Le ministère des Armées mise sur le quantique pour décupler ses capacités de guerre électronique

Si l’intelligence artificielle est pleine de promesses [pour le meilleur et, peut-être, pour le pire dans certains cas], la technologie quantique, en décuplant les capacités de calcul, ouvre des perspectives dont on peine encore sans doute à imaginer la portée. En attendant, celle-ci bénéficie d’investissements assez conséquents en matière de recherche et de développement [R&D].

Ainsi, janvier 2021, l’exécutif français a lancé un plan dédié aux technologies quantiques doté de 1,8 milliard d’euros sur cinq ans.

Cependant, quelques mois plus tôt, via la Direction générale de l’armement [DGA] et pour le compte du Service hydrographique et océanographique de la Marine [SHOM], le ministère des Armées avait notifié à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales [ONERA] le marché de développement, de réalisation et d’installation de quatre gravimètres interférométriques de recherche à atomes froids embarquables [Girafe]. Le montant du contrat était de 13 millions d’euros et la PME Muquans devait avoir un rôle de sous-traitant.

En réalité, les travaux sur cette technologie quantique avaient démarré dès 2006, dans le cadre du projet « CA-SENSORS ».

« Il s’agit de la première application pratique d’un système de mesure utilisant les propriétés quantiques d’atomes de Rubidium piégés et refroidis par laser », avait expliqué la DGA, à l’époque. Et d’ajouter : « L’intérêt du système Girafe réside dans sa capacité à opérer de façon autonome sans besoin de calibration. Gyrostabilisé comme les systèmes conventionnels, donc particulièrement adapté pour réaliser des relevés en mer, sa technologie novatrice et quantique le rend par ailleurs beaucoup plus précis ».

Selon les confidences faites à Defense News par le directeur de l’Agence de l’innovation de défense [AID], l’ingénieur général de l’armement Patrick Aufort, un premier gravimètre quantique a récemment été remis au SHOM, qui l’utilisera pour cartographier les fonds marins. Mais d’autres applications sont envisagées… comme la détection de sous-marins. Une telle technologie serait imparable.

Comme le précise la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, cette technologie concernera d’autres domaines, comme le chiffrement des communications, l’informatique quantique [le ministère des Armées a ainsi lancé le programme PROQCIMA en mars, afin de disposer de deux prototypes d’ordinateurs quantiques en 2032], les capteurs ISR [renseignement – surveillance – reconnaissance] et… la guerre électronique.

C’est d’ailleurs sur ce dernier point que l’IGA Aufort a insisté lors de l’entretien qu’il a accordé à Defense News. « Les capteurs de guerre électronique quantiques permettront d’augmenter la probabilité d’intercepter les émissions dans le spectre électromagnétique, y compris les radars et les communications », a-t-il dit.

« Les technologies quantiques permettent à la fois d’avoir une bien meilleure résolution sur ce que l’on va détecter et, surtout, d’avoir une détection instantanée sur une très large bande passante », a poursuivi le directeur de l’AID. « Vous avez accès à des bandes passantes bien plus grandes, et donc à une probabilité d’interception plus élevée, car les émissions sont en fait éphémères », a-t-il ajouté.

Le développement de capteurs quantiques est en cours, en lien avec Thales. Selon l’IGA Aufort, ils seront « disponibles dans les cinq prochaines années ».

Aux États-Unis, en 2021, l’US Army Research Laboratory est parvenu à mettre au point un capteur quantique pouvant agir sur l’ensemble du spectre radioélectrique jusqu’à 20 GHz, selon une méthode reposant sur des atomes de Rubidium en état de Rydberg. Sans entrer dans les détails, il permet non seulement de protéger les communications mais aussi de détecter et d’intercepter celles de l’adversaire. Seulement, un tel dispositif, qui plus est volumineux, demande encore beaucoup trop d’énergie pour avoir une utilité sur le champ de bataille.

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15 contributions

  1. Jean Claude Dusse dit :

    vivement que l’on ait des officiers quantiques pour améliorer leur intelligence …… artificielle !
    Et on ne rigole pas de le fond !
    « j’aime pas les officiers » « Kelly non plus » (un bisou pour qui trouve la référence)

    • Pour Info dit :

      ? De l’or pour les braves ?

    • AirTattoo dit :

      « Casablanca » (1942), un très bon film
      C’est une conversation entre Humphrey Bogart (Rick) et Claude Rains (Renault).

      • Franz dit :

        Pas sûr qu’à la place de Bogie j’aurais laissé partir Ingrid Bergman avec Viktor Laszlo…
        Je vais me resservir un cocktail. « Play it, Sam ! »

    • yakafokon dit :

      La France est très forte, autant en quantique qu’en intelligence artificielle.

