La Marine nationale a testé le système « Skyjacker » pour protéger ses frégates contre les drones aériens

L’utilisation de missiles intercepteurs Aster pour détruire des drones « kamikazes » [ou munitions téléopérées] à bas coûts lancés depuis le Yémen par les rebelles Houthis [liés à l’Iran] contre le trafic maritime en mer Rouge a pu susciter quelques critiques, auxquelles la Marine nationale a répondu.

« Il faut intégrer dans vos analyses le fait que le coût à prendre en compte n’est pas seulement celui du missile que l’on utilise mais également le coût de ce que l’on protège », a fait valoir le vice-amiral Emmanuel Slaars, commandant la zone maritime de l’océan Indien [ALINDIEN] ainsi que les forces françaises stationnées aux Émirats arabes unis [FFEAU], en janvier dernier, soit après plusieurs interceptions réussies de drones par la frégate multimissions [FREMM] Languedoc.

Pour autant, cette situation n’est évidemment pas satisfaisante. « Quand on tue un [drone iranien] Shahed avec un Aster, en réalité c’est le Shahed qui a tué l’Aster », avait en effet estimé le général Thierry Burkhard, le chef d’état-major des armées [CEMA], selon des propos rapportés quelques semaines plus tôt par l’AFP. Et d’ajouter : « Si on veut gagner la guerre il va falloir développer des armes d’usure peu chères, en parallèle des armes de haute technologie qui permettent d’emporter la décision. »

Quoi qu’il en soit, engagée dans l’opération navale européenne ASPIDES jusqu’à la fin mars, la FREMM à capacité de défense aérienne renforcée [FREMM-DA] « Alsace » a dû ouvrir le feu à plusieurs reprises pour détruire trois missiles balistiques et une demi-douzaine de drones lancés par les houthis contre des navires commerciaux. « Nous avons utilisé tout le panel d’armements à notre disposition, en fonction de la menace : du missile Aster jusqu’à la mitrailleuse de 7,62 de l’hélicoptère, en passant par de la [mitrailleuse de] 12,7 [mm], du canon de 20 mm ou de 76 mm », a confié le capitaine de vaisseau Jérôme Henry, son commandant, dans un entretien accordé au Figaro.

Ayant pris sa suite en mer Rouge, la FREMM-DA « Lorraine » n’est pas revenue à Toulon avec un « tableau de chasse » aussi étoffé. Officiellement du moins.

« Au sein d’ASPIDES, la Lorraine a effectué de nombreux accompagnements permettant à plus de 25 navires, du chalutier de 30 m au porte-conteneurs géant de 400 m, de franchir la zone en sécurité. Au bilan, en 45 jours, plus de 50 missiles et 80 drones d’attaque ont été mis en œuvre par les houthis. La Lorraine s’est placée, à plusieurs reprises, en interposition entre des navires d’intérêt européen et la menace. Ainsi, dans la nuit du 3 au 4 mai, la Lorraine a ouvert le feu et détruit un drone d’attaque qui menaçait directement trois navires », a résumé l’État-major des armées [EMA], dans un bilan publié le 14 juin.

S’il n’est fait état que d’un seul drone hostile abattu, est-ce parce que la Lorraine a mis en œuvre de nouveaux moyens ? Selon Le Marin, la frégate a été équipée du système « SkyJacker », conçu par Safran et Hologarde, lors d’une escale à Djibouti.

Il s’agit d’un nouveau dispositif de guerre électronique qui, associé à un radar et un capteur optronique, transmet de faux signaux censés se substituer à ceux émis par les systèmes de géolocalisation par satellite [GPS, Galileo, Baidu, Glonass]. L’idée est d’induire le drone [voire l’essaim de drones] en erreur sur sa position réelle. Ce concept, appelé « spoofing », permet ainsi d’écarter la menace qu’ils représentent.

« Des essais conduits sur des bâtiments de la Marine nationale se sont également révélés particulièrement concluants et confirment l’intérêt de Skyjacker pour protéger de façon efficace et à coût maîtrisé des bâtiments de premiers rangs contre des drones », a expliqué Safran à l’hebdomadaire l’Usine nouvelle.

Selon Le Marin, la Marine nationale ayant la volonté « d’utiliser tous les moyens en service en valorisant les innovations qui passent à portée », la Frégate de défense aérienne [FDA] « Chevalier Paul » sera équipée du système SkyJacker dans le courant de l’été.

