Le Japon est sur le point d’approuver une nouvelle hausse significative de ses dépenses militaires

Étant à portée de tir des missiles nord-coréens et confronté à des différends territoriaux avec la Chine et la Russie, avec laquelle il n’a toujours pas signé de traité de paix depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le Japon a constamment augmenté ses dépenses militaires depuis 2012 tout en amendant sa Constitution d’essence pacifiste.

Le 27 décembre, alors que ces derniers mois ont été marqués par plusieurs incidents avec la Chine [incursion d’un avion espion chinois dans l’espace aérien nippon, violations des eaux territoriales, patrouilles sino-russes autour de l’archipel, etc.], le gouvernement japonais a approuvé une nouvelle hausse significative de ses dépenses militaires [+ 8 %], dans le cadre d’un budget global de 115 500 milliards de yens [environ 706 milliards d’euros] pour le prochain exercice qui débutera le 1er avril 2025.

Ainsi, sous réserve de l’approbation de ce budget par le Parlement, où le Parti libéral-démocrate [PLD], actuellement au pouvoir, a perdu la majorité absolue à l’issue des élections législatives anticipée d’octobre dernier, le ministère japonais de la Défense devrait disposer d’une enveloppe de 8 700 milliards de yens [53,1 milliards d’euros].

Pour rappel, en 2021, le gouvernement japonais avait assuré qu’il doublerait les dépenses militaires du pays dans le cadre d’un plan quinquennal, l’objectif étant alors de les porter à 2 % du PIB. Il s’agissait alors de rompre avec une règle qui, tacitement admise dans les année 1970, voulait que le Japon ne consacrât pas plus de 1 % de son PIB à son effort de défense.

Ainsi, en 2023, le budget militaire s’était établi à 6 600 milliards de yens [environ 40 milliards d’euros]. Puis, il fut augmenté de 1 000 milliards de yens en 2024, pour atteindre 7 700 milliards de yens [47 milliards d’euros].

La hausse budgétaire prévue pour l’exercice 2025 permettra d’accroître le financement d’au moins deux priorités. Conformément, à la nouvelle stratégie de sécurité nationale adoptée en décembre 2022, l’acquisition de « capacités de défense à distance » [en clair, de « contre-attaque »] en fait partie. Ainsi, 940 milliards de yens [5,57 milliards d’euros] seront alloués pour développer et produire des missiles à longue portée. Ce qui ira de pair avec le projet de déployer une constellation de petits satellites censés détecter et suivre des cibles, pour un investissement de 278 milliards de yens [1,7 milliard d’euros].

Autre priorité : la défense antimissile, laquelle bénéficiera d’une enveloppe de 533 milliards de yens [3,25 milliards d’euros]. Celle-ci permettra aux forces d’autodéfense japonaises de faire l’achat de deux navires équipés du système AEGIS supplémentaires ainsi que des missiles intercepteurs et un radar mobile.

En outre, 314,8 milliards de yens [près de 2 milliards d’euros] seront « fléchés » vers la construction de trois nouveaux « destroyers » polyvalents et compacts de type FFM [une version améliorée de la classe Mogami]. Douze unités doivent être acquises au total. Affichant un déplacement de 4 800 tonnes, ces navires n’auront besoin que de quatre-vingt-dix marins pour être mis en Å“uvre, grâce à une automatisation poussée [à l’extrême ?].

S’agissant du volet aérien, 200 milliards de yens [1,25 milliard d’euros] seront débloqués pour acquérir onze chasseurs-bombardiers F-35 [huit F-35A et trois F-35B]. À noter que 108,7 milliards de yens [670 millions d’euros] seront alloués au Global Combat Air Programme [GCAP], un projet d’avion de combat de 6e génération développé en coopération avec le Royaume-Uni et l’Italie.

Enfin, compte tenu des données démographiques japonaises, il est question d’investir 111 milliards de yens [680 millions d’euros] pour mettre au point des systèmes robotisés et renforcer les moyens dédiés à l’intelligence artificielle, l’idée étant de compenser la diminution – inéluctable – des effectifs des forces d’autodéfense nippones.

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18 contributions

  1. Fabien Tremm dit :

    A noter un élément que je trouve personnellement intéressant, le Japan planifie sa production militaire à long terme.
    Il suffit de regarder les Type 19 (équivalent japonais du Caesar), le char Type 10 au budget d’achats depuis 2010, en et 129 achetés jusqu’en 2024, les Type 16, les Patria AMV, les futurs 8×8 de reconnaissance, mortiers, de combat d’infanterie, etc.
    Ils semblent choisir de conserver une capacité de production à long terme malgré des coûts. Et ça permet de monter en puissance sans perdre de compétences.

  2. lxm dit :

    A noter que le programme de fusée japonaise est très mal au point, avec un très fort taux d’échec, ce qui gênerait l’envoi de satellites en orbite. On peut en déduire que même le développement de missiles à longue portée lui aussi serait difficile.

