Le ministère des Armées officialise la création du Commissariat au numérique de défense

Ayant fait de la cyberdéfense et du numérique des priorités, le ministère des Armées a créé plusieurs structures dédiées à ces domaines au cours de ces dernières années, au point qu’il est compliqué de s’y retrouver. Ce qu’a d’ailleurs récemment admis le Délégué général de l’armement [DGA], Emmanuel Chiva, qui a parlé d’un « plat de spaghettis » pour décrire l’empilement de ces organismes, lors d’une audition à l’Assemblée nationale.

Ainsi, à la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’informations de la défense [DIRISI], qui tient le rôle d’opérateur télécom du ministère des Armées depuis plus de vingt ans, et au centre DGA Maîtrise de l’information [DGA MI], sont venues s’ajouter la Direction générale du numérique [DGNum], l’Unité de management « socle numérique » [UM SNum], l’Agence du numérique de défense [AND] et, plus récemment, l’Agence ministérielle de l’intelligence artificielle de défense [AMIAD].

Dans le même temps, le Commandement de la cyberdéfense [COMCYBER] a vu le jour, en réunissant sous sa coupe le centre d’analyse en lutte informatique défensive [CALID], le centre d’audits de la sécurité des systèmes d’information [CASSI], le centre des homologations principales interarmées [CHPI] et le centre cyber de préparation opérationnelle [C2PO]. Depuis peu, plusieurs unités spécialistes de la guerre électronique et des opérations cybernétiques ont été rassemblées au sein d’une « Communauté cyber des armées ».

Fin 2024, afin de donner plus de lisibilité à cet organigramme, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, fit part de son intention de mettre en place un « Commissariat au numérique de défense » [CND], en regroupant plusieurs de ces entités. Le périmètre de ce nouvel organisme restait encore à définir.

« Depuis plus de 20 ans, les réformes du numérique au sein du ministère se sont sédimentées en couches successives. […] Un décalage de plus en plus grand s’est ainsi créé entre […] une organisation qui a […] perdu en lisibilité et en efficacité […] et le besoin de réactivité et d’agilité », avait fait valoir M. Lecornu, dans un document cité par le site L’Informé. Et de préciser que ce futur CND aurait à « répondre aux besoins opérationnels, en soutenant les opérations en cours et en préparant les ruptures technologiques à venir dans la perspective des opérations de demain ».

Plus de six mois après, le décret n° 2025-782 « portant création du Commissariat au numérique de défense » est paru dans le Journal officiel de ce 8 août.

« Le présent décret porte création du Commissariat au numérique de défense, service d’administration centrale relevant directement du ministre. Il intègre dans une structure ministérielle unifiée la Direction générale du numérique et des systèmes d’information et de communication, la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information de la défense et l’Agence du numérique de défense », précise le texte, qui entrera en vigueur le 1er septembre.

Et de souligner que cette nouvelle structure aura la tâche de fournir « des systèmes et services numériques à l’ensemble des organismes du ministère, à l’exception de la direction générale de la sécurité extérieure et de la direction du renseignement et de la sécurité de la défense ».

Ce CND sera commandé par un officier général qui, portant le titre de « commissaire au numérique de défense », relèvera directement du ministre des Armées. Il sera notamment chargé de l’assister pour « l’exercice de ses responsabilités dans le domaine du numérique ».

En outre, indique le décret, il sera secondé par « un directeur, officier général, portant le titre de commissaire au numérique de défense adjoint, qui le supplée en cas d’absence ou d’empêchement ».

Parmi ses missions, le commissaire au numérique de défense aura notamment à « élaborer la politique du numérique de la défense » et à assurer « l’évolution du numérique de la défense et sa cohérence d’ensemble en liaison avec le chef d’état-major des armées, le délégué général pour l’armement et le secrétaire général pour l’administration ».

Enfin, il lui reviendra également d’élaborer « la politique générale en matière d’utilisation du spectre de fréquences de la défense, tant au niveau national qu’international », de veiller « à la coordination des besoins en fréquences des utilisateurs du ministère » et d’exercer « la fonction d’administrateur ministériel des données, algorithmes et codes source ».

Photo : Ministère des Armées

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37 contributions

  1. Clavier dit :

    Le « plat de spaghettis » m’a l’air d’être de plus en plus indigeste…….
    La guerre d’Ukraine a l’air de sérieusement traumatiser les instances dirigeantes de nos armées…

  2. La piste aux étoiles dit :

    et hop, distribution d’étoiles et de points NBI …. encore !

    je t’enverrai tout ça creuser des tranchées en Ukraine avec une pelle US (avec le manche cassé comme il se doit…). Etant magnanime, ils auraient le choix du coté du no man’s land où creuser …

    • Kardaillac dit :

      Vous êtes de mauvaise foi. Le manche ne casse pas, mais la douille crantée de verrouillage, si.
      Bien vérifier lors de la distribution aux généraux.

