La marine russe va disposer d’un point d’appui pour ses navires au Soudan

Étant donné l’importance stratégique que peut avoir la corne de l’Afrique, la Russie avait songé pendant un temps à établir une base navale à Djibouti, à l’instar de la France, des États-Unis ou bien encore de la Chine, pour avoir un accès donnant sur la mer Rouge. Seulement, ce projet n’ayant pas pu se concrétiser en raison du refus des autorités djiboutiennes, elle a donc dû trouver une solution de repli.

La Somalie aurait été un temps considérée, alors que la Turquie venait d’y inaugurer une vaste base militaire près de l’aéroport de Mogadiscio, au bord de l’océan Indien. Pour les autorités russes, la localité de Zeïlah était l’option la plus intéressante car située dans le Somaliland [un État en rupture de ban avec le pouvoir central somalien] et donc près de Djibouti. Mais là encore, ce projet, si tant est qu’il ait eu la moindre consistance, est au point mort.

D’où l’intérêt du Soudan, pays avec lequel la Russie entretient des liens militaires anciens. Liens qui n’ont pas été remis en cause par le départ du président Omar el-Bechir, dont les bonnes relations avec le Kremlin lui avaient permis de bénéficier de l’appui de la société militaire privée [SMP] Wagner face à la contestation à laquelle il faisait alors face.

En effet, en mai 2019, soit un mois après la destitution de M. el-Bechir après plus de 29 ans d’exercice du pouvoir, Moscou et Karthoum ont signé deux nouveaux accords militaires, l’un visant à partager les expériences relatives aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, l’autre pour renforcer la coopération dans le domaine naval, en particulier pour la recherche et le sauvetage en mer.

Un troisième accord est sur le point d’être conclu. En effet, selon les autorités russes, il est question d’établir un point d’appui pour la marine russe à Port-Soudan. D’après le texte mis en ligne par le gouvernement russe, il s’agirait d’y construire un « centre logistique » sur un terrain gracieusement cédé par Khartoum en échange d’une « assistance gratuite » à la marine soudanaise pour des missions de recherche et de sauvetage ou de lutte « anti-sabotage ».

La capacité de ce point d’appui devrait être limité à l’accueil simultané de quatre navires russe, y compris à propulsion nucléaire [comme le croiseur « Pierre le Grand » et les sous-marins, ndlr], et de 300 marins. L’accord donne le droit à la Russie d’importer et d’exporter, via les ports et les aéroports soudanais, « toutes les armes, munitions et équipmements » nécessaires au fonctionnement de cette base ainsi qu’à « l’exécution de tâches » confiées aux « navires de guerre. » Et le tout en franchise de taxes.

Par ailleurs, l’accord en question indique que les navires russes qui feront escale à Port-Soudan seront « inviolables » et qu’ils bénéficieront d’une « immunité d’inspection ». Enfin, le texte insiste sur le fait que l’installation de ce point d’appui est de nature « défensive », qu’elle n’est « dirigée contre aucun autre pays » et qu’elle « répond aux objectifs de maintien de la paix et de la stabilité dans la région. »

Si l’on en croit un rapport du renseignement allemand ayant « fuité » dans la presse d’outre-Rhin, la Russie aurait l’intention d’installer des bases militaires dans au moins six pays africains qu’elle considère comme stratégiques, dont l’Égypte, l’Érythrée, le Mozambique Madagascar, la Centrafrique et le Soudan.

Photo : Frégate Admiral Gorshkov © Ministère russe de la Défense

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