À Bordeaux, l’hôpital militaire « Robert Picqué » n’accueillera plus de patients civils

Dévoilé en novembre 2013, le plan stratégique « SSA 2020 » visait à mettre les moyens du Service de santé des armées en adéquation avec les contraintes budgétaires du moment, avec la suppression de 2 000 postes [sur 16 000], tout en se recentrant sur la médecine des forces, sa vocation première.

Pour cela, il avait posé cinq principes : l’ouverture au service public de santé, la recherche de coopérations internationales, la promotion du SSA dans le champ interministériel, la simplification de son organisation et la « concentration sur la mission, associée à la densification des moyens, avec un recentrage des activités », orientées prioritairement vers le soutien aux forces.

Sur les neuf hôpitaux d’instruction des armées ayant échappé aux précédentes restructuration, celui du Val-de-Grâce devait fermer ses portes tandis qu’il fut décidé que ceux de Saint-Mandé [Bégin], de Clamart [Percy], de Marseille [Laveran] et de Toulon [Saint-Anne] conserveraient toutes les compétences indispensables à la médecine de guerre, aux projections d’unités sur les théâtres extérieurs et aux évacuations médicales stratégiques. Quant à ceux de Brest [Clermont-Tonnerre], de Metz [Legouest], de Bordeaux [Robert Picqué] et de Lyon [Desgenettes], ils étaient appelés à se rapprocher du système civil de santé, avec une réduction de leurs moyens à la clef.

Seulement, il apparut, plus tard, que les suppressions de postes prévues par le SSA 2020 étaient allées beaucoup trop loin, le SSA devant faire face, après 2015, à une activité de plus en plus intense. Ce qui obligea le ministère des Armées à revoir sa copie. D’abord en revenant sur les transformations que devait subir l’hôpital Clermont-Tonnerre, la militarité de ce dernier ayant finalement été confortée.

Pour autant, les décisions prises pour les HIA Robert Picqué, Legouest et Desgenettes furent maintenues étant donné qu’ils étaient déjà impliqués dans des rapprochement avec des établissements civils. « Nous allons poursuivre les transformations, en lien étroit avec les territoires de santé, mais en restant attentifs à ce que ces projets répondent à la satisfaction du besoin des armées », avait en effet soutenu Florence Parly, alors ministre des Armées, en octobre 2020.

Depuis, le plan SSA 2020 est passé à la trappe. Et le nouveau plan stratégique élaboré en 2024 classe les hôpitaux militaires en trois catégories. Désormais, le SSA disposera de quatre « Hôpitaux nationaux d’instruction des armées » [Percy, Bégin, Laveran, Saint-Anne], de deux « Hôpitaux régionaux des armées » [Clermont-Tonnerre, Legouest] et de deux hôpitaux spécialisés des armées [Desgenettes, Robert Picqué].

Justement, à Bordeaux, il était question de regrouper les activités de l’hôpital Robert Picqué avec celles de la Maison de santé protestante de Bordeaux Bagatelle, qui possède une dizaine d’établissements de soins en Gironde. Et cela dans le cadre du projet BAHIA [Bagatelle Hôpital d’Instruction des Armées]. Projet qui a finalement été annulé par le ministère des Armées en octobre dernier, alors que sa phase 2 venait d’être lancée.

Cette décision a été motivée par « l’évolution du contexte géostratégique et des menaces à laquelle la France doit faire face », avait alors justifié le ministère des Armées.

Quoi qu’il en soit, sur les 20 hectares occupés par l’hôpital militaire, 14 seront cédés à la « Fabrique » de Bordeaux Métropole pour 10 millions d’euros. Sur la surface restante, le ministère des Armées entend construire 70 logements destinés aux familles de militaires et, surtout, le futur hôpital spécialisé des armées, lequel comptera 48 lits exclusivement réservés aux militaires blessés. En clair, il ne sera pas question d’accueillir des patients civils, comme c’est le cas actuellement.

« L’hypothèse d’engagement majeur des armées françaises dans un conflit de haute intensité n’est pas une vue de l’esprit. Aujourd’hui, quand vous regardez ce qui se passe en Ukraine, c’est plus de 1 000 morts et blessés par jour des deux côtés. Et donc, si les armées françaises étaient engagées dans le cadre d’une coalition, dont elle pourrait prendre le commandement, bien évidemment, il y aurait des blessés », a confié le général Stéphane Groën, officier général de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest, à France 3, le 16 juillet.

