L’armée de l’Air & de l’Espace est autorisée à faire voler le drone MQ-9 Reaper Block 5 dans sa version ER

En 2023, l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] ne pouvait faire voler que ses trois derniers drones MALE [Moyenne Altitude Longue Endurance] MQ-9A Reaper Block 1 dans l’espace aérien national, ceux portés au standard « Block 5 » [ou en passe de l’être] n’ayant pas encore reçu les autorisations nécessaires pour cela. Aussi, ils ne pouvaient qu’être utilisés sur les théâtres extérieurs, en particulier au Sahel.

Cela s’expliquait par les modifications significatives apportées à ces drones, la version Block 5 étant dotée d’une suite logicielle, d’un système électrique et de capteurs encore plus performants ainsi que de la capacité à emporter des missiles air-sol Hellfire et des bombes GBU-12 / GBU-48 à guidage laser et GPS. D’où la nécessité d’un nouveau certificat de navigabilité pour pouvoir les faire voler au-dessus du territoire français.

Seulement, cette procédure tarda à aboutir, à cause de la suite logicielle, la Direction générale de l’armement [DGA] n’ayant pas eu tous les éléments nécessaires pour la tester et la valider dans les délais escomptés.

« L’affaire montre notre degré de dépendance dans ce genre de processus, face à une configuration de logiciel entièrement nouvelle et à un niveau de qualité dont nous ne savons pas s’il est suffisant, alors que nous sommes responsables du niveau de sécurité associée à la mise en Å“uvre des matériels », avait en effet expliqué Joël Barre, alors Délégué général pour l’armement, en juin 2021.

Finalement, en avril dernier, l’AAE fit savoir que l’ingénieur général de l’armement Olivier Borde, délégataire de l’autorité technique pour l’aéronautique de l’État, venait de signer la « certification de type de la version 2408 du MQ-9 Reaper », à la suite d’un vol d’essai conduit sous la responsabilité de la DGA et de trois autres réalisés par le Centre d’expertise aérienne militaire [CEAM] de Mont-de-Marsan.

« Ce certificat valide la capacité technique du Reaper à voler au-dessus du territoire national en toute sécurité dans sa nouvelle version logicielle 2408. Par ailleurs, la délivrance de ce certificat de type par la DGA va permettre l’homogénéisation de la flotte Reaper et l’emport de nouvelles charges utiles comme le pod électromagnétique, le missile Hellfire et la bombe GBU-49 », avait alors expliqué l’AAE.

Le 18 décembre, la flotte de Reaper, mise en Å“uvre par la 33e escadre de surveillance, de reconnaissance et d’attaque [ESRA] depuis la base aérienne 709 de Cognac-Châteaubernard, a franchi une nouvelle étape avec la remise du certificat de type, lequel permet désormais de faire voler ce standard Block 5 dans sa version ER [Extended Range].

Ce certificat « atteste que la conception du produit répond à des spécifications de navigabilité définies par l’autorité de certification », explique la DGA.

Et de préciser : « Il est réputé inclure la définition de type, les limitations d’utilisation, la fiche de navigabilité, les spécifications de navigabilité applicables sur la base desquelles l’autorité de certification enregistre la conformité, et toutes autres conditions ou limitations requises pour le produit ».

Outre les missiles Hellfire et les bombes GBU-12 / GBU-48, les Reaper portés au standard Block 5 ER sont en mesure d’emporter une nacelle dédié au renseignement électromagnétique [ROEM] ainsi que des réservoirs pendulaires. Ces derniers, associés à une hélice à quatre pales, leur permettent de voler plus de 30 heures [contre 24 heures pour le Block 1].

« Le Reaper Block 5 ER est également adapté aux aéroports de haute altitude et au temps froid », souligne l’AAE, pour qui cet appareil est devenu « indispensable sur les théâtres d’opérations » car il lui permet de « conserver sa supériorité technologique sur ses adversaires et d’offrir davantage de persistance sur des zones plus difficiles d’accès ».

Les deux derniers systèmes Block 5 ER seront livrés à la 33e ESRA d’ici l’été prochain.

Photo : Armée de l’Air & de l’Espace

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44 contributions

  1. Emile dit :

    Qui a installé la suite logicielle, les capteurs et le système électrique ? Les américains ? Si oui pourquoi cela a été si long ? N’ont ils pas tout expliqué à la DGA ? Rétention d’informations ? Vivement le drone français, il suffit d’avoir un peu de volonté et les fonds nécessaires seront là

    • Niko dit :

      Nous aurons au mieux l’Aarok parce que faut pas compter sur le traquenard Eurodrone. C’est déjà pas mal! Si la bureaucratie ne travaille pas contre l’intérêt national.

