L’Australie prévoit d’augmenter ses effectifs militaires de 30% d’ici 2040

En juillet 2020, le gouvernement australien annonça un effort budgétaire significatif en faveur de ses forces armées, dans le cadre d’une mise à jour de son livre blanc sur la Défense qui, publié quatre ans plus tôt, prévoyait déjà une hausse significative du budget militaire du pays.

Ainsi, le Premier ministre australien, Scott Morrison, avait parlé d’une hausse de +40% des dépenses militaires durant la décennie, celles-ci devant atteindre les 166 milliards d’euros. Une somme jugée alors nécessaire pour notamment poursuivre les programmes en cours, augmenter les capacités de frappes des forces australiennes, via l’achat missiles de croisière antinavire AGM-158C LRASM [Long Range Anti-Ship Missile, d’une portée de 370 km] et la mise au point d’une arme hypersonique, développer les moyens spatiaux, renforcer la surveillance sous-marine ainsi que la cyberdéfense.

« Nous voulons une région Indo-Pacifique exempte de coercition et d’hégémonie. Nous voulons une région où tous les pays, grands comme petit, peuvent dialoguer librement entre eux, dans le cadre des règles et des normes internationales, fit alors valoir M. Morrison, sans citer explicitement la Chine.

Depuis, certains programmes ont été abandonnés pour en lancer d’autres, plus ambitieux. Tel est le cas de l’achat de 12 sous-marins Shortfin Barracuda auprès du français Naval Group, celui-ci ayant été annulé dans la foulée de l’annonce d’une alliance stratégique avec les États-Unis et le Royaume-Uni [AUKUS] au profit d’un commande portant sur huit navires à propulsion nucléaire. La facture s’annonce cependant douloureuse…

Déjà, M. Morrison a annoncé une enveloppe de 10 milliards de dollars australiens pour construire une seconde base sous-marine sur la côte est de l’Australie, le choix du site devant se faire entre Brisbane, Newcastle et Port Kembla. « Cela permettrait également la visite régulière de sous-marins nucléaires américains et britanniques », a-t-il par ailleurs soutenu.

Mais ce renforcement capacitaire nécessite aussi une hausse des effectifs des forces australiennes de défense. Et, ce 10 mars, M. Morrison a indiqué que ceux-ci passeront de 60’000 à 78’500 d’ici… 2040. Sout une augmentation de 30%. Un plan de 38 milliards de dollars australiens sera mis en oeuvre à cette fin.

« Notre monde devient de plus en plus incertain, il est donc important que nous prenions des mesures maintenant pour protéger notre peuple et nos intérêts nationaux au cours des prochaines décennies », a plaidé M. Morrison, qui n’est pas certain de conserver son poste à l’issue des prochaines élections législtatives, qui se tiendront en mai prochain.

« Vous ne pouvez pas appuyer sur un interrupteur pour augmenter, du jour au lendemain, les effectifs de votre armée, de votre marine et de votre force aérienne. Développer les compétences dont nous avons besoin pour faire face aux menaces de l’avenir prend du temps, nous devons donc commencer maintenant afin que les compétences essentielles puissent être enseignées et l’expérience acquise », a expliqué le Premier ministre australien.

Effectivement, il vaut mieux s’y prendre tôt… tant les forces australiennes peinent à recruter. En 2019, et alors que le Livre blanc sur la défense parlait déjà d’augmenter leurs effectifs de +8%, elles n’avaient réussi qu’à trouver 600 recrues de plus les 1’730 espérées. Ces difficultés en matière de recrutement affectent principalement la Royal Australian Navy, comme l’avait souligné une étude de l’Australian Strategic Policy Institute [ASPI]. Celle-ci avait en effet souligné qu’il n’était pas rare de voir des navires resters à quai, faute de marins.

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11 contributions

  1. Roland de Roncevaux dit :

    les pays « occidentaux » vont devoir opérer un sérieux revirement idéologique s’ils veulent parvenir à leurs objectifs d’augmentation militaire (humain et matériel). Il y a comme une sorte de « conflit culturel » au sein même du système de société occidental. On verra comment ils parviendront (ou non) à résoudre cette équation. L’avenir seul le dira. Je vois trois chemins possibles : une sorte de « progresso-autoritarisme » inspiré du sport et d’internet, capable de conjuguer progressisme et autorité ; le recours à des troupes immigrées ; le retour à une sorte de néo-classicisme social. Ou les trois à la fois ! … Difficile de savoir quelle voie sera suivie, et avec quels résultats concrets. Car, comme le dit l’article, on ne change pas ces choses là en un claquement de doigt. Et l’adhésion profonde des populations n’est pas garanti : le militaire est un domaine « révélateur », où l’on voit si les gens sont prêts à mourir pour une société (et donc, le degré réel d’adhésion, au-delà des apparences).

  2. Czar dit :

     » tant les forces australiennes peinent à recruter »

    c’est logique, on meurt pour un pays avec lequel on entretient un rapport qui dépasse celui de la simple opportunité économique où l’on atterrit parce qu’on a vu de la lumière et un système économico-social solide

    je doute que les gangs syro-libanais ou les philippins soient très intéressés pour se faire trouer la peau pour ce qui n’est jamais qu’un hôtel, selon la définition de ce qu’est une patrie (sauf israel) donnée par l’ancien sherpa d’un président socialiste réélu.

    l’affaire ukrainienne a fait un peu plus encore voler en éclats la fable de la similarité des hommes au-delà de leur groupe culturo-civilisationnel

    en 10 jours on a vu près de 200.000 immigrés ukrainiens prendre le chemin de leur pays pour aller le défendre les armes à la main. On n’a pas trouvé 20 maliens pour quitter la France et aller défendre leur trou à merde en 10 ans.

    le premier « réfugié ukrainien »(tm) débarqué à orléans :

    https://www.larep.fr/orleans-45000/actualites/huit-jours-de-voyage-jusqu-a-orleans-24-heures-d-attente-a-la-frontiere-polonaise-recit-poignant-d-une-famille-qui-a-fui-l-ukraine_14094968/

    on notera l’ardeur avec laquelle il s’est engagé le pays « dont il est une part pleine et entière » selon le mantra officiel

    je note d’ailleurs qu’au(-delà de leur hypocrisie bienpensante, les opinions publiques européennes ont parfaitement su faire la différence entre réfugiés et « réfugiés », la différence de réaction est indéniable comme quoi l’âcre réel rattrape toujours les plus sucrés des sermons.

    • Nimbus - parfois cumulo dit :

      Merci pour ce partage de votre presse régionale ! J’ai bien aimé : « j’ai bataillé pour obtenir le statut de réfugié politique »… sans avoir jamais aperçu aucune arme dans son pays ?! A chacun ses batailles.
      Sur les 5000 premiers réfugiés arrivés en France, un tiers n’est pas d’origine UKR.
      Merci à nos amis de l’Est d’avoir filtré pour nous les éléments les plus cosmopolites, dont ils nous savent demandeurs !

  3. Gérôme dit :

    2040, dans 18 ans, ça va, il peut s’en passer des choses dans le monde avant vu la vitesse de l’actualité.
    Et tout ça juste pour 30% de plus.

  4. Belzébuth dit :

    Depuis le coup de pied AUKUS, pour la France en Indo-Pacifique, ce sera sans l’Australie…
    https://echoradar.eu/2022/01/10/la-vie-sans-laustralie/