un drone de type VTOL [à décollage et à atterrissage verticaux] pouvant emporter une charge utile de 200 kg semble être privilégié par la British Army.

Photo : British Army

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21 contributions

  1. Skychip dit :

    Non et non. l’hélicoptère de combat est définitivement enterré à mon sens. Quel intérêt d’avoir un hélicoptère pour larguer des drones ? Autant faire partir l’ensemble du sol. L’avenir c’est le drone piloté à l’IA en charge de gérer d’autres drones en réseau pour coordonner une attaque globale.

  2. NVG dit :

    Le déni, partout le déni. Finito les hélicos d’attaque. Si cette capacité n’existait pas, est ce qu’on la fabriquerait de toute pièce aujourd’hui?
    Non. On ferait du drone.

    • NORAD dit :

      @Skychip et NVG. Attention à la « dronite » aiguë…https://youtu.be/JFkJj3Eh27k?si=I1SeTz18VE6ddGGU

    • Castel dit :

      Je pense qu’il faut surtout modifier la définition d’un hélicoptère d’attaque moderne, en effet, pourquoi continuer à fabriquer des hélicoptères lourds et côuteux à cause de leur protection et de leur surarmement, ce qui était obligatoire tant qu’ilsétaient utilisés en première ligne.
      Avec l’utilisation combinée drone-hélicoptère, il vaut mieux utiliser, soit des hélicoptères plus légers et plus rapides, et moins côuteux à fabriquer, et donc disponibles en plus grand nombre comme le Guépard, ou au contraire ce que j’appellerais un hélicoptère d’assaut, succeptible d’amener des troupes sur le front, dérivé du Caracal par exemple, les deux
      pouvant être utilisés en symbiose.
      Bien sûr, il ne s’agirait donc plus d’hélicoptères d’attaque tels que l’on les connait aujourd’hui, mais ils le resteraient au niveau de la fonction….

      • NORAD dit :

        @Castel. « Avec l’utilisation combinée drone-hélicoptère, il vaut mieux utiliser, soit des hélicoptères plus légers et plus rapides, et moins côuteux à fabriquer, et donc disponibles en plus grand nombre comme le Guépard, ou au contraire ce que j’appellerais un hélicoptère d’assaut, succeptible d’amener des troupes sur le front, dérivé du Caracal par exemple, les deux
        pouvant être utilisés en symbiose.
        Bien sûr, il ne s’agirait donc plus d’hélicoptères d’attaque tels que l’on les connait aujourd’hui, mais ils le resteraient au niveau de la fonction…. » C’est ce que veux faire l’US Army avec le MV-75, sans pour autant renoncer à l’AH-64E à court terme.

  3. Carin dit :

    Si un drone peut être équipé du matériel nécessaire pour « leurrer » les systèmes de défenses ennemis… l’hélicoptère habité aussi…
    Je comprends la nécessité d’avoir un ailier fidèle, mais je trouve les explications de nos amis anglais peu convaincantes. Surtout lorsqu’ils prétendent commander mais non diriger cet ailier, qui pourra ouvrir tout seul le feu, lors d’une patrouille en solo… ça risque fort d’engager des morts amis, même si l’IA aura été gavée des lignes des matériels amis, et des différences entre les tenues, galons, casques, casquettes, calots et autres fusils. Je suis pas fan de cette vision.

  4. Popotier dit :

    quelle différence entre un « Engins Lancés par Aéronefs » et un effecteur déporté, terme très en vogue au sein des différentes armées aujourd’hui ? J’ai l’impression qu’on aime complexifier les choses pour rien au sein de la défense

    • Biquette board dit :

      un peu comme la politique ou le marketing: plus c’est compliqué, plus le vendeur pourrait passer pour un crack et le client, « end user »pour une chèvre

  5. Castel dit :

    Cela rejoint mon point de vue sur la question:
    L’hélicoptère d’attaque, seul est une cible facile pour l’ennemi, dès l’instant ou il se trouve dans une zone de combat non sécurisée, mais, accompagné ou précédé par un essaim de drones même modeste, la situation devient différente, car l’équipage de l’hélicoptère aura une capacité de reconnaissance qui lui ouvrira la voie, avec même la possibiliter de commencer à « traiter » les positions ennemies grâce à ces drones, et de finir le travail contre un ennemi diminué.
    Voila le véritable avenir de l’hélicoptère d’attaque, me semble-t-il….

