L’avion ravitailleur KC-135 a effectué sa dernière mission sous les couleurs françaises au Levant

Il y a soixante ans, les Forces aériennes stratégiques [FAS] prenaient l’alerte nucléaire pour la première fois grâce au couple formé par le Mirage IVA doté de la bombe type AN 11 [puis AN-22] et l’avion ravitailleur C-135FR, acquis auprès du constructeur américain Boeing.

Par la suite, le Mirage IVA s’est effacé au profit du Mirage IVP, porteur du missile Air-Sol Moyenne Portée [ASMP]. Ce dernier a été ensuite remplacé par le Mirage 2000N, auquel le Rafale B a succédé en 2018. Durant cette période, les onze C-135FR, renforcés par trois KC-135RG cédés par l’US Air Force dans les années 1990, sont restés fidèles au poste, tout en prenant de plus en plus d’importance dans les opérations dites « conventionnelles » de l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] étant donné que, sans eux, il n’y aurait de projection de forces possible.

Leur remplacement par des Airbus A330 MRTT « Phénix » a été confirmé dans le cadre de la Loi de programmation militaire [LPM] 2014-19. Et cela alors que le coût de leur maintien en condition opérationnelle [MCO] devenait de moins en moins soutenable. Aussi, le retrait des C-135 et des KC-135, commencé en octobre 2020, s’est fait progressivement, à mesure des livraisons de leurs successeurs.

Actuellement, l’AAE dispose de douze A330 MRTT. Et elle devrait en compter trois de plus, quand la transformation de trois A330 en avions ravitailleurs sera achevée.

Cependant, ayant été modernisés en 2014, avec l’intégration d’une nouvelle avionique, d’une antenne filaire haute fréquence et d’une interface RENO GATM [Global Air Trafic Management], les trois KC-135RG, mis en œuvre par l’Escadron 4/31 Sologne, ont joué les prolongations. Le dernier d’entre eux vient d’effectuer son ultime mission opérationnelle sous les couleurs françaises, au Levant, le 10 décembre.

« Après 60 ans de loyaux services, le C-135 a effectué son ultime mission opérationnelle au Levant, ravitaillant les Rafale engagés dans l’opération Chammal. Cet avion emblématique passe le flambeau à l’A330 MRTT Phénix, symbole d’une flotte modernisée », a en effet annoncé l’AAE, via le réseau social X.

Contrairement à ce que celle-ci a affirmé, il ne s’agit pas d’un C-135, qui a officiellement été retiré du service en décembre 2023, mais bien d’un KC-135RG, immatriculé 31-CP, comme on peut le voir sur les photographies qu’elle a publiées.

Si une page se tourne pour l’AAE, les désormais anciens C-135 et KC-135RG de la 31e Escadre aérienne de ravitaillement et de transport stratégiques ne vont pas prendre leur retraite puisqu’ils ont été rachetés par l’entreprise de services de sécurité et de défense [ESSD] américaine Metrea, dont l’ambition est de constituer la « plus grande flotte [civile] d’avions ravitailleurs au monde ».

« Nous sommes heureux de continuer à utiliser ces KC-135 qui ont été utilisés par les forces françaises pendant plus de 60 ans. […] Ces avions ont été entretenus selon les normes les plus élevées durant leur service en France et nous continuerons à faire de même lorsque nous les mettrons en service en tant qu’actifs commerciaux », avait alors expliqué Jon « Ty » Thomas, responsable de la division « Air & Space » de Metrea.

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43 contributions

  1. HMX dit :

    je ne parviens pas à comprendre que de ce côté de l’Atlantique, on considère que c’est « game over » pour nos KC 135 dont on se sépare à vil prix… alors qu’on va les retrouver en vol de l’autre côté de l’Atlantique sous les couleurs d’une société commerciale, pour qui ils ont encore visiblement du potentiel !

    On n’a donc tiré aucune leçon de la guerre en Ukraine ? Personne pour imaginer qu’on aurait pu stocker sous cocon ces appareils, avec leur lot de pièces détachées, et en gardant précieusement le contact et les compétences avec les équipages de « jeunes retraités » qui les ont servis ?… cela n’aurait pas représenté un coût démentiel pour l’AAE. Et pourtant, disposer de quelques ravitailleurs supplémentaires mobilisables en quelques semaines en cas de crise grave, cela n’a potentiellement pas de prix…

    • Bench dit :

      @HMX, ben voyons, les garder sous cocons! Vous avez une idée du coût de la maintenance pour une telle manip? Sans compter qu’on fait comment et à quel prix pour les remettre en état de vol des années après, quand le personnel qualifié ne sera plus là? Et vu l’état de nos finances, serait ce raisonnable d’entretenir à grand frais une double flotte de ravitailleurs? On peut toujours rêver mais arrive un moment où il faut être réaliste et c’est ce qui arrive précisément aujourd’hui.
      Cela dit comme le dit Robmac j’apprécierais qu’on en conserve un dans un musée…

    • Le Chouan dit :

      Je pense exactement la même chose que vous, oui, ils auraient pu être mis sous cocon !

