Londres pourrait payer 1,6 milliard d’euros de plus pour le blindé Ajax… qui n’est toujours pas opérationnel

Le ministère britannique de la Défense boira-t-il le calice jusqu’à la lie avec le programme Scout SV, lancé pour remplacer les blindés CVR(T) utilisés par la British Army pour des missions de reconnaissance?
Notifié en 2014 à la filiale britannique de l’américain General Dynamics Land Systems pour environ 4,5 milliards d’euros, ce programme prévoyait la livraison de 589 blindés « Ajax » à partir de 2017. Seulement, quatre plus tard, aucun de ces véhicules n’était opérationnel. Pire : les essais des quelques exemplaires livrés furent désastreux.
En effet, il apparut en effet que les Ajax ne pouvaient pas rouler à une vitesse supérieure à 30 km/h sans être sujets à des « vibrations excessives », générant un bruit tel que leurs équipages étaient contraint de porter des protections auditives…. et de faire tester leur auditions par la suite… En outre, il fut aussi question de problèmes liés à la mobilité, les blindés étant incapables de faire une marche arrière sur des objets de 20 cm de haut.
Tout ceci avait donc conduit la British Army à suspendre les essais de l’Ajax, par « mesure de sécurité ». Quant au ministère britannique de la Défense [MoD], il décida d’interrompre les paiements dus à GDLS UK tant que les problèmes ne seraient pas réglés… Après avoir tout de même déboursé 3,2 milliards de livres sterling [,63 milliards d’euros au taux de change actuel, nldr].
Sauf que l’industriel ne l’entend pas ainsi. La semaine passée, affirmant qu des solutions avaient été trouvées pour pallier les déficiences de l’Ajax, le Pdg de GDLS, Phebe Novakovik, a dit s’attendre à une reprise des paiements du MoD d’ici la fin de premier trimestre 2023, « compte tenu de la maturité du véhicule et de la situation du programme ». Et d’estimer la somme en question à 1,6 milliard d’euros.
Seulement, selon le Financial Times, le MoD a refusé de dire s’il était d’accord avec les propos du Pdg de GDLS. « Nous continuons à travailler en étroite collaboration avec General Dynamics pour le succès de la livraison de l’Ajax et nous sommes passés à la phase suivante de test du véhicule, dans des conditions de champ de bataille simulées », a seulement déclaré un porte-parole. « Bien que les détails du contrat soient commercialement sensibles, les paiements futurs restent à l’étude, alors que le programme poursuit sa trajectoire positive », a-t-il ajouté.
« Des progrès ont été réalisés dans la résolution de certains problèmes », avait précédemment confié Alex Chalk, le ministre délégué aux achats de défense, lors d’une audition au Parlement britannique. « Il y a maintenant de bonnes de très bonnes raisons de penser que l’Ajax […] sera un équipement très efficace », avait-il encore assuré.
Quoi qu’il en soit, relève le quotidien The Times, cette demande de paiement faite par GDLS arrive à un « moment délicat » pour Ben Wallace, le ministre de la Défense. En effet, celui-ci fait actuellement pression pour obtenir une rallonge budgétaire de 9 à 11 milliards de livres pour compenser les effets de l’inflation. Or, le Trésor britannique fait pour le moment la sourde oreille, en prenant notamment prétexte de la façon dont le programme Scout SV a été conduit jusqu’à présent.
Cela étant, et après avoir dépensé 3,2 milliards d’euros – auxquels s’ajoutera peut-être la somme de 1,6 milliards de plus – la British Army n’a toujours pas de blindés Ajax opérationnels pour le moment….




