Intelligence artificielle : L’allemand Helsing IA met au point des capacités autonomes pour le combat aérien

Quand, avant l’ouverture du salon de l’aéronautique ILA, il a dévoilé le concept d’un drone « ailier », appelé Wingman, Airbus Defence & Space a suggéré que cet appareil ne serait pas totalement autonome dans la mesure où il devait être « piloté » depuis un avion de combat Eurofighter EF2000/Typhoon.

« Il s’agit d’un drone de type chasseur qui sera commandé par un pilote d’un avion de combat actuel comme l’Eurofighter et qui pourra assumer des tâches à haut risque », a en effet expliqué l’industriel… avant de préciser que le modèle présenté au salon ILA allait surtout servir de « base » et de « catalyseur » pour « déterminer les exigences de conception » de la Luftwaffe [force aérienne allemande].

Cela étant, Airbus Defence & Space ne pouvait sans doute guère être plus précis sur ce point au moment de la présentation de ce concept, sauf à faire une annonce prématurée au sujet de son partenariat avec la société Helsing IA, spécialiste des algorithmes d’intelligence artificielle destinés aux applications militaires et dont le siège social est à Munich. Cet accord a en effet été officialisé le 5 juin.

Ainsi, Airbus Defence & Space et Helsing sont convenus de travailler ensemble « sur les technologies d’intelligence artificielle qui seront utilisées par le futur système Wingman ».

« Les conflits actuels aux frontières de l’Europe montrent à quel point la supériorité aérienne est importante. La combinaison de plateformes habitées et non habitées jouera un rôle central pour atteindre cette supériorité aérienne : avec un drone Wingman à leurs côtés, les pilotes de chasse pourront opérer en dehors de la zone de danger. Ils donneront les ordres et auront toujours le pouvoir de décision. Soutenus par l’intelligence artificielle, le Wingman prendra alors en charge les tâches dangereuses », a détaillé Michael Schoellhorn, PDG d’Airbus Defence & Space.

Selon les explications données par Gundbert Scherf, co-dirigeant de Helsing, les « parties les plus dangereuses d’une mission sans pilote [à bord] auront un haut degré d’autonomie et auront donc besoin d’une intelligence artificielle. Et d’insister : « Du traitement des données collectées par les capteurs à l’optimisation des sous-systèmes, les capacités définies par logiciel et l’IA seront un élément essentiel du système Wingman destiné à la Luftwaffe ».

Ce partenariat pourrait aller plus encore plus loin. En effet, pendant qu’Airbus Defence & Space présentait le concept « Wingman », Helsing a confirmé l’existence du projet « Centaur », lequel vise à mettre au point des capacités autonomes de combat aérien pour les « plateformes existantes » ainsi que pour les futurs systèmes de combat, tels que le Système de combat aérien du futur [SCAF], le Global Air Combat Programme [GCAP, ex-Tempest], le Wingman, etc.

« Le projet Centaur adopte une approche nouvelle pour obtenir des capacités de vol et de combat autonomes de nouvelle génération, combinant un apprentissage par renforcement à grande échelle et des modèles de fondation [modèle d’apprentissage automatique , ndlr] pour des performances et une capacité de collaboration sans précédent », a expliqué Helsing.

« En utilisant une approche globale, nous exploitons les enseignements des récentes avancées en matière d’IA et les appliquons au domaine aérien. Je suis enthousiasmé par les progrès que nous avons déjà réalisés dans cette voie et par la réaction des pilotes humains rencontrant l’IA de Centaur », a commenté Antoine Bordes, vice-président « Intelligence Artificielle » chez Helsing.

Ces premiers résultats sont si « encourageants » qu’ils ont convaincu l’entreprise « d’engager des ressources importantes dans l’apprentissage et le développement de cette nouvelle génération d’intelligence artificielle pour les systèmes de combat aérien existants et futurs ».

Pour le moment, l’US Air Force fait la course en tête en matière de combat aérien assisté par l’IA, avec les programmes AACO [Autonomous Air Combat Operations] et ACE [Air Combat Evolution]. Récemment, elle fait état d’une vingtaine de vols d’essais, au cours desquels un X-62A VISTA [Variable In-flight Simulation Test Aircraft], piloté par des algorithmes d’IA, a affronté un F-16 « classique » en combat aérien à portée visuelle.