      • tschok dit :

        @Niko,

        La bureaucratie est comme vous: bureaucrate, phallocrate, technocrate, etc (tout ce que vous voulez) mais patriote.

        De quel droit vous pensez être plus patriote qu’un autre?

        Les bureaucrates sont exactement pareils que nous, je ne vois pas pourquoi vous mettez en doute leur loyauté à la France. C’est pas ça le problème. C’est pas ce qu’on reproche à la bureaucratie.

        Les gens, en France, sont très patriotes. Et ils le sont très bien, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Vous voulez qu’on en discute?

        Article 3 de notre constitution. Vous n’avez pas le monopole de la souveraineté nationale. Vous êtes obligé de la mettre en commun.

  2. Rakam dit :

    Enfin…le millefeuille de ce pays pour faire voler un drone de l’ AAE au dessus de son propre territoire est kafkaïen…en même temps au regard du bordel ambiant dudit pays…

    • PPSD dit :

      c’est Kafkaïen je suis d accord ! voir c est craignons !

      • Avekoucenzeh dit :

        Plutôt que le verbe « voir » (qui n’a pas ce sens), c’est l’adverbe « voire » qui convient pour dire « et même ».

        C’est kafkaïen, je suis d’accord ! Voire c’est craignos !

    • R2D2 dit :

      si il y a un accident avec un Repear vous serez le premier a hurler avec les loups et à demander la tete de ceux qui l’ont laissé voler…

    • tschok dit :

      Bon ben on va y remettre de l’ordre.

      L’ordre public, comme son nom l’indique, est mon affaire personnelle, et donc la vôtre, et donc la nôtre. Donc, on s’y colle: on n’arrête de s’en plaindre, on fait.

      Dac?

      On arrête d’être des complotistes victimaires, on redevient des citoyens. C’est pas une activité clandestine, aux dernières nouvelles.

      • Abbé Cherèle dit :

        La défense de l’emploi de « ne » dans les phrases négative est une noble cause, qui ne devrait pas être troublée par l’usage de cette négation dans un contexte où elle n’a pas sa place.
        Ainsi, « on arrête de s’en plaindre » n’est pas une phrase négative et ne devrait donc pas être écrite « on n’arrête de s’en plaindre ».

  3. LEONARD dit :

    J’avoue ne pas avoir les compétences techniques suffisantes pour répondre à cette question! A quoi correspondent précisément les tests de « spécifications de navigabilité » qui ne soient pas dèjà réalisés par le constructeur pour une version qui est largement utilisée ailleurs en Occident et en Europe, ou les « spécifications administratives » ne manquent pas.
    Je pressens la recherche de la « petite bête » au nom de la « spécificité française » .
    Si qq1 a une réponse didactique, il est le bienvenu.

    • hdo dit :

      https://en.wikipedia.org/wiki/General_Atomics_MQ-9_Reaper

      La réponse est peut être ici:
      le MQ9 est « certifiable » en vue des règlement de « European flight regulations », mais pas certifié
      si j’ai bien lu : même le MQ 1 n’a obtenu qu’une certification seulement pour des opérations de sauvetage aux US

      Il est rappelé que l’AAROK vise le « certifiable » pour l’instant

    • tschok dit :

      @LEONARD,

      C’est rapport au « certifiable, mais non certifié » du drone Aarok, mais là on parle d’un drone MALE américain, qui a une trajectoire complètement différente.

      Je vous propose un plan en deux parties (que je vais pas faire, hein? rassurez-vous).

      En partie A on va traiter de l’accumulation des normes qui freinent l’innovation, ce qui obligent l’Etat à obliquer vers des régimes dérogatoires: l’accumulation des normes devient si gênante que l’Etat lui-même, qui les a pourtant instaurées, milite pour y déroger.

      Au passage, cela change complètement le sens de la définition de l’Etat de droit.

      M’enfin bref on s’en fout: le général a dit qu’on va contourner les règles applicables, si on veut voir le drone Aarok voler un jour, durant notre vie. Parce que sinon, ça va prendre 50 ans et ça va coûter des milliards.

      Le général appelle ça le « certifiable non certifié ». Ou, en bon français, comment j’encule la loi.

      En partie B, on va traiter du drone américain, qui renvoie en fait à une déclinaison du pouvoir, qui se subdivise en trois parties: le hard power (pouvoir de vaincre), le soft power (pouvoir de convaincre) et le smart power (pouvoir de rendre dépendant).

