La Belgique pourrait porter ses dépenses militaires à 2 % du PIB dès juin 2025

Lors du sommet de l’Otan organisé en 2014 à Newport, la Belgique, comme tous les alliés, avait pris l’engagement de porter ses dépenses militaires à 2 % de son PIB avant 2024. Engagement qu’elle n’a pas souhaité tenir, à l’instar d’autres pays membres, même si elle a amorcé un timide effort de défense avec le plan STAR [sécurité, service, technologie, ambition, résilience], adopté par la coalition gouvernementale dite « Vivaldi », emmenée par Alexander De Croo.

Pour rappel, celui-ci prévoyait d’augmenter progressivement le budget de la défense à 1,54 % du PIB à l’horizon 2029. Soit à un niveau bien en-deçà de l’objectif de l’Otan que la Belgique avait pourtant promis d’atteindre en 2024. Aussi, ses dépenses militaires ne représentent actuellement que 1,3 % du PIB…

En place depuis février, la nouvelle coalition gouvernementale, dite Arizona, a dit vouloir accélérer le mouvement en portant les dépenses militaires du pays à 2 % du PIB en 2029, puis à 2,5 % du PIB en 2034. Et cela grâce à la création d’un fonds dédié alimenté par les dividendes des participations que détient l’État belge au capital de certaines entreprises ainsi que par la cession d’actifs jugés non stratégiques.

Seulement, un mois à peine après son adoption, l’accord gouvernemental est déjà caduc. Du moins sur le volet concernant la politique de défense.

Arriver à 2 % du PIB en 2029, « c’est beaucoup trop tard. […] Dans cette situation géopolitique, c’est impossible de dire qu’on obtiendra ces 2 % dans cinq ans ou dans quatre ans », a estimé Théo Francken, le ministre belge de la Défense, selon des propos rapportés par la RTBF. Son collègue du Budget, Vincent Van Peteghem, est sur la même ligne. « Mieux vaut donner plus d’argent à l’armée maintenant que faire la guerre à Poutine plus tard », a-t-il dit, dans les pages du journal De Zondag.

Aussi, et alors que la Commission européenne a annoncé un plan à 800 milliards d’euros pour « réarmer » les États membres de l’Union européenne, le Premier ministre belge, Bart De Wever, envisage de porter l’effort de défense à 2 % du PIB dès juin 2025. « Cela veut dire faire passer le budget de la Défense de 8 milliards à 12 milliards d’euros », résume la RTBF.

Reste à voir comment le gouvernement belge va trouver les marges de manœuvre nécessaires pour atteindre cet objectif. L’assouplissement des règles du Pacte de stabilité et de croissance, avec la sortie des dépenses militaires du calcul des 3 % de déficit, pourrait en être une. La taxation des avoirs russes gelés également.

Cependant, le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a mis un bémol. « Dans le contexte budgétaire actuel de la Belgique, pareille trajectoire au pas de charge paraît honnêtement difficile à atteindre », a-t-il commenté, ce 4 mars. « Il ne s’agirait pas de porter atteinte à d’autres secteurs stratégiques à nos yeux, au risque de fragiliser notre cohésion sociale et économique », a-t-il ajouté.

Seulement, augmenter rapidement le budget militaire est une chose… mais acquérir les capacités militaires qui font défaut dans le même mouvement en est une autre… S’il est évidemment nécessaire, l’argent n’est pas suffisant pour assurer la remontée en puissance d’une force armée. Cela prend du temps. Et le temps perdu ne s’achète pas.

Photo : Ministère belge de la Défense

Voir aussi...

 

Conformément à l'article 38 de la Loi 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. [Voir les règles de confidentialité]

28 contributions

  1. Rigolosaure dit :

    C’est mirobolant. On ne s’endette pas davantage, on « assoupli les règles budgétaires pour dégager des marges de manoeuvre. »
    Continuons, le mur est là pour nous arrêter.

    • Pascal, (l'autre) dit :

      « Continuons, le mur est là pour nous arrêter. » Vous avez testé!