Photo : Safran

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18 contributions

  1. david dit :

    C’est peut-être un système à déployer sur tous les sites sensibles, non ?

  2. E-Faystos dit :

    la guerre dans morts ni explosions…
    on va pouvoir dormir tranquille….
    plus sérieusement, c’est une solution idéale pour remettre l’église au centre du village.

  3. ONERESQUE dit :

    Il est certain que l’avènement de la catégorie drone bas coût en tant que vecteur de frappe longue portée n’a été rendu possible que, notamment, grâce à l’usage des signaux GPS. Plus de centrale inertielle, plus de recalage de terrain TERCOM visible, IR, ou radar, plus de ciblage nocturne Sodern aux étoiles…Voila qui a rendu « ultra-cheap » et « ultra-abordable » le guidage sur trajectoire précise des missiles de croisière que sont les drones median. Même si des moyens de ciblage terminal plus ou moins grossiers restent nécessaires sur cibles mobiles. Cependant, une bonne caméra CCD avec un petit soft de reconnaissance de forme suffit, comme sur certaines applis de portables…

    1> Dans l’avenir, dans l’éternelle course du glaive et du bouclier, les CHI seront donc certainement saturés de brouillage GPS de plus ou moins grandes portées. Les Russes se sont déjà « amusés » dans la Baltique avec des avions de ministres et tous les P-8 Poseidon, Predator et AWACS de l’OTAN qui cerclent en Roumanie ou en Mer noire subissent cela en permanence et ne font plus guère confiance à leurs signaux GPS.

    2> Il est donc fortement probable que l’on va voir naturellement fleurir sur les drones d’attaque longue portée 2030 des centrales inertielles MEMS de plus en plus précises amenées à prendre le relais du GPS. Avec des recalages micro-TERCOM à coup de micro-caméras CCD à grilles de reconnaissances de cartes satellites comme les bons vieux Tomahawk des années 1980. Imbrouillable. De nuit, évidemment, cela deviendra plus compliqué, les micro-radars SAR ou ULB restant chers et sophistiqués et l’IR étant pratiquement impossible pour le TERCOM.

    3 > Tous ceux qui continueraient à miser sur le GPS pour 2030 dans la conception de leurs systèmes de NAV/guidage de drones ou missiles cheap courent le risque de se retrouver à cibler des granges, des déchetteries ou des champs déserts situés au bout du déport angulaire provoqué par le brouillage GPS ultra-intense, loin de leurs objectifs.

    • Bazdriver dit :

      @ONERESQUE. Concernant le point 3. N’oubliez pas que des armes spécifiques pour attaquer ces brouilleurs existent déjà. Et donc oui des drones bon marché à guidage GPS seulement continueront d’exister. On peut même imaginer des drones spécifiquement conçus pour s’en prendre à ces brouilleurs.

  4. Félix GARCIA dit :

    HS Marine nationale : « Le BRF Jacques Stosskopf déjà assemblé »
    Il aura fallu moins d’un mois et demi aux Chantiers de l’Atlantique pour assembler le deuxième bâtiment ravitailleur de forces (BRF) de la Marine nationale, a constaté Mer et Marine. La coque du Jacques Stosskopf est désormais complète, sa mise à l’eau allant intervenir à la fin de l’été.
    https://www.meretmarine.com/fr/defense/le-brf-jacques-stosskopf-deja-assemble

    En avant pour un BRF dédié au chargement de missiles en mer !
    🙂

    Pi en avant pour des BPD : « Le bâtiment porte-drones : nouveau gadget, porte-avions low-cost ou future classe de bâtiments ? »
    https://www.meretmarine.com/fr/defense/le-batiment-porte-drones-nouveau-gadget-porte-avions-low-cost-ou-future-classe-de-batiments

  5. convertor dit :

    Bonne nouvelle. La guerre en vrai comme accélérateur d’innovations, et de mises en œuvre, à zéro coût humain dans ce cas. A part les marins otages au Yémen. A mon humble avis, pour combattre ces Houthis « iraniens », leur manque de profondeur stratégique (de moyens de renouvellement des munitions-drones) et aussi la bonne vieille politique de la canonnière menée par l’oncle Sam ont pu aider également. Ce n’est sans doute pas fini, mais un « containment » peut suffire quelques temps …

  6. KOUDLANSKI Romain dit :

    Voila du Retex intéressant .