La vocation de ce futur hôpital régional des armées, qui devrait être opérationnel en 2030/31, sera d’assurer la rééducation « fonctionnelle » et la « réadaptation physique » des blessés, a expliqué le médecin général Jean-Baptiste Meynard. Il aura également à assurer le suivi des patients souffrant de stress post-traumatique.

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32 contributions

  1. Tintinpayeur dit :

    Cela fait 70.40 € du m2.
    Pinaise, dire qu’il y a des c… qui achètent à plus de 300 pour construire une bicoque sur des terrains même pas viabilisés. Bordeaux, côté immo, clairement cela ne vaut plus rien.

    • Themistocles dit :

      La belle famille de Leotard, alors ministre de la défense a bien racheté la base aeronavale de St Raphaël ( en bord de mer) pour 60 francs le mètre carré….

  2. Un Sapeur dit :

    la raison de la possible participation de la France à une coalition militaire contre la Russie pour expliquer la restructuration du SSA est un mensonge, y a plus de personnels pour soigner car y a plus de moyens financiers dédiés.

    • XRenaux dit :

      L’OTAN en 2014 à titillé la Russie à travers le proxy Ukrainien.
      La réponse de la Russie à été cinglante et malheureusement sanglante, très majoritairement pour l’Ukraine.
      Il n’y a pas de menace Russe, c’est de la propagande mensongère !

      • Clavier dit :

        Certains commencent à comprendre …..l’hypnose fonctionne moins bien

      • Mouais dit :

        Un énième petit télégraphiste qui nous prend toujours autant pour des crétins que tous les précédents.
        C’est vexant, à force.

      • Bernard HAMON dit :

        Vous avez raison,on peut faire confiance à ce bon monsieur Poutine qui nous montre tous les jours qu’il est un grand humaniste….

    • Abbé Cherèle dit :

      Défense et illustration du « ne plus » :

      À l’écrit, quand on néglige d’utiliser la négation « ne » dans une phrase négative, on court le risque de dire l’opposé de ce qu’on voulait exprimer.

      Ainsi « y a plus de personnels pour soigner car y a plus de moyens financiers dédiés » signifie littéralement qu’il y a davantage de personnel car il y a davantage d’argent affecté, alors que l’intention était de dire que les effectifs de soignants diminuent car les budgets sont réduits, ce qui aurait dû s’écrire « il n’y a plus de personnels pour soigner car il y a plus de moyens financiers dédiés ».

      À nouveau, ce petit « ne » fait toute la différence.

      • Abbé Cherèle dit :

        Car il N’y a plus de moyens !
        Ce qui aurait dû s’écrire « il n’y a plus de personnels pour soigner car il n’y a plus de moyens financiers dédiés ».

        Mea culpa.

  3. Bastan dit :

    En fait un prétexte bidon pour nous faire croire que c’est pour laisser de la place aux blessés de guerre suite à un conflit de haute intensité dont nous aurions le commandement. Donc ces quelques dizaines de lits sont indispensables dès maintenant. Mais le conflit c’est pour 2030/31, car l’on ne sera pas prêt avant. Faut dire que la France est dans une situation lui permettant de fermer des lits. Mais pas de problèmes pour des personnalités étrangères et leur famille venant se faire soigner gratuitement en France. Pitoyable comme prétexte.

  4. alb atroce dit :

    1 000 morts et blessés par jour d’un côté – 48 places de l’autre…
    Depuis 2022 aucune commande ferme passées par la France à notre BITD,
    etc etc…

    Haute intensité ?
    on n’est encore incapable de la gérer,
    et visiblement jouer au pipeau est la seule attitude de notre Gouvernement et Président aujourd’hui

    • Abbé Cherèle dit :

      L’emploi de la négation « ne » est généralement nécessaire dans la formation des phrases négatives, mais est inutile dans une phrase qui n’est pas négative.
      Ainsi, dans « on n’est encore incapable de la gérer », le « n’ » est incongru, puisque la phrase n’est pas négative et devrait s’écrire « on est encore incapable de la gérer ».
      Inversement, si au lieu d’« incapable » c’était « pas capable » qui avait été employé, la présence de « pas » rendrait la phrase négative et un « n’ » serait alors bien nécessaire : « on n’est encore pas capable de la gérer ».

  5. snebelos dit :

    Un passage de 242 lits à 48 ; grosse montée en puissance pour préparer la guerre de haute intensité, effectivement…

    Heureusement que le général Groën nous confirme que ces blessés seront pris en charge par l’hôpital public, qui comme chacun le sait n’est pas du tout surchargé, et dont on suppose que les patients civils disparaitront par magie en cas de conflit.

