Paris pourrait prendre la tête d’une coalition pour envoyer des instructeurs militaires en Ukraine

Lors d’une conférence de presse donnée le 28 mai au côté du chancelier allemand, Olaf Scholz, le président Macron a estimé que l’on devait autoriser les forces ukrainiennes à utiliser les armes occidentales qui leur ont été livrées pour « neutraliser les sites militaires depuis lesquels l’Ukraine est agressée ». Et d’ajouter : « Si on leur dit : ‘vous n’avez pas le droit d’atteindre le point d’où sont tirés les missiles’, en fait on leur dit : ‘on vous livre des armes mais vous ne pouvez pas vous défendre’. Cependant, a-t-il nuancé, « on ne doit pas permettre de toucher d’autres cibles en Russie et évidemment des capacités civiles » car « nous ne voulons pas d’escalade ».

Or, si elle est partagée par le Royaume-Uni et la Suède, cette position est contestée par les États-Unis ainsi que par plusieurs pays membres de l’Otan [et de l’Union européenne], comme l’Italie. Sur ce point, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a souligné qu’il n’était pas forcément pertinent d’évoquer ouvertement cette question. « Il ne devrait pas y avoir de débat public sur ce qui est possible, sur ce qui est autorisé ou sur ce nous voulons voir ou non », a-t-il affirmé, en marge d’un déplacement à Sanitz, où il a visité une unité de défense aérienne de la Bundeswehr, le 29 mai.

Par ailleurs, M. Pistorius a aussi exprimé son opposition à l’éventuel envoi d’instructeurs militaires allemands en Ukraine, en soutenant que les risques seraient « disproportionnés » par rapport à l’intérêt d’une telle opération. « C’est pourquoi ce n’est pas une option pour nous », a-t-il insisté.

Mais là encore, tout le monde n’est pas sur la même longueur d’onde, comme en témoignent les réactions suscitées par les propos tenus à ce sujet par M. Macron, en février dernier, et qu’il a depuis répétés à plusieurs reprises. « Il n’y a pas de consensus aujourd’hui pour envoyer de manière officielle, assumée et endossée des troupes au sol. Mais en dynamique, rien ne doit être exclu. Nous ferons tout ce qu’il faut pour que la Russie ne puisse pas gagner cette guerre », avait-il dit.

Depuis, cette idée a visiblement fait son chemin… Au point que, le 27 mai, le général Oleksandr Syrskyi, le chef d’état-major des forces armées ukrainiennes, a « vendu la mèche » en annonçant avoir « déjà signé les documents qui permettront » aux militaires français de « visiter nos centres de formation et de se familiariser avec leurs infrastructures et leur personnel ».

Interrogé lors de la conférence de presse du 28 mai, M. Macron a fait valoir qu’il n’avait « pas pour habitude de commenter des rumeurs ou des décisions qui pourraient arriver », avant d’évoquer des « communications non coordonnées et malheureuses ». De son côté, le ministère des Armées a seulement rappelé que « la formation sur le sol ukrainien faisait partie des chantiers discutés depuis la conférence sur le soutien à l’Ukraine réunie par le président de la République le 26 février dernier ».

Le général Syrskyi a-t-il fait une annonce qui aurait dû être dévoilée lors de la venue du président Volodymyr Zelensky en France, pour la commémoration du Débarquement en Normandie, le 6 juin prochain ? On pourrait le penser…

« J’aurai l’occasion, lorsque le président Zelensky se rendra en France à l’occasion du D-Day la semaine prochaine, de le recevoir et à ce moment-là de m’exprimer très précisément pour annoncer ce que nous allons faire » pour soutenir l’Ukraine, a en effet déclaré M. Macron.

Or, selon des informations du journal « Le Monde », qui s’appuient sur les confidences de trois sources diplomatiques, Paris pourrait officialiser l’envoi d’instructeurs en Ukraine et prendre la tête d’une coalition dédiée à la formation des soldats ukrainiens. Mais il serait d’abord question d’envoyer une mission d’évaluation, afin de déterminer les modalités d’un tel déploiement, qui pourrait mobiliser « plusieurs centaines » de militaires.

« La formation serait axée sur le déminage, la maintenance des équipements opérationnels et l’expertise technique nécessaire à l’emploi des avions de combat qui seront fournis par l’Occident », ont affirmé ces trois diplomates. En outre, la France pourrait financer et entraîner une brigade motorisée ukrainienne. « Les préparatifs sont très avancés et on pourrait s’attendre à quelque chose la semaine prochaine », a même assuré l’un d’eux.

Reste à voir quels seraient les pays susceptible de se joindre à cette coalition.

« Les ministres de la Défense de l’Union européenne ont débattu mardi [28/05] de l’idée d’entraîner les forces ukrainiennes à l’intérieur du pays, mais ne sont pas parvenus à une position commune sur cette question sensible », a fait savoir Josep Borrell, le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité.

Cependant, la Lituanie et l’Estonie ont déjà exprimé leur intérêt pour une telle initiative. Pour la cheffe du gouvernement estonien, Kaja Kallas, les alliés de l’Ukraine ne devraient pas craindre d’être entraînés dans une guerre avec la Russie dans le cas où des instructeurs seraient visés par des attaques russes.

« Je ne peux pas imaginer, si quelqu’un est blessé là-bas, que ceux qui ont envoyé leurs hommes diront alors : ‘C’est l’article 5 [qui contient la clause de défense mutuelle sur laquelle repose l’Otan, ndlr]. Bombardons la Russie’. Ce n’est pas ainsi que ça fonctionne. Ce n’est pas automatique », a-t-elle récemment assuré dans les pages du Financial Times.

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