L’Australie va donner 49 chars M1A1 Abrams à l’armée ukrainienne

Martelant que la « Russie doit perdre la guerre », qu’il « ne peut y avoir ni de ‘gel’ [du front] » ni « d’échange concernant le territoire de l’Ukraine ou sa souveraineté », le président ukrainien, Volodymyr Zelensky a dévoilé un « plan de victoire » comprenant cinq points ainsi que trois annexes secrètes, le 16 octobre.

Ainsi, ce plan demande notamment la levée des restrictions d’emplois relatives aux armes de longue portée fournies par les Occidentaux et une invitation à rejoindre l’Otan. En outre, il est question de déployer, en Ukraine, un « ensemble complet de mesures de dissuasion stratégique non-nucléaires » pour contrer toute menace militaire russe. Enfin, il vise à développer le potentiel économique du pays et propose que, une fois la guerre terminée, les forces ukrainienne mettent leur expérience au profit de la défense du flanc oriental de l’Alliance.

« Le plan pour la victoire peut être réalisé. Cela dépend de nos partenaires », a estimé M. Zelensky. « J’insiste : de nos partenaires. Pas de la Russie. Poutine est devenu fou et, par conséquent, il ne souhaite que la guerre. Lui, et lui seul. Il ne changera pas. Il fait trop partie du passé […]. Mais nous, les Ukrainiens, avec nos partenaires, devons faire en sorte que la guerre se termine, que la Russie soit contrainte à la paix », a-t-il ajouté.

Cela étant, les forces ukrainiennes connaissent actuellement des moments compliqués. L’offensive qu’elles ont lancée, en août, en direction de Koursk, n’a pas donné les résultats espérés. Au point que sa pertinence est désormais interrogée. D’autant plus que, sauf à prendre le risque d’étendre au-delà du raisonnable les lignes logistiques, sa portée ne pouvait qu’être limitée. En outre, elle n’a pas contraint la Russie a relâcher son effort dans le Donbass, bien au contraire : ses forces continuent de progresser – certes lentement et au prix de pertes élevées – dans les secteurs de Louhansk, de Donetsk et de Zaporijjia.

Par ailleurs, grâce à son industrie de l’armement ainsi qu’à ses relations « stratégiques » avec l’Iran et la Corée du Nord, la Russie a les moyens de remplacer rapidement les équipements perdus, de recompléter des stocks de munitions [drones « kamikazes » Shahed-136, missiles balistiques et obus d’artillerie notamment], voire de renforcer ses troupes, des rapports – non confirmés – ayant fait état du déploiement à venir d’un bataillon nord-coréen dans la zone des combats.

De leur côté, les forces ukrainiennes ont des problèmes d’effectifs, avec un nombre de désertions en forte hausse depuis le début de cette année [plus de 18 000 cas selon le Bureau du procureur général ukrainien]. Aussi, en avril dernier, l’âge de la mobilisation a été abaissé à 25 ans et le conseiller du chef du cabinet présidentiel, Serhi Lechtchenko, a indiqué que des responsables américains avaient recommandé d’aller plus loin en le portant à 18 ans.

« L’argument de nos partenaires est que, lorsque les Etats-Unis étaient en guerre au Vietnam, les gens étaient enrôlés dès l’âge de 19 ans. C’est pourquoi les Américains laissent entendre que les armes occidentales ne suffisent pas et qu’une mobilisation dès l’âge de 18 ans est nécessaire. Le président Zelensky n’a pas cédé et cherche toujours à convaincre les hommes politiques des deux partis de fournir des armes sans modifier l’âge de la conscription », a-t-il expliqué.

En outre, Kiev dépend essentiellement du soutien occidental. Ainsi, en adoptant une approche « originale », la France est en train de former 2500 soldats de la brigade interarmes « Anne de Kiev » sur les équipements qu’ils utiliseront au combat [CAESAr, AMX-10RC, VAB, camion TR1000, etc.] tandis que d’autres pays européens ont récemment annoncé de nouvelles aides. La semaine passée, l’Allemagne a en effet promis 1,4 milliard d’euros pour financer des capacités de défense aérienne et le don de chars Leopard 1A5, dans le cadre d’un partenariat avec la Belgique, le Danemark et la Norvège. Et, le 16 octobre, les États-Unis ont fait savoir qu’ils allaient débloquer 425 millions de dollars supplémentaires pour livrer des blindés, des munitions et des systèmes anti-aériens aux forces ukrainiennes.

L’Australie a également fait une annonce importante, en promettant de livrer à Kiev 49 chars M1A1 Abrams récemment retirés du service par l’Australian Army, alors qu’elle est en train de s’approprier 75 M1A2 Abrams SEPv3 de conception récente.

« Ces chars apporteront davantage de puissance de feu et de mobilité aux forces armées ukrainiennes et compléteront le soutien apporté par nos partenaires aux unités blindées ukrainiennes. L’Australie a toujours soutenu l’Ukraine […] dans sa lutte contre l’invasion illégale de la Russie », a fait valoir Pat Conroy, le ministre australien de l’Industrie de défense.

« Alors que nous sommes confrontés à un environnement géostratégique difficile, il est important que nous continuions à travailler avec nos partenaires du monde entier pour dissuader les agressions et protéger l’ordre mondial fondé sur des règles », a conclu le responsable australien.

Cette décision, qui a dû recevoir l’approbation de Washington, permettra à l’armée ukrainienne de compenser l’attrition des 31 M1A1 Abrams SA [Situational Awareness] prélevés dans l’inventaire de l’US Army en septembre 2023. Depuis que ces chars ont été engagés au combat, en février, au moins 16 d’entre eux ont été détruits, abandonnés ou capturés.

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