Korea Aerospace Industries développe un drone de combat embarqué pour la marine sud-coréenne

En mai, la Corée du Sud fit savoir qu’elle renonçait à doter sa marine de son premier porte-avions, dans le cadre du programme CV-X, alors que celui-ci avait été maintenu dans le plan de défense 2024-28, présenté en décembre 2023. Et que, par conséquent, elle annulerait son projet d’acquérir vingt chasseurs-bombardiers F-35B de type STOVL [à décollage court et à atterrissage vertical] auprès du constructeur américain Lockheed Martin.

Pour autant, cette décision ne signifiait pas la fin des ambitions sud-coréennes dans le domaine aéronaval dans la mesure où l’annulation du programme CV-X allait permettre de lancer la construction d’un « navire de commandement polyvalent » devant être en mesure de mettre en Å“uvre des drones de combat, des munitions téléopérées [MTO] ainsi que des hélicoptères.

Ce nouveau type de navire doit ainsi permettre à la marine sud-coréenne d’effectuer des frappes contre des objectifs clés, assurer la protection des voies de navigation maritime, mener des opérations amphibies et répondre aux catastrophes naturelles. Et le tout en tenant compte de l’évolution de la guerre navale et de l’apport de l’intelligence artificielle, notamment pour ce qui concerne le développement des drones aériens.

Pour rappel, la doctrine militaire sud-coréenne, orientée vers la Corée du Nord, repose sur trois piliers : la mise en réseau des capacités de renseignement avec les moyens de frappe en vue de détruire préventivement les sites de lancement de missiles nord-coréens [« kill chain »], la défense antimissile [KAMD pour Korea Air and Missile Defense System] et l’éventualité de frappes massives de représailles.

Ayant déjà un concept de « porte-drones » dans ses tiroirs, avec le « Ghost Commander », Hanwha Ocean a depuis dévoilé le « Ghost Commander II » lors du salon MADEX25 qui, dédié à l’armement naval, s’est tenu à Busan en juin dernier.

Ce Ghost Commander II est un porte-drones affichant un déplacement de 42 000 tonnes, pour une longueur de 240 mètres et une largeur de 60 mètres, ce qui correspond, peu ou prou, aux dimensions du porte-avions Charles de Gaulle. Il est prévu de lui intégrer au moins une catapulte électromagnétique ainsi que trois brins d’arrêt. Équipé de systèmes de lancement vertical pour les missiles surface-air, il disposera d’un radier pour mettre en Å“uvre des péniches de débarquement.

Seulement, la question des drones que ce navire mettra en Å“uvre reste entière. Du moins était-ce le cas récemment. En effet, le 8 juillet, Korea Aerospace Industries [KAI] a levé le voile sur un concept de drone de combat [UCAV] embarqué, issu d’un programme mené pour la force aérienne sud-coréenne [RoKAF – Republic of Korea Air Force].

Dans le détail, d’une masse maximale au décollage inférieure à 6 tonnes, cet UCAV aura une autonomie d’environ 300 nautiques et pourra voler à la vitesse maximale de Mach 0,6 grâce à un moteur à réaction. Il pourra emporter une charge utile de 800 kg.

Selon KAI, de conception modulaire, ce drone de combat sera polyvalent, c’est-à-dire qu’il sera en mesure d’effectuer des missions de combat aérien, grâce à des missiles air-air de longue portée Meteor, associés à un radar AESA [à antenne active] et à un IRST [Infra-red search and track], des frappes air-sol ainsi que des vols ISR [renseignement, surveillance, reconnaissance]. Enfin, il pourra également servir de « vaisseau mère » en déployant des mini drones capables d’évoluer en essaim.

Doté d’une crosse d’appontage et d’un train renforcé, cet UCAV pourra être mis en Å“uvre par des « porte-avions équipés de catapultes électromagnétiques », assure KAI. À ce jour, seuls deux pays maîtrisent cette technologie : les États-Unis, avec la classe Ford, et la Chine, avec la classe Fujian.

Ce projet de drone embarqué vient s’ajouter à ceux déjà menés ou actuellement au cours aux États-Unis, avec, par exemple, le démonstrateur X-47 de Northrop Grumman [désormais arrêté], le MQ-25 Stingray de Boeing ou encore le Gambit de General Atomics et en Turquie, où Baykar développe le Kızılelma.

