La force aérienne israélienne a effectué plus de 300 frappes contre les infrastructures militaires syriennes

En 2021, lors de l’évacuation de Kaboul, et en partie parce qu’ils avaient un agenda local, certains responsables politiques, diplomates et analystes occidentaux avaient dit espérer que les taliban avaient changé depuis l’intervention militaire américaine lancée vingt ans plus tôt pour les chasser de la capitale afghane et traquer les membres d’al-Qaïda. Voire qu’ils se montrassent « inclusifs ». Mais « chassez le naturel, il revient au galop ». Trois ans plus tard, ils ont adopté une loi comptant 35 articles pour « promouvoir la vertu et prévenir le vice », en adéquation avec la charia [loi islamique]. Quant aux droits et à la liberté des femmes, ils ont été réduits à néant.

Qu’en sera-t-il en Syrie, où le régime de Bachar el-Assad vient de s’effondrer en moins de dix jours, face à l’avancée de l’organisation Hayat Tahrir al-Cham ? Autrefois lié à Abou Moussab al-Zarkaoui, le dirigeant d’al-Qaïda en Irak tué en 2006, ainsi qu’à Abou Bakr al-Baghdadi, « l’émir » de l’État islamique [EI ou Daesh] éliminé en 2019, son chef, Abou Mohammed al-Joulani, joue désormais la carte de la « modération » à l’égard des minorités. Suit-il en cela la même stratégie que les taliban ? Le naturel reviendra-t-il au galop ? Il est évidemment encore trop tôt pour le dire.

En attendant, en Israël, il n’est pas question de prendre le moindre risque. Depuis le début de la guerre civile syrienne, en 2011, la force aérienne israélienne [IAF] a régulièrement effectué des frappes contre les positions occupées par le corps iranien des Gardiens de la révolution. Il s’agissait aussi d’empêcher l’Iran de fournir des armes au Hezbollah libanais.

Mais comme le dit l’adage, « on sait ce que l’on quitte, on ne sait pas ce que l’on prend ». Devant l’incertitude de la situation en Syrie et alors que les bases et les casernes des forces gouvernementales syriennes ont été abandonnées avec leurs équipements quasiment intacts, Israël a pris les devants, en lançant une opération aérienne d’une ampleur inégalée afin de les détruire, l’objectif étant qu’ils ne tombent pas entre de mauvaises mains.

Ainsi, depuis le 8 décembre, l’IAF a effectué 300 frappes aériennes contre les infrastructures militaires syriennes.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, elles ont visé des dépôts d’armes, une partie de la flotte syrienne basée à Lattaquié, des bases aériennes [la totalité des MiG-29 syriens auraient été détruits], des systèmes de défense aérienne et des centres de recherche, en particulier ceux liés au programme d’armes chimiques de l’ancien régime, lequel n’a jamais été démantelé malgré les assurances données par Damas.

En effet, le 26 novembre, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques [OIAC] a transmis au Conseil de sécurité des Nations unies un rapport dénonçant « l’absence de progrès véritable vers l’élimination du programme syrien d’armes chimiques ».

« L’Équipe d’évaluation des déclarations de l’OIAC a identifié 26 questions en suspens, dont 19 irrésolues, parmi lesquelles celles récemment ouvertes concernant le développement et la production à grande échelle d’armes chimiques dans deux installations qui avaient été déclarées précédemment comme n’ayant jamais été en activité », a résumé Izumi Nakamitsu, la Haute-Représentante pour les affaires de désarmement aux Nations unies.

« Tsahal est en train d’anéantir de fond en comble l’armée syrienne », a affirmé la radio de l’armée israélienne, ce 10 décembre. De son côté, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a expliqué que ces frappes massives « ont visé des sites présumés d’armes chimiques et des installations de roquettes à longue portée afin d’empêcher leur utilisation par des groupes hostiles ».

Frappes qui ont cependant été dénoncées par Geir Otto Pedersen, l’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie. « C’est inquiétant de constater des frappes et des mouvements israéliens sur le territoire syrien. Cela doit cesser », a-t-il dit, lors d’une conférence de presse donnée à Genève.

Les « mouvements israéliens » qu’il a évoqués concernent le plateau du Golan, en partie contrôlé depuis la guerre des Six-Jours [1967] et annexé en 1981 par Israël. Une zone tampon avait alors été instaurée, sous l’Å“il de la Force des Nations unies chargée d’observer le dégagement [FNUOD], chargée de contrôler l’application du cessez-le-feu entre Syriens et Israéliens.

En effet, le 8 décembre, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a ordonné à Tsahal de prendre le contrôle de cette zone tampon. « Aujourd’hui, tout le monde comprend l’importance capitale de notre présence sur le Golan, et non au pied du Golan. […] Notre contrôle sur le plateau du Golan garantit notre sécurité, il garantit notre souveraineté », a-t-il fait valoir.

La FNUOD peut « confirmer que les forces armées israéliennes sont entrées dans la zone de séparation, se sont déplacées dans la zone et restent présentes au moins dans trois lieux », a résumé Stéphane Dujarric, le porte-parole de l’ONU, avant de préciser que les Casques bleus avaient été prévenus par Israël de l’entrée de ses troupes de façon « temporaire ».

Par ailleurs, l’état-major israélien a démenti tout mouvement vers Damas.

« Les informations diffusées par certains médias selon lesquelles les forces armées israéliennes avancent vers Damas ou s’en approchent sont totalement fausses », a déclaré le colonel Avichay Adraee, le porte-parole de Tsahal. « Les forces armées israéliennes sont stationnées dans la zone tampon et aux points de défense près de la frontière, afin de protéger les frontières d’Israël », a-t-il insisté.

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