Le Pentagone immobilise encore ses V-22 Osprey, après une défaillance technique « jamais vue » auparavant

Doté de rotors basculants, ce qui permet de décoller comme un hélicoptère et de voler à la vitesse de croisière d’un avion, le V-22 Osprey, développé par Bell et Boeing, a été impliqué dans une vingtaine d’accidents et d’incidents grave depuis son premier vol, en mars 1989. D’où les restrictions d’emploi dont il fait régulièrement l’objet.

Le dernier en date s’est produit le 28 novembre 2023. Ce jour-là, un V-22 Osprey de l’US Air Force s’abîma en mer, au large de l’île de Yakushima [Japon], avec huit membres d’équipage à bord. Aucun ne survécut. Quelques jours plus tard, le Pentagone décida à nouveau de clouer au sol l’ensemble des appareils exploités par les forces américaines.

Il s’agit de « limiter les risques tandis que l’enquête se poursuit. Si les premiers éléments indiquent qu’un défaut matériel a provoqué l’accident, la cause sous-jacente à ce défaut n’est pas connue à ce jour », avait alors expliqué un responsable de l’US Air Force. « Nous mettons en Å“uvre des contrôles supplémentaires pour atténuer les risques et garantir la sécurité de nos militaires », avait ajouté le Naval Air Systems Command [NAVAIR], dont relèvent les V-22 Osprey exploités par l’US Navy et l’US Marine Corps.

L’interdiction de vol de ces aéronefs fut finalement levée en mars dernier. Cependant, des restrictions d’emploi furent maintenues. Quant à l’accident survenu au Japon, il fut avancé – sans plus de détails – qu’il avait été causé par la défaillance d’une pièce mécanique.

Cela étant, les forces américaines, et en particulière l’AFSOC [Air Force Special Operations Command] mirent à jour leurs procédures afin de mieux préparer les équipages de V-22 Osprey à une éventuelle défaillance technique. C’est probablement grâce à cela qu’un nouvel accident a pu être évité.

En effet, le 20 novembre dernier, lors d’une mission d’entraînement au Nouveau-Mexique, un CV-22 Osprey de l’AFSOC a de nouveau été victime d’une avarie, laquelle a contraint son équipage à faire un atterrissage d’urgence.

Mais ce dernier incident a conduit l’US Air Force, l’US Navy et l’US Marine Corps à décréter une « pause opérationnelle » pour l’ensemble de leurs CV-22. Cela va « nous permettre de déterminer si des mesures de sécurité supplémentaires sont nécessaires », a expliqué un porte-parole de la marine américaine à CNN.

Cette décision a été prise parce que le dernier atterrissage d’urgence d’un CV-22 Osprey aurait été causé par une « défaillance matérielle jamais vue auparavant ».

Pour rappel, plus de 400 V-22 ont été livrés à l’US Marine Corps [qui en est le principal utilisateur], à l’US Air Force, à l’US Navy [au sein de laquelle il remplace le C-2 Greyhound pour les missions de transport effectués au profit de ses groupes aéronavals] et aux forces d’autodéfense japonaises.

Depuis 2022, cet appareil a été impliqué dans quatre accidents mortels. Les familles de quatre militaires de l’USMC ayant perdu la vie dans l’un d’entre eux ont intenté une action en justice contre Boeing, Bell Textron et Rolls Royce, estimant que ces entreprises n’avaient pas tout fait pour régler des problèmes mécaniques pourtant connus sur ce type d’aéronefs.

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21 contributions

  1. Kamelot dit :

    Décidément cet appareil traîne sa complexité technique et de pilotage. Un convertible à rotor basculant aura toujours des failles, des limitarions d’emploi et un coût global supérieur aux autres appareils plus classiques.

    • Schwarzwald dit :

      Il n’y a pas que la complexité qui peut être mise en avant (car elle n’explique pas tout), il y a surtout le problème récurent aux US de pièces non conformes en terme de solidité ou de matériau utilisé.
      Lorsque une pièce doit subir une contrainte de 100 et que pour faire des économies ou de la marge afin de s’en mettre dans les poches la pièce de remplacement ne peut que subir 80 de contrainte, bah … c’est clairement pas une situation d’avenir comme dirait certains.
      En plus, maintenant, dès que l’on voit le mot Boeing, la qualité est remise rapidement en question, un peu comme Stellantis ou Renault …

      • Momo dit :

        Commentaire d’un individu totalement incompétent.
        Et la référence aux voitures donne évidemment une origine belge ou suisse à cette sottise dont il vaut mieux ne plus parler.

      • Ah ! Qu'en termes galants ces choses-là sont mises. dit :

        Ne pas confondre « à terme » et « en termes ». Le nom « terme » est toujours employé au pluriel dans la locution « en termes de ».

        Non conformes en termes de solidité ou de matériau utilisé.