    • HMX dit :

      La Belgique part de plus loin, mais elle va faire comme les autres : elle va augmenter massivement son effort de défense. Dans le cas belge, cela signifie au grand minimum un doublement du budget de la défense (et sans doute même davantage). A ceux qui se demanderaient « comment ? », les réponses sont dans le plan annoncé par la commission européenne, avec les « 800 milliards » (en réalité 150 milliards € de prêts, et surtout des assouplissements sur les règles d’orthodoxie budgétaire). La Belgique pourra donc s’endetter « comme les autres », malgré son endettement à 108% du PIB (112% pour la France…) et 4.4% de déficit budgétaire en 2024 (6.1% pour la France…).

      Il y aura aussi d’autres dilemmes que ces questions de financement pour la Belgique, qui attend la livraison de ses premiers F35 dès 2025… comme la quasi totalité des pays de l’UE membres de l’OTAN (hors France et Suède), les belges ont choisi d’acheter américain pour leurs avions de combat. Et dans le contexte actuel, ils vont devoir faire un choix :
      – Assumer d’aller jusqu’au bout du contrat pour l’achat de 34 F35, pour 3.8 milliards d’euros (hors modernisations à venir), en sachant que ces appareils ne pourront être utilisés dans un conflit qu’avec l’accord de l’administration américaine, désormais très incertain.
      – Casser le contrat, stopper les livraisons à venir, en provoquant la fureur de l’administration Trump, et sans avoir de plan de remplacement immédiatement disponible à court terme.
      – Solution intermédiaire, pour ne fâcher personne : aller au bout du contrat F35, mais profiter de la hausse des crédits pour se doter d’1 ou 2 nouveaux escadrons d’un appareil issu d’un constructeur européen ou neutre (Rafale, Gripen… ou de préférence l’appareil issu du programme SCAF si le programme était remanié et accéléré).

  2. farragut dit :

    Je remarque que le terme « coalition dite Arizona* » a dû être dénommée ainsi par un ministre des finances belge un peu facétieux, histoire de montrer que la source budgétaire était vraiment tarie, et pas par anticipation du réchauffement climatique ! 😉

    Mais la remarque sur la remontée du budget consacré à la défense belge, qui n’est pas suffisante en elle-même, du fait des disparitions de capacités obtenues grâce à l’idéologie des « dividendes de la paix », est particulièrement pertinente.
    Pas sûr que la seule production des armes de petit calibre pour l’armée de terre française soit bien adaptée à l’interception des missiles de croisière russes (ou iraniens et américains livrés à Poutine ?).

    Finalement, seuls les autocrates et théocrates respectent le dieu Arès, et mettent tout en oeuvre réellement pour défendre leurs peuples ! Bon, il y a des ratés côté armée de terre israélienne, mais finalement, la réponse est la même partout : « rasez tout ! ».
    C’est ce qu’il fallait comprendre dans le terme bombardement « stratégique », valable quelle que soit la puissance de la bombe (de 300 kt à 50 Mt et au-delà), ou des bombes « planantes » ou pénétrateurs anti-bunker, puisque la cible reste une cité (ou une « bande ») et ses habitants.
    Il faut donc se méfier des entrepreneurs du « bâtiment », qui ont tendance à tout raser d’abord, quite à éradiquer les propriétaires avec les immeubles, pour obtenir du terrain propice à leurs futurs programmes immobiliers ! 😉
    (Peut-être qu’un magnat de l’audiovisuel de type Bouygues -ce qui se rapprocherait le plus en France du Trump actuel de 2025- serait plus efficace au pouvoir qu’un chef des armées à la pensée prétendument « complexe » en 2017… )

    (*) Arizona : lire arid zona, zone aride, « petite source »…
    https://www.etymonline.com/fr/word/Arizona

  3. Goose dit :

    Mais vous allez voir que les Belges vont finalement acquérir 2 escadrons de Rafale ! 🙂

  4. Stakan Vada dit :

    Bonne conclusion de l’article. Effectivement le temps perdu ne s’achète pas et nous en avons perdu du temps.

