Le ministère russe de la Défense étudie le financement et la construction d’un nouveau porte-avions

Durant la Guerre Froide, et malgré l’insistance de l’amiral Kouznetsov, l’Union soviétique trouva un intérêt limité aux capacités aéronavales, lesquelles furent régulièrement l’objet d’arbitrages budgétaires défavorables. Et pour cause : l’accès à l’océan Atlantique et à la Méditerranée étant contrôlé par les pays membres de l’Otan, sa priorité alla vers les bombardiers stratégiques à long rayon d’action, les missiles – conventionnels et nucléaires – à longue portée et les capacités sous-marines.

Cependant, dans les années 1970, Moscou décida de construire quatre porte-avions appartenant à la classe Kiev [Projet 1143], dont, actuellement, un seul est en service… au sein de la marine indienne. Puis, dans les années 1980, la construction de deux autres navires de ce type, le « Kouznetsov » et le « Varyag », fut lancée. L’un et l’autre naviguent toujours… ou presque. Le second est devenu le « Liaoning » après avoir été vendu à la Chine par l’Ukraine. Quant au premier, il doit reprendre la mer en 2022, après de longs travaux de modernisation, marqués par la chute d’une grue sur le pont d’envol et un incendie.

Quoi qu’il en soit, même si les capacités aéronavales ne furent jamais une priorité pour la marine soviétique, cela n’empêcha nullement les bureaux d’études d’imaginer des concepts de porte-avions, comme le projet 1153 « Orel », qui n’alla pas plus loin que la planche à dessins.

Mais ses plans inspirèrent les concepteurs de l’Oulianovsk, alors censé devenir le premier porte-avions à propulsion nucléaire soviétique. La fin de la Guerre Froide eut raison de ce projet, qui consistait à construire un navire de 75’000 tonnes, pouvant emporter 68 aéronefs tout en étant armée de 12 missiles de croisière P-700 Granit.

Les déterminants géopolitiques n’ayant guère varié depuis la période soviétique, la marine russe n’a jusqu’à présent guère montré un vif empressement pour remplacer son unique porte-avions, lequel n’a été engagé dans une opération qu’à une seul reprise [au large de la Syrie, en 2016, ndlr].

En 2015, il avait été fait grand cas du Projet « 23000E » ou « Shtorm », qui consistait à construire un « croiseur lourd de transport d’avions » de 90’000 tonnes, diposant d’un pont d’envol oblique et de 4 positions de lancement [dont 2 utilisant des catapultes électromagnétiques et 2 dotées de ponts inclinés]. Mais il est encore à l’état de maquette.

Cela étant, la marine russe est-elle sur le point de changer son fusil d’épaule?

Au début de cette année, le bureau d’études Nevsky, filiale du constructeur naval United Shipbuilding Corporation [USC], a dévoilé deux concepts de porte-avions : le « Varan », d’un déplacement de 45’000 tonnes, et le « Lamantin », un navire à propulsion nucléaire inspiré par le Projet « 23000E » et l’Oulianovsk.

Par ailleurs, en juillet, le constructeur RSK MiG a fait savoir qu’il avait lancé le développement d’un chasseur embarqué de 5e génération… Et qu’un prototype serait près « dans les prochaines années ». Selon les informations livrées à l’époque, cet appareil pourrait être de type VSTOL [Vertical or Short Take Off and Landing], ce qui lui permettrait d’opérer depuis les deux navires d’assaut amphibie du projet 23900 [Classe Ivan Rogov] commandés l’an passé par la marine russe.

Tout cela suggère que Moscou a l’intention de construire un successeur au porte-avions « amiral Kouznetsov ». En tout cas, des travaux sont en cours, si l’on en croit Andreï Yelchaninov, vice-président du conseil d’administration de la Commission militaro-industrielle russe [MIC].

« Le ministère russe de la Défense, en collaboration avec l’industrie, analyse le besoin d’un porte-avions et en étudie les possibilités de sa mise en oeuvre technique. Des travaux sont actuellement en cours pour évaluer les risques financiers et technologiques liés à la construction d’un tel navire », a en effet déclaré M. Yelchaninov, selon des propos rapportés par l’agence Interfax. « Nous continuons à travailler sur le développement d’un porte-avions prometteur », a-t-il insisté.

En tout cas, l’industrie navale russe est prête à relever le défi, comme l’avait affirmé Alexei Rakhmanov, le directeur général du groupe USC, en février dernier. « Je suis convaincu que la mise en œuvre de ce projet de porte-avions et de son groupe aérien peut mener à une percée technologique de plus de 10 ans dans de nombreux segments de l’économie et de l’industrie, que ce soit dans la construction navale, l’aéronautique, le génie mécanique, la technologie nucléaire, l’informatique, la production d’armes ou encore la métallurgie », fit-il valoir à l’époque.

Photo : Projet de porte-avions « Oulianovsk »

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2 contributions

  1. Serat il operationnel avant 2035? Ou aussi long à livrer que le PANG francais.

  2. Plusdepognon dit :

    C’est vrai que la différence avec la récente approche chinoise montre une littoralisation de la marine de surface russe :
    https://www.areion24.news/2021/11/16/laeronavale-piece-maitresse-de-la-strategie-chinoise/

    Ce seraient les guerres des USA avec l’Irak en 1991 et 2003, qui auraient convaincues les stratèges de Pékin de l’importance d’avoir une marine en regardant la thalassocratie à l’oeuvre :
    https://korii.slate.fr/et-caetera/projets-militaires-chine-atlantique-inquietent-pentagone-base-cote-ouest-afrique

    La future base chinoise sur l’Atlantique serait pressentie en Guinée équatoriale…
    https://www.capital.fr/economie-politique/la-chine-veut-construire-une-base-militaire-en-guinee-equatoriale-1422197