Pour le secrétaire général de l’Otan, les Européens devraient payer les armes américaines destinées à l’Ukraine

Ayant retrouvé le bureau ovale, le président américain, Donald Trump a prévenu : si la Russie ne négocie pas maintenant un accord de paix avec l’Ukraine, alors il n’aurait pas d’autre choix que de lui imposer des sanctions supplémentaires sur tout ce qu’elle « vend aux États-Unis et à d’autres pays ».

Le président ukrainien, Volodymyr Zelenski « veut passer un accord. Je ne sais pas si [Vladimir] Poutine le souhaite. Peut-être pas. Il devrait le faire. Je crois qu’il est en train de détruire la Russie en ne trouvant pas un règlement », a déclaré M. Trump, le 22 janvier. En outre, le chef de la Maison Blanche a donné 100 jours à l’ex-général Keith Kellogg, son émissaire spécial pour l’Ukraine et la Russie, pour trouver une issue à la guerre.

Dans une note publiée en avril, ce dernier avait préconisé que toute future aide militaire américaine à l’Ukraine devait être conditionnée à des pourparlers de paix avec la Russie. Or, sur ce point, on ignore les intentions de M. Trump. Depuis son investiture, il n’a en effet pas précisé s’il entendait maintenir ce soutien [qu’il avait critiqué durant sa campagne] ou y mettre un terme. Toutefois, il avait aussi affirmé que, pour convaincre Moscou de négocier, il le renforcerait.

« Je dirais à Poutine : si tu ne conclus pas d’accord, nous allons donner beaucoup [à l’Ukraine]. Plus que ce qu’ils n’ont jamais reçu si nous le devons », avait-il en effet affirmé.

Quoi qu’il en soit, depuis l’élection de M. Trump, les dirigeants européens – du moins pour la plupart – donnent l’impression d’être comme des lapins pris dans les phares d’une voiture…

Ainsi, le 20 janvier, face à la perspective d’une hausse des droits de douanes par les États-Unis, le vice-président de la Commission européenne, en charge de la stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, a dit souhaiter proposer à M. Trump d’investir davantage pour la défense contre la promesse de ne pas lancer de guerre commerciale.

« Le deal avec les États-Unis, c’est oui pour un désengagement » de la défense européenne « et pour construire des garanties de sécurité européennes en plus de l’Otan, mais nous ne pouvons pas le faire avec une guerre commerciale à nos portes. Et les budgets nationaux ne sont pas en capacité de monter partout à 3 % [du PIB] le budget de la défense », a-t-il en effet déclaré à l’antenne de France Inter.

« On ne va pas échanger notre sécurité militaire contre des hamburgers et des voitures allemandes », lui a rétorqué Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, deux jours plus tard. Et d’ajouter : « Qu’il faille tout faire pour éviter une guerre commerciale, Stéphane Séjourné a raison de le dire. De penser qu’il puisse y avoir un troc entre la défense et le volet commercial, jamais, nous Français, nous ne nous y résoudrons ».

Par ailleurs, s’agissant des projets de l’exécutif européen en matière de défense, M. Lecornu a lancé une mise en garde. « Au moment où la commission européenne est censée défendre l’autonomie stratégique européenne, on se lance déjà dans des discussions qui peuvent laisser la part belle à de l’armement américain, payé par le contribuable européen, et donc par le contribuable français : ça, c’est absolument inacceptable. Et d’ailleurs, je m’apprête à être particulièrement dur et très agressif dans les discussions à venir », a-t-il affirmé.

Visiblement, M. Lecornu aura fort à faire… Alors que le soutien militaire des États-Unis à Kiev n’est plus garanti pour le moment, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a estimé que les Européens devaient financer les achats d’armements américains pour continuer à aider l’armée ukrainienne.

« En ce qui concerne l’Ukraine, nous avons besoin que les États-Unis restent également impliqués. Si cette nouvelle administration Trump est prête à continuer à approvisionner l’Ukraine à partir de sa base industrielle de défense, la facture sera payée par les Européens, j’en suis absolument convaincu, nous devons être prêts à le faire », a en effet déclaré M. Rutte, ce 23 janvier, lors du Forum économique mondial de Davos.

Selon lui, M. Trump a « raison de dire que l’Europe doit payer davantage pour aider l’Ukraine à gagner à la guerre car […] l’Ukraine est toujours plus proche de l’Europe que des États-Unis ».

Et l’ancien Premier ministre néerlandais d’insister : « Si les États-Unis continuaient à fournir des armes à l’Ukraine, alors il serait tout à fait juste que l’Europe, en termes de charge financière de ces livraisons, en paie le plus lourd tribut ».

Photo : Otan

Voir aussi...

 

Conformément à l'article 38 de la Loi 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. [Voir les règles de confidentialité]