Photo : KAI

Voir aussi...

 

Conformément à l'article 38 de la Loi 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. [Voir les règles de confidentialité]

34 contributions

  1. bigorneau dit :

    franchement , une bonne idée à creuser .

    • FouPouDav dit :

      Au-delà des intérêts communs géostratégiques, je suppose qu’il y a déjà pas mal d’échanges entre certaines BITD européennes avancées et la Corée du Sud.
      Des idées pour la classe Mistral ?

  2. Fralipolipi dit :

    Naturellement, ce drone (qui plus est s’il est armé) ne pourra jamais décoller d’un PA sans catapulte (qu’elle soit EMALS … ou à vapeur!).
    Alors il est bien prévu une catapulte Emals dans leur projet, mais il pourrait qd même y avoir un hic …
    .
    La seule catapulte Emals qui fonctionne à ce jour (sur le PA Ford) fait 90m de long … ce qui est trop long pour un PA de taille petite à moyenne … et ce qui rend cematériel potentiellement inadapté à ce nouveau concept de porte-drones coréen.
    … car il est impensable de payer des frais de R&D spécifiques (aux US) pour développer un nouveau standard de catapulte Emals plus courte, pour 1 seul exemplaire.
    De plus, il faudrait que les US acceptent de vendre cette techno à la Corée du Sud (et là, c’est pas gagné non plus … car ils commencent à chatouiller pas mal de monde les Coréens du Sud avec leurs capacités assez extraordinaires de retro-engeneering).
    .
    Bref, c’est pas gagné.
    Sinon, il reste aux Coréens du Sud l’option (pas très écolo) d’équiper leurs drones de fusées JATO à chaque nouveau décollage depuis PA,
    … comme viennent le faire les US pour leurs essais tous récents d’intercation entre F15 et drones Kratos XQ-58A Valkyrie .. Cf photo tout en bas de l’article (et pourtant là, les drones décollent d’une piste au sol … et c’est intéressant à analyser par ailleurs).
    https://air-cosmos.com/article/quatre-drones-xq-58a-ont-vole-aux-cotes-de-chasseurs-de-4e-generation-70360

    • Charles III dit :

      @Fralipolipi. Kratos travaille sur une version à décollage standard avec train…https://www.twz.com/air/xq-58-valkyrie-with-built-in-landing-gear-seen-in-new-rendering.

      Concernant la catapulte EMALS, ils semble bien que les Coréens soient décidés à la développer eux-mêmes…https://defence-blog.com/south-korea-develops-carrier-based-combat-drone/

    • HMX dit :

      @Fralipolipi
      Il semble que les coréens envisagent le développement d’une catapulte EMALS indigène. Un challenge pas nécessairement difficile à relever, si l’enjeu est de catapulter un engin de « seulement » 6 tonnes. Les sud coréens disposent du potentiel technologique et industriel pour relever ce défi.

      Cela étant, si la catapulte est un problème, on peut tout à fait concevoir une capacité de décollage via une rampe, et une récupération par brins d’arrêt. Il faudra simplement s’assurer de disposer d’un moteur assez puissant.

      • Charles III dit :

        @HMX. Dans un premier temps, ils parlent bien d’une catapulte jusqu’à 8 tonnes. Cependant ils pensent plus tard aller jusqu’à 20 tonnes.

        • HMX dit :

          @Charles III
          Je n’avais pas vu cette info, mais si c’est le cas, alors il devient réellement stratégique de s’allier aux sud coréens sur un tel projet.

    • VinceToto dit :

      Pour des chasseurs de presque 30 tonnes auxquels il faut faire dépasser les 250 km/h en 2 secondes, oui là, j’imagine que techniquement c’est très exigeant, que cette technologie EMALs n’est pas facile à développer. Par contre pour du drone de quelques tonnes à envoyer probablement moins vite, j’évalue que c’est beaucoup moins compliqué même sur un bâtiment de 40 000 tonnes. Je ne suis pas expert, mais cela à l’air beaucoup plus facile.

  3. HMX dit :

    Oh, le beau potentiel de coopération qui s’ouvre à nous…

    Ce drone de 6 tonnes sera plus petit que le futur « Neuron NG », qui devrait pour sa part approcher les 15 tonnes de masse maximale au décollage. Mais il pourrait néanmoins intéresser fortement la Marine Nationale.

