Deux sous-officiers du 3e RG ont adapté un drone pour détecter les engins explosifs lors des reconnaissances d’axe

Dans une tribune publiée sur le réseau social LinkedIn, en novembre 2023, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Schill, avait dit vouloir insuffler l’esprit « start-up » au sein de ses troupes, notamment en encourageant l’innovation venant de la base. Ce qu’est chargé justement de faire le nouveau Commandement du combat futur [CCF].

« Notre armée regorge de talents. Nous aurons à cÅ“ur de soutenir les innovateurs là où ils se trouvent », a d’ailleurs assuré le général Bruno Baratz, le chef de ce dernier, dans les pages de Terre Mag, en novembre.

Certes, l’innovation dite « participative » n’est pas une nouveauté au sein des armées. Mais, avec l’appui la Section technique de l’armée de Terre [STAT] et du Battle Lab Terre, il s’agit donc désormais de la rendre plus réactive afin d’exploiter « l’accélération technologique » qui, souligne le général Baratz, est « sans précédent » aujourd’hui.

C’est ainsi que, par exemple, un sergent du 54e Régiment des Transmissions a développé un « Boîtier d’action et de détection de drone » [BA2D], lequel permet de détecter les drones FPV [First Person View], dont l’usage s’est généralisé sur les champs de bataille en Ukraine.

Au 1er Régiment de Hussards Parachutistes [RHP], un sous-officier a mis au point la munition téléopérée [MTO] « Fronde » en adaptant d’anciennes grenades à fusil – l’AC58 et l’APAV40 – à un drone FPV Racer.

Cependant, certaines technologies ouvrent de nouvelles perspectives pour répondre à des problèmes opérationnels parfois anciens. Tel est le cas du projet LOTAK [Landmine Ordnance Technical Awareness Kit] qui, porté par un capitaine du 25e Régiment du Génie de l’Air [RGA], repose sur l’impression 3D pour fabriquer des mines d’entraînement représentatives des menaces actuelles, l’objectif étant de rendre plus réaliste la formation et l’entraînement des équipes NEDEX [neutralisation d’explosifs]. Cette innovation a d’ailleurs reçu un « prix de l’audace », en octobre dernier.

Autre problème opérationnel ancien qui vient de trouver une solution : la reconnaissance d’axes ou de points susceptibles d’avoir été piégés avec un engin explosif improvisé [EEI] ou une mine. Jusqu’à présent, cette tâche, chronophage, nécessitait de faire débarquer les sapeurs de leurs véhicules, ceux-ci étant alors potentiellement exposés à des tirs ennemis.

Or, pour y remédier, deux sous-officiers du 3e Régiment du Génie [RG] de Charleville-Mézières ont mis au point le Système d’analyse dans la profondeur des engins explosif [SAPE2], en partenariat avec une entreprise locale.

Comme l’explique le dernier numéro de « Combats futurs », publié par le CCF, ces deux sous-officiers ont eu « l’idée d’équiper un drone Parrot ANAFI [en dotation dans les groupes de combat] d’un berceau adapté et amovible permettant l’emport d’un détecteur de métal de gamme civile efficace à cette distance du sol, y compris dans les zones humides [marais, étangs] ».

Selon la photographie de ce SAPE2 publiée par le CCF, le détecteur de métal en question est un Garrett Pro pointer AT, disponible dans le commerce à partir d’environ 150 euros. « Complétement étanche en eaux douces et salées, il est submersible jusqu’à 6 mètres », explique son fabricant.

« Cette innovation permet de pallier les problèmes évoqués tout en assurant un meilleur effet de surprise », explique Combats Futurs. Et de préciser que le prototype de SAPE2 a été primé lors du défi « Innovation Dantzig 2024 » organisé par l’École du génie.

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33 contributions

  1. Félix GARCIA dit :

    Très bien.

    • HMX dit :

      C’est effectivement une initiative tout à fait intelligente et louable, réalisée avec peu de moyens, et qui ne demande qu’à être développée, industrialisée et généralisée. Bravo à ces deux sous-officiers.

