Les forces américaines vont participer à l’exercice militaire « Eagle Partner 2023 », organisé par l’Arménie

En novembre 2020, et après plusieurs semaines de combats meutriers au Haut-Karabakh [ou République séparatiste d’Artsakh], l’Arménie et l’Azerbaïdjan acceptèrent de signer un accord de cessez-le-feu négocié sous l’égide de la Russie, qui prit soin de ne pas prendre ouvertement parti dans cette affaire, malgré ses liens militaires avec Erevan.

En outre, Moscou estima que les combats au Haut-Karabakh, territoire à majorité arménienne revendiqué par Bakou et dont l’indépendance n’a jamais été reconnue, ne pouvaient pas être concernés par la clause de défense collective de l’Organisation du traité de sécurité collective [OTSC] que le gouvernement arménie avait pourtant sollicitée.

Quoi qu’il en soit, cet accord fut une victoire pour l’Azerbaïdjan, qui avait ainsi atteint ses principaux objectifs après avoir lancé les hostilités. Ainsi, ses forces avaient repris les districts entourant le Haut-Karabakh [et qui formaient une sorte de glacis de sécurité] et mis la main sur la ville de Choucha, stratégique de par sa proximité avec Stepanakert, la capitale séparatiste. Et l’Arménie n’était reliée à la République séparatiste d’Artsakh que par le corridor de Latchine. Enfin, et pour empêcher la reprise des hostilités, la Russie déploya 2000 soldats le long de la ligne de contact.

Depuis, les tensions entre les deux pays sont lancinantes. Ainsi, Bakou réclame toujours la construction de nouvelles voies de transport afin d’avoir un accès à la République autonome azerbaïdjanaise du Nakhitchevan… Ce qui suppose de traverser le territoire arménien, et en particulier la région de Syunik. Mais, surtout, c’est encore le Haut-Karabakh que convoite l’Azerbaïdjan.

Ainsi, malgré deux décisions rendues le 22 février et le 6 juillet 2023 par la Cour internationale de justice, Bakou impose un blocus au Haut-Karabakh, après avoir mis en place un barrage routier à l’entrée du corridor de Latchine « pour des raisons sécuritaires »… quitte à provoquer une crise humanitaire.

Dans ce contexte, les relations entre l’Arménie et la Russie se sont dégradées, Erevan reprochant à Moscou de faire preuve d’une certaine passivité face aux agissements de Bakou.

« Nous voyons que la Russie elle-même se retire de la région en fonction des mesures qu’elle prend ou ne prend pas », a ainsi accusé Nikol Pachinian, le Premier ministre arménien, lors d’un entretien récemment publié par le quotidien italien La Repubblica. Les Russes sont « incapables de maintenir le contrôle sur le corridor de Latchine » ou alors « ils n’en ont pas la volonté », a-t-il ajouté.

« La Russie joue un rôle très important pour la stabilisation de la situation et la désescalade du conflit dans cette région. Et elle va continuer à le faire », a répliqué Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin.

Toujours est-il que l’Arménie est sans doute en train de reconsidérer ses alliances, alors que, pour rappel, elle abrite la 102e base militaire russe, à Guymri. Ainsi, ce 6 septembre, elle a annoncé qu’elle accueillerait prochainement des exercices militaires communs… avec les États-Unis.

En effet, les manoeuvres « Eagle Partner 2023 » se tiendront au centre d’entraînement de Zar, entre les 11 et 20 septembre. Elles viseront à « augmenter le niveau inter-opérationnel » des forces américaines et arméniennes engagées dans des opérations de maintien de la paix. Il s’agira également d’accroître la préparation des unités arméniennes au « concept de capacités opérationnelles » dans le cadre du Partenariat pour la Paix de l’Otan [OTAN/PfP].

Ces manoeuvres seront modestes puisqu’elles n’impliqueront que 85 militaires américains. Mais elles inquiétent le Kremlin. « Bien entendu, cela suppose de la vigilance » et « nous allons analyser en profondeur et suivre la situation », a réagi son porte-parole.

Par ailleurs, ce 6 septembre, l’épouse du Premier ministre arménien a été vue à Kiev, où elle a participé a une rencontre des « premières dames et premiers gentlemen » organisées par la femme du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Ce qui en dit sans doute davantage sur les intentions d’Erevan…

Photo : Ministère arménien de la Défense

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