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16 contributions

  1. soweti dit :

    Ce qui valide les supputations multiples des contributeurs sur l’article d’hier. Le drone vole tout seul, il n’est pas piloté mais attend les ordres. La validation est encore humaine, faite par un opérateur sur site et pas dans un caisson a des milliers de kilomètres. Dans 2 jours on aura une annonce sur la création d’un nouveau protocole de liaison, compatible ou pas avec le Dinde, et dans 3 jours le projet de motorisation.
    Le cocufiage sera alors complet.

    • Nike dit :

      l’IA en est au niveau de l’internet en 2000. Il va y avoir encore de nombreuses start up qui vont se lancer sur le sujet. On est en pleine bulle spéculative. (consultez la valorisation de Nvidia) Vue les montants qui sont investis sur le sujet cela peut évoluer très vite.

      • Mic dit :

        Nvidia son cœur de métier, c’est les cartes graphiques, l’IA sur lequel ils doivent travailler, sont très probablement des applications dédiés à leur savoir faire sur les puces graphiques et sur les cartes qui integrent ces dernieres, Nvidia est tellement en pointe sur les processeurs graphiques que le Gvt US a interdit la vente de certaines cartes ou puces à certains pays versus la RPC…

      • Opticien dit :

        Vu les montants qui sont investis sur le sujet, pas « Vue les montants ».

        Dans cet usage, il ne s’agit pas de « la vue » (le sens de la perception oculaire) mais de la préposition « vu » (qui est invariable).
        https://dictionnaire.lerobert.com/definition/vu

        • Nike dit :

          Bientôt pour écrire sur ce blog il va falloir être un cador en orthographe/ grammaire. Vos remarques sont pénibles et condescendantes. Tout le monde n’est pas Bernard Pivot.

        • soweti dit :

          Le pervers narcissique est un manipulateur qui se valorise en rabaissant les autres. « Doté d’une très haute estime de lui-même, il n’aime personne et se sert de ses victimes pour pouvoir exercer une forme d’ascendance et ainsi entretenir cette haute estime qu’il a de lui-même.

    • EchoDelta dit :

      Ben heureusement quand même que le concept n’est pas de piloter un drone en directe mais de lui donner des caps ou des ordres et à lui de les exécuter de façon autonome, c’est ce que font toutes les voitures en série depuis quelques temps maintenant, et ce que fait aussi le Rafale ou la plupart de ses missiles.
      Mais on peut dire qu’on en sait pas plus à la lecture de l’article. « Les phases particulièrement dangereuses des phases du vol » ne sont pas vraiment explicites… Mais c’est très bien de travailler la dessus. Cela leur permettra de combler le retard et ils en en ont grand besoin.
      Ce projet ressemble au lancement du Neuron par Dassault mais avec un peu de retard par rapport au Neuron.

      • Abject, circonspect, correct, direct, infect, sélect, suspect dit :

        Piloter un drone en direct.

    • HMX dit :

      @Soweti
      Je ne vois pas bien où se situe le « cocufiage » en question. Les allemands avancent sur la question du drone de combat. Ne pas oublier qu’Airbus est attributaire (avec MBDA) du pilier « remote carriers » du SCAF. Ils doivent donc faire leurs preuves. D’autant plus qu’ils ont probablement été pris de court par Dassault et la France, qui ont officiellement lancé le Rafale F5 et annoncé dans ce cadre la conception d’un drone ailier, dérivé du démonstrateur Neuron, dont on devine qu’il pourra également voler avec le futur NGF du SCAF. Airbus court donc après Dassault, pour ne pas se laisser distancer, et tout simplement pour exécuter sa part du contrat du programme SCAF…

      Dans cette affaire, on regrette juste l’habituel (et presque traditionnel…) manque d’information et de communication de la partie française. Il est certain que Dassault et ses partenaires travaillent activement sur cette question centrale de l’IA qui contrôlera les futurs drones ailiers. Et sauf à penser que nos ingénieurs soient moins capables que ceux d’Airbus, il est également très probable que ces travaux sur l’IA sont plus avancés côté français, ne serait-ce qu’en raison de l’antériorité du programme Neuron et des travaux sur le Rafale F5 et son futur ailier. Sauf que le silence règne, et on en est réduit à jouer aux devinettes, là où les allemands font au contraire beaucoup de « bruit » en communiquant abondamment sur le sujet.