    • Romain dit :

      A mon avis, il y a plusieurs raisons:
      – la flotte de ravitaillement est dimensionnée par rapport à la flotte de chasse. Vu le nombre d’avions de chasse actuellement, 15 ravitailleurs sont suffisants.
      – si le but est de supporter une coalition avec des capacités de ravitaillement, autant les passer à une SMP qui les maintient immédiatement disponibles.
      – la mise sous cocon n’est pas la panacée. C’est déjà difficile de maintenir les avions en état de vol, mais le stockage les dégrade (par exemple, les flexibles sèchent, la corrosion doit être surveillée, etc), les pièces de rechanges ne sont pas achetées, sans parler des problèmes de ressource humaine. Donc, en les passant à une SMP, on évite tout ça.
      – Pour en venir à votre point, il serait utile que le contrat de vente prévoit, en échange d’un prix bas, un droit de priorité pour l’armée de l’air et de l’espace pour accéder aux ressources de la société en question. Cela serait sans doute plus efficace.

    • Aymard de Ledonner dit :

      Il faut avoir les pilotes et les mécanos pour pouvoir utiliser un avion. Or le personnel qui mettait en œuvre ces appareils a migré vers le MRTT.
      Par ailleurs ces sociétés privées ne vont pas utiliser les avions avec les mêmes exigences de disponibilité ni de sécurité des personnels. Par exemple les sociétés qui utilisent des bombardiers d’eau aux US (activité largement privatisée là bas) ne sont pas spécialement réputées pour le bon état de leurs appareils.
      Ces ravitailleurs seront exploités jusqu’à la corde par des boites privées qui réaliseront leurs marges en économisant sur tout ce qu’elles pourront. En cas d’accident, tout le monde regardera pudiquement ailleurs et basta.

      • St-Denis dit :

        C’est tout à fait vrai… lors d’un largage sur un incendie par un vieux C-130E privé… les 2 ailes ont pliés à la remontée…
        les 2 pilotes sont morts, mais comme ils étaient a leurs comptes, c’est passé comme risque encouru

      • jmarc G. dit :

        je suis toujours en accord avec,Aymard de Ledonner,
        chaque fois je cherche d’abord votre commentaire.
        J’ajoute simplement, que depuis que l’Armée de l’Air a perdu 17 bases aériennes ( avec les sites de dépôts)
        et 20 000 postes, les 15 MRTT s’expliquent, un format réduit.
        Au sujet des Hawkeye l’état major va-t-il moderniser les anciens pour les affectés en outre-mer ??

    • Pb75 dit :

      Garder ce type d’appareil sous cocon, ça a un coût. Et il n’y a plus de réservoir de navigants dans le civil qualifiés sur Boeing 707, plus de graisseux non plus susceptibles les entretenir : pour faire face à une crise grave, il serait préférable de transformer des A330 moins rincés, servis par de vaillants personnels plus jeunes et avec une QT déjà dans la poche.
      Ce n’est pas la même contrainte pour une société qui vole déjà sur cet appareil et qui souhaite étendre sa flotte.

    • Grossous dit :

      Qu’est-ce qui vous permet de dire qu’on les a cédés à vil prix ?

    • peterr dit :

      Certains vont vous expliquer que vous ne comprenez rien à l’économie. Les mêmes qui trouvent normal d’avoir abandonné les chaines de montage du Leclerc qu’on pouvait également mettre sous cocon (au moins les outillages spécifiques)

    • robin darbin dit :

      Je pense que ce qui a été pris en compte, ce sont les coûts éventuels de « déconstruction » si ces appareils étaient restés sous nos latitudes compte tenu de nos normes environnementales. Je me souviens qu’une association avaient voulu conserver un Alizée, mais la société chargée de leur démolition (il y avait de l’amiante sur ces appareils) n’a jamais voulu en céder même un seul tellement le business était juteux.

    • Pascal, (l'autre) dit :

      @HMX Paradoxalement un avion au sol coûte plus cher qu’en vol! Les garder sous cocon dans le cas hypothétique de les réemployer entrainerait d’importants frais de stockage ,hangars spécialement conçus à hygrométrie contrôlée, maintenance (eh oui!) sans parler des frais de remise en condition opérationelle!

