Les relations diplomatiques et militaires entre la France et le Niger ont atteint un point de rupture

Bien qu’elle ne puisse pas être considérée comme légitime, la junte qui a déposé le président Mohamed Bazoum, le 26 juillet, exerce de facto le pouvoir. Et elle n’a évidemment pas l’intention de le rendre, malgré les sanctions économiques, les pressions diplomatiques et la menace d’un intervention militaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [CÉDÉAO]. Menace dont on voit mal comment elle pourrait se concrétiser à mesure que le temps passe. D’autant plus que, compte tenu des réticences qu’elle suscite au sein des membres de l’Union africaine [UA], le dialogue avec les putschistes est privilégié.

En outre, le « Conseil national pour la sauvegarde de la patrie » [CNSP, le nom que s’est donné la junte nigérienne] se prépare à une telle éventualité, grâce à l’appui des putschistes au pouvoir au Mali et au Burkina Faso. Ces deux pays ont d’ailleurs envoyé des avions d’attaque légers A-29 Super Tucano au Niger… Et ils sont visiblement prêts à en faire davantage.

Ainsi, le 24 août, le nouvel homme fort du Niger, le général Abdourahamane Tchiani, a signé des « ordonnances » autorisant « les forces de défense et de sécurité du Burkina Faso et du Mali d’intervenir en territoire nigérien en cas d’agression »… Alors que les organisations jihadistes multiplient les attaques dans ces pays, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans [GSIM, lié à al-Qaïda] étant, par exemple, en train d’accroître son emprise dans les environs de Tombouctou.

Quoi qu’il en soit, et alors que le Niger accueille des forces américaines, allemandes ou encore italiennes, le CNSP s’en est essentiellement pris à la présence militaire française sur son sol. L’une de ses premières décisions aura en effet été de dénoncer les accords de défense noués depuis 1977 avec la France. Et Paris a répondu que seules des autorités « légitimes » pouvaient prendre de telles mesures.

Cependant, quand les juntes au pouvoir à Bamako et à Ouagadougou en ont fait autant, la France avait bien dû se résoudre à retirer ses troupes… et à mettre un termes aux opérations Barkhane et Sabre. Aussi, la position des forces françaises au Niger [entre 1200 et 1500 militaires] risque d’être intenable dans les semaines à venir… Si ce n’est déjà le cas.

En effet, le 25 août, soit un mois après avoir renversé le président Bazoum, les putschistes ont donné quarante-huit heures à l’ambassadeur de France au Niger, Sylvain Itte, pour quitter le pays. En clair, cela veut dire que Niamey rompt ses relations diplomatiques avec Paris… Et qu’aucun dialogue ne sera désormais possible.

Face « au refus de l’ambassadeur de France à Niamey de répondre à l’invitation » du ministère des Affaires étrangères « pour un entretien » et « d’autres agissements du gouvernement français contraires aux intérêts du Niger », les autorités « ont décidé de retirer leur agrément à M. Sylvain Itte et de lui demander de quitter le territoire nigérien sous quarante-huit heures », a fait savoir la junte, via un communiqué.

Comme lors de la dénonciation des accords de défense, Paris, qui a maintenu l’agrément de l’ambassadeur du Niger en France alors que celui a été relevé de ses fonctions par la junte, a opposé une fin de non-recevoir.

« La France a pris connaissance de la demande des putschistes » mais ceux-ci « n’ont pas autorité pour faire cette demande, l’agrément de l’ambassadeur émanant des seules autorités légitimes nigériennes élues », a rétorqué le Quai d’Orsay.

Dans une telle situation, les autorités du pays d’accueil, légitimes ou non, peuvent expulser l’ambassadeur d’un pays d’envoi déclaré persona non grata comme n’importe quel citoyen étranger. Reste donc à voir si la junte nigérienne ira jusque là.

Cela étant, au Mali, la France n’a plus d’ambassadeur depuis janvier 2022… mais un « chargé d’affaires ». Et, au Burkina Faso, Paris a nommé Mohamed Bouabdallah pour remplacer Luc Hallade, dont la junte avait exigé le départ en décembre dernier. Au passage, une telle initiative ne pouvait que légitimer les putschistes au pouvoir à Ouagadougou… Mais ceux-ci ont refusé d’approuver la nomination du nouvel ambassadeur français… De quoi tendre davantage les relations entre les deux capitales.

« Pour pouvoir aboutir à des solutions valables, il faut tenir compte de la réalité. La politique n’est rien d’autre que l’art des réalités », avait dit le général de Gaulle, au sujet de la construction européenne. Et cela vaut aussi pour la politique étrangère…

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