      • SimLabeng dit :

        Ouain, parce qu`en intelligence naturelle, bah la, c`est… comment dire?

        • Pascal, (l'autre) dit :

          @SimLabeng J’apprécie en général vos commentaires lucides et sans concessions cependant dans ce cas vous devriez éviter! Il me semble que l’on pourrait aussi légitimement se poser la question concernant le Canada! A se demander si la présence au sud de votre puissant voisin n’ait pas amoindri voire annihilé vos capacités de……………décision!

    • farragut dit :

      Nouveau sigle découvert sur la chaine Astronogeek d’Arnaud: « TGCQ »
      Si quelqu’un semble ne pas comprendre quand on lui parle de physique quantique (sans remonter à Einstein et à sa découverte de l’effet photoélectrique, ou à Richard Feynman), on peut lui objecter un « TGCQ » bien sonore ! 😉
      S’il ne comprend toujours pas, lui épeler « Ta Gueule, C’est Quantique ! »… (merci Arnaud!)
      « On a réussi à créer un trou de ver ! (imagine…) » :
      https://www.youtube.com/watch?v=GbF62_yZl74

  2. PK dit :

    Ça me fait marrer.. Le quantique va être le nouveau « bullshit » à la mode, le nouveau « business-Loto »¹.

    Pour information, le transistor dans le silicium utilise le quantique (en fait, on explique le fonctionnement du transistor par la mécanique quantique). Donc on fait du quantique depuis 70 ans sans le savoir 🙂

    Il serait beaucoup plus judicieux de présenter les choses par les lois qu’elles utilisent en disant que pour la première fois, on utilise telle loi de façon pratique. Ici, malgré la tentative louable de LL de parler des atomes de Rydberg, on reste largement sur sa faim… Le principe est pourtant assez « simple » : ce sont naturellement des pièges à photon, la particule de base des champs électromagnétiques. C’est donc un dispositif idéal (sur le papier) pour scanner les champs électromagnétiques issus de l’adversaire.

    Pour les interféromètres, il y a un bon article de vulgarisation ici :

    https://www.onera.fr/fr/actualites/de-la-mesure-du-temps-a-celle-des-accelerations

    La problématique est simplement comment mesurer le temps de façon précise quand vous êtes en mouvement. Précise veut bien dire à une échelle inimaginable pour l’homme. La solution est très simple : utiliser un quartz (c’est un élément qui a une propriété étrange : quand il est comprimé, il produit de l’électricité et vice-versa : quand vous lui envoyez du jus, il se comprime). Bien entendu, la gravité et l’accélération sont les forces qui vont faire osciller le quartz. La tension électrique issue du quartz est périodique naturellement, période à partir de laquelle vous pouvez calculer le temps. Pour obtenir une performance temporelle remarquable, il faut refroidir les atomes du quartz à une certaine température, au moyen de laser. La difficulté consiste à trouver le bon laser (ils ont bricolé un laser classique afin d’y arriver).

    ¹ : dédicace spéciale aux fans du « soft-power » américain…

    • Jack dit :

      @PK : « Ici, malgré la tentative louable de LL de parler des atomes de Rydberg, on reste largement sur sa faim » : Laurent Lagneau vous répond indirectement ci-dessous. J’ajouterais également sur vous êtes sur un blog d’actualités militaires et pas sur celui de Science & Vie.

    • VinceToto dit :

      Pour ceux qui ne l’auraient pas compris: Une banale montre à quartz est beaucoup plus petite qu’une horloge atomique certes plus précise mais beaucoup plus chère.
      Quant à leurs histoires de « gravimètre » « quantique », c’est de l’accéléromètre atomique mais avec le label « quantique » dans un style « scientiste » couteux. Dans ce domaine, des composants sont déjà disponibles en taille corrects, coûts pouvant être corrects, pour de la production en série pouvant être intégrés à des systèmes de guidage par inertie pour missiles, parmi d’autres applications.
      De même, il y a des composants déjà disponibles utilisant des propriétés atomiques et la physique quantique, comme capteurs radio et autres. Après si des commerciaux, des cheerleaders ont envie d’appeler cela « quantique », ce n’est pas mon problème c’est celui de la société.

  3. Simplet dit :

    Du quantique ? Ça dérape fort au MinDef, vouloir inclure le chant religieux en langue vernaculaire comme capacité militaire, bientôt la robe de bure.

  4. VinceToto dit :

    « US Army Research Laboratory » « Sans entrer dans les détails »
    Si on rentre dans les détails, c’est un gadget de foire.