        Cependant, l’Académie française préconise de n’utiliser « en termes de » qu’au seul sens de « dans le vocabulaire de », au motif qu’un usage au sens d’« en matière de » constituerait un anglicisme.
        https://www.academie-francaise.fr/en-termes-de

        Non conformes en matière de solidité ou de matériau utilisé.

  2. Dromadaire dit :

    La fatigue des materiaux est une science vaudou.
    Le jumeau numérique est bien plus souvent un chameau !

  3. Wrecker47 dit :

    Ce « cerf-volant » a toujours été une merde et a tué plus que tous les hélicoptères US réunis !

  4. Momo dit :

    Les personnels à bord du vol du 20/11 dernier peuvent aller directement à Lourdes ou Fatima, ils ont du avoir pour de vrai la peur de leur vie (expression totalement galvaudée).
    C’est pas financièrement top mais on peut penser qu’il y a des chefs raisonnables qui commencent à se dire que non seulement ça les ennuierait d’envoyer des braves gars se crasher, mais aussi que les autres risquent fort de tomber malade avant les prochaines mission en Osprey.
    Mais le plus sérieux c’est l’usage éventuel dans un hypothétique futur conflit. Ne pas pouvoir accomplir les objectifs à cause du bouzingue n’est pas une option concevable.
    Ça sent le sapin pour l’Osprey, et peut-être bien que Musk va aider à tirer le trait.

    • Heu! Comment dire?
      S’ils doivent s y rendre en V22, qu’ ils aillent plutôt à Fatima; parce qu’ il y a quelques années en arrière, deux ont survolé mon domicile.  » Hilh de puta, quin bastumba ! »

      Après, les défaillances de pièces sont elles dues à des défauts de fabrication, des problèmes de maintenance,la complexité de la machine?

      Petite pensée pour les équipages et les passager de ces engins.
      .

      • Chabannes dit :

        Il y a quelques années « en arrière »… Cela pouvait difficilement être des années en avant.

  5. Loïc dit :

    L’US NAVY a fait une grosse erreur en retirant ses GREY HOUND de ses portes avions !

    • Themistocles dit :

      Les C2 Greyhound étaient largement à bout de bord, ayant dépassé leurs limites d’exploitation. Le choix de les remplacer par les V22 était une erreur. Il est fort possible que le développement d’un C2, basé sur les E2D, aurait été techniquement et budgetairement acceptable. De plus, operationnellement, la Navy conservait l’avantage dd la qualification de type sur les 2 appareils, comme dans le couple C2/E2C, permettant un gain subvention en formation, maintien de qualification, y compris à l’appontage et flexibilité. Pouvoir réaliser les entraînements aéronautiques de base avec un appareil au coût d’exploitation très inférieur à celui des E2D aurait permis de conserver du potentiel à ces derniers.

  6. Robmac dit :

    La complexité extrême de cette machine est incompatible avec un usage militaire, qui exige la robustesse et quand c’est possible la rusticité.

  7. KOUDLANSKI Romain dit :

    C’est dingue ça les soucis , que les Américains ont que ce soit avec Osprey et le f-35 .

  8. frederic dit :

    Je plains les ingénieurs aéronautiques ayant travaillé sur ce programme… peut être l’appareil est-il employé hors de son domaine de vol, peut être fait-il face à des défaillances jugées peu probable lors des études… néanmoins le bilan humain est là, et pour les personnes impliquées dans ce développement ça doit pas être dingue à vivre comme situation.

    • … dit :

      Un des problèmes du V-22 est qu’il n’est structurellement pas au top pour l’autorotation, augmentant le taux de pertes humaines.

  9. Wolf0i3 dit :

    Apparemment les problèmes de cet appareil viendraient massivement de la qualité de l’acier de certaines pièces… Qui elles-mêmes sont faites dans une société pleine de problèmes. Plusieurs salariés ont lancé des alertes ces dernières années. Le lien du Thread qui explique toute cette histoire : https://x.com/osinttechnical/status/1849079914533687537?s=46

    En soi cet appareil reste une prouesse technique. Le reste….

  10. auzene dit :

    Ce qui est rigolo c’est que les américains sont prêts à remettre le couvert avec le remplaçant du blackhawk. Meme type d »architecture avec moteur pivotant pour le V280 valou.

    • Golem dit :

      Dans le cas du V-280, il me semble que le moteur ne bascule pas entièrement, contrairement au V-22. Seule la partie avant de la nacelle moteur, qui comporte la transmission, le moyeu et l’hélice (les éléments que je parviens à identifier à partir de mes maigres connaissances en mécanique) peut passer en configuration verticale.

      Il en résultera peut-être un aéronef plus simple techniquement et au MCO moins élevé que le Osprey. Sans doute que, selon les américains, le jeu en vaut la chandelle (notamment en matière de vitesse de croisière).