  4. Green dit :

    Quelqu’un sait il quel est le réacteur prévu pour le futur drone du rafale F5?

    le futur M88 plus puissants pourrait il propulser un drone léger similaire a celui des coréens?

    • Goose dit :

      Normalement, le M88 sans PC.

    • HMX dit :

      il s’agit du M88 « T-REX », en cours de développement (M88-E4) dans le cadre du standard F5 du Rafale. Poussée 9 tonnes avec post combustion.

      Le futur drone ailier du Rafale, « Neuron NG » (il n’a pas encore de nom officiel), devrait être équipé de ce réacteur, mais sans la partie post-combustion. Le poids du moteur seul est de 900kg. L’intégration de ce moteur sur un engin de seulement 6 tonnes, comme ce projet de drone sud coréen, semble inadapté, ce moteur étant a priori beaucoup trop puissant. En revanche, sur un Neuron NG qui devrait afficher une masse maximale entre 10 et 15 tonnes, ce sera parfait…

      • Charles III dit :

        @HMX. Non seulement trop puissant pour ce drone coréen, mais également trop cher. Comme sur de nombreux programmes comparables, on préférera des moteurs de grande série issus du domaine civil. Dans ce type de drone, mise à part l’endurance, on est loin de la recherche de performances..

  5. Green dit :

    Il y a un important marché à venir pour ces drones a réaction entre 5 et 10 tonnes, embarqués ou non. Il est surprenant, et aussi un peu décevant, que notre avionneur national n’ait pas de projet de ce type.

  6. Lothringer dit :

    La Corée du Sud adapte progressivement ses moyens techniques à sa démographie : natalité parmi les plus basses au monde. Automatisation à outrance.
    Je ne serais pas étonné que le Japon fasse le même type d’annonces prochainement et s’éloigne partiellement du projet d’avion de combat avec les Anglais.

  7. Guilll dit :

    exactement ce dont la France aurait besoin pour son aéronavale au lieu du NGF et de son futur porte avion géant.
    repartir sur 3 porte hélicoptères/aéronefs capables d’embarquer des drones de combat et garder nos rafale pour l’armée de terre.

  8. farragut dit :

    Bref, c’est la spécification d’un Rafale Marine dronisé ! 😉
    Visiblement, les Sud-Coréens n’ont pas de CEMAA qui préconisent l’achat sur étagère d’un aéronef embarqué et déjà combat proven.
    S’ils veulent ajouter un logiciel de « pilote électronique » et « sud-coréaniser » la version Marine comme l »AAE, libres à eux !

    • Robert Collins dit :

      Plutôt que l’anglicisme « combat proven », pourquoi ne pas employer éprouvé au combat ou bien ayant fait ses preuves au combat ou encore, moins mot à mot, ayant subi l’épreuve du feu ?

  9. Patrico dit :

    Wahouhhh ! voilà un titre et une photo qui « m embarque » instantanément ! J’ai révé, étudié, dessiné et créé ce Drone depuis plus de 5 ans ! le premier que j ai découvert est sortie des concepteurs Australiens avec le loyal Wingman gost bat ! une merveille d aérodynamique ! si bien que les USAF l on vite intégrés dans leurs panels déjà conséquents ! Les Chinois suivent de très prêt bien sûr à voir les photos présentées par d autres sites, mais les Turc qui performent en Aéronautique préparent une autre merveille avec le Kizilelma , et, maintenant voilà ce Drone de combat embarqué pour la marine Sud Coréen ! la photo est déjà incroyablement parlante d études pour des résultats qui devraient combler leurs Militaires ! bravo aux ingénieurs qui vont sûrement le greffer de nombreuses options missions. J entend déjà les commentaires revenir en boucles comme, celui la à copié l autre , qui à déjà pompé le premier etc !! ici ce sont pour Tous ces drones novateurs ce sont leurs logiciels hyper développés IAO les amenant vers cette révolution Aéronautique , de développements par CFD !!! et là je constate que les résultats sont en modes accélérés!! Ce qui va transformer les avions du futur soit, demain ! Magnifiques démonstrations et, juste pour dire que j aimerais pouvoir lire un jours un projet Français de cet « acabit » dans la liste des trois dernières lignes de ce bel article.
    Merci Thank you merci a vous et à Tous !

    • Robert Collins dit :

      Très probablement « Ghost Bat » (chauve-souris fantôme) plutôt que « Gost Bat », non ?

