Les forces australiennes surveillent la présence inhabituelle d’une flottille chinoise au large de Sydney

Ces dernières années, la Chine cherche à s’attirer les bonnes grâces des États insulaires bordant la mer de Corail ce qui, en cas de conflit, lui permettrait, par exemple, de perturber l’approvisionnement de l’Australie par les États-Unis. En clair, il s’agit pour l’Armée populaire de libération [APL] de se donner les moyens pour intervenir au niveau de la troisième chaîne d’îles de l’océan Pacifique, celle englobant les Aléoutiennes, l’archipel d’Hawaï, les Fidji et la Nouvelle-Zélande.

Cette stratégie a récemment été illustrée par le partenariat stratégique que Pékin a scellé avec les ÃŽles Cook au sujet, notamment, des ressources minières sous-marines, au grand dam de la Nouvelle-Zélande, avec laquelle l’archipel a un accord de « libre association ».

Cela étant, le 19 février, le ministère australien de la Défense a signalé la présence « inhabituelle » – mais légale – de trois navires de la composante navale de l’APL, à 150 nautiques au large de Sydney.

« Nous les surveillons de près et nous nous attacherons à suivre tous leurs mouvements », a assuré Richard Marles, le ministre australien de la Défense, à l’antenne de Sky News. « Ce n’est pas sans précédent. Mais c’est un événement inhabituel », a-t-il ajouté.

Effectivement, la présence d’une flottille chinoise près des côtes australiennes n’a rien n’inédit. En février 2022, le « destroyer » de type 052D « Hefei » et le navire d’assaut amphibie de type 071 « Jinggang Shan » avaient traversé le détroit de Torres pour rejoindre la mer de Corail, qui borde l’État de Queensland. Puis, trois mois plus tard, le navire espion de type 815G « Haiwangxing » avait longé les côtes occidentales de l’Australie entre Exmouth et Darwin.

Ce qui est « inhabituel », c’est que cette flottille chinoise, composée de la frégate de type 054A « Hengyang », du « destroyer » de type 055 « Zunyi » et du navire de ravitaillement « Weishanhu », a été repérée au large de la côte orientale de l’Australie, en mer de Tasman, laquelle est bordée par la Nouvelle-Zélande. Une source anonyme a ainsi affirmé que le fait que des navires chinois aillent au-delà des première et deuxième chaînes d’îles du Pacifique, sans y avoir été invités [*] » était « sans précédent ».

De son côté, la Nouvelle-Zélande a indiqué qu’elle n’avait pas été notifiée de l’envoi de cette flottille chinoise dans la mer de Tasman par Pékin.

Si elle « exerce son droit en vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer », la Chine n’a « pas daigné nous informer de ce qu’elle faisait au milieu de la mer de Tasman », a déclaré Judith Collins, la ministre néo-zélandaise de la Défense. Il s’agit d’un « événement assez important », a-t-elle noté.

La présence de cette flottille au large de Sydney a été révélée quelques jours après qu’un chasseur chinois J-16 a effectué des manÅ“uvres « dangereuses et non professionnelles » autour d’un avion de patrouille australien P-8A Poseidon, alors en mission au-dessus de la mer de Chine méridionale, dont la quasi-totalité est revendiquée par Pékin.

Quoi qu’il en soit, les mouvements de la marine chinoise en mer de Tasman sont de nature à confirmer les craintes d’un rapport publié par l’Australian Strategic Policy Institute [ASPI] en mars 2024.

« Si le danger d’une puissance menaçant d’envahir l’Australie est faible, un adversaire pourrait cependant mettre en Å“uvre une coercition militaire à distance en menaçant nos voies commerciales et d’approvisionnement. Avec des ressources et une capacité de défense limitées mais avec de vastes intérêts en mer, il est important que la sécurité australienne et la planification économique soient axées sur les points sensibles les plus critiques de nos lignes de communication maritime », avait-il avancé.