    • . dit :

      Tout est relatif, les échecs de SpaceX sont bien plus nombreux, même si l’on peut noter qu’il s’agit d’une stratégie délibérée et assumée pour cette dernière société.

      Ergols liquides vs. poudre, la différence est importante et la déduction pas forcément pertinente.

      • lxm dit :

        En fait non, SpaceX a le plus faible taux d’échec au monde. 131 lancements en 2024. Le taux d’échec initial pour développer une nouvelle fusée est noyé dans la production de masse qui s’ensuit. Une leçon.

      • Bazdriver dit :

         » les échecs de SpaceX sont bien plus nombreux » ??? La famille des Falcon 9 + Heavy en est à plus de 420 lancements (!) pour..4 ou 5 échecs!!! La famille Ariane ne fait pas mieux. Et si vous me parlez de Starship, nous n’en sommes qu’à 6 missions, bien trop faible pour faire des statistiques et des comparaisons. D’autant que personne d’autre n’a un tel « croiseur spatial » à mettre en face. La réalité est que nous sommes en Europe complétement à la ramasse dans le marché du lancement de satellites. Et quant bien même Ariane 6 aurait 100% de succès, cela ne pèse pas grand chose quand on en lance 8-12 par année…

    • MERCATOR dit :

      La perte de la fusée européenne Vega C a maintenant une explication claire. Un peu plus de deux mois après l’échec de la mission VV 22, qui a entraîné la destruction de deux satellites (Pléiades Neo 5 et 6), la commission d’enquête indépendante chargée d’élucider l’affaire a rendu ses conclusions, la qualité de nos fusées est comme le maillot de Ribéry.
      http://www.noelshack.com/2024-01-2-1735635401-rib-ry.jpg

    • Bazdriver dit :

      @Lxm. » A noter que le programme de fusée japonaise est très mal au point, avec un très fort taux d’échec ». ???? Les lanceur de la famille H-II ont eu peu d’échec. Quant au lanceur H-III, on n e fait pas des statistiques sur…4 missions.

  3. ONERESQUE dit :

    Le Japon se réveille, mais un peu tard, face à ce qui est en train de devenir l’une des plus grandes menaces sur tous les équilibres de l’Indo-Pacifique depuis 1942 : la PLAN chinoise.

    1> De 2005 à 2011, le nombre de navires de guerre (S-M compris) de la PLAN chinoise stagnait pratiquement aux alentours de 212 à 218, puis s’est mis à croître pour atteindre les 300 unités en 2017, a franchi le seuil des 400 courant 2024 et est en train de s’acheminer vers les 500 vers 2029 au lieu de 2033. Les capacités globales de production de destroyers sont 10 à 12 fois plus importantes que les chantiers US et tous les indicateurs montrent que le rythme de production chinois ne fait qu’accélérer, le porte-drone hélicoptères mixte géant d’assaut amphibie de 40.000 t Type 076 récent en est une preuve, de même que l’ambition des 4 porte-avions pour dans 18 mois, après le FUJIAN cette année.

    2> Les destroyers Type 052 ont été suppléés depuis déjà 10 ans par les 052D qui comportent un armement d’une densité impressionnante (64 VLS, 1 CIWS, 1 SeaRam, 1 130mm) + un radar métrique anti-furtif 517B. Les nouveaux 055 Nanchang atteignent 10.000 t avec 112 VLS et ne sont qu’à 10 missiles des 122 VLS des Ticonderoga, déjà considérés pourtant comme des cargos à missiles.

    3> Même si les missiles AA chinois sont généralement de simples dérivés des S-300 (HQ-9) ou BUK (HHQ-16), des améliorations ECCM ont été apportées aux autodirecteurs et la puissance de feu individuelles de ces destroyers- quasi-croiseurs reste extrêmement préoccupante.

    4> On n’a JAMAIS dépensé à ce rythme et on n’a jamais investi de manière aussi considérable en peu de temps au cours de l’Histoire dans une marine pour faire simplement « des ronds dans l’eau ». Il n’y a qu’à prendre l’exemple de la marine japonaise entre 1920 et 1942 ou de la Kriegsmarine (Tirpitz, Bismarck, Scharnhorst, Gneisenau, 250 U-Boats) entre 1933 et 1941. Tous les indicateurs stratégiques pointent DONC vers une volonté déterminée d’utiliser cet énorme levier de puissance que devient la PLAN hypertrophiée, dépassant en navires l’US Navy depuis 4 ans, à des fins pratiques, que ce soit pour instiller la peur aux Taïwanais en les faisant « tomber » comme un fruit mûr ou pour effrayer les alliés du Pacifique afin de les dissuader d’intervenir si invasion il y avait en 2029.

