La MINUSMA demande à Bamako de prendre des mesures face aux tensions intercommunautaires

Depuis l’émergence, en 2015, du groupe jihadiste appelé « Front de libération du Macina » [ou Katiba Macina], les tensions communautaires ont pris de l’ampleur dans le centre du Mali, notamment dans la région de Mopti. Ainsi, des violences opposent désormais les Peuls, traditionnellement éleveurs, aux Dozos, des chasseurs traditionnels, et aux Dogons, qui sont généralement des cultivateurs.

Le chef de la katiba Macina, Amadou Koufa, qui a été tué en novembre lors d’une opération de la force Barkhane, s’adressait essentiellement aux populations peules, en leur tenant un discours allant au-delà du prêche islamiste.

« En prenant la défense des ‘pauvres’ et en tenant un discours ‘égalitariste’, Koufa s’est façonné une image de justicier, en opposition à l’État souvent perçu comme prédateur, mais aussi de libérateur des ‘cadets sociaux’ face à la mainmise des familles nobles » au sein de la société peule, soulignait récemment la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, dans un rapport intitulé « les populations prises au piège du terrorisme et du contre-terrorisme » dans le centre du Mali, qui concentrerait « 40 % des attaques jihadistes » commises dans le pays.

Aussi, les Peuls accusent Bamako de fermer les yeux, voire d’encourager les violences dont ils font l’objet de la part des Dozos au nom de la lutte contre les groupes jihadistes. Ce que le gouvernement malien a toujours démenti.

Dans un rapport publié le 18 décembre, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali [MINUSMA] a examiné en détail une série d’attaques ayant eu lieu les 23, 24 et 25 juin contre le village de Koumaga [cercle de Djenné, région de Mopti].

Ainsi, cette enquête « a permis de conclure qu’au moins 24 personnes, toutes membres de la communauté peule de Koumaga, ont été tuées par un groupe de personnes identifiées comme des chasseurs traditionnels (Dozos) », a annoncé la MINUSMA, via un communiqué. « Toutes les victimes ont été exécutées par balle, avec des armes automatiques ainsi que des fusils de chasse traditionnels. Vingt-et-une des personnes tuées ont été enterrées au cimetière du village. Au moins trois personnes enlevées demeurent disparues à ce jour », a-t-elle ajouté.

En outre, poursuit le texte, « entre janvier et novembre 2018, la Division des droits de l’homme et de la protection de la MINUSMA a enregistré 60 attaques, menées par des éléments identifiés comme étant des Dozos contre des villages ou des parties de villages habités majoritairement par des membres de la communauté peule, dans les régions de Mopti et de Ségou. Au total, ces attaques ont causé la mort d’au moins 209 personnes civiles […] ainsi que la disparition de 13 personnes, dont 4 enfants. Elles ont également provoqué le déplacement forcé d’au moins 3000 personnes. »

Aussi, la mission de l’ONU a demandé au Bamako de réagir, d’abord en lui « recommandant » de déployer des forces de sécurité dans le cercle de Djenné, qui reste le « plus affecté par des attaques » et qui est « susceptible de faire d’attaques par les dozos et d’autres groupes armés. » Puis elle réclame aussi que le gouvernement malien publie les résultats de sa propre enquête sur les incidents de Koumaga et qu’il « mette urgemment en oeuvre les mesures de désarmement et de démantèlement des milices dozos », conformément aux engagement qu’il avait précédemment pris.

« La MINUSMA reste ainsi vivement préoccupée par les informations faisant état de graves violations et abus des droits de l’homme à l’encontre de la population civile dans d’autres villages du centre du Mali, et souligne la nécessité d’identifier les responsables de tous ces crimes et de les traduire en justice », a ensuite fait valoir la Mission de l’ONU.

Ces derniers jours, dans la zone administrative de Bankass, de nouvelles violences commises par le groupe d’autodéfense des Dogons « Dan Nan Ambassagou » contre les Peuls auraient fait au moins 34 tués.

Cependant, dans une autre région du Mali, en l’occurrence celle de Ménaka, d’autres violences intercommunautaires, opposant cette fois les Peuls à une tribu Touareg, se produisent régulièrement. Comme encore le 12 décembre dernier.

« Une attaque en date du 12 décembre à Tinabaw, dans le nord de la région de Ménaka, près de la frontière entre le Mali et le Niger, a conduit à la mort jusqu’à 47 hommes, adolescents et garçons, âgés entre 10 et 80 ans environ, et a fait des blessés », avance l’ONG Human Rights Watch.  »

« Vers six ou sept heures du matin, deux des trois groupes de Peuls armés, arborant des armes militaires et se déplaçant à moto, ont attaqué deux camps nomades touaregs – Tassalatine et Wakassa – séparés de quelques centaines de mètres seulement. Ils ne s’en sont pris à la femmes, mais ont tué tous les hommes qu’ils ont trouvés. C’était une attaque rapide, la tuerie a été perpétrée en moins d’une heure », a affirmé un témoin, qui ajouté que « les hommes armés avaient mis le feu à deux véhicules avant de prendre la direction du Niger et que de nombreux champs avaient été brûlés. »

Et HRW de rappeler que « cet incident est le dernier en date d’un cycle d’attaques et de représailles entre le clan Touareg Doussak, parfois soutenu par les forces progouvernementales, et les villageois peuhls du Mali et du Niger, lesquels bénéficieraient du soutien supposé de l’État islamique dans le Grand Sahara » [EIGS].

Photo : FIDH

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