« La Chine envoie un signal peu subtil indiquant qu’elle normalise sa capacité à projeter sa puissance militaire pratiquement n’importe où au large des côtes australiennes », a commenté le professeur Rory Medcalf, directeur du Collège de sécurité nationale de l’Australian National University [ANU], avant de souligner que cela arrivait « au moment où le chef du commandement Indopacifique américain [l’amiral Samuel Paparo, ndlr] est en visite en Australie ». Et d’ajouter : « C’est un rappel que quelles que soient les profondes inquiétudes que l’on puisse avoir à l’égard de l’administration Trump, la présence américaine dans l’Indopacifique est vitale pour notre sécurité. »

[*] Des navires militaires chinois avaient fait une escale à Sydney en 2019, en coordination avec les autorités australiennes

Photo : P-8A Poseidon de la Royal Australian Air Force / Ministère australien de la Défense

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35 contributions

  1. Framlucasse dit :

    Les Chinois commencent à prendre les mesures avant de s’installer, étant donné que les Australiens ne pourront bientôt plus se défendre, entre sous-marins AUKUS à l’état gazeux, frégates à 3 milliards pièce et « allié » américain à la fiabilité hautement douteuse… Je plaisante, mais à peine.

  2. Thorgal dit :

    Le besoin en sous-marins, pour l’Australie, c’est maintenant.
    Si le gouvernement Australien était raisonnable, pragmatique, il achèterait illico nos SNA de classe Rubis, avec la prestation de formation. Pas donné, certes, mais le besoin serait couvert.
    Mais voilà, le préjugé anti-français, viscéral, les empêche d’agir lucidement.
    Et c’est pareil avec les allemands, le rejet anti-français, mélange de mépris et de jalousie. Tant pis pour eux.

    • Lex dit :

      Les Rubis, ils étaient à vendre en 1989, maintenant ils sont pour la ferraille…
      Place aux Barracuda.
      Les Néerlandais auront leurs 4 Blacksword Barracuda (classe Orka) avant que les Australiens aient leur premier Virginia, ça fera peut-être réfléchir les Canadiens

    • HMX dit :

      L’Australie a en effet un besoin urgent pour une flotte de sous marins océaniques modernes et surtout, fonctionnels…. S’ils avaient poursuivi le programme Shortfin Barracuda, ils auraient disposé du premier de ces 12 sous marins dès 2030 (les livraisons s’échelonnant ensuite jusqu’en 2050). Une accélération du programme aurait même été envisageable, avec une construction totale ou partielle (blocs) de certains sous marins en France, si l’Australie l’avait demandé.

      Au lieu de cela, les australiens ont fait le choix d’un programme de SNA dont le premier verra le jour, si tout va bien, en 2040… Or, c’est la décennie 2030 qui sera de loin la période la plus critique et la plus dangereuse, avec des risques élevés de conflit dans le Pacifique entre la Chine et les USA. Pour l’Australie, outre le coût délirant du programme de SNA (estimation de 240 milliards de dollars) il y a donc un énorme problème de planification stratégique. Trop cher, trop tard…

    • Convertor dit :

      Le commerce d’équipements militaires est très très rarement « raisonnable et pragmatique ». Plus l’équipement est « gros  » et visible, plus les engagements sont de longue durée, et plus le marché est étroit pour un acheteur gouvernemental. Le rapport qualité-prix est secondaire, bien après les choix politiques de son gouvernement. De ce point de vue, les aventures coloniales de la Russie en Ukraine (bien loin de l’Australie, désolé du hors-sujet) et aujourd’hui l’imprévisibilité du couple Donald-Elon pourraient bien, à terme, favoriser le « made in France » ou le « made in Europa » … Un acheteur gouvernemental qui choisirait l’Europe (ou la France) pourrait bien être tenté par des contraintes politiques moins fortes qu’avec d’autres fournisseurs plus impérialistes.
      Les préjugés que vous supposez de la part des australiens ou des allemands peuvent être ceux de leurs gouvernements, mais pas des peuples. Je ne sais pas trouver de statistiques, mais il n’y a pas plus de rejet anti-français en Allemagne que de rejet anti-allemand en France. Enfin, plus depuis disons 60 ans, à mon humble avis …