    5> « Vaincre sans combattre » à la Sun-Tzu ne sera certainement pas possible face à l’US Navy, aussi, parfaitement conscients de l’état d’impréparation ou l’inexpérience au combat, Pékin mise objectivement sur l « effet de masse » pour mettre les Japonais et leurs alliés devant certains faits accomplis, comme l’annexion des Senkaku ou le blocus ou la neutralisation d’Okinawa, qui constituent autant de glacis périphériques au nord-est de Taïwan, donc des positions insupportables pour les opérations maritimes chinoises d’encerclement de l’ « île rebelle ».

    6> On peut alors légitimement se demander si même 2% de PIB suffiront aux Japonais à contrer ces velléités conquérantes chinoises, poussées par un régime mené par un dictateur relativement dur, Xi. Un homme plus que fort qui a limogé les amiraux timorés corrompus et dont les intentions se dessinent de plus en plus : visiblement « entrer dans l’Histoire » en 2029 comme le « grand ré-unificateur » de la Chine morcelée à cause du soutien indigne à Taipei des « impérialistes » occidentaux. Un hubris dont les conséquences rappellent les motivations désastreuses d’un certain Vlad le terrible le 24 février 2022……

    • Math dit :

      Tant qu’ils n’ont pas une réelle liberté de mouvements, une puissante force de missiles anti navire, symétrique de la force chinoise devrait permettre de contenir la PLA. Pour nous, comme pour les USA, la flotte de bombardiers et de missiles anti-navire devraient se révéler plus mobile et plus décisif qu’une importante flotte de surface. Pas pour la police des mers, mais pour la décision. 2030, nous aurons besoin de l’armement et de la masse. À ce titre, l’ A321 de Patmar me semble aussi important dans cette mission patmar que dans le bombardement naval. Sans compter utiliser pourrait armer tous nos alliés.

    • Vinz dit :

      Annexer Taïwan n’est pas du domaine de l’hubris ; c’est tout à fait à la portée d’un pays d’1,2mds d’h.
      Le reste n’est qu’une question de timing.

      • Math dit :

        Ben… la survivabilité des navires dépend de leur capacité à passer des champs de mines, à éviter des torpilles et autres drones explosifs et à arrêter les salves de missiles anti-navires et drones. Vue l’évolution des technologies, mettons nous un instant à la place des marins qui doivent réussir ce débarquement de vive force, face à un adversaire qui s’y attend et est déterminé à se défendre. Vous avez envie d’être dans les barges vous? Moi non. Ça sera un carnage. Contrairement à la seconde guerre mondiale, il n’y a pas de fortitude à l’horizon. Donc les Taïwanais sont prêts. La distance d’engagement des navires par l’artillerie côtière est passé de 15Km, plus vraisemblablement 1 Km pour les petits navires, à plus de 150km dont un corridor de la mort de plus de 30km où tous les moyens sont disponibles. Côté force aérienne, un chasseur rapide serait en difficulté. Je n’imagine pas un hélicoptère ou un appareil de transport pouvoir s’approcher vraiment de l’île. Le nombre d’habitants ne pèse son poids qu’après le débarquement d’une masse importante de combattants. Je suis un peu dubitatif. La cuirasse touche son max, l’épée va terriblement s’améliorer au fil des ans. Ça me semble bien bien coûteux comme affaire.

        • Opticien dit :

          Vu l’évolution des technologies, pas « Vue l’évolution des technologies ».

          En 2025 comme les années précédentes, il ne s’agit pas, dans cet usage, de « la vue » (le sens de la perception oculaire) mais de la préposition « vu » (qui est invariable).
          https://dictionnaire.lerobert.com/definition/vu

          Il ne faut pas confondre « vu l’évolution » et « à la vue de l’évolution ».

      • Des mots gras fit dit :

        la population de la Chine est de plus de 1,4 milliard d’habitants.

  4. Calendal dit :

    Pertinent et précis. Cela fait bien longtemps que je pense la même chose.
    Mais les occidentaux sont d’une naïveté qui semble irrémédiable. C’est sans doute dans nos gènes, dans l’histoire on aura répéter inlassablement les mêmes erreurs.
    Et certains ne comprennent pas que nous avons créé ce monstre et que nous continuons de l’alimenter pour qu’il grossisse, au lieu de faire le maximum pour transférer au plus vite nos outils de production vers d’autres pays, même si cela coutera plus cher. L’appât du gain demeure plus fort et quand on se réveillera enfin, il sera déjà bien trop tard.

  5. invité dit :

    Il est bien et nécessaire qu’ils réagissent aux tensions croissantes et de plus en plus intenses dans la région Indo-Pacifique…

    Par contre, ils devraient méditer au fait de mettre un terme définitif à leur guerre contre les baleines et leur défenseurs. Aller à l’encontre du bon sens et des attentes de leurs alliés à cet égard, n’est très certainement pas ce qu’ils ont de plus intelligent à faire, du moins si ils veulent qu’on les soutiennent unilatéralement en cas de problèmes chez eux…