    • Castel dit :

       » la possibilité », et non la possibiliter, pour éviter à notre correcteur d’orthographe préféré d’intervenir une fois de plus….

    • Hou houe houx ou où ouh dit :

      Dès l’instant où.

    • Observer dit :

      Très bien ……..@ Castel a tout compris. Maintenant une remarque personnelle qui a une vocation générale. Sont ici visés les militaires et les civils. Pour une cible, au lieu d’utiliser « à tout bout de champ » le terme « traiter un objectif » qui en fait signifie la destruction de celle-ci, je les invite à être plus franc ou moins pudique, et de nous dire ou écrire à l’avenir : « Maltraiter un objectif ». C’était la minute vraie.

  6. hdo dit :

    Bon allez pour cette fois je me fais l’avocat des hélicos/ALAT:
    ne pas oublier que la mission des tigres at autres apaches c’est de stopper des colonnes de chars et blindés russes qui foncent dans les plaines d’Allemagne après une percée réussie d’une ligne de front trop faible et donc prise au dépourvu.

    Je crois qu’il s’agit de la même mission mise à jour avec une multiplication de moyens déportés en avant de l’hélicoptère (allonger de beaucoup l’allonge), en capitalisant sur une chaîne de commandement performante entre observation reconnaissance traitement des informations désignation des objectifs et gestion des moyens.

  7. Medecin sans diplôme dit :

    ouais.
    moins gros, moins bruyant, moins cher. que demande le peuple, des donneurs d’organes?

  8. Sempre en Davant dit :

    Puisqu’ils sont plus légers, ne pourrait-on pas ajouter un FELIN au tigre ?

    https://www.opex360.com/2013/07/17/le-felin-pese-lourd-pour-les-parachutistes/
    https://www.opex360.com/2014/03/26/vers-systeme-felin-plus-leger-avec-autonomie-plus-elevee/

    Rien que la vérification de l’état des batteries en stock pour qu’elles ne se déchargent pas trop sans se remplir à l’excès. Avec une paperasserie raisonnablement imaginative et redondante, ça vous occuperait un monde !
    Faudrait des réservistes… surement.

  9. TontonYves dit :

    Ancien de l’ALAT je suis l’actualité militaire depuis longtemps. Je crois que les hélicos finiront par lancer les mêmes armes que les avions, armes adaptées à leur altitude et vitesse d’action. L’avantage de l’hélico étant sa rapidité de mise en œuvre à partir de bases dispersées beaucoup moins vulnérables que les bases aériennes, et la possibilité de s’approvisionner eux-mêmes à des stocks d’armes eux aussi dispersé et camouflés.

  10. Air dit :

    L’un est lancé depuis l’hélico tandis que l’autre le suis au cours de sa mission. Même si oui dans les faits lorsqu’il est largué un ELA devient un effecteur déporté. Par contre le DTA probablement lancé depuis le sol ne sera pas un ELA.

  11. KOUDLANSKI Romain dit :

    Comme quoi l’idée de l’ALAT plait à l’armée britannique n’en déplaise aux grincheux . Pour rappel les hélicoptères sont plus prévus ,pour volé au ras du sol ,car il se caché plus facilement .

    • La cache du voleur dit :

      Les hélicoptères sont plus prévus pour voler au ras du sol, car ils se cachent plus facilement.

  12. JILI dit :

    Bien sûr si on écoute certains, également vont disparaître chars, canons auto portés, camions, navires etc, et même les soldats qui seront remplacés par des robots. Là, certains doivent arrêter de délirer en affirmant que l’hélicoptère doit disparaître car non seulement de nouveaux et très performants hélicoptères arrivent, tout comme les existants comme le Tigre ont de grandes capacités car fortement amélioré en technologie. En effet que se passe-t-il, et bien seulement la technologie améliore la puissance et les possibilités de combat des champs de bataille, ainsi oblige la modernisation du matériel existant afin de le rendre plus efficace et d’assurer sa protection au maximum. Bref avant d’éliminer certaines de nos armes par rapport aux drones et autres qui sont arrivés il y a peu, il faudrait seulement attendre que l’œuvre de la technologie et des combats à venir nous fournissent des renseignements et des éléments déterminants qui permettront d’améliorer notre armée, donc l’affolement est inutile !