    J’aurais nettement plus confiance en un commandement capable d’assumer ses décisions, bonnes ou mauvaise, et d’admettre que des choix budgétaires ont été faits au détriment du SSA, que dans l’enchainement actuel de gesticulations et de contre-vérités pour nous persuader que tout va pour le mieux.

    • Faites un don à l'association de sauvegarde des consonnes abandonnées dit :

      Ses décisions, bonnes ou mauvaiseS.

  6. Brun loutre dit :

    On sécurise donc 48 lits pour soigner 1000 blessés par jour. En cas de besoin, on augmenterait cette capacité, déjà impressionnante, en utilisant le foncier non utilisé… ah ba non, on l’aura vendu pour 10M€. Ca reste quand-même une sacrée bonne affaire, pour ce prix, on a 1/4 de Rafale.

  7. Nimbus - parfois cumulo dit :

    Ce que dit le général commandant la Zone de Défense entre en contradiction avec un « hôpital » réduit à une capacité de 48 lits. Donc « hôpital spécialisé » c’est le même projet qu’à Lyon pour Desgenettes, on ne reçoit que les militaires en réadaptation physique ou morale. Et 48 lits ce n’est pas beaucoup tout de même pour la Grande Région Aquitaine !
    La France a tenté de supprimer tous les hôpitaux militaires une seule fois, à l’époque troublée de Louis XIII. Le monarque suivant, celui qui « aimait trop les bâtiments et la guerre » ( selon sa propre confession sur son lit de mort ) les a rétablis…

    • Korrigan dit :

      oui impressionnant :48 lits une petite clinique quoi !!!

      • Bernard HAMON dit :

        Les blessés seront reçus sur rendez-vous à prendre sur doctolib. ..C’est à pleurer.
        La France est en économie de guerre ,qu’il disait, le foutriquet !

  8. Bastan dit :

    Suppression de 2 000 postes sur 16 OOO pour se préparer à une guerre de haute intensité en 2030. Un nouveau concept.

    • Nimbus - parfois cumulo dit :

      Méfiez-vous, il vaut mieux compter avec des 0 qu’avec des O ! Il y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes… 🙂
      Post corrigé, désolé !

  9. Jackez Le Navenec dit :

    Le SSA n’a pas fini de payer le plan calamiteux qu’a été « SSA 2020 ». Pas sûr qu’il ait tiré les leçons de son engagement au travers des EMRSSA comme à Mulhouse où le déficit en personnels de soins critiques a été criant. L’engagement hors norme de ses personnels a comme d’habitude bien occulté les choses. Il est impératif que les états majors comprennent qu’il est urgent de disposer d’équipes conséquentes chirurgicales et de réanimation pour tenir à l’avant le temps que la réserve puisse être mobilisée. Elle sera elle aussi bien occupée.

  10. GotoRaptor dit :

    Ils nous prennent vraiment pour des planches, genre ont va rapatrier nos blessé du front de l’Est jusqu’en France…

    Ils iront se faire soigné dans les pays voisins ou des hopitaux mobiles…

    Il y a juste un budget insuffisant dont faut remanier.

  11. Gaulois78 dit :

    Oui, c’est cela..Hôpital régional destiné aux blessés de guerre..48 lits ? plutôt une petite clinique municipale..
    Ex: Clinique des Martinets à Rueil, elle dispose de 448 lits, il s’agit d’une grosse structure locale..
    L’essentiel des terrains est cédé pour l’€ symbolique..Mètre carré bradé au prix de 71€..Si c’est pas de l’abus de bien sociaux..Dans quelques temps la vente de ce qui reste de terrain sera vendu en catimini..

    • Nimbus - parfois cumulo dit :

      La plupart des bâtiments militaires et spécialement des hôpitaux militaires cédés l’ont été de cette manière : Lille hôpital Scrive en plein centre ville, Nancy hôpital Sédillot très beau bâtiment proche d’un parc, Toulouse Rangueil-Larrey hôpital récent, « avalé »par le CHU, etc…

  12. Vins dit :

    Ce devient vexant de voir à quel point nous sommes pris pour des idiots!
    Plus de limites! Méthode Trump!!!

    • Isoloir dit :

      Accuser le pouvoir actuel d’employer les méthodes de Trump alors que c’est le principal parti d’opposition qui les emploie sans vergogne pour essayer d’arriver au pouvoir, il fallait oser.

  13. Themistocles dit :

    Sur la période considérée, rappellez-moi quel autre ministère a réduit ses effectifs de 13% ?