Mme Parly : « Les jihadistes n’ont jamais eu d’états d’âmes avec nous, nous n’en aurons pas avec eux »

« Gardez donc foi dans notre pays et tenez bon, aux côtés de nos alliés, unis face à nos ennemis », a lancé James Mattis aux militaires américains, au moment de quitter le Pentagone après avoir démissionné de ses fonctions de secrétaire à la Défense pour marquer son désaccord avec la décision du président Trump de se retirer de Syrie, alors que le combat contre l’État islamique [EI ou Daesh] n’est pas terminé.

Le même jour, M. Trump a donné l’impression de « temporiser » sur le dossier syrien. « L’EI a pratiquement disparu, nous renvoyons lentement nos troupes à la maison afin qu’elles retrouvent leurs familles, tout en combattant ce qu’il reste de l’EI », a-t-il dit, via Twitter. Mais il a aussi affirmé : « Maintenant que je commence à me retirer, les médias ‘Fake News’, ou des généraux ratés incapables de faire le travail avant mon arrivée, aiment à se plaindre de moi et de mes tactiques ». Ce qui n’est pas très délicat à l’endroit des chefs militaires américains, surtout de la part d’un président qui, selon les comptes du Washington Post, a lancé près de 7.600 mensonges et contre-vérités depuis qu’il est à la Maison Blanche.

Quoi qu’il en soit, lors de son discours prononcé devant les militaires de la force Chammal affectés à la base aérienne projetée en Jordanie [H5], la ministre des Armées, Florence Parly, a évoqué le retrait américain de Syrie.

« J’ai appris tout comme vous la décision des États-Unis de se retirer de Syrie. Lorsque la rumeur m’est parvenue, avant son annonce par le président américain, j’ai immédiatement appelée dans la nuit mon homologue Jim Mattis, qui me l’a confirmée. Depuis, il a démissionnée », a raconté Mme Parly.

« C’est une décision brutale, unilatérale. C’est une décision qui prête à conséquences, à des conséquences que nous ne pouvons ignorer. Pour la lutte contre Daesh, bien sût. Mais aussi parce qu’elle place nos partenaires des Forces démocratiques syriennes dans une situation de vulnérabilité », a ensuite développé la ministre française.

Pour rappel, les Forces démocratiques syriennes [FDS] comptent dans leurs rangs les milices kurdes syriennes [YPG], lesquelles sont considérées comme terroristes par la Turquie. Alors qu’elles sont « au contact » de Daesh dans le secteur de Hajine, avec l’appui de la coalition [et donc de la force française Chammal, ndlr], elles sont sous la menace d’une offensive turque, que laisse entrevoir le retrait américain.

Aussi, a indiqué Mme Parly, les « autorités françaises ont fait valoir leur divervenge d’analyse ». Et d’ajouter : « Nous dialoguons en permanence avec les États-Unis. Nous faisons tout pour qu’un départ précipité n’aboutisse pas à frustrer la coalition d’un plein succès militaire. Nous réfléchissons à l’étape d’après, nous le faisons aussi avec eux ».

Cependant, a admis la ministre, la décision de M. Trump oblige Paris à adapter ses plans à cette nouvelle donne. Mais, a-t-elle assuré, « notre ambition reste intacte […] : la France continue le combat contre le jihadisme » et « fera tout ce qui est en son pouvoir pour détruire, avec l’aide de ses partenaires, les derniers réduits de Daesh ».

« Dès demain, je compte sur vous pour poursuivre la tâche, car en 2019, elle n’est pas moins urgente qu’en 2018 », a ensuite dit Mme Parly aux militaires français de la force Chammal. « Vous avez engagé une activité opérationnelle intense, difficile, exigeante, pour predre la poche d’Hajine. Vous avez été un appui essentiel aux Forces démocratiques syriennes, dans les moments difficiles comme dans les victoires récentes. Il faut maintenant transformer l’essai », a-t-elle continué en filant la métaphore rugbystique.

Pour les forces françaises, a-t-elle détaillé, cela signifie que, dans l’immédiat, il leur faudra « permettre à nos partenaires sur le terrain de franchir les derniers kilomètres qui séparent de la victoire ». Ensuite, il s’agira de « gagner la paix ». Or, « nous en sommes encore loin », a souligné Mme Parly.

« La défaire de l’ennemi, ce n’est malheureusement pas encore la paix. La Syrie est un palais ouvert à tous les vents, livré à la cohue, à tous les appétits. Après tant de souffrance et de sang versé, il faudra bien longtemps avant qu’elle ne trouve une gouvernance acceptable et qu’elle ne se réconcilie avec elle-même. Pour nous, il faut en tout cas miser sur l’accès humanitaire, la stabilisation et, demain, su les conditions le permetttent, la reconstruction et le développement », a expliqué la ministre des Armées. Or, a-t-elle déploré, « cela n’est que demain, voire après demain », avant d’estimer qu’un même travail est aussi nécessaire en Irak.

« Gagner la paix y imposera patience et persévérance. Il faudre pour cela un État solide, capable de fédérer toutes les communautés et assez robutste pour faire face au risque d’une résurgence de Daesh », a-t-elle dit.

Quant à 2019, Mme Parly a estimé qu’elle serait une « année décisive pour nos armées », mais aussi « pour la France » et la « liberté ». C’est « l’année où nous devons continuer notre effort contre le terrorisme, ne jamais baisser les bras, tout faire pour l’emporter ». Ce qui vaut évidemment aussi pour la force Barkhane, au Sahel.

« Les jihadistes n’ont jamais eu d’états d’âmes avec nous, nous n’en aurons pas avec eux », a lancé la ministre. « En 2019, que Daesh n’espère ni sursis ni repos », a-t-elle conclu. Le ton est donné!

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