      En ce qui nous concerne, le drone dont il est question active la case « smart power ».

      Donc, l’idée générale est de mêler la partie A (inflation normative et, corrélativement, désir de l’Etat de s’en abstraire) et la partie B (smart power = pouvoir de rendre dépendant, et corrélativement désir de la France de s’en abstraire), ce qui en toute logique va nous amener à réfléchir à la souveraineté et, partant, à la stratégie.

      Du moins, si tout se passe bien.

      Sinon, on va s’égarer dans les méandres, comme d’habitude, dirais-je.

    • Aymard de Ledonner dit :

      Je peux faire une tentative de vulgarisation que d’autres plus sachants pourront corriger.
      Les aéronefs civils sont certifiés. Leur constructeur doit convaincre qu’ils sont fiables. Le motoriste va par exemple expliquer que si 4 ou 5 hirondelles sont avalées par son moteur, celui ci conservera X% de sa puissance et que si c’est une oie du Canada de 4 kg, le moteur sera foutu mais les morceaux resterons à l’intérieur et l’incendie sera maitrisé en moins de x secondes. Des agences européenne et américaine certifient les avions. On en a un peu parlé au moment du 737max qui avait apparemment été certifié un peu rapidement.
      Concernant les aéronefs militaires, chaque pays a ses propres règles. Si l’A400M a une certification civile c’est pour que les différents partenaires aient une base commune. Ca a été une manière de se mettre d’accord.
      Donc les aéronefs militaires volaient dans le passé le plus souvent sur dérogation et/ou en leur bloquant un morceau d’espace aérien pour eux tous seuls. L’espace aérien français est très encombré et ce type de solution est de plus en plus difficile à mettre en place d’où le besoin d’une certification civile pour des aéronefs militaires afin qu’il puisse s’insérer plus facilement.
      Dans le cas du Reaper, General Atomics doit donc convaincre l’autorité de certification que son aéronef, dans sa nouvelle version, est fiable. les US étant connus pour leur bonté naturelle et leur facilité à partager les infos, cela a été problématique. En effet la France a déjà acheté ses reapers et n’a donc que peu de moyens de pression pour obtenir des éléments concernant le système au cÅ“ur du Reaper.

      • LEONARD dit :

        @Aymard
        Merci de l’explication technique.
        Je dois en conclure provisoirement :
        – Que la certification est nationale, alors que les critères ne doivent pas être bien différents d’un pays (civilisé) à l’autre, d’ou à mon sens une perte de temps, ce que je pressentais.
        – Que l’achat du 2nd lot de Reaper a été bâclé, car sans avoir exigé la certification préalable du drone par G.A, ce qui aurait en effet évité le « chantage » à l’obtention des docs et spécs indispensables par un constructeur peu motivé par de tels efforts une fois la vente faite.
        – C’est d’une telle complexité que la pratique dérogatoire (pour peu qu’on la démine juridiquement en national), est largement plébiscitée. Donc, plutôt que supprimer/simplifier une norme devenue incapacitante, on préfère empiler une nouvelle norme d’exception à la norme.
        Je reconnais bien là cette exceptionnelle créativité administrative matinée de principe de précaution qui coule le pays avec une inépuisable constance.

      • VinceToto dit :

        D’un autre angle.
        Les USA, Russie, Chine ont de vastes étendues aériennes, terrestres, pour développer, entrainer des drones(et autres OVNI), etc. sans aller s’insérer dans le trafic civil.
        Pas la France.

  4. Plaige dit :

    C’est sûr : ce n’est pas comme si ce drone n’avait pas été validé par les autorités compétentes aux USA ! Et longuement expérimenté et vérifié au Sahel par la France… Cette manie de la DGA et des autorités administratives françaises de mettre ceinture et bretelles sur une salopette ! Ms il y a du progrès pour le drone MALE Aarok, avec le concept de drone ‘certifiable mais non certifié ». Ouf !

    • VinceToto dit :

      Les drones militaires US ont, aux USA, pour règle de base de rester dans des espaces aériens réservés au Département de la Défense. C’est là qu’a lieu l’entrainement avec les MQ-9.
      https://dod.defense.gov/UAS/
      Et puis pour l’AAROK, ou n’importe quel drone, avion: c’est en phase finale qu’il devient certifiable/certifié pas en phase conception/début de prototype.

    • Aymard de Ledonner dit :

      Non. Aux USA le reaper doit probablement faire ses tests au dessus du désert. Son utilisation principale se fait en dehors des US là ou on ne s’encombre pas de certification.

