Le ministère des Armées pourrait acheter des drones au Portugal

En octobre, le directeur général des ressources de la défense nationale du Portugal, Vasco Hilário, et le responsable du développement international de la Direction générale de l’armement [DGA], l’ingénieur général de l’armement Gaël Diaz de Tuesta, signèrent un « arrangement de coopération cadre » en vue d’un éventuel achat d’un maximum de trente-six CAESAr [Camions équipés d’un système d’artillerie] pour remplacer les vingt-quatre obusiers automoteurs chenillés M109A2/A5 d’origine américaine actuellement utilisés par l’armée portugaise [Exército Português].

Il ne s’agissait que d’une déclaration d’intention qui restait encore à confirmer. Ce qui a été fait, à l’occasion de la visite d’État faite par le président Macron au Portugal, la semaine passée.

Concrètement, le ministère portugais de la Défense pris l’engagement d’acquérir entre douze et trente-six CAESAr auprès de KNDS France, par l’entremise de la Direction générale de l’armement [DGA]. En procédant de la sorte, l’idée est de pouvoir recourir aux financements de l’Union européenne [UE] qui favorisent les acquisitions conjointes, comme l’EDIRPA [European Defence Industry Reinforcement through common Procurement Act].

Cela étant, l’achat de CAESAr par Lisbonne doit s’accompagner d’une contrepartie. En effet, le ministre portugais de la Défense, Nuno Melo, et l’ambassadrice de France au Portugal, Hélène Farnaud-Defromont, représentant le ministre des Armées, ont signé une lettre d’intention portant sur l’éventuelle acquisition de drones aériens auprès d’entreprises lusitaniennes.

« C’est la première fois dans un passé récent que le gouvernement français exprime son intention d’acquérir des équipements militaires fabriqués par les industries de défense nationales », a commenté le ministère portugais de la Défense.

Le protocole d’accord « prévoit le lancement de négociations pour l’acquisition de drones aériens portugais par la France » et porte également sur des « systèmes de communication, des uniformes, des casques, des gilets pare-balles, des radio tactiques intégrées à un système de gestion du champ de bataille et des drones sous-marins produits par les industries de défense nationale », a-t-il ajouté.

Avec les radios tactiques sécurisées CONTACT, les casques F3 et les gilets pare-balles SMB-V2 récemment entrés en dotation au sein de l’armée de Terre, la liste donnée par le ministère portugais de la Défense interroge… Même chose pour les drones, domaine pour lequel les industriels français [Delair, EOS Technologies, Turgis & Gaillard, etc.] se sont mis en ordre de bataille, ainsi que pour les drones sous-marins, Naval Group ayant été chargé par la DGA de développer le démonstrateur UCUV.

Ayant eu accès au texte de ce protocole d’accord, le quotidien Observador a toutefois apporté quelques précisions. Ainsi, il est question « d’ouvrir des discussions, en vue d’élaborer l’instrument approprié pour faciliter un programme conjoint d’acquisition » de drones, y compris, « d’origine portugaise, sous réserve d’une évaluation préalable et conformément à la législation nationale et à la réglementation européenne ». L’objectif est de favoriser « la collaboration industrielle et technologique dans le secteur de la défense » et de renforcer « les relations bilatérales de défense ».

Cette lettre d’intention, poursuit Observador, parle aussi de la « possibilité de coopérer sur de futures plateformes navales et des équipements pour ces plateformes , tels que des radars, des sonars, des équipements de communication et des véhicules sous-marins sans pilote, d’échanger des informations entre les écoles de cyberdéfense des deux pays et de coopérer dans le domaine des services spatiaux ».

S’agissant des drones aériens susceptibles de faire l’objet d’une commande française, il est possible qu’il s’agisse des AR3, AR4 et AR5 développés par Tekever, une entreprise portugaise fondée en 2001 par d’anciens diplômés de l’Instituto Superior Técnico. Grâce à l’intelligence artificielle, ces aéronefs fonctionnent sans GPS et sont peu sensibles au brouillage électronique.

Quant aux drones navals, l’entreprise portugaise TechnoVeritas mène le projet « UOPV » [pour Unmanned Oceanic Patrol Vessel], un navire de surface « sans pilote ».