  7. Thierry le plus ancien dit :

    Bravo mais J’aurais beaucoup aimé savoir combien de drones ont été détournés de leur objectif par ce moyen, afin de juger de l’efficacité du système.
    On en déduit aussi qu’il n’y aurait eu qu’un seul échec au système, à savoir l’unique tir annoncé dans l’article.

  8. Clara dit :

    Le problème reste d’actualité avec un fort potentiel de destruction des navires de la Marine. Ce n’est pas le système « Skyjacker » qui va neutraliser un essaim de drones bien utilisés, correctement configurés et venant des 4 points cardinaux… Les navires de la Marine Nationale qui sont dans cette zone (au moins ceux la) doivent être beaucoup mieux protégés ! Il existe des solutions. Coûteuses et complexes. Mais si on commence à faire des stats sur le coût d’un Aster sur un Shaed en y ajoutant le coût d’une Frégate … C’est le serpent qui se mord la queue ! Pour l’heure les attaques de drones Shaed (ou autres) sont restés de faible ampleur. De très faible ampleur ! Que va faire l’une de nos Frégates avec l’attaque d’une trentaine de drones Shaed provenant simultanément des 4 points cardinaux ??? La Frégate ne sera peut-être pas coulée, mais très très fortement endommagée à coup sûr. Et la, outre le coup humain, cela coûtera une fortune ! Des systèmes de broyage doivent intégrer un système de défense beaucoup plus complexe et important. En arriver à défendre une Frégate à la 12.7 ou au 5.56 voire au 9mm est une absurdité !!!

    • Clavier dit :

      Multiplier le nombre de postes de tir de petit calibre redevient une nécessité …..tout comme les navires pendant la seconde guerre mondiale se sont couverts de Bofor quadruples…..

    • Cou coud coup coût qu'où coucou dit :

      C’est bien parce ça coûte plus qu’une fortune que l’on parle de coût humain.
      Le coup humain, ce sont les extra-terrestres qui en parlent le mieux (et il paraît qu’il est bon).

      Et là, outre le coût humain, cela coûtera une fortune !

      • Lémurien officiel dit :

        Pas de ça chez nous ! Le Lémurien suprême (gloire à lui) est particulièrement intransigeant sur ce point. Aucune relation intime n’est tolérée avec les races non-lémuriennes.
        Et puis avec vous, les Humains… Je ne voudrais pas vous vexer, mais vous ne faites vraiment pas envie. Beuark !

        Après, je ne peux parler que pour nous. Il paraît que ces gros pervers de Reptiliens, en plus d’être complètement abrutis, seraient assez portés sur l’exosexualité et vous trouveraient particulièrement satisfaisants.
        Ça doit venir d’eux, la rumeur comme quoi vous seriez un bon coup.
        Mais qu’est-ce qu’ils peuvent être tordus, c’est pas possible…

        • Scaïoualquère dit :

          Il n’y a pas que les Reptiliens qui nous trouvent consommables. Vous avez mauvais goût, c’est tout.

    • Rions un peu dit :

      « Des systèmes de broyage doivent intégrer un système de défense beaucoup plus complexe et important. »

      En voilà une excellente idée de système, économique et pratique, de lutte contre les drones : la broyeuse de bureau ! Il y en a partout et ça ne coûte pas cher.
      Reste à savoir si on propulse la broyeuse vers la menace ou si on laisse arriver la menace jusqu’à la broyeuse qui l’attend avec ses petites dents musclées pour la déchiqueter…
      Dans le premier cas, ça doit revenir plus cher de demander à MBDA de créer un MBDD (Missile Broyeur de Drone à Distance), mais dans le second, il doit y avoir plus de risques à compter sur l’infaillibilité du SSBDA (Système Statique de Broyage de Drone à l’Arrivée). Dilemme à la DGA.

      Pardon Clara. C’était bien sûr « brouillage » qu’il fallait lire. Ah, ces correcteurs orthographiques, sont-ils facétieux, tout de même…

  9. Carin dit :

    Ce qui est intelligent, c’est que cet outil ne brouille pas les signaux GPS, mais crée une sorte de double numérique dont les faux coordonnés sont suivis par les drones et autres joyeusetés yéménites/iraniennes.
    Ce produit n’est pas sorti du chapeau en urgence, il devait gentiment traîner dans un carton… et il y en a sûrement d’autres, qui attendent patiemment que le besoin se fasse sentir.

  10. Mr v dit :

    après il y aura le problème des drones marins et encore pire les drones sous marins