  3. Sempre en Davant dit :

    Bientôt on sera prêt pour passer à la disquette 5″1/4… en attendant d’inventer le l’insecte de l’an 2000…

    https://youtu.be/I0wt_7ppVrs?feature=shared
    (les programmeurs Try Yann)

    Un peu d’ordre ferait du bien. Beaucoup d’agences et de frais pour peu d’effet !
    Si l’on voulait faire autant de distinctions administratives avec les salières et les poivrières les tables seraient trop chargées pour les gamelles.

    • Naoned 46 dit :

      ca rappelle un peu les comités Théodule de la fonction publique dont on nous dit que certains mériteraient dire supprimés

      • Sempre en Davant dit :

        A la une du Canard cette semaine :  » La grande foire au pantouflage des conseillers macronistes P3″.

  4. Emile dit :

    L’Agence National de Sécurité des Système d’Information (ANSSI) n’est pas nommé. Il est vrai que c’est la « branche » civile mais qui devra impérativement travailler avec la défense.
    Je ne suis pas un expert en informatique, mais n’est-il pas dangereux, voir suicidaire, d’utiliser du matériel étranger (américain) au lieu d’avoir un système franco-français avec ses propres codes sources ? Avec aucun lien sur l’extérieur …

    • fabrice dit :

      La question n’est pas tant de savoir si l’outil de cybersécurité est français que s’il est efficace. Si tu prend un outil 100% français mais que c’est une passoire, une myriade de pays étrangers auront de toute façon accès à tes secrets parce que ton outil Bleu Blanc rouge ne va rien protéger du tout. Faut mieux alors acheter un produit efficace à un allié, on sait que cet allié aura accès mais au moins les autres n’y auront pas accès. C’est la logique de la mutualisation OTAN. Maintenant si tu produit un outil cyber sécurité au top du top, inviolable, alors là, bien sur, à produit équivalent, même si le produit français est plus cher, il faut acheter français.
      Je te rappelle, le CAC 40 (les 40 plus grosses valorisations françaises, EDF, Thales, LVMH…) vaut 2400 mds d’euros, Nvidia 4000 mds…15% des employés Nvidia sont en Israël. 40% des levées de fond dans le Monde en cyber sont israéliens. Résultat des cours, Wizz, racheté 25 mds de $, VAST (cloud) valorisée 30mds de $, Cyber Ark racheté 25 mds de $ à chaque fois par les « fantastiques » US (GAFA)…Même Thales (qui sauvegarde le cloud de l’Etat) a racheté une fortune une cyber « américaine » fondée par des ex de l’unité 8200 de l’armée israélienne…Mais c’était avant que les relations se dégradent fortement (merci Macron).
      Mais si la France veut s’allier à la Palestine, pourquoi pas…Par contre attends toi à avoir une protection « low », dernièrement, Naval Group s’est fait dérober des données, Air France aussi et Bouygues qui vient d’annoncer que 6M d’IBAN de ses clients sont dans la nature…Tout ça grâce à une politique étrangère audacieuse qui défend parfaitement les intérêts de la Palest…. pardon de la France.
      Aristote a écrit tout un livre ou il explique qu’Athènes, pour choisir ses ennemis et amis, doit savoir qui est fort, qui est faible, qui fournit quoi, qui achète quoi et en élaborait une qui protège au mieux son économie et sa sécurité.
      Ah, dernière nouvelle, Israël vient de signer son plus gros contrat d’exportation de toute son histoire, 35 mds de $ pour l’export de 130 mds de M3 de gaz à la République arabe d’Egypte.
      Macron et Barrot, plus pro arabes que les Etats arabes.

      • PMU dit :

        Résultat des courses.

      • Faites un don à l'association de sauvegarde des consonnes abandonnées dit :

        Si tu prendS.
        Si tu produitS.

      • Valoir et falloir sont dans une histoire... dit :

        « Faut mieux alors acheter un produit efficace »

        Il vaut mieux alors acheter un produit efficace.

        Falloir : « Il faut mieux acheter » : il est nécessaire d’acheter de meilleure façon.
        Valoir : « Il vaut mieux acheter » : il est préférable d’acheter.

    • Avekoucenzeh dit :

      L’adverbe « voire » signifie « et même », mais pas le verbe « voir ».

      N’est-il pas dangereux, voire suicidaire, d’utiliser du matériel étranger.

    • Les brunes ne comptent pas pour des prunes dit :

      L’Agence National de Sécurité des Système d’Information (ANSSI) n’est pas nommée.