    • ji_louis dit :

      Le KC-135, c’est un Boeing 707 retapé en ravitailleur en vol.
      1 ) La France n’a pas les moyens de garder sous cocon de tels appareils, on n’a pas de désert ad hoc.
      2 ) Ces appareils sont très vieux, fonctionnels mais obsolètes sur le marché civil, moins économiques que les appareils de génération actuelle. Il est donc rapidement plus économique d’utiliser un appareil moderne (A 320, B 737, etc) plutôt qu’un tel coucou même vendu à vil prix.
      3 ) Les A 330 MRTT qui les remplacent sont mieux à tout point de vue (autonomie, emport, fonctionnalités, fiabilité, etc).

      • Phil dit :

        Il me semble que c’est le KC-135 qui est sorti en premier (pour le ravitaillement des B52 à l’époque). Ensuite est arrivé la version civile avec le 707…

        • Bazdriver dit :

          @Phil. Effectivement, le KC-135 est apparu avant le 707 et les deux, malgré les apparences sont très différents…leur principal point commun étant d’être basés sur le prototype Boeing 360-80….

    • Clovis Dardentor dit :

      Les stocker à quel endroit ?????

    • tschok dit :

      Pourquoi voulez-vous les conserver en stock, alors que vous pouvez passer un contrat avec Metrea pour qu’elle vous loue, selon vos besoins, les avions que vous lui avez vendus?

      Comme ça, vous n’avez plus à assumer ni coût de possession, ni coût de stockage. Car même le stockage a un coût.

      Par ailleurs, vos équipages et mécaniciens qualifiés sur cet avion vont vieillir, partir en retraite ou quitter l’armée pour faire carrière ailleurs, ou basculer sur d’autres appareils, donc ils ne seront plus disponibles. Ne pensez pas que vous pouvez maintenir dans un état semi-opérationnel une flotte fantôme indéfiniment en la stockant sous cocon.

      Sur le papier, c’est une option, dans le monde réel, non. Donc, le mieux, c’est de les céder à une compagnie privée qui va passer des conventions avec des forces aériennes pour leur louer cette capacité selon leurs besoins, y-compris un renfort en cas de crise grave.

      Metrea indique d’ailleurs qu’elle a passe de telles convention avec les forces américaines et des pays membres de l’Otan.

      Donc, en clair, on a externalisé et mutualisé une capacité de ravitaillement, qu’on peut louer à la demande. L’inconvénient, c’est qu’elle a basculé sous pavillon US et qu’on a plus la souveraineté, mais on est quand même dans une alliance, donc ça réduit cette contrainte. Par ailleurs, s’agissant de contrats de location, la prestation peut s’avérer onéreuse et donner lieu à des actions en justice diverses, comme on l’a vu avec les contrat de transports stratégiques des compagnies ukrainiennes, ou autres.

      Mais ça, c’est de la rigueur de gestion et on l’a ou pas. C’est à nous de nous améliorer.

    • DP dit :

      @HMX,
      Il faudrait peut-être vivre avec son temps. 😉
      Vous êtes déjà monté dans ce zinc ?
      Croyez-moi ça calme grave ! 🙁
      Aujourd’hui on a le MRTT et c’est tant mieux, pour l’équipage comme pour l’avion ravitaillé.

    • vrai_chasseur dit :

      @HMX
      En cas de crise requérant une coalition, 9 MRTT supplémentaires seront immédiatement disponibles en Europe. Cette flotte a été achetée par 6 pays européens et confiée à l’OTAN pour l’opérer :
      http://www.nato.int/nato_static_fl2014/assets/pdf/2022/9/pdf/2209-factsheet-mrtt.pdf
      Par ailleurs si vous regardez un exemple concret comme l’opération Harmattan en Libye, un MRTT aurait pu ravitailler 50 T de carburant et rester 4h et demie sur zone, là où dans les mêmes conditions un (K)C135(F) n’aurait pu délivrer que 17 T de carburant. Sur cet exemple, dont la distance est courante pour la projection de force, le facteur de gain est fois 3.

      L’entreprise Metrea se place en fait sur un marché d’opportunité juteux : l’US Air Force n’a pas assez de capacité en ravitailleurs et est obligé de recourir au secteur privé. Le KC-46 de Boeing est avant tout un choix de préférence industrielle nationale. Il ne répond que partiellement aux besoins des forces américaines, notamment pour les projections « long-courrier » vers le théâtre Pacifique.