    • Prestataire dit :

      Près : proche.
      Prêt : paré

      Les Chinois suivent de très près.

    • An barre casse ion dit :

      Voilà un titre et une photo qui « m’embarquent » instantanément !

    • Relisez-vous SVP dit :

      Un titre et une photo qui m’embarqueNT.
      J’ai rÊvé.
      Le premier que j ai découvert est sortI.
      Le Loyal Wingman GHost Bat.
      Les USAF l’onT vite intégrÉ. / L’USAF l’A vite intégrÉ.
      Suivent de très prÈS.
      Les TurcS.
      La marine Sud-CoréenNE.
      J’entendS.
      Revenir en bouclE.
      Celui-lÀ A copié.
      Qui A déjà.
      Etc.
      Un jouR.
      Merci À vous.

      • Patrico dit :

        oui je sais mais mon application vox/script est rapide dans mes situations.
        Merci Thank you merci à vous

    • Ami, entends-tu… dit :

      J’entends déjà les commentaires.

  10. Bastan dit :

    Pourra-t-il se poser avec son armement, ou devra-t-il le larguer avant d’apponter s’il ne l’a pas délivré ?

  11. toufik dit :

    Très malins ces Coréens. Ils vont être à la pointe du retour en grâce des porte-avions légers (Italie, Espagne, Indonésie, … Algérie ?). Très anti-F-35B, tout ça.

    • NORAD dit :

      @toufik. Indonésie, Algérie ne peuvent de toute façon pas acquérir de F-35. L’Italie vient d’augmenter sa commande de F-35B. Quant à l’Espagne, tout semble indiquer qu’elle en achètera également…

      • toufik dit :

        @NORAD : autant pour moi en effet pour le Cavour italien. Pour le Trieste, ils tardent un peu à se montrer, les F-35B.
        Concernant l’Espagne, je reste très dubitatif sur le fait qu’ils sautent le pas… s’ils ont une solution alternative.

  12. RZ dit :

    ils ont tout compris les sud coréens

  13. Clavier dit :

    Ils ont vraiment les moyens les Coréens du Sud…!
    Ils n’ont pas besoin de porte-avions vu leur position géographique mais leurs politiciens ont l’air aussi perchés que les nôtres !
    Ils feraient mieux d’investir dans de l’anti-drone bon marché car on devine que leurs cousins du Nord les guettent au tournant !

  14. Leo dit :

    Suivant les caractéristiques, on pourrait imaginer une fusée-booster détachable qui permettrait de lancer ces drones à partir d un pont de navire peu aménagé. Pour la récupération, on pourrait imaginer que ces drones, avec un magasin vidé, ait des capacités de flotaison d au moins quelques minutes.
    En tout cas, la technologie est en train de rendre crédibles des alternatives à un groupe aéronautique vulnérable et budgétaire.

    L autre sujet, ce sont les mini sous marins dronises porteurs de torpilles ou de missiles. Le saut technologique fait chez Thales dans les antennes sous marines œuvre la porte à de nombreuses possibilités.
    il faudrait peut être y réfléchir à 2 fois avant de lancer de gros programmes dans les navires de surface et l aeronavale.

    • Mèkeskidi dit :

      « des alternatives à un groupe aéronautique vulnérable et budgétaire. »

      Un groupe aéronaval vulnérable et budgétivore ?

  15. HMX dit :

    @Leo
    Pas besoin de fusée-booster : un simple tremplin, associé à une motorisation adaptée des drones, doit permettre à moindre coût d’assurer le décollage de ces drones.

    La récupération en pleine mer des drones (qui seraient donc étanches et flottants), s’avère en revanche lourde et complexe à mettre en Å“uvre, et sans aucune garantie en cas de conditions météo dégradées. Outre la récupération en mer par différents moyens (grues, filets ou filins…) il faudrait ensuite procéder à la remise en condition opérationnelle des drones, soit probablement de longues heures de travail. Incompatible avec le tempo opérationnel des opérations aériennes menées par un porte avions/porte drones. En revanche, cela reste envisageable si la récupération est confiée à un ou plusieurs navires dédiés à cette fonction : les drones récupérés en mer et remis en condition étant alors à nouveau transférés sur le porte drones pour être réemployés. Mais cela aboutit toutefois à alourdir considérablement la logistique des opérations aériennes.