      L’idée d’utiliser les drones pour le déminage n’est certes plus tout à fait nouvelle, mais reste un concept extrêmement prometteur pour cartographier et neutraliser un champ de mine, avec une rapidité et une sécurité d’exécution tout à fait inégalées par rapport aux moyens conventionnels de déminage, qui se caractérisent par une forte exposition au danger, et leur caractère fastidieux avec des délais d’exécution particulièrement longs.

      Dans les faits, il ne suffira pas de fixer un magnétomètre sous un drone (même si c’est déjà un immense pas en avant !). Outre la détection magnétique, il faudra en plus doter ce drone, ou ces drones, d’autres capteurs, pour déjouer les IED et les mines non métalliques. Ces capteurs complémentaires pourront être de différente nature :
      – capteurs permettant des relevés thermographiques,
      – LIDAR, pour détecter les perturbations même infimes à la surface du sol susceptibles d’indiquer la présence d’un objet enfoui, même à travers la végétation,
      – capteur de vibration laser : repose sur le principe de la détection acoustique laser d’objets enfouis, à l’aide d’ondes sonores aérienne ou sismiques à large bandes pour générer des vibrations, qui sont ensuite « lues » par le laser.
      Les drones eux-mêmes devront disposer d’une capacité de vol en suivi automatique du terrain, et d’une fonction d’évitement d’obstacles. Ils devront surtout être contrôlés en vol par une IA qui organisera de façon coordonnée leurs déplacements pour ratisser à haute vitesse le terrain, et leurs données alimenteront un logiciel de cartographie compatible avec Scorpion, pour transmettre et signaler en temps réel la position des mines et IED détectés.

      Rationnellement, on peut imaginer un essaim de plusieurs drones de reconnaissance/déminage, portant chacun différents types de capteurs, qui se chargeraient de cartographier rapidement une surface en marquant dynamiquement la position supposée des mines. Le déminage d’un itinéraire pourrait alors s’effectuer tout aussi rapidement, avec le lancement de drones kamikazes à bas coût directement sur la position des mines détectées (ou éventuellement et selon le contexte, le largage de charges explosives par drone sur les mines, probablement moins coûteux mais plus chronophage). L’intérêt majeur d’un tel dispositif serait son automatisation, l’installation aisée sur véhicules même légers, et la possibilité de l’utiliser de façon dynamique, par exemple pour l’ouverture d’itinéraire au profit d’un convoi en mouvement.

  2. Mr Wang dit :

    Du talent et de la ressource, mais gouverné par des bons à rien c’est dommage.

    • ricojaneiro dit :

      lâche nous avec tes états d’âme. C’est hors sujet.

    • Pascal, (l'autre) dit :

      « Du talent et de la ressource, mais gouverné par des bons à rien » Qu’attendez vous pour faire « briller » vos talents?

  3. TheLB39 dit :

    Excellente idée que l’utilisation d’un détecteur de métal à bas coût, 150.00 € dans le monde de l’armement, c’est insignifiant, à en être suspect. Mais ce n’est pas le cas du drone, en dotation dans l’AdT depuis 2022, le Parot ANAFI USA, qui est un peu dépassé, et surtout beaucoup trop cher, au moins 5 fois trop cher par rapport au service rendu (15000 €). Il n’a pas de fonction « vol sous plafond », ce qui le rend hasardeux sous les branches d’arbres en forêt, ou dès qu’il rentre dans un bâtiment, même de grande dimension type industriel. Les appareils personnels de nos télépilotes sont égaux ou plus performants sur certains registres, et aux budgets acquisition appareils et accessoires plus favorables.

  4. Gauthier dit :

    vu ces innovations, il serait utile de faire breveter ce qui peut l être. Le ministère des armées a d ailleurs un bureau des brevets, mais rarement sollicité

  5. DELFRET dit :

    N’importe quoi la photo, un drone civil chinois qui tiens un pinpointers de détection Garret, autant mettre un vrai détecteur XP (français) avec un disque avec déport par bluetooth !

    ps: j’ai fait de la détection de métaux

    • dolgan dit :

      visiblement, vous étiez occupé a chercher des louis d or au lieu de lire l article. ce qui aurait évité de dire des aneries.