    • Niakola dit :

      vous rêvez carrément d’un monde parfait…et les retraités vont être d’astreinte pendant qu’on y est ? et cela bénévolement évidemment…allons…et les pièces détachées ? quel coût ?

    • Mic dit :

      C’est connu par les directions et les personnels de ces entreprises depuis longtemps, bien avant la guerre en Ukraine, déjà vers 2000/2010 il manquait des personnes compétentes, du technicien aux ingénieurs.
      Mais depuis 2020/2022, les carnets de commandes se sont bien remplis, encore plus depuis la guerre en Ukraine.

    • tschok dit :

      Ben j’en pense que le monde se réarme et qu’il y a des tensions sur différents marchés liés à la BITD, dont celui du travail.

      Oui, c’est un sujet.

      On vit de moins en moins dans un monde où il suffit d’appuyer sur un bouton pour que les choses se fassent d’elles-mêmes vite et bien et pour pas cher. Les yakafokons vont passer par une période assez dépressive, en fait.

      • peterr dit :

        >> On vit de moins en moins dans un monde où il suffit d’appuyer sur un bouton pour que les choses se fassent
        oui, surtout quand on a saccagé les filière techniques depuis maintenant plus de 40 ans.
        On n’a même plus les compétences* pour former des CAP, BEP, BP, BTS, etc sachant que depuis environ 40 ans l’industrie a commencé par virer les ouvriers qualifiés pour les remplacer par des BTS puis viré les BTS au profit des ingés.
        Remonter des filières efficaces dans ce domaine prendra sûrement plus de 10 ans même si on se découvrait une volonté forte pour le faire.

        * : je parle de personnes ayant réellement exercé les métiers concernés pendant au moins une 10aine d’années, souhaitant transmettre leurs connaissances et ayant les capacités pédagogiques pour le faire. Cela exclu de fait la quasi totalité de profs issus de l’EN (les profs de l’EN compétents que j’ai pu croiser dans ce domaine peuvent se compter facilement sur les doigts d’une seule main … avec du spare). Et je ne parle même pas de restaurer l’autorité des formateurs dans ce type de filières (j’ai lu un exemple pas plus tard qu’hier sur le sujet)

  2. JeanS dit :

    Il était question amendonné que les ricains les rachètent suite aux pbs de remplacement de leur flotte actuelle.
    une mise à jour sera nécessaire je pense…….

    Qqun sait où cette manip en est?

  3. Robmac dit :

    Bien que très encombrant, j’espère que l’un d’eux sera conservé, et l’idéal serait qu’il y ait un Mirage IV à proximité pour bien rappeler son rôle dans la dissuasion nucléaire. Mais peut être est-ce déjà fait ?

  4. Clavier dit :

    Le C 135 a été le premier ravitailleur à réaction destiné à fournir le kérosène aux B 52 du SAC …..
    les avions font de vieux os aujourd’hui……et il en sera de même pour le Rafale !

  5. Yallingup dit :

    Adieu l’ami !
    Et de bons souvenirs de convoyages (qui n’est pas un voyage de cons) assis dos à la « route » sur des sièges peu confortables.

    • Lachistera dit :

      Oui mais tout ayant une fin… Il est vrai que perso, j’ai un nombre incalculable de convoyage , et c’était toujours un ravissement d’aller dans la baignoire du boom pour visualiser les régions survolées ( 2 allers-retours RED Flag par la route sud ( Istres/ le Sénégal/ le Brésil /la Guyane / les Antilles / la Floride / Las Vegas…)+ cérémonie de passage de l’Equateur (pour ceux qui n’avait pas le diplôme…). L’Afrique de l’ouest, de l’est, la Réunion… Bref que du bonheur même si les sièges avaient un confort relatif…. Sniffff!

  6. SES dit :

    Quel avenir pour le Sologne ?

  7. Bangkapi dit :

    Gros et bel oiseau que j’ai souvent vu décoller et atterrir pendant mes premières années dans l’armée.
    Et aussi gardé de près au GERMAS ou il étaient entretenus.
    Ils sont arrivés en retraite bien après moi, c’est donc qu’ils étaient bons.

  8. Guillet dit :

    Ayant grandi dans les FAS, commencé au DAMS 11/094,puis au Germas 15/096,et finir à l EB 02/094.J’ai pu voler sur C 135 (Avord ),puis le KC.Jai donc fait le tour de la composante nucléaire, et pour couronner un mirage 4 est mis en place à colombey les deux églises. J’aime ces articles où tous nos souvenirs remontent.Merci.