Londres lance un appel d’offres de 150 millions d’euros pour doter la British Army de nouveaux drones tactiques

En novembre dernier, le secrétaire britannique à la Défense, John Healey, fit savoir que les drones tactiques Watchkeeper WK450 Mk1 de la British Army allaient être retirés prématurément du service pour faire des économies. Lors de cette annonce, seulement onze des cinquante quatre appareils acquis en 2010 auprès de Thales UK [pour plus d’un milliard de livres sterling] étaient encore opérationnels.
Pour rappel, mis en Å“uvre par le 47e Régiment d’artillerie royale, le Watchkeeper était dérivé du Hermes 450 développé par Elbit Systems. Avec un rayon d’action de 140 km et une endurance de 16 heures, il pouvait voler à 15 000 pieds d’altitude, à une vitesse maximale de 95 nÅ“uds. Équipé d’un radar à synthèse d’ouverture bimode et d’un système d’indication de cible mobile au sol, il était utilisé pour des missions de renseignement, de surveillance, d’acquisition d’objectifs et de reconnaissance [ISTAR].
Alors que le retour d’expérience [RETEX] de la guerre en Ukraine ne plaide pas en faveur du drone tactique [les TB-2 Bayraktar ukrainiens ne font plus parler d’eux], le ministère britannique de la Défense [MoD] a lancé le programme CORVUS afin de trouver un successeur au Watchkeeper.
Selon une demande d’informations émise auprès de l’industrie en avril dernier, le MoD souhaite acquérir un drone pouvant fournir une capacité de « recherche tactique terrestre en profondeur » [Land Tactical Deep Find – LTDF] pour mener des opérations au niveau d’une division ou d’un corps d’armée. En outre, il doit avoir une endurance de vingt-quatre heures, permettre le partage d’informations au sein d’une coalition avec une « faible latence » et être capable d’évoluer dans un espace aérien contesté ainsi que dans des environnements où les signaux de géolocalisation par satellite sont brouillés.
Selon le Royal United Services Institute, les RETEX de la guerre en Ukraine suggèrent que « le prix unitaire d’un drone devient attractif à partir de 200 000 dollars » pour des missions ISR [renseignement, surveillance, reconnaissance].
Aussi, poursuit-il, « bien qu’un drone peu coûteux puisse constituer une solution, cela obligerait la British Army à privilégier un prix plus bas aux dépens des capacités de la plateforme. Les exigences du programme Corvus suggèrent toutefois qu’elle souhaite un prix inférieur à celui du Watchkeeper ».
Pour le RUSI, une « approche alternative […] pourrait inclure l’investissement dans des satellites en orbite terrestre basse et, à court terme, l’achat de ballons pour la très haute altitude ou d’aérostats captifs ».
Quoi qu’il en soit, la British Army devrait bientôt être fixée sur le modèle de son futur drone tactique, la Defence Equipment & Support [DE&S] ayant fini par lancer un appel d’offres doté de 130 millions de livres sterling [environ 150 millions d’euros] au titre du programme CORVUS. Le contrat qui sera notifié à l’industriel retenu débutera en mai 2026 pour se terminer cinq ans plus tard. Une option pour le prolonger éventuellement jusqu’en 2036 est prévue.
Photo : drone Watchkeeper





« Alors que les retours d’expérience [RETEX] de la guerre en Ukraine ne plaide pas en faveur du drone tactique »
On ne parle pas beaucoup des drones MALE Orion russes en renseignement, surveillance, reconnaissance, acquisition de cible mais ils sont toujours et de plus en plus là . On en a parlé lors de leur utilisation en mode attaque, surtout à partir de ~2024. Sont ils utiles ou pas? Après, pas la peine de parler du plus petit et très connu drone Orlan.
De plus en plus?
Ils en ont a priori de moins en moins.
Un a été vu récemment en mer noire et un autre a été abattu récemment du coté de Kursk/Sumy. Mais par nature, un MALE c est discret.
Les Houtis semblent avoir moins de difficultés à abattre des MQ-9 que les Ukrainiens des Orions. Le Orion est apparemment beaucoup plus difficile à abattre que le plus gros/rapide/etc. MQ-9 que ce soit par missile infrarouge, canon d’avion de chasse, missiles radar. Les Russes en ont apparemment de trop: ils s’amusent à faire des tests débiles avec (chargé en bombes, rentrer loin dans les défenses, etc.).
Da, Vinztotoïev.
Il est étonnant que les britanniques focalisent leurs besoins sur un « simple » drone ISR, donc a priori non armé. En 2025, est-il encore pertinent de distinguer système de reconnaissance, et système de frappe ?
Un drone tactique « classique » comme le watchkeeper n’a plus guère sa place sur le champ de bataille. Tout au plus, son usage se limitera à des zones de conflit de faible intensité, ou pour des mission civilo-humanitaires, où il ne risque pas d’être abattu par le premier système de défense antiaérienne venu…
Plus globalement, les drones MALE pourront continuer à avoir une utilité, seulement à la condition de les doter de capteurs et d’armements utilisables à très longue portée, pour leur permettre de rester à distance de sécurité (munitions téléopérées, missile de croisière miniaturisés, bombes guidées à longue portée, etc…). C’est un vrai enjeu pour l’Aarok, par exemple : la mise au point du drone lui-même est certes importante, mais sans ces armements spécifiques à longue portée, l’intérêt opérationnel du drone est fortement limité.
Pour revenir à la fonction ISR, l’usage de drones tactiques semble relativement incertain tant ils sont désormais vulnérables. On peut néanmoins esquisser les pistes suivantes :
– Un drone subsonique extrêmement furtif, au radar, à l’IR, et d’un point de vue acoustique, capable de voler longtemps (24 à 48h),
– un drone rapide (supersonique) volant au ras du sol et capable d’opérer des manÅ“uvres évasives s’il détecte qu’il est pris pour cible,
– Un drone tactique furtif et lent, mais capable de tirer et de contrôler simultanément plusieurs munitions téléopérées « consommables » dotées d’une charge utile ISR et d’une autonomie de plusieurs heures. Le drone faisant alors office de relais radio au profit des MTO. L’intérêt est de pouvoir surveiller plusieurs secteurs géographiques simultanément, avec un seul drone, qui reste en arrière à distance de sécurité.
Cette troisième option semble de loin la plus pertinente, à court terme. Elle repose cependant sur des liaisons radio, susceptibles d’être brouillées, ce qui constitue un handicap potentiel.
Pour autant, comme le souligne le RUSI, la fonction ISR peut désormais être accomplie par d’autres moyens que des drones tactiques. On pense en particulier au moyens suivants :
– Une constellation de satellites d’observation en orbite basse : si la constellation est suffisamment dense, avec des taux de revisite élevés et des capteurs complémentaires (optiques/radar), alors il devient possible de voir et de suivre en temps réel une situation tactique. C’est de loin la meilleure solution… mais aussi la plus coûteuse.
– Des moyens stratosphériques : drones, ou « constellation » de petits drones d’observation stratosphériques. Par exemple :
https://www.science-et-vie.com/technos-et-futur/un-drone-stratospherique-francais-pret-a-bouleverser-lobservation-de-la-terre-199705.html
De tels engins sont difficiles à détecter, et à abattre (la plupart des Etats dans le monde en sont aujourd’hui incapables), tout en étant peu coûteux et facilement remplaçables. L’usage de ballons/dirigeables stratosphérique est également envisageable.
On pense en particulier au moyen suivant.
On pense en particulier aux moyens suivants.
On pense en particulier qu’il y a des emmerdeurs de service sur ce blog…