L’armée de Terre va se doter d’ateliers d’impression 3D « projetables » pour réparer ses véhicules en opération

Menés respectivement en 2022 et en 2023, les exercices MEPAT [montée en puissance de l’armée de Terre] et Orion ont permis de souligner le « manque de profondeur logistique de l’armée de Terre », en particulier en matière de Maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres [MCO-T]. Tel est le constat dressé par le lieutenant-colonel Thomas Arnal dans les pages de la Revue militaire générale, qui reparaît sous l’égide du Commandement du combat futur, après deux années d’interruption.

« Le MCO-T fait face à trois défis : générer la force, la soutenir et la régénérer. Les retours d’expérience des exercices de montée en puissance et l’exercice Orion 2023 ont permis de constater l’ampleur de ces défis à l’aune de l’écart entre la facture logistique théorique d’une ‘division engagement majeur’ et l’état réel des stocks détenus », écrit l’officier.

Cette situation est due à plusieurs facteurs. À cause, notamment, des contraintes budgétaires et au nom de « l’efficience », il a été considéré que posséder des stocks serait trop coûteux par rapport à des approvisionnements à flux tendu. Si cette logique a de moins en moins cours désormais, il n’en reste pas moins que des difficultés persistent…

« L’armée de Terre doit disposer au bon moment des bonnes ressources en quantité suffisante, ce qui implique anticipation et souplesse. Pour le MCO-T, les stratégies de soutien actuelles sont trop rigides pour remplir cet objectif [format, délais, volume financier alloué]. Les procédures dérogatoires et les contrats de soutien doivent donc gagner en souplesse. Les mécanismes actuels de mobilisation et de réquisition ne sont en outre pas assez performants », détaille le lieutenant-colonel Arnal.

En outre, et « sans entrer dans le détail de données classifiées », il apparaît que le « taux de réalisation des stocks nécessaires à une division pour une opération d’envergure sont faibles ». Or, poursuit-il, la « reconstitution de stocks pour le MCO-T représente un effort élevé sur les plans budgétaires et logistiques ».

Alors qu’un tel effort permettrait « d’augmenter la capacité de production de la BITD [Base industrielle et technologique de défense] et de gagner des délais sur la MEPAT en cas d’opération d’envergure », la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 n’en a pas tenu compte, « faute de financement ».

Qui plus est, avance le lieutenant-colonel Arnal, au-delà de l’aspect financier, les « délais de production semblent également incompatibles avec l’ambition opérationnelle fixée pour 2027 » [projection d’une division avec ses appuis et soutiens en trente jours].

Pour autant, en attendant que ces questions administratives, financières et industrielles soient réglées, l’armée de Terre, et plus particulièrement la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres [SIMMT] mise sur l’innovation technologique pour améliorer autant que possible le MCO-T.

« La SIMMT se tourne vers l’innovation technologique pour optimiser les activités de maintenance et limiter la dépendance à des stocks indisponibles immédiatement. La maintenance prédictive et l’impression 3D constituent des pistes prometteuses », souligne en effet le lieutenant-colonel Arnal.

Plusieurs projets ont d’ailleurs été lancés à cette fin, comme ICAR [Interface de connexion automatique pour le recueil de données technico-logistiques] et DEDAL [Déploiement d’écrans digitaux pour les activités de maintenance hors ligne]. Ou encore comme OPTIMUS et PRIME, dédiés à la fabrication additive.

Justement, à ce sujet, en marge de la dernière édition du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory, la Direction générale de l’armement [DGA] a annoncé que des « ateliers de fabrication additive projetables » allaient être prochainement mis en ְœuvre par les unités de l’armée de Terre déployées en Estonie et en Roumanie dans le cadre de l’Otan.

« Sous le pilotage opérationnel de la SIMMT, des conteneurs ‘Mobile Clinics‘, c’est-à-dire des ateliers de fabrication additive projetables, modulaires et évolutifs produits par Vistory, vont être envoyés aux forces françaises déployées dans l’est de l’Europe afin de fabriquer des pièces détachées. Arquus a participé au catalogue des pièces productibles », a en effet indiqué la DGA. Les modèles des pièces qui seront ainsi produites au plus près des troupes devront d’abord être validés par les bureaux d’études concernés, via une « chaîne numérique sécurisée ».

« Vistory a engagé il y a 6 mois la production d’une première version de ces Mobile Clinics. L’ensemble des collaborateurs de Vistory ont été mobilisés afin de répondre au plus vite à l’urgence opérationnelle d’un contexte complexe et ainsi permettre une livraison rapide. Cette première itération de ces unités de production, entièrement élaborées et assemblées sur fonds propres, embarquent des équipements de fabrication additive métal et polymère. Les différents matériels nécessaires au post-process ainsi qu’à la conception/reconception de pièces [scanner 3D HD] sont également compris », explique l’industriel sollicité par la DGA.

Pour cette dernière, le recours à une telle solution ne présente que des avantages, comme l’amélioration de la disponibilité opérationnelle « des systèmes de première ligne par son agilité et sa réactivité », la réduction « du nombre de convois de ravitaillement qui doivent traverser des territoires hostiles, et donc du risque sur les logisticiens », une moindre pression sur les chaînes d’approvisionnement et une grande diversité [matériaux, tailles, formes] permettant un soutien ‘juste à temps' ».

Photo : Vistory

Conformément à l'article 38 de la Loi 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. [Voir les règles de confidentialité]

16 contributions

  1. reglab dit :

    enfin

  2. Freefly dit :

    Le jour où vous imprimerez une Bva de VBCI, n’oubliez pas de me faire signe…… Quant à ICAR et DEDALE, ça fait au moins 5 ans qu’on nous met en avant ces projets miracles : quel est le bilan du déploiement de ces outils ?