    • Jean Luc dit :

      Par contre rien ne vous interdit de les acheter pour offrir aux Australiens.
      Et je ne parle pas de leur gouvernement, mais des vrais gens du peuple.
      Allez un petit effort de cohérence

      • Zaratoustra dit :

        Super, On a Jean Luc Mélenchon sur le BLOG !
        Ben, donne l’exemple, vends ta maison à 1 M euro dans le 93 et ta résidence secondaire je sais plus où, plus quelques autres trucs qui trainent, ce sera un bon début !
        Il parlait de cohérence le gars, il n’avait pas un seul échantillon sur lui !

    • Eric dit :

      Ca c’est sûr : acheter des vieux sous-marins Rubis dont l’entrée en service remonte à 1984 et qui non seulement ne sont plus construits aujourd’hui mais sont en cours de retrait de la Marine Nationale, ce serait une décision d’un pragmatisme et d’un raisonnable hors du commun… Où va donc se nicher le préjugé anti-français !!!

      • Thorgal dit :

        Ce sont encore de très bons navires et pour avoir vu de près le soin des équipages des bateaux noirs et des chantiers navals DCNS apporté à leur entretien, je persiste à dire et penser que certes, ils ont pas mal servi, mais ils sont encore capables, avec un équipage entrainé, de faire des beaux cartons façon ombre chinoise.

  3. Trent dit :

    Trump adore Xi Jinping car il est un puissant dictateur.
    Ca devrait bien se passer pour les Australiens s’ils acceptent d’être le 1er 51e Etat des Etats-Unis avant le Canada ou le Groenland.

    • charcot 84 dit :

      Effectivement, au vu des derniers évènements, nombre de pays ont du souci à se faire sur la fiabilité américaine dans la défense des « amis ». Maintenant, si les australiens donnent un peu (beaucoup) de leurs ressources minières, ils pourront espérer un répit avant de devenir …américains ou chinois si Trump décide de pactiser pour des raisons économiques avec XI.

    • Why not dit :

      Trent@ Très possible, car ils savent, désormais, que la possibilité de recevoir une assistance militaire des USA, en cas d’affrontement militaire de haut niveau avec la Chine, est extrêmement mince voire carrément inexistante …

    • lym dit :

      Cela risque surtout de bien se passer, si Trump trouve moins d’intérêt que de problèmes en devenir avec l’Australie, pour Xi: Les aussies l’auront Aukus par l’assureur véreux et ce dernier les accusera même d’avoir été chercher les chinois sur le refrain de ces derniers jours envers l’Ukraine:
      https://www.rfi.fr/fr/podcasts/revue-de-presse-internationale/20250219-%C3%A0-la-une-un-revirement-diplomatique-spectaculaire

      Probable que ces mouvements chinois soient appelés à se multiplier, ayant bien compris qui ils avaient désormais en face!

  4. Stakan Vada dit :

    Non mais, ils pêchent là ! Faut arrêter de voir le mal partout. C’est juste une pêche d’une espèce rare en voie de disparition: le sous-marin australien…

    • Ouf ouf dit :

      Beh justement… à trop pêcher (dans tout les sens du terme) y en auront bientôt plus aucun d’operationel…

      • Diacritique dit :

        Le verbe pêcher avec un accent circonflexe n’a qu’un seul sens, celui de capturer des poissons.
        C’est avec un accent aigu que le verbe pécher signifie désobéir aux commandements divins.

  5. Kazoo50 dit :

    Je ne soutiens pas particulièrement la Chine, mais je ne suis pas certain que l’US Navy et autres marines alliées majeures préviennent de leurs faits et gestes. Rien ne les y oblige, et, comme le dit l’article, le « passage innocent » est parfaitement reconnu par le droit international.

  6. alb atroce dit :

    Envoyez vos sous marins !

