La Suède envisage d’utiliser l’avion de combat Gripen pour placer des nanosatellites sur une orbite basse

Parce que l’espace est indispensable pour les activités scientifiques, commerciales et militaires [observation, communications, renseignement, etc.], l’Otan en a fait un « domaine opérationnel » à part entière en 2019. D’autant plus que, depuis quelques années, on assiste à une « arsenalisation » de ce milieu, avec le développement, par certains pays, de capacités offensives, comme les armes antisatellites et les engins manÅ“uvrants.

D’ailleurs, l’une des premières actions de la Russie au début de la guerre en Ukraine aura été de lancer une attaque informatique contre le satellite de communications KA-SAT, exploité par la société américaine Viasat pour fournir un accès Internet à haut débit à plusieurs pays d’Europe de l’Est. D’où, pour les forces ukrainiennes, l’importance des services du réseau Starlink qui, fournis par SpaceX, leur ont permis de conserver une structure de commandement et de contrôle [C2].

Le brouillage des signaux de géolocalisation par satellite [GPS] fait partie des activités hostiles liées à l’espace. La région de la Baltique est particulièrement affectée depuis plusieurs mois par un tel phénomène, lequel peut potentiellement porter atteinte à la circulation aérienne mais surtout au trafic maritime. Par ailleurs, en juin, l’Union internationale des télécommunications [UIT] a fait savoir qu’elle avait reçu des plaintes qui, déposées par la France, la Suède, les Pays-Bas et le Luxembourg, dénonçaient des « interférences nuisibles » dans les réseaux satellites.

Aussi, comme d’autres pays avant elle, la Suède s’est récemment dotée de sa première stratégie spatiale de défense.

Sans grande originalité, celle-ci vise à « assurer la liberté d’action dans et à travers l’espace » ainsi qu’ à « créer un portefeuille de capacités, de services et de compétences spatiales » pour soutenir « la défense globale et la préparation aux crises ». Même si, en raison de moyens limités, cette stratégie mise sur des coopérations au sein de l’Otan et de l’Union européenne [UE], la Suède a quelques atouts pour agir par elle-même.

Ainsi, en janvier, les autorités suédoises ont inauguré une rampe de lancement pour satellite au centre spatial d’Esrange qui, situé en Laponie, était jusqu’alors dédié à la recherche scientifique [notamment à l’étude des aurores boréales], aux ballons de haute altitude et au suivi de satellites. En mars, elle a été utilisée pour lancer la fusée Texus 60 [VSB-30], laquelle devait emporter une charge utile de 400 kg à 251,7 km d’altitude.

Quant aux applications militaires, la force aérienne suédoise [Svenska flygvapnet] envisage d’utiliser l’avion de combat JAS-39 Gripen pour placer des nanosatellites sur des orbites basses. À cette fin, une étude, appelée Stella, a été confiée à l’Institut royal de technologie KTH de Stockholm.

Responsable de la division spatiale de la Svenska flygvapnet, Mme le colonel Ella Carlsson a donné quelques détails à son sujet, lors du salon aéronautique de Farnborough [Royaume-Uni]. Ainsi, a-t-elle confié, l’idée du programme Stella a été soufflée par un ancien responsable de l’agence spatiale ukrainienne, celui-ci ayant affirmé que le « lancement réactif de satellite par un avion aurait été une capacité utile à avoir avant l’invasion russe ».

Selon l’Institut royal de technologie KTH, il serait effectivement possible d’utiliser un avion de combat pour placer des nanosatellites de 2 kg sur une orbite basse. Mais il reste encore à voir si le Gripen peut le faire en « toute sécurité ».

« Ils font des calculs. Mais si nous devons reconstruire l’avion [pour lui permettre d’emporter une fusée], nous ne le ferons pas », a déclaré Mme le colonel Carlsson.