  3. Félix GARCIA dit :

    Excellent.

    PS Logistique / MCO-T : FdeStV@Marsattaqueblog
    Concept proposé par @KNDS_France de maintenance de l’avant
    Dans un KC20, 4 colonnes sur batteries pr soulever jusqu’à 32T, 1 grue capable de porter 4T (dc ts les groupes moteurs gamme Scorpion), mise en place en 30 min
    En cas d’intérêt, livraison possible sous 24 mois
    https://x.com/Marsattaqueblog/status/1804129847184085397

  4. aleksandar dit :

    Cela va permettre de réparer vite en matière d’armement.
    Et de fabriquer les petites pièces pour les véhicules.
    Par contre, en ce qui concerne ce qu’on appelait les  » bris de machine  » dans la logistique ( moteur, boite de vitesse, transmission, suspensions ) qui représentent un nombre non négligeable du total des HS en phase d’engagement, cela semble plus aléatoire.
    Ajoutons qu’avec l’externalisation, la culture de l’échange standard et de la réduction des effectifs des 2B, le savoir faire a quasiment disparu.
    Ce n’est pas spécifique a l’armée, c’est idem dans le civil.
    J’aimerais connaître le pourcentage réel de pièces d’un véhicule X ou Y qui peuvent être ainsi fabriqués.
    Juste pour savoir si cela peut vraiment avoir un incidence sur la réduction « du nombre de convois de ravitaillement qui doivent traverser des territoires hostiles ».
    Cette avancée ne réglera pas tout mais c’est un bon début.

    • phil135 dit :

      on ne fabriquera pas un pignon ou un roulement en impression 3D. par contre un carter ou un support c’est tout à fait faisable. la notion de stock n’a pas vocation a disparaitre

      • St-Denis dit :

        Une boîte de vitesse moderne ne doit jamais être ouverte hors ateliers spécialisés…
        donc de l’échange d’ensemble restera quoi qu’il arrive…
        y’en a qu’on essayé… et qui sont jamais reparti…

    • vrai_chasseur dit :

      Il faut reconnaître à l’armée française (y compris la DGA) d’avoir joué le rôle de précurseur.
      Changer les poignées de trappes cassées des véhicules blindés c’est bien mais cela reste du bricolage.
      La véritable innovation en matière d’impression 3D viendra évidemment des industriels eux-mêmes, ce sont eux qui conçoivent et fabriquent les matériels. Cette dynamique créée par l’armée commence à infuser une lame de fond dans la BITD ( http://www.usinenouvelle.com/article/dassault-nexter-mbda-l-impression-3d-pourrait-jouer-un-role-dans-l-economie-de-guerre.N2114051 ). Comme tous les mouvements de fond cela va prendre plusieurs années et il est illusoire de penser qu’à terme tout un matériel pourra s’imprimer.
      Néanmoins on voit déjà des résultats sérieux et tangibles : pièces en titane du Rafale, paliers du réacteur M88, catalogue officiel de pièces imprimables des véhicules Arquus, pièces de rechange des affûts de missiles MBDA, etc.
      L’armée a fait une échappée solitaire et le peloton est en train de rattraper. C’est très bien ainsi car on ne perçoit pas (encore) l’équivalent ailleurs en Europe.

  5. Alexandre dit :

    En gros, on peut reproduire 10 à 20% d’un équipement. Sur la gamme reproduite, à peine 3% concernent des pièces critiques, qui sont de facto écartées.
    On fabrique des lanceurs orbite basse à 80% en I3D, des drones et même des armes à feu au moyen de cette technologie. Il s’agit avant tout d’un modèle économique où l’industrie avance à marché forcée par ce que le client a l’urgence operationelle et les moyens d’y repondre. Dans tous les cas, ce sont avant tout des irritants qui sont éliminés grâce à cette technologie, autant pour l’industrie que pour l’utilisateur final. Il s’agit donc avant tout de lui attacher un modèle économique et une protection des actifs numériques.
    AP

  6. Thierry le plus ancien dit :

    Sur le principe la 3D c’est très bien mais j’aimerais qu’on me dise quel pourcentage de pièces détachés sont éligible à l’impression 3D car des pièces usiné dans les métaux les plus dur et résistant subissent des contraintes mécanique de plusieurs tonne et ne pourraient sans aucun doute pas être remplacé par de la 3D. s’il s’agit juste de changer le pommeau du levier de vitesse ça limite quand même l’usage à peu, reste à voir quel type de pièces sont changés le plus souvent pour déterminer l’importance de ce projet.

    • Myf dit :

      Impression 3d en plastique et métal, je recopie la description technique ci-dessus sans mettre 2 fois les signes pour faire une citation car ils ne passent pas :

      « Cette première itération de ces unités de production…embarque{nt] des équipements de fabrication additive métal et polymère. Les différents matériels nécessaires au post-process ainsi qu’à la conception/reconception de pièces [scanner 3D HD] sont également compris »

  7. Myf dit :

    Bonjour,

    L’équipement est impressionnant !

    <>

    Bien cordialement.

  8. JILI dit :

    Excellente innovation qui va demander une sérieuse organisation, et permettra de gagner beaucoup de temps pour la réparation du matériel, et donc rendra notre armée plus performante. Au regard de ce qu’ils sont capables de faire en 3D, dont même des armes performantes, je crois qu’ils seront aussi capables de créer des pièces et divers matériels lourds. J’attends avec beaucoup d’impatience d’autres explications sur ce programme qui est très promoteur.

  9. phil135 dit :

    certains commentaires laissent penser que leurs auteurs ont une vision fantasmée de l’impression 3D.
    il faudrait déjà commencer par en avoir une connaissance réelle/réaliste , et que cette connaissance soit suffisamment répandue