      PS: cela va vous surprendre, mais les gens du génie ont connaissance de l existence des détecteurs de métaux. Et ils ne sont pas en train de se dire qu ils vont les remplacer par un pointeur sur un drone …

    • Tiens tient tien dit :

      Un drone qui tient.

    • TheLB39 dit :

      Effectivement, détection améliorée, et le budget ne s’en trouverait pas fondamentalement grevé. Notre industrie a besoin de contrats pour pérenniser ses activités.

  6. Roland Desparte dit :

    Je suis septique…
    Garrett Pro pointer AT (28,99€ sur AliEpress…) est une aide à la localisation exacte, pas un détecteur au sens de la recherche de masse sur un terrain. Sa sensibilité (voir vidéo) n’est qu’effective qu’après avoir déterminé un point de fouille avec un vrai détecteur. Ayant déjà fait de la détection, je n’ai jamais vu un tel emploi avec ce qui n’est qu’un pointeur…
    https://youtu.be/vcJcQGgeQlE
    En Ukraine ils utilisent un détecteur thermique fixé sous un drone (DJI mavic 3T), et comme le rapporte CNN : “Après une journée au soleil, les objets métalliques restent plus chauds que le sol autour d’eux“.
    https://twitter.com/i/status/1691486569520148484
    Des drones professionnels spécialisés dans la détection de mines existent déjà. Comme le dit la pub du site du lien ci-dessous : “Ces drones utilisent divers capteurs, notamment des lasers et des dispositifs électromagnétiques, pour détecter des objets métalliques susceptibles d’être enfouis à plusieurs mètres sous terre, qui sont utilisés pour détecter et localiser des objets métalliques susceptibles d’être dissimulés sous terre“.
    https://fr.satuav.com/multi-rotor-drone-rotary-wing-drone/landmine-detection-drone.html

    • Skeptikos dit :

      « Je suis septique… »
      Appeler le 15 immédiatement, il est peut-être encore temps pour une antibiothérapie de choc. Bonne chance.

      Heureusement pour vous, vous n’êtes probablement que sceptique. C’est beaucoup plus bénin.

    • Math dit :

      Vu le tempo technologique autour des drones, il semble illusoire de vouloir tout inventer. En revanche, disposer de techniciens créatifs qui s’approprient des technologies ou font leurs propres assemblages à budget réduit à une valeur incroyable. Si l’ingénieur a des atouts, une armée d’ingénieurs n’est rien sans d’excellents techniciens. Bravo à eux pour ce détecteur de mine.

    • PK dit :

      « Je suis septique… »

      La patrouille de l’orthographe va vous faire glisser dans la fosse 🙂

    • dolgan dit :

      Les dimensions ne sont pas les memes. on parle d un systeme qui peut rentrer dans un véhicule de déminage sans tout revoir. Possible d ailleurs que les gars du génie ont déja et le drone et le pointeur.

      L usage tactique n est pas clair. mais on est au niveau du binome. Cela ne va pas remplacer des systemes plus lourds dédiés a l ouverture de voie. Le drone est déja doté d une caméra IR.

      Comme usage, on peut imaginer plusieurs choses:
      – Vérifier rapidement qu une route nettoyée n a pas été reminée superficielement.
      – exclure des itinéraires fortement minés ( c est insufisant pour valider un itinéraire bien sur)
      – délimiter la taille d un chant de mines. Identifier des zones moins denses dans un chant de mines.
      – Localiser une munition non explosée cachée sous la végétation.

  7. Jean le Bon dit :

    L’ Armée ( toutes armes) recèle des talents nombreux. Ceci n’est pas assez souligné. Ce post le rappelle.

  8. Alfred dit :

    Pourquoi pas. Mais on pourrait aussi voir reapparaitre des mines AC en explosif moulé ou à enveloppe et composants synthetiques moins facilement detectables (la principale difficulté residant evidemment au niveau des cônes des engins a charges creuses). Neanmoins, panachés avec les autres, ou pas, des engins simples et rustiques quasi indetectables pourraient encore reserver des surprises.