  5. PPSD dit :

    qu est ce qui motive de faire voler ce fer à repasser sur le territoire national ???
    ok pour l entraînement pour le reste AVFF

    • tschok dit :

      Le certifiable non certifié a été clairement fait pour contourner les règles.

      Je parle du drone Aarok.

      Si maintenant vous parlez du drone Reaper dans sa version ER, c’est une autre problématique qui a trait au smart power.

      Faut pas tout mélanger et faire preuve de rigueur intellectuelle. Donc, sérier les problèmes.

      • Momo dit :

        « …faire preuve de rigueur intellectuelle. »

        Il ne faut parler des sujets quand on ne maîtrise pas 🙂
        Mais il est quasiment systématique que celui ki di donne en toute incompétence ce qu’il imagine être la leçon!
        Comme ici 😉

    • Marine dit :

      Oui, l’entraînement, ça permet aux armées de savoir se servir de leur matériel en temps voulu. Ce principe s’applique à tous les matériels et armements, pas seulement aux drones, d’ailleurs. Et puis, les drones militaires ont toujours été utilisés pour appuyer les services publics (sécurité civile, pompiers, gendarmerie, etc) en cas de catastrophe naturelle (incendies, inondations, etc). Ils sont à ce titre très utiles pour se faire une idée précise de la situation et des dégâts. Et avant les drones, on utilisait aussi les avions de reconnaissance (Mirage F1CR, Mirage IVP, etc).

  6. VinceToto dit :

    La question: Est il certifié STANAG 4671? Car le STANAG 4671 c’était quand même une idée de la DGA.
    Ce n’est pas pour rien que General Atomics à dev. le MQ-9B: https://www.ga-asi.com/remotely-piloted-aircraft/mq-9b-skyguardian
    Sinon par exemple pour ce MQ-9 Homeland Security
    https://registry.faa.gov/aircraftinquiry/Search/NNumberResult?NNumberTxt=917KU
    Airworthiness= None, no, Unknown. Mais faut pas regarder cela, cela ne veut rien dire d’après eux: faut voir le certificat FAA…
    On a les même bases de données pour les MQ-9 français?
    P.S.: si vous avez lu le lien, vous allez avoir des ennuis sauf si vous êtes un agent autorisé du gouv. US (d’après ce lien).

    • tschok dit :

      Alors vous, vous rendez les problèmes confus, donc inintelligibles.

      Mais vous êtes prorusse et vous prenez plaisir à tourner les autres en ridicule, donc je dirais que c’est normal, bien qu’il soit assez choquant de le dire de cette façon.

      Vous serez de peu de poids quand les gens prendront la décision de réfléchir: vous valez tant que vous participez de l’excitation générale. Nous verrons bien ce que vous vaudrez quand il s’agira de réfléchir et de prendre des décisions.

      Vous mangez votre pain blanc.

      Mais je vous accorde que vous avez quelques kilos à manger et que pour l’instant vous ne risquez pas la famine. On va s’employer à changer ça, progressivement.

      Bon appétit.

      • VinceToto dit :

        Si cela incite d’autres à réfléchir, ou essayer de, je suis heureux d’avoir un rôle positif.

  7. hdo dit :

    Donc, en résumé:
    France est le premier pays au monde pour lequel le MQ9 B5 « certifiable » est CERTIFIE. bien avant UK et même US ( seul la version B1 est certifié pour des recherches de sauvetage (plutôt offshore..)

  8. Laurent MAURY dit :

    Certifier qu’un UAV (donc sans pilote à bord) peut voler dans l’espace aérien CIVIL n’est pas chose aisée

  9. KOUDLANSKI Romain dit :

    Il vaut mieux prendre , son temps et faire du bon boulot ,que d’aller vite et de bâcler le travail .

  10. Jul dit :

    Aucun interet comme drone plus d’une dizaine on été détruit par les houtis au yémen honnetement ridicule.

  11. Aymard de Ledonner dit :

    https://www.flightradar24.com/48.79,2.26/5
    Les US peuvent trouver dans le nord et l’ouest de leur pays des zones calmes sans trop de vols.
    Donc ils peuvent facilement bloquer un bout d’espace aérien pendant une durée donnée pour y faire voler leurs reapers.
    Pour la France c’est plus compliqué….

  12. aleksandar dit :

    Les gilets jaunes, patriotes ,paysans et syndicalistes sont prévenus…..
    ILS utiliseront tous les moyens, même les pires, pour rester au pouvoir.