Après les menaces du Hezbollah, Ankara accuse Chypre d’être un « centre d’opérations » contre Gaza

Depuis le 7 octobre et l’attaque terroriste du Hamas, Israël et le Hezbollah, la milice chiite libanaise inféodée à l’Iran, se livrent à une sorte de guerre d’usure, en se rendant coup pour coup, sans pour autant se risquer à dépasser le point de non-retour, l’un et l’autre n’ayant, pour le moment, aucun intérêt à se lancer dans un conflit à plus grande échelle.

Déjà engagé militairement à Gaza, Israël n’est pas certain de bénéficier du soutien de Washington si jamais la situation devait se dégrader. En effet, entrant dans une période électorale, les États-Unis ne veulent à aucun prix être entraînés dans ce qui pourrait déboucher sur une guerre régionale, comme l’a rappelé Lloyd Austin, le chef du Pentagone, le 25 juin.

En outre, les « États-Unis ne seront pas en mesure de défendre Israël en cas de guerre contre le Hezbollah comme ils l’ont fait lors de l’attaque de missiles et de drones iraniens en avril », a prévenu le général Charles Brown, le chef d’état-major interarmées américain, le 24 juin. Et d’ajouter : « Il est beaucoup plus difficile de créer un système de défense efficace contre les roquettes et les missiles à courte portée du Hezbollah qui sont régulièrement lancés sur Israël.

Qui plus est, ouvrir un second front serait forcément délicat pour Tsahal, d’autant plus que la milice chiite dispose de capacités militaires significatives, en tout cas bien supérieures à celles du Hamas et des autres organisations armées palestiniennes.

De son côté, le Hezbollah voudrait éviter d’avoir à affronter des problèmes en cas d’un conflit ouvert que le Liban, déjà en proie aux pires difficultés, ne pourrait pas supporter, comme en 2006. En outre, son parrain iranien ne souhaite probablement pas arriver à une telle issue.

Pour rappel, la France est directement concernée par cette situation : elle a toujours cultivé des relations spéciales avec le pays du Cèdre, où elle compte 700 militaires au titre de la Force intérimaire des Nations unies au Liban [FINUL].

Quoi qu’il en soit, en jouant avec le feu, on prend forcément le risque de se brûler. Et, ces dernières semaines, les tensions sont brusquement montées d’un cran. Le 12 juin, le Hezbollah a ainsi tiré 170 roquettes vers le nord d’Israël, en réponse à une frappe ciblée ayant coûté la vie à Sami Taleb Abdallah, l’un de ses principaux chefs militaires.

Puis, la milice chiite a suggéré qu’elle pourrait frapper Israël plus durement, en diffusant des images d’installations militaires, d’usines chimiques et de navires prises dans la région de Haïfa par un drone.

L’état-major israélien a répondu à ces menaces à peine voilées en affirmant qu’il venait d’adopter un « plan opérationnel pour une offensive au Liban » et qu’il avait « accéléré les préparatifs des forces terrestres ». Ce qui n’a pas impressionné Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah.

« L’ennemi [israélien] sait parfaitement que nous nous sommes préparés au pire. […] Il sait qu’aucun lieu […] ne sera épargné par nos missiles », a-t-il lancé. En cas de guerre, Israël aura à « nous attendre par la terre, par la mer et par les airs », a-t-il insisté, avant de menacer aussi la République de Chypre.

« Une ouverture des aéroports et des bases chypriotes » aux forces israéliennes « pour cibler le Liban signifierait que le gouvernement chypriote est partie prenante de la guerre », a averti M. Nasrallah.

Pourtant, située à 300 km d’Israël et à 200 km du Liban, par ailleurs membre de l’Union européenne [UE], la République de Chypre est incontournable pour l’acheminement de l’aide humanitaire destinée à la population civile de Gaza. Mais Nicosie entretient aussi de bonnes relations avec l’État hébreu, sur fond d’exploitation gazière en Méditerranée orientale.

Sur le plan militaire, a priori, la République de Chypre n’a jamais ouvert ses sites militaires à Tsahal. En revanche, elle lui a permis d’utiliser son espace aérien pour des exercices. Les seules bases utilisées par des forces étrangères – en l’occurrence britanniques – sont celles de Dhekelia et d’Akrotiri, lesquelles ont récemment permis à la Royal Air Force [RAF] de protéger Israël lors de l’attaque de grande ampleur lancée par l’Iran en avril… et de frapper les houthis au Yémen.

Face à ces menaces directement proférées contre Nicosie, l’exécutif européen n’a assuré qu’un « service minimum ».

« Ce qui est également très préoccupant, ce sont les retombées dans la région. Nous soutenons les efforts de médiation actifs, notamment de la part des États-Unis et de la France, afin d’éviter une confrontation entre Israël et le Hezbollah. Le Liban peut compter sur notre soutien, tout comme Chypre », a seulement déclaré Josep Borrell, le haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, le 24 juin.

En revanche, le chef de la diplomatie grecque, George Gerapetritis, a affiché une position nettement plus ferme. « Il est absolument inacceptable de proférer des menaces à l’encontre d’un État souverain de l’Union européenne. Nous sommes aux côtés de Chypre et nous serons tous ensemble pour faire face à toutes sortes de menaces mondiales émanant d’organisations terroristes », a-t-il dit.

Seulement, le tiers nord de l’île étant occupé depuis cinquante ans par l’armée turque et géré par l’autoproclamée « République turque de Chypre-nord » [RTCN], la situation est encore plus délicate. Surtout après les dernières déclarations en provenance d’Ankara.

« Nous constatons fréquemment dans les rapports des services de renseignement que certains pays utilisent l’administration chypriote-grecque du sud de Chypre comme base, en particulier pour des opérations à Gaza », a ainsi déclaré Hakan Fidan, le ministre turc des Affaires étrangères. « Si vous participez aux guerres en cours au Moyen-Orient, ce feu vous atteindra également. Et comme nous partageons la même géographie, il nous atteindra aussi. Nous leur conseillons de rester à l’écart du conflit », a-t-il ensuite prévenu.

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