    • HMX dit :

      Pas besoin de les voir « réapparaître », ces mines amagnétiques en matériaux synthétiques ou composites n’ont jamais disparu et sont toujours très largement répandues dans les arsenaux à travers le monde. En version antichar et antipersonnel… Cela n’a hélas rien de nouveau (dès 1943, les allemands avaient déjà inventé la « Glasmine », une mine totalement indétectable par les détecteurs de métaux, dont l’enveloppe était en verre, avec des composants internes en bois ou en carton, et un détonateur chimique…).

      Cela montre surtout qu’il ne faut pas s’appuyer que sur la seule technologie de détection magnétique. Il faut une complémentarité de capteurs et de technologies, pour parvenir à identifier et localiser tous les types de mines. Sans compter qu’il n’y a pas que les mines : la réflexion doit aussi être étendue aux IED, qui eux aussi sont bien souvent amagnétiques.

  9. Jacques JOLY dit :

    Notre corps de sous officiers constitue l’épine dorsale de nos armées. Ayant terminé ma carrière comme colonel j’ai toujours été très fier de mon parcours de sous officier. Caporal chef des Troupes de Marine, légionnaire, chasseur , biffin, maintenancier, ils ont tracé les plus belles pages de notre histoire militaire. Alors laissons les « phosphorer » pour le plus grand bien de notre pays.

    • LYP dit :

      Entièrement d’accord ayant effectué un même parcours. Maintenant il convient à l’institution militaire de reconnaître ce mérite et de protéger ces innovations et leurs innovateurs au travers de la dépose de brevets. Cela contribue à la réduction des coûts de mise en place de ces nouveaux concepts en évitant la fuite de ces derniers vers le monde de l’industrie de défense.

  10. Jean dit :

    Bravo, ces inventeurs ont tout compris : simple, efficace, peu onéreux…prometteur et adaptable au regard des capacités de cette plateforme.
    Aux antipodes de projets du type SCAF ou MGCS qui brûlent des budgets pour…une solution que l’on connaît déjà…Do it ourself.

  11. JILI dit :

    Il n’y a pas à dire partout chez nous et dans tous les secteurs, nous avons des personnes compétentes et talentueuses, et ces deux sous-officiers le prouvent. Alors toutes mes félicitations et remerciements à eux deux. Surtout qu’enfin et comme cela l’a été dans les meilleures périodes de puissance de notre pays, on laisse les personnes compétentes prendre normalement les postes à responsabilité, et qu’on dégage cette clique ou petite noblesse de bureaucrates et technocrates qui détruisent notre pays.

    • J'y lis bien des choses dit :

      Toujours dans le dégagisme primaire, semble-t-il.
      Vous ne voudriez pas faire une petite pause pendant les fêtes ?

      • JILI dit :

        Vous ne voulez toujours pas défendre notre pays ? Qu’attendez vous une révolte comme ils le craignent et en ont parlé ? Comme il y a peu, et pour se protéger, ils ont obligés les Français à rendre leurs armes, et bien sûr dans les cités où il faut agir car la violence et le banditisme s’y déchaînent, ils n’ont rien fait pour les désarmer. C’est vous qui êtes primaire car à part vos réflexions stupides et irreflechies, vous ne développez rien de concret, de réaliste et qui soit nécessaire pour enrayervia chute anormale de notre société.
        Malheureusement la grande colère ou révolte n’est pas loin, et ça se passe toujours ainsi en FRANCE, lorsqu’on a affaire à des incapables!

  12. Wrecker47 dit :

    Chapeau bas ! Ils font mentir le vieil adage …Les c… dans l’béton!

  13. Alfred dit :

    @ HMX On trouve surtout des mines a plateau de pression, de production assez ancienne. Etant donné la facheuse tendance des explosifs a plus ou moins bien vieillir (la tolite ne faisant pas exception à la regle), je ne suis pas certain que la France dispose encore d’un stock important d’ACID 51. (Ceux qui ont utilisé les derniers petards US de TNT comprendront)