L’idée de recourir à un avion de combat pour mettre des satellites en orbite n’est pas nouvelle. Dans le cadre du programme Airborne Launch Assist Space Access [ALASA], la DARPA, l’agence du Pentagone dédiée à l’innovation avait confié à Boeing un contrat de 104 millions de dollars pour développer une telle capacité, celle-ci devant reposer sur un F-15E Strike Eagle équipé d’un « module » qui, une fois libéré à 40’000 pieds d’altitude, était censé mettre sur une orbite basse un satellite de 45 kg. L’objectif était alors de réduire de 66 % le coût d’un lancement.

En France, Dassault Aviation a aussi planché sur cette question, avec le MLA [Mini-lanceur aéroporté]. « Deux versions, utilisant un Rafale opérationnel comme avion porteur, ont été étudiées », explique l’industriel. La première, appelée « monocorps linéaire », permettrait de placer une charge utile de 75 kg en orbite basse tandis que la seconde, dite « tricorps » car composée d’un corps central associé à deux corps latéraux », serait en mesure d’emporter un microsatellite de 150 kg à 800 km d’altitude.

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10 contributions

  1. Félix GARCIA dit :

    Sinon, il y a la Vega Missyl ! 😀
    https://www.youtube.com/watch?v=AlQFok_eQPk
    ^^

  2. Le Breton dit :

    Ces suédois ont de la suite dans les idées…à moindre coût !

  3. Fralipolipi dit :

    Si la masse du satellite lancé en orbite est limitée à 2 kg, on peut rester un peu dubitatif quand même, non ?! …
    .
    A noter qu’en 2008, Dassault avec son projet MLA « Aldébaran » … est resté sans suite … alors qu’il semblait pourtant excellent, en ciblant un poids satellite max de 75kg, alors nettement plus intéressant.
    On remarquera ici (Cf l’écran median du Rafale dans le film du lien ci-dessous) que Dassault prévoyait alors des vols et tirs de ces satellites au départ d’une piste à l’extrême Nord-Ouest de l’Espagne, zone geographique effectivement tout à fait adaptée à des mises en orbite basse de type polaire avec tir fusée vers le Nord.
    https://www.aeroplans.fr/aviation-militaire/rafale-lanceur-de-satellites.html
    … Bien dommage qu’il n’ait pas été donné de suite à ce beau projet « Aldébaran » … peut-être réactivable aujourd’hui ?!?
    .
    Du coup, en Aquitaine, c’est la start-up du NewSpace « DARK » qui a repris le flambeau de la « mise en orbite réactive avec fusée aéroportée ».
    http://www.paxaquitania.fr/2023/09/un-nouveau-projet-de-micro-lanceur.html
    .
    Par ailleurs,
    … « les autorités suédoises ont inauguré une rampe de lancement pour satellite au centre spatial d’Esrange qui, … a été utilisée pour lancer la fusée Texus 60 [VSB-30], laquelle devait emporter une charge utile de 400 kg à 251,7 km d’altitude. » …
    Rien de vraiment nouveau sous le soleil.
    On notera ici que le site d’Esrange tire des fusées-sonde Texus (emport 400kg) et Maxus (emport 800kg) depuis plusieurs dizaines d’années déjà. Mais attention, ces lourds emports (par rapport aux frêles fusées porteuses) ne sont pas mis en orbite mais seulement emportés en micro-gravité pendant quelques minutes (le temps de qques expériences).
    https://en.wikipedia.org/wiki/Esrange

  4. Rakam dit :

    @ x et Frallipoli messieurs merci pour les infos du solide…

  5. Turtleito dit :

    Bonjour,
    Sans y connaître grand chose, il me semble que le carburant utilisé risque d’être du propergol liquide, et qu’au vu des risques liés a ce carburant, en mettre sous un rafale n’est peut-être pas un bon calcul financier vu la valeur de celui ci ?

  6. Turtleito dit :

    Auto réponse :
    Les avancées sur les propulsions a propergol solide (Ariane 6) rendent peut-être le projet plus réalisable de nos jours.