    • Michel dit :

      Que des batiments militaires étrangers naviguent dans des secteurs proches d’autres nations ne doit pas être perçu comme une menace mais comme l’occasion pour ces pays de jauger leurs capacités à établir une stratégie de réponse dans l’hypothèse où ces bâtiments manifesteraient une hostilité.
      Si tu veux la paix prépare la guerre, un peu comme nous en Europe.

  7. Roland Desparte dit :

    Ceci nous confirme que notre pays doit marquer sa présence sur nos voies commerciales et notre ZEE. Que notre ministre Sébastien Lecornu déclare qu’il nous manque 3 Frégates et 30 Rafale est une chose, les obtenir est une autre histoire ; 3 Frégates et 30 Rafale étant un minimum… Mesdames et Messieurs des pouvoirs législatifs et de l’Exécutif, SVP, votre rôle est aussi d’assurer la sécurité et l’intégrité de notre pays et de nos concitoyens (Cf. notre Constitution), alors, SVP, il est plus que temps, sortez-vous les doigts du c— !

  8. GotoRaptor dit :

    Ça doit bien sentir la douille AUKUS là, tragique pays.

  9. Why not dit :

    Trent@ Très possible, car ils savent, désormais, que la possibilité de recevoir une assistance militaire des USA, en cas d’affrontement militaire de haut niveau avec la Chine, est extrêmement mince voire carrément inexistante …

    • vrai_chasseur dit :

      @Why Not
      Un peu d’humour :
      Trump a une carte sur son bureau.
      Chaque pays a une étiquette de prix, correspondant à ce qu’il doit lui payer pour bénéficier de la protection US.
      Ukraine 500 milliards (en terres rares)
      Australie 700 milliards (en minerais)
      Groenland : 200 milliards (en terres rares)
      Canada : 600 milliards (en pétrole brut)
      EU : 640 milliards (en armes achetés au complexe militaro industriel US = les 3/4 de 5% du PIB).

  10. lecoq dit :

    Ca falloir Racker Fort pour que les Américains les protègent … Genre 50% des ressources minières du pays jusqu’à la fin des temps.

    • Allonger l'oseille dit :

      Va falloir raquer fort.

      Il y a peut être un « Fort Racker » aux États-Unis ?

  11. LDC dit :

    Petite précision : le Zunyi en question est un Renhai (Type 055). Le Zunyi (Type 51) a été retiré du service actif.

  12. Pascal, (l'autre) dit :

    « Genre 50% des ressources minières du pays jusqu’à la fin des temps. » Il y a effectivement de quoi faire mais jusqu’à épuisement des gisements!
    https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2018/11/08/le-secteur-minier-en-australie#:~:text=Gr%C3%A2ce%20%C3%A0%20sa%20g%C3%A9ologie%20exceptionnelle%2C%20le%20pays%20d%C3%A9tiendrait,le%20troisi%C3%A8me%20de%20cuivre%2C%20d%27or%20et%20de%20diamant.

  13. PHILIPPE dit :

    dans l’Indo-Pacjfique les américains reaménagent l’île de Tinian située dans les Mariannes à environ 130 km de Guam.
    En effet durant la Secondé Guerre mondiale cette île servait de base aérienne pour les missions contre le Japon.

  14. aleksandar dit :

    Les navire chinois étaient donc a près de 300 km des cotes australienne, ni dans ses eaux territoriales, ni dans sa ZEE.
    On n’est même pas dans le cadre du  » passage inoffensif »
    Bref un non évenement.

    • Pascal, (l'autre) dit :

      C’est bizarre vous ne tenez pas ce genre de discours quand un navire « noccidental » croise en mer de Chine! Un oubli…………………..sans doute!

  15. LEONARD dit :

    Avec l’exquise urbanité qui est la leur, les chinois mènent des exercices de tir réels en Mer de Tasmanie:
    https://x.com/WarshipsIFR/status/1892880752699678956
    Et ça fait réfléchir les Aussies:
    https://strategicanalysis.org/australias-vulnerable-homeland-fixing-critical-defence-and-national-infrastructure-weaknesses/