Lors d’une conférence de presse donnée à Porto, le 28 février, M. Macron est revenu sur ces projets de coopération. « Bâtissons ensemble des solutions de défense communes. Ce n’était pas dans nos traditions. On a mis une graine : les drones et les CAESAr. Allons beaucoup plus loin et bâtissons des solutions où on va manufacturer des produits entre nos deux pays, pour produire en européens », a-t-il en effet déclaré.

Photo : drone AR4 – Tekever

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17 contributions

  1. dolgan dit :

    On teste l AR5 sur BPC?

  2. Rakam dit :

    Drone d’observation pourquoi pas, après un deal avec le Portugal sur différents programmes d’armement à voir..

    • Robert Collins dit :

      Plutôt que de l’anglicisme « deal », vous pourriez parler d’un accord avec le Portugal.

  3. Félix GARCIA dit :

    « TechnoVeritas mène le projet « UOPV » [pour Unmanned Oceanic Patrol Vessel] »
    J’aime bien la version avec ballon et radar.

  4. Roland Desparte dit :

    Plus petit que l’Aarok, moins performant et moins endurant, l’AR5 est cependant attirant…
    https://tekever.com/wp-content/uploads/2021/05/AR5.mp4

    • dolgan dit :

      Il y en a un qui vole et qui décolle et se pose en automatique.

      Pour le reste, ce sont 2 drone tres différents. Les comparer n a pas de sens.

    • Marine dit :

      Pas du tout le même segment ni la même utilisation… Essayez de comparer ce qui est comparable !

  5. Vins dit :

    Décidément on a tout compris. Les coopérations, tout ça c’est bien.
    Mais vu le contexte, la France est le seul pays de l’UE à avoir le nucléaire civil et militaire. Surtout militaire.
    Et au lieu de se positionner en leader, on passe pour les bons copains. Le monde ne veut plus de bons copains…
    Une vraie vision stratégique… mais à l’envers. Comme depuis 8 ans.

    • Robert Collins dit :

      Plutôt que l’anglicisme « leader », vous pourriez employer meneur, chef de file, numéro un, dirigeant, tête ou figure de proue.

  6. Félix GARCIA dit :

    « pour produire en européens »
    Il l’a dit qu’il était pour un état européen / une fédération européenne.
    Faudra pas faire les surpris hein …

    —> « VÅ“ux aux armées depuis le Commandement de l’appui terrestre numérique et cyber de Cesson-Sévigné. »
    https://www.elysee.fr/front/pdf/elysee-module-23881-fr.pdf
    – Europe 77x
    – France 15x

    • Point trop n'en faut dit :

      Vous êtes lassant à force d’être répétitif.

  7. Carin dit :

    Je pense que la DGA va commencer à vérifier que ces drones ne comportent pas de composants autres qu’européens…
    Nos amis portugais étant par rebonds espagnols, un peu soumis à nos alliés américains et allemands… mais pour ces derniers, cela pourrait évoluer dans le bon sens après juin 2025.

  8. JeanS dit :

    J’espère qu’ils ne seront pas en carton et que l’on n’en prendra pas une valise.
    Ils font un modèle avec ou sans poils?

    Je sais, …………

    • Le cas Lembourg dit :

      Comment ? Vous dites ? Plaît-il ?
      Pardonnez-moi, je suis un peu arénolusitanien.

  9. Aymard de Ledonner dit :

    L’AR5 a le mérite d’exister depuis un moment déjà. La Marine l’a testé à Istres en 2020…
    Les ukrainiens l’utilisent en mer noire et en semblent satisfaits. Le drone est ITAR free et motorisé à priori par des moteurs à piston de modélisme allemands. Je ne comprenait pas le choix d’une bimotorisation. Je pense maintenant que c’est pour avoir assez de puissance tout en restant sur du moteur bon marché.
    Donc je pense que c’est ce drone qui pourrait être acheté. Il a été utilisé pour de nombreuses applications marines notamment pour faire du largage automatique de canots de sauvetage et de la surveillance. S’il peut décoller d’un BPC c’est un achat intéressant à mon sens.