Un porte-conteneurs d’une société turque attaqué dans le golfe de Guinée

Dans son dernier rapport, publié le 12 janvier [.pdf], le « Maritime Information Cooperation & Awareness Center » [MICA Center], qui, comme son nom de l’indique pas, relève de la Marine nationale, a fait état de 375 évènements liés à la piraterie et au brigandage maritimes dans le monde en 2020 [contre 365 en 2019, ndlr].

Si, fut un temps, l’océan Indien était l’épicentre de cette insécurité maritime, ce n’est désormais plus le cas aujourd’hui, notamment grâce à la présence de forces navales « anti-piraterie » et des mesures particulières prises par les armateurs, dont la présence d’équipes de sécurité à bord de leurs navires.

Cependant, 16 actes de piraterie ont toutefois été constatés par le MICA Center dans cette région en 2020, ce qui confirme que les « brigands, qui se sont aujourd’hui majoritairement tournés vers d’autres activités illégales, sont susceptibles de reprendre les actes de piraterie et de brigandage à la moindre opportunité. »

Cela étant, les actes de piraterie et de brigandage concernent le Golfe de Guinée, où les pirates s’enhardissent, à en juger par certaines attaques. Ainsi, le MICA Center rapporte des « raids confirmés sur plus de 400 nautiques et des abordages à plus de 100 nautiques des côtes. » Au total, l’an passé, 51 navires ont été piratés ou attaqués et 142 marins ont été kidnappés. « La moyenne du nombre d’otages par acte est de 5,6 […]. Les actes de kidnapping constituent 23% de la totalité des événements. La durée moyenne de détention est de 30 jours cette année [hors cas record de 149 jours] », relève-t-il.

Pourtant, encouragés notamment par la France, les États régionaux ont pris des mesures pour tenter de contrer ce phénomène, en mutualisant leurs moyens, en partageant le renseignement ou encore en harmonisant leurs règles de poursuite. En outre, la Marine nationale y est présente, via l’opération Corymbe.

Seulement, note le MICA Center, les faits relevés en 2020 « montrent que, malgré les efforts du Nigéria et des États riverains, le golfe de Guinée demeure la zone la plus dangereuse du monde et les actes de piraterie s’y étendent désormais du large du Ghana jusqu’au large de la Guinée équatoriale. » Un constat partagé par le Bureau Maritime International [BMI], dans son dernier rapport sur la piraterie.

La hausse des enlèvements montre « le renforcement des capacités des pirates du Golfe de Guinée avec des attaques plus nombreuses et plus loin des côtes », a en effet aussi relevé Michael Howlett, le directeur du BMI. La raison est que ce type d’activités est plus lucratif que les attaques de pétroliers. Et ce phénomène « progresse à un rythme inquiétant », estime-t-il, appelant les pays riverains à renforcer leurs patrouilles.

Si le premier trimestre 2020 ont été « relativement calmes » dans le golfe de Guinée, selon les chiffres du MICA Center, il en va autrement en ce début d’année. En effet, le 24 janvier, le porte-conteneurs MV « Mozart », appartenant à l’armateur turc Boden Denizcilik A.S et battant pavillon du Liberia, a été attaqué au large du Nigeria [à 100 nautiques de Sao Tomé], alors que, parti de Lagos, il venait de mettre le cap vers Le Cap, en Afrique du Sud.

Sur les 19 membres de l’équipage, un marin de nationalité azerbaïdjanaise a été tué par les assaillants. Et 15 autres ont été enlevés. Le navire, avec seulement trois hommes à bord, a ensuite rejoint Port-Gentil, au Gabon.

« Nous avons établi les contacts nécessaires avec tous les pays concernés pour la libération de nos concitoyens », a fait savoir, peu après, Mevlut Cavusoglu, le ministre des Affaires étrangères. « Les bandits, les pirates qui ont enlevé nos concitoyens ne nous ont pas encore contactés. Ces pirates établissent un contact à un moment donné pour transmettre leur demandes », a-t-il ajouté.

De son côté, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a dit « suivre le dossier de près ».

Selon des détails qui restent à confirmer, les pirates auraient utilisé des explosifs pour forcer la « citadelle » du cargo, c’est à dire l’endroit sécurisé où l’équipage a pour consigne de s’y réfugier en cas d’attaque.

« Le fait qu’une personne soit décédée, le nombre de marins enlevés et l’utilisation apparente d’explosifs pour percer la citadelle du navire signifie que la donne est en train de changer », a commenté David Johnson, le Pdg d’EOS Risk Group, auprès de CNN. Ce qui mettra davantage de pression sur les pays riverains pour qu’ils prennent des mesures plus fortes contre la piraterie.

Photo : MV Mozart – Boden Denizcilik A.S

 

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