      Dans tous les cas, même si elle est beaucoup moins « visible » que les travaux techniques de conception d’un drone, l’IA est effectivement au cœur du sujet. L’enjeu est énorme. Plus l’IA sera performante, plus le drone sera autonome et discret, car cela réduira considérablement le besoin de communiquer entre le drone et l’appareil piloté. Et plus le drone sera autonome grâce à l’IA, plus il sera envisageable de confier la gestion d’un ou plusieurs drones ailiers à un chasseur monoplace (alors qu’actuellement, on estime avoir besoin d’appareils biplaces, avec un personnel dédié à cette question du contrôle des drones). Parallèlement, se pose en retour la question de la sécurisation de ces IA face aux attaques cyber. Les progrès sont à l’heure actuelle exponentiels. Ce qui pouvait s’apparenter à de la science fiction futuriste il y a 5 ans est désormais tout à fait accessible, et ce n’est qu’un début.

  2. Matou dit :

    Je me dis que les nôtres y travaillent aussi mais sont beaucoup plus discrets. J’espère qu’il en est ainsi et il en serait mieux ainsi.

    • michel dit :

      Helsing est Franco-Britannico-Allemand, les équipes sont a dans les 3 pays

  3. dambrugeac dit :

    Tout avance vite chez deutsche Airbus ! Tout s’imbrique bien pour le chasseur allemand du programme allemand Scaf avec missiles, drônes et contre-mesures allemandes … En France Macron peut se rassurer après son voyage d’État chez les fridolins. Bon, ici, les idolâtres europeistes diront que c’est un fantasme !

    • EchoDelta dit :

      Que les « fridolins » se sont mis en mouvement c’est certain, surtout depuis l’arrivée de Scholz et la déconfiture industrielle constatée en Allemagne dont le PIB stagne depuis 2019, donc ils cherchent un nouveau souffle. Mais c’est surtout pour financer leur remonté industrielle dans le Civile.
      Airbus et Boeing ont beaucoup d’avions en commande (leur plus gros montant jamais atteint si je ne m’abuse) et ne savent pas comment les produire plus vite en étant fiable.
      Toute la filière cherche des bras, et des capacités de production pour assurer le flux, en même temps que de trouver le personnel d’exploitation, au sol et en vol.
      Et c’est aussi pour adresser ce marché que la filière militaire est utilisée, pour remonter en. compétence et développer un nouveau souffle industriel. C’est pas pour rien que les allemands nous emm… autant sur le Scaf. C’est pour la construction de leur PIB des prochaines années, et si possible nous doubler en aéro civile.

      • État civil dit :

        Dans le civil.
        Une aéronautique civile, un service civil.

  4. lxm dit :

    Si le drone a une liaison extérieure avec un opérateur, c’est qu’il peut être piraté. Et il le sera.
    Il y a quelques années on avait appris que les iraniens auraient déjà piraté des drones américains dans le golfe persique et mer d’Oman.

    Quoi de mieux que de faire attaquer un pays de l’intérieur, par ses propres drones, sans déclaration de guerre, en laissant le doute sur le commanditaire.

    • Fralipolipi dit :

      @lxm
      « Si le drone a une liaison extérieure avec un opérateur, c’est qu’il peut être piraté. »
      … Pas forcément.
      Une liaison a longue distance (via satellite ou autres) peut certes être brouillée (avant d’être piratée), mais pour le fonctionnement d’un Wingman avec son avion de combat, en patrouille donc, il peut-être envisagé des connections radio directionnelles bcp plus difficiles à capter et à brouiller, façon MADL (qui remplace la Liaison 16 pour les F35).
      C’est justement sur ce genre de liaison radio directionnelle et discrète que travaille Thalès pour le standard F4.2/F4.3, puis ensuite en l’évolution F5, sur Rafale.
      Cela parait simple mais ces développements sont en fait très complexes et demandent beaucoup d’investissements (humain et financier).
      Et c’est bien la raison pour laquelle il est intéressant de prévoir de faire fonctionner des drones en patrouille (plus ou moins rapprochée, voire carrément distante) avec un avion de combat. Cela règle la problématique du brouillage, et favorise la discrétion. Si l’IA devait pouvoir tout faire toute seule, alors le concept même du nom « Wingman » serait hors-sujet. Le Wingman est fait pour répondre aux ordres de l’avion de combat avec lequel il patrouille … sinon ce n’est plus un Wingman (dit aussi « Loyal Wingman »). Le contrôle à distance restera donc essentiel.