  5. Alfred dit :

    Du moment que ça crée des postes de direction supplementaires, ça ne pourra qu’être bénéfique, d’autant plus qu’il s’agira d’un commissariat. (N’y voyez aucune malice. J’adore les gens qui raisonnent en équivalents temps plein et font des beaux power points)

  6. TIIT dit :

    Encore un etat major pour placer des généraux ; toujours pas de régiment créer

    • Pour chanter Veni Creator il faut une chasuble d’or dit :

      Toujours pas de régiment créé.

  7. TOBR dit :

    Et on peut avoir des informations sur le niveau de rémunération des personnels ? Non parce que dans le privé l’informatique ça paye, il ne faudrait pas se ramasser les boulets et les derniers de promos à cause d’une fiche de paye aux fraises…

  8. MAS 36 dit :

    Un rat n’y retrouverait pas ses petits. Au moins ça c’est une « dissolution » réussie …de moyens.

  9. Prof de physique dit :

    L’armée ne va plus utiliser Windows et office 365 ?
    Le navigateur Google Chrome va être banni ?
    On va apprendre aux personnels de ne pas diffuser d’informations sur les messageries offertes gratuitement par les GAFAM ?
    Chouette 🙂

    • PK dit :

      C’est la seule vraie réflexion… parce que la nomination d’étoilés dans un pays en paix, ça n’a pas d’importance. On donne un poste de capitaine à un étoilé parce qu’il faut bien les occuper.

      Mais quid du fond du problème ? Un SI, c’est le truc souverain par excellence.

      Or l’armée française est totalement assujettie aux GAFAM, donc ça veut dire que la CIA lit directement ce qu’elle veut où elle veut quand elle veut…

      Je sais bien qu’en tant que larbin de l’OTAN, on est des sujets sans pouvoir décisionnaire, mais communiquer de façon ronflante sur le numérique et faire exactement l’inverse, ça ressemble vachement à… du macronisme.

      Ouf, l’honneur est sauf !

  10. Themistocles dit :

    Du coup on nous dira numériquement qu’on peut se passer de ce qu’on estime avoir besoin. Un progrès….

  11. Stakan Vada dit :

    Et allez donc! Un état-major de plus, mais toujours pas de régiments supplémentaires. Avec des raisonnements comme ceux-là, c’est sûr, on va la gagner la prochaine guerre….

  12. Steph dit :

    Ça va couter un frique monstre, rien que le fait de revoir toutes la signalétique des différents organismes regroupés.
    Sans compter le boulot de réorganisation numérique (annuaire, Ad etc…..).
    Refaire tout les processus de ce machin, alors que ceux déjà en place ne sont pas maitrisés, les pro du logigramme ont un bel avenir devant eux.

  13. Kamelot dit :

    On peut toujours comprendre que certains services ont des particularités et objectifs différents. Toutefois, il ne faudrait pas que les différents organismes se fassent une cyberguerre sans le savoir. Ils en sont bien capables ! Un minimum de cohérence semble nécessaire.
    L’éparpillement des ressources avec une « armée mexicaine » n’est pas signe d’efficacité et de bonne gestion.

  14. Kardaillac dit :

    Encore une structure, dotée d’un etat-major au complet et commandée par un général puisé dans le stock insondable d’étoiles.

  15. tarempion dit :

    Au moins on peut être certain que ce commissariat au numérique de défense n’aura aucune difficulté à recruter les militaires de l’armée d’active qui recherchent la bonne planque….On se souvient encore du fiasco de la communication lors de la campagne de professionnalisation de l’armée de terre en 1996 «  » avec ce casque, tu deviendras coiffeur,cuisinier,jardinier etc….
    Je pense à titre personnel que la RGPP mise en place par Sarkozy avait eu le mérite de dépoussiérer des centaines de bureaux du MINDEF dans lesquels croupissaient plusieurs milliers d’officiers désÅ“uvrés et sans commandement et à travers l’externalisation, de remettre les militaires là où ils doivent être,c’est à dire à l’entraînement , sur le terrain des opérations .

  16. JFT dit :

    En dépit des avis de certains ci-dessus il me semble qu’il y a là une rationalisation inespérée.

    Les soutenus ne se retrouvaient guère dans ce micmac et les structures parallèles semblent se court-circuiter régulièrement. La création frénétique de commandements bariolés n’allait pas dans le sens de la priorité donnée au cyber.

    Un peu de centralisation devrait donner le poids nécessaire à la quatrième dimension pour lui permettre de peser en face des grosses directions et services du ministère. A quand la présence du commissaire au numérique dans les comités stratégiques ? Voilà qui irait dans le sens des discours politiques.

    • Décryptage dit :

      Il semble évident, à lire les commentaires, qu’un des axes de la guerre communicationnelle que nous mènent nos ennemis est de dénigrer systématiquement toute réorganisation ou création de nouvelle structure dans nos armées.

  17. Gnafon dit :

    On passe d’une usine à gaz à une usine à gaz XXL !