    • Why not dit :

      Stakan Vada@ Les Rolling Stones l’avaient dit, il y a longtemps: « Time waits by no one ».

  5. Dodo dit :

    La marge de manœuvre c’est de la dette acceptable, donc pour les prochaines années, la question (dans toute l’Europe) de ou on trouve l’argent n’a pas trop à se poser.
    Par contre d’ici l’horizon 2030, il faudra pérenniser le budget.

    • Nike dit :

      On a bien quelques idées : mettre au pas les paradis fiscaux Européens que sont l’Irlande, les Pays Bas et le Luxembourg. Si ces 3 alignent leur fiscalité sur les autres toutes les holding des multinationales devront bien participer à l’effort commun si elles veulent opérer en Europe.

      Remettre la conscription obligatoire uniquement pour les chômeurs. Je suis persuadé que cela résoudrait bcp de problèmes dans le monde du travail. Les travaux « difficiles » qui peinent à recruter seraient subitement plus attractifs.

      Plafonner les retraites à 3 ou 4000€ max. Quand quelqu’un touche une retraite au delà de ces montants c’est qu’il a bien gagné toute sa vie, il est donc propriétaire de son logement voire a des revenus de placements. Il n’a donc pas besoin de toucher une pension mirobolante.

      L’état est pauvre mais les Français (du moins une grande partie) sont riches.

      • Rigolosaure dit :

        Si on met toutes les retraites au SMIC (ce qui signifie une augmentation pour beaucoup de nos anciens, ne l’oublions pas), tout redevient équilibré et même excédentaire… N’oublions surtout pas non plus que les retraités sont en moyenne plus riches que les actifs.

        • Czar dit :

          j’ai jamais trop bien compris cette obsession de certains à ouvrir sa schness pour raconter des énormités que même le dernier des cons sait être impossibles, sans même parler de leur nocivité.

    • Diacritique dit :

      Ne confondons pas « où » (adverbe et pronom relatif) et « ou » (conjonction de coordination marquant l’alternative).

      La question d’où on trouve l’argent.

  6. Pascal, (l'autre) dit :

    Partir de 1,3%, l’effort va être d’importance et avec l’instabilité politique latente (eux aussi mais plus « feutrée qu’en France) ce ne sera pas un long fleuve tranquille!

  7. Bruxellois dit :

    Super il y aura du rab de frites à la cantine

  8. JC dit :

    Pour info : FN serait sur le point d’acheter Verney-Carron.

  9. JC dit :

    Pour info : JC est à a bourre…..son info est nulle et non avenue☹️

  10. m dit :

    Déjà qu’ils achètent le Rafale. La Belgique a une expertise aéronautique déjà intégrée dans la chaine de valeur du Rafale, le retour géographique est naturel, l’entrainement et l’intégration dans des opérations communes avec la France coule de source, on coopère déjà beaucoup avec eux sur Scorpion avec les blindés et MCMV pour les navires. Ce serait le mouvement le plus logique à court terme.

    • KOUDLANSKI Romain dit :

      Trop tard ils ont acheté la dinde F-35 qui leur bouffe du budget de la défense .

    • Kobayashi Maru dit :

      Faux : la Composante Air est intégrée entièrement dans le BeNeLux. A400-D35-Rq9.

  11. VinceToto dit :

    Il faut subventionner les frites, les bières, les gaufres et les chocolats avec du budget défense: Objectif OTAN 2% du PIB atteint! Sinon, on peut aussi recruter des gens pour en manger et atteindre les 5% du PIB: économie de guerre.

  12. KOUDLANSKI Romain dit :

    C’est bien beau de vouloir porter ses dépenses militaires à 2 % du PIB, mais il faut que ça fasse tourner la BITD Européenne, voir Sud-Coréenne, mais pas la BITD Américaine .

    • Steven dit :

      la Belgique fait bien tourner la BITD française, soyez rassuré

  13. Nexterience dit :

    Les f-35 ne peuvent pas être revendus aux usa por prendre europeen a la place? Ou revendus aux russes et